lundi 20 mai 2019


Une noisette, un livre


  La partition

Diane Brasseur




Une partition, à la fois un partage et une division. Mais aussi une ligne géométrique et une page de musique représentant la totalité d’une œuvre. Toujours un ensemble même si divisé. Un peu comme une famille…

Le roman commence par une fin, comme un tomber de rideau sur la grande scène de la vie. Bruno K s’effondre dans une rue à Genève après avoir remarqué les jambes d’une jolie femme. C’était le dernier chant du cygne. Il devait le soir même retrouver enfin ses frères Georgely et Alexakis, ce dernier étant devenu un violoniste virtuose. La musique allait les réunir et surtout dans une ambiance festive. La grande faucheuse va les séparer définitivement.
Mais ce n’était qu’un prélude, la véritable histoire va commencer, en plusieurs mouvements, ils ne seront jamais perpétuels mais épouseront tous les rythmes d’une symphonie familiale aux accents qui vont d’un vivace à un largo déchirant.

Le personnage central est la mère, Koula, une femme au tempérament de feu que si Stravinsky l’avait connue peut-être aurait-il composé un ballet en son honneur, comme l’oiseau elle irradie une lumière rouge, à la fois merveilleuse et redoutable ; elle est peut-être aussi un peu déesse étant née sous les cieux grecs. Elle va être à la fois le pilier de cette famille K mais également une colonne qui peut faire s’effondrer le plafond des sentiments par sa domination excessive sur les siens suite à une faille dès le début de la construction familiale, ce terrible choix de ne pouvoir « tout prendre » suite à la première séparation.

Une histoire familiale très éloignée de celles que nous avons l’habitude de lire, tant sur la forme que sur le fond. Ce sont des petites rhapsodies qui défilent, comme pour mettre en appétit pour les autres qui vont se jouer avec comme fil conducteur un court extrait des lettres de Bruno à sa mère. Diane Brasseur dévoile beaucoup mais le strip-tease de ses personnages sera long et laissera le soin au lecteur de deviner quelle est cette véritable confusion des sentiments.

Les peurs, les joies, les pertes et les retrouvailles, tout se poursuit en cascades comme des notes sur, justement, une partition, à un rythme soutenu sans que le lecteur d’aperçoive de, parfois, la brutalité des événements. De Koula, on sait tout et pourtant elle reste énigmatique, seul la tonalité de Bruno résonnera davantage dans la mise en sourdine de Georgely (l’enfant laissé à son père) et Alexakis (né du deuxième mariage et élevé comme une fille durant ses premières années). Et pourtant, qui sortira de l’ombre… ? Et la musique ? Source d’épanouissement, elle aurait pu réunir la fratrie à une croche près. Car la vie est un résumé de blanc et de noir pour une ronde de chaque destinée. Diane Brasseur en est un chef d’orchestre de l’écriture.

« Chacun porte en soi une mélodie »

« La vérité se cache dans les détails comme la poussière dans les coins ».

Dans les gorges de Porka, un arc-en-ciel s’est formé au-dessus de leur tête. Monsieur Hyacinthe explique à Koula comment se produit le phénomène optique mais elle n’écoute rien. Elle se fiche de la réfraction et de la réflexion. Elle ne voit qu’un signe, un pont entre le ciel et la terre, entre les hommes et les dieux.
L’image de Hyacinthe courant nu dans les herbes folles et hautes derrière le masque de bronze lui revient. »

« Il y a sept ans, Bruno K tournait dans son lit. Les concerts de musique de chambre chez Aaron l’empêchaient de dormir.
Ce n’est plus vraiment de la musique de chambre mais maintenant il est là, dans le salon, à quelques portes de son lit, derrière le piano et le monde s’entrouvre. »

La partition – Diane Brasseur – Editions Allary – Mai 2019

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