jeudi 24 décembre 2015

Une noisette de fin d'année





Noël. Une fête religieuse pour certains, une journée unique pour se rassembler, une journée de joie à partager.

Noël. Une journée comme d'habitude pour d'autres, une journée de tristesse et de solitude, une journée à oublier.

Mais comme pour "la rose et le réséda, framboise ou mirabelle, flûte ou violoncelle, alouette ou hirondelle" que cette période de Noël apporte un peu de sérénité et d'espoir, une douce brise d'unité au-delà de tous les clivages.

Et surtout n'oublions pas les blessés de la vie pour qui chaque jour est une épreuve, un combat à mener, des fantômes du passé à effacer.

Lumière dans vos cœurs et puissent les ténèbres s'illuminer pour des jours meilleurs.

Je vous embrasse avec toute mon affection,
Squiri


dimanche 20 décembre 2015


Une noisette, une auteure

 

Isabelle Horlans



(Crédit photo : C à vous - France5)



Le génocide rwandais, la chute du Mur de Berlin. Elle y était. Reporter au cœur des événements, Isabelle Horlans est aussi et avant-tout une journaliste judiciaire, les prétoires n’ont plus de secrets pour elle.

Un jour, un soir, Isabelle Horlans, a pris la plume, pour raconter. Raconter ce qu’elle a vu, ce qu’elle a vécu. Sans jamais juger, ce n’est pas son rôle, elle en a parfaitement conscience. Par son écriture, elle nous fait découvrir des faits que l’on ignore, parfois, souvent, et nous amène à diverses réflexions.

Le 12 janvier prochain sortira un livre co-écrit avec sa collègue Valérie de Senneville : "Les grands fauves du barreau" aux éditions Calman-Lévy. L’occasion de revenir sur les trois ouvrages principaux de cette auteure aux multiples talents.


Les diaboliques d’Urcel – Editions J'ai Lu /  Scènes de Crimes – 2007

Le titre rappelle le film de Georges Clouzeau. La teneur est identique, cet ouvrage se lisant comme un roman avec une réalité qui dépasse la fiction.

Le mari de Ginette Daussy a été assassiné. L’épouse, comme la fille Paula qui adorait son père, semblent bouleversées. Rapidement, le procureur classe l’affaire sans suite. Mais, mais, l’un des assureurs de la victime va tout faire pour que l’histoire rebondisse. C’est le début de la course à la vérité sur fond de découvertes machiavéliques.
 

Les Sanguinaires – Editions Denoël – 2014

L’île de Beauté. Dans le Golfe d’Ajaccio, l’archipel des Sanguinaires, un lieu où le passé est chargé de mystère, un lieu baigné par cette lumière pourpre qui semble parfois ensanglanter ce paysage mirifique.

C’est l’un des cadres où se déroule une partie de ce thriller aux rebondissements multiples. L’héroïne s’appelle Jeanne, une journaliste de terrain, solide comme un roc mais qui va se retrouver mêlée à une affaire politico-judiciaire à faire frémir les plus aguerris. Récit tellement haletant qu’on ne peut décrocher même si parfois on est à bout de souffle. Au fil des pages, on ne peut que ressentir une grande compassion pour Jeanne, cette amoureuse, cette battante qui devra lutter en sortant ses griffes tout en surmontant ses peines.

L’amour (fou) pour un criminel – Editions du Cherche-Midi – 2015

L’amour n’est pas qu’enfant de bohème, il peut-être aussi source de folies.

Des femmes, jeunes ou plus âgées. La majorité d’entre elles ont une vie de famille, une situation, de l’argent. Mais il leur manque quelque chose... l’amour. Soudainement ou progressivement, elles vont devenir amoureuses... de criminels. La plupart vont essayer de nouer une relation intense sans jamais les avoir rencontrés, simplement à la lecture des journaux ou via les reportages télévisés.

C’est ce phénomène, qui ne date pas d’aujourd’hui (Landru avait reçu de nombreuses demandes en mariage) mais qui reste peu connu, qu’Isabelle Horlans va narrer, après des mois et des mois d’enquête. Elle restitue, selon les circonstances, les divers cas rencontrés et essaie d’analyser ces parcours atypiques où l’on aime à perdre la raison.

Sur ce dernier opus, retrouvez l’interview d’Isabelle Horlans ici

 


jeudi 17 décembre 2015


Une noisette, un livre

 

Renaud, Paradis perdu

Par Erwan L’Éléouet


 


"Mon paradis perdu c’est mon enfance

A jamais envolé, si loin déjà

La mélancolie s’acharne, quelle souffrance"


En 2006, par cette chanson, Renaud exprime avec réalisme son état d’esprit. Nostalgique à jamais de son enfance, doué d’une faculté d’écriture avant même d’atteindre ses 10 ans, une fragilité qui automatiquement entraîne une sensibilité à fleur de peau.

Très jeune, il est de tous les combats. Il rêve de devenir acteur, il deviendra l’un des chanteurs préférés des Français. Mais le succès a un revers, celui d’être connu et surtout d’être reconnu. Étant d’une grande simplicité, il va le vivre difficilement. Tout comme le fait de gagner beaucoup d’argent. Une sorte de paradoxe ambulant à supporter sur ses épaules et encore plus dans sa tête.

Erwan L’Éléouet (1) qui avait dressé un portrait du chanteur en 2012 dans le cadre de l’émission "Un jour/un destin" diffusé sur France2, signe une biographie de Renaud riche en détails, privilégiant le côté psychologique. Pour s’assurer de peindre un portrait aux couleurs du chanteur, le journaliste a enquêté de longs mois auprès de ses proches. Si bien, qu’au fil des pages, on a l’impression d’entrer dans l’univers intime de Renaud. De revivre son enfance tranquille auprès des siens, d’être sur le bord de la plage lors de sa rencontre avec Patrick Dewaere, de partager un grand moment lors du coup de foudre entre Renaud et Dominique, d’être dans la salle quand il débuta au Café de la Gare. On partage ses joies, ses peines, ses idéaux, ses déceptions.

Qui n’a pas eu ce ressenti à un moment ou à un autre :

"J’ai la vie qui m’pique les yeux

Dans ma tête, j’crois bien qu’il pleut

Dans ma peau y’a qu’du chagrin"

Très peu d’entre-nous... Ce pourquoi le personnage de Renaud est terriblement attachant et ce livre qui lui est consacré a le mérite (et pas le seul) de conforter les sentiments que l’on a envers l’artiste mais aussi envers l’homme.

Chapitre après chapitre, on se plonge dans l’univers de Docteur Renaud et Mister Renard, c’est à dire "un côté blanc, un côté noir", un Balzac des temps modernes, avec les illusions perdues, comme l’a chanté aussi Brassens, le héros de Renaud grâce à son père Olivier Séchan.

Vous l’avez compris, que vous soyez fan ou non de l’interprète de "Morgane de toi", cette biographie d’Erwan L’Éléouet est à ne pas laisser béton. Pourquoi ne pas la réserver vers le soir, quand tout est plus calme. Pour faire un peu de silence entre quelques phrases. Vous entendrez peut-être alors les notes d’un piano et une voix qui finalement vous dit :

"Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie

Et l’aimer même si le temps est assassin"
 
 
 
 
Renaud, Paradis perdu - Erwan L'Éléouet  - Editions Fayard - Novembre 2015
Disponible depuis le 16 février 2017 au format poche aux Editions Points

(1) L'interview d' Erwan L'Éléouet est à retrouver ici
 



lundi 14 décembre 2015


Une noisette, une découverte


 


Café littéraire pour infusion de vocables

 
 
 



Votre fidèle serviteur au pelage doré cuivré a trouvé récemment une noisette positive dans les environs de son arbre : une médiathèque qui propose, tous les deux mois, une rencontre littéraire autour d’un café (ou d’un thé) avec quelques douceurs à grignoter. Samedi matin, je partais d’une branche impatiente à la découverte de ce rendez-vous.

L’accueil était à la hauteur de mes espérances, simple et convivial. Fauteuils confortables et petites tables pour y déposer son café et ses livres préférés. Que demander de plus !

Le maître de cérémonie ouvre la séance, sans tambours ni trompettes (oui, je sais, le contraire eut été étonnant). On ne s’attarde pas (je craignais cette sempiternelle mode de présentation individuelle qui me hérisse les poils), on passe directement au partage de nos noisettes littéraires préférées mais, attention, avec la liberté totale de critiquer.

Même si je m’attendais à des discussion de haut niveau, j’ai été impressionné par la teneur hyper professionnelle de ces admiratrices et admirateurs de la littérature. Le tout enrobé d’un respect total pour les opinions des uns et des autres avec un dénominateur commun : la courtoisie.

Derniers prix, romans, essais, nouvelles ou plus anciennes parutions, excepté la bande-dessinée, tous les genres ont été pratiquement représentés et, par extension, on déborde forcément sur l’actualité. Cette actualité sanglante, en France et de par le monde, qui reste dans nos esprits. A l’unanimité, nous étions d’accord sur un point : ne jamais oublier et essayer de comprendre l’incompréhensible. Car « comprendre ne signifie pas forcément approuver mais mieux anticiper ce qui peut arriver ». Bon, coucou les dirigeants et autres décideurs, si vous pouviez nous entendre...

Afin que vous puissiez faire votre choix, je vous laisse la longue liste (par ordre de présentation) des ouvrages proposés et commentés (pour ma part, j’en avais sélectionné 4 mais je n’en dis pas plus...).

Mathias Enard – Boussole – Actes Sud

Hédi Kaddour - Les Prépondérants – Gallimard

Axel Kahn – Entre 2 mers, voyage au bout de soi – Stock

Sophie Chauveau – Manet le secret – Télémaque

Valérie Clo – La tyrannie des apparences – Buchet/Chastel

Sophie Divry – Quand le diable sortit de la salle de bains – Noir sur Blanc (1)

Héléna Marienské – Les ennemis de la vie ordinaire – Flammarion

Philippe Vilain – Une idée de l’enfer - Grasset

Antoine Choplin – Apnées – La Fosse aux ours

Antoine Choplin – Une forêt d’arbres creux – La fosse aux ours (2)

Jean Echenoz – Un an – Minuit

Philippe Claudel – Le rapport de Brodeck – Stock

Paul Lynch – La neige noire – Albin Michel

Yasmina Khadra : La dernière nuit du Raïs - Julliard

Mohamed Albichari – Le cauchemar lybien - Favre

David Thomson – Les Français djihadistes - Les arènes

Sarah Briand – Simone, éternelle rebelle – Fayard

Erwan L’ Éléouet – Renaud, Paradis perdu – Fayard

Carole Martinez – La terre qui penche – Gallimard

Philippe-Joseph Salazar – Paroles armées – Lemieux

Lionel-Edouard Martin – Mousseline et ses doubles – Le Sonneur

Carole Trébor – U4 – Syros-Nathan

Catherine Howe – Conversion – Albin Michel

Serge Brussolo – Les prisonnières du pharaon – Le Livre de Poche

Marceline Loridan-Ivens – Et tu n’es pas revenu – Grasset

Toni Morrison – Délivrances – Christian Bourgois

Pino Cacucci - Viva la vida - Christian Bourgois

Alice Zeniter – Juste avant l’oubli – Albin Michel (3)

Judith Perrignon – Victor Hugo vient de mourir – L’Iconoclaste

Patrick Roegiers – L’autre Simenon – Grasset

Isabelle Monnin – Les gens dans l’enveloppe – JC Lattés

Grand Corps Malade – Patient – Don Quichotte

  1. Critique unanime : grinçant/émouvant/drôle
  2. Critique unanime bis : à oublier, "la plus grande émotion est le regard du phoque"
  3. Note qui a résonné : "résister avec un crayon ne date pas d’aujourd’hui"


Et maintenant, non pas qu’allez vous faire mais choisissez ce que vous voulez ! Quant à votre serviteur, il attend le prochain rendez-vous fixé le 13 février prochain. En attendant, bonne lecture à toutes et à tous car n’oublions pas cette madeleine "La lecture est une amitié" dixit Marcel Proust.

http://mediatheque.coeurdubocage.fr/coeurdubocage.fr/index/index/id_profil/10











lundi 7 décembre 2015


Une noisette, un coup de griffe

 
 

 

Autant en emporte la politique

 

En cette actualité de COP21, les perturbations politiques risquent d’accélérer fortement le changement climatique de la douce France.
Après de nombreux combats, du sang versé, des vies sacrifiées, la noirceur du brun avait fini par laisser place à un ciel plus clair. Ensoleillé même. 

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes... Mais comme dans la chanson, le vent du nord emporte les souvenirs.

Tout commence par une brise marine, qui un jour, peut se transformer en ouragan et provoquer une tempête aux dégâts peut-être irréversibles.

Aujourd’hui, autre époque, autre contexte. Mais mon ciel est gris cendré. Les flammes d’un possible renouveau se sont éteintes pour ne laisser qu’une odeur de brûlé.

Que les représentants politiques ne crient plus au démon, qu’ils n’essaient plus, par des paroles, de le pourchasser pour en faire une victime. Comprenez enfin les raisons de sa puissance et ensuite combattez le dignement, ensemble, en laissant vos motivations personnelles sur le bord de la route pour éviter que nous plongions tous dans le caniveau. Ecoutez cette France qui souffre. Osez prendre des mesures concrètes que le peuple attend depuis si longtemps. Pendant qu’il en est temps encore...














jeudi 3 décembre 2015

Une noisette, une interview

 

Clarence Rodriguez

 

"La femme saoudienne me donne chaque jour une leçon d'humilité et de persévérance"


Clarence Rodriguez vit depuis 10 ans en Arabie Saoudite. Elle est la seule journaliste à être accréditée comme correspondante permanente pour différents magazines et médias. Elle est l’auteure de "Révolution sous le voile" paru en 2014 aux éditions First et vient de réaliser un documentaire "Arabie Saoudite, paroles de femmes" qui sera diffusé le 8 décembre à 21H45 sur France5 dans l'émission "Le Monde en face".

 
1 – Ce documentaire, co-réalisé avec Bernard Cazedepats, est un peu la retranscription par l’image des situations et des combats évoqués dans votre livre ?
Pas tout à fait ! Vous retrouvez seulement deux personnages du livre Madeha, et Hoda. J'ai voulu présenter une société de femmes actives la plus représentative même si elle n'est pas exhaustive.

 2 – Parmi les nombreux portraits de femmes, il y a celui de Madeha Al Alasjroush, une des premières militantes pour "le droit au volant". Quel est le parcours de cette saoudienne ?
Madeha a étudié aux Etats-Unis où elle a obtenu son diplôme de psychothérapeute. Elle est également passionnée de photographie. Madeha fait partie des 47 militantes saoudiennes a avoir bravé l'interdiction de conduire en novembre 1990 et pour ce fait elle a été arrêtée par la police religieuse. C'est une militante de la première heure.
 
3 - Conduire pour une femme est toujours strictement interdit dans le royaume wahhabite ? Oui, compte tenu de la situation délétère dans le royaume, la conduite des femmes n'est pas une priorité.  Les militantes au droit de conduire ont mis "le pied sur le frein" surtout après les arrestations de Loujain et Maysaa en novembre 2014. Les deux saoudiennes ont en effet  passé deux mois et demi en prison pour avoir osé prendre le volant à la frontière entre les Emirats Arabes  Unis et l'Arabie Saoudite. 

4 – Et puis, il y a la basketteuse Lina Almaneena. Le sport est-il un catalyseur pour unir/réunir la force des femmes ?
Le sport féminin en public est interdit en Arabie Saoudite. Lina a fondé le club "Jeddah United" dans la douleur. Mais grâce à sa pugnacité, sa persévérance et surtout les aides de son père et de son mari, elle est parvenue à faire de ce club, une véritable vitrine, une référence du sport à Jeddah.

5 – Ce documentaire a nécessité 6 années de tournage. Avez-vous eu à vous confronter à la censure ou pas du tout ?  
Entre le moment où j'ai eu l'idée de réaliser ce documentaire et le moment où nous l'avons réalisé avec Bernard, six années se sont écoulées. Sinon, nous avons tourné et suivi nos héroïnes durant un mois de Riyad à Jeddah... Aucune censure. En revanche nous n'avons obtenu l'accréditation deux jours avant la fin du tournage. Nous avons pris des risques, nous les avons assumés. Mais tout s'est bien passé.

6 – Existe-t-il officiellement des associations pour le droit des femmes ? Des hommes aident-ils à lever le voile ?  
Sans les hommes, les femmes que nous avons rencontrées n'auraient pas accepté de témoigner à visage découvert. Il existe des hommes "progressistes" qui souhaiteraient que les femmes occupent une place plus importante dans la société.

7 – En 2011, le roi Abdallah accorde le droit de vote aux femmes. Depuis janvier 2015, c’est le roi Salmane qui est à la tête du royaume. La monarchie est-elle prête à favoriser l’émancipation des femmes ? Doit-elle faire face, encore et toujours, aux autorités religieuses ?
Le roi Salman poursuit la politique menée auparavant par son demi frère feu le roi Abdallah. Mais le contexte géopolitique a évolué, changé. Le royaume traverse des turbulences.  Les autorités saoudiennes doivent affronter Daesh et les jihadistes saoudiens qui reviennent d'Irak ou de Syrie pour semer le chaos dans le royaume.  L'Arabie Saoudite est également engagée dans les coalitions au Yemen et en Syrie. 

8 – Eternelles mineures, 900 candidates vont pourtant entrer en lice le 29 novembre pour les élections municipales du 12 décembre. Un paradoxe ou bien un message du pays pour donner une image plus positive ?
Cela fait partie de la politique des "petits pas"... C'est une avancée pour les femmes qui ont attendu dix ans avant de participer à ces élections. Il est évident qu'il ne faut pas s'attendre à un séisme électoral et pour cause ! La population saoudienne n'a pas la culture des élections. Il faudra encore attendre quelques années pour être éduqués.

9 – Par extension, si Raif Badawi est gracié, ce serait une mesure pour effacer les autres atteintes aux droits de l’homme, ou bien le début d’une ouverture politique ?  
Concernant ce dossier brûlant, les autorités saoudiennes ont déjà fait savoir qu'elles ne souhaitaient pas que l'on s'immisce dans leurs affaires internes. Elles n'agiront jamais sous la pression. 

10 – Par rapport à vous, j’ai choisi cette photo pour illustrer l’interview parce qu’il me semble que le chapeau a une signification particulière ?
Depuis une vingtaine d'années je porte le chapeau. Lorsque je suis arrivée en Arabie,  en août 2005, j'avais décidé de ne jamais porter le voile. Considérant que le chapeau, couvre mes cheveux. En dix ans, je n'ai jamais essuyé la moindre réflexion. Ce chapeau est devenu un signe distinctif. Pour de nombreux saoudiens, il m'appelle "La française au chapeau".

11 – C’est traditionnel, le petit quizz pour en savoir davantage...
  • Un roman : "le voyage dans le passé" de Stefen Zweig   
  • Un personnage : Mandela
  • Un(e) écrivain(e) : Stefen Zweig et Romain Gary
  • Une musique :  La pavane de Gabriel Fauré
  • Un film :  Invictus
  • Une peinture : Guernica
  • Une photographie : Une photo que j'ai prise lors du tournage du documentaire. Une saoudienne au bord de la falaise scrute l'horizon, elle porte son voile au-dessus de sa tête. Impression qu'elle va s'envoler vers la liberté...
  • Un animal : Un cheval
  • Un dessert : Tarte au citron
  • Une devise/une citation : "Je n'ai qu'une seule ambition, ne pas plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde c'est plaire à n'importe qui. "​ Sacha Guitry 

Merci Clarence Rodriguez . Je vous laisse terminer cet entretien pour exprimer votre sentiment après de longs mois de tournage avec vos doutes mais vos espoirs aussi : 

Toutes ces femmes rencontrées à l'occasion de ce documentaire, ou que je côtoie au quotidien forcent le respect. Elles me donnent chaque jour des leçons, d'humilité et de persévérance. En vivant à leur côté, je me dis que je n'ai pas le droit de me plaindre".


"Arabie Saoudite, portraits de femmes"  documentaire co-réalisé par Clarence Rodriguez et  Bernard Casedepats – Mardi 8 décembre 2015 à 21H45 sur France5

samedi 28 novembre 2015

Une noisette, une interview



Erwan L’Eléouet

 

"Les chansons de Renaud constituent une forme de bande originale de notre vie"






Erwan L’Eléouet, rédacteur en chef de l’émission de France2 "Un jour / un destin" retrace les parcours de nombreuses personnalités. En septembre 2012, avec ses collègues Fabien Boucheseise et Simon Thisse, il proposait d’ouvrir une page sur le destin du chanteur Renaud avec "Les raisons de la colère". Aujourd’hui, ce sont plusieurs chapitres qui s’ouvrent avec un touchant ouvrage "Renaud, Paradis perdu"(éd. Fayard).


1 – Pourquoi avoir choisi Renaud pour votre premier livre ? Pour le chanteur, le personnage, ce qu’il représente ? 
En 2012, lorsque nous avons réalisé ce portrait de Renaud pour la collection "Un jour / un destin", j’avais mené quelques entretiens, notamment ceux de Thierry Séchan, le frère aîné du chanteur, et de Michel Pons, l’accordéoniste de ses débuts. C’est à cette occasion que j’ai découvert son incroyable parcours. Et c’est vrai que j’ai une empathie pour le personnage, ses colères et sa tendresse, mais aussi ses chansons qui ont traversé les époques et qui constituent une forme de bande originale de notre vie. 

2 – Quelles sont les personnes que vous avez rencontrées ? 
Pour ce livre, j’ai rencontré une vingtaine de personnes qui l’ont vraiment côtoyé ou qui le côtoient encore, en tous cas qui le connaissent bien. Ce qui était important, c’était de solliciter des témoins qui n’avaient jamais parlé. J’ai réussi à convaincre Dominique, sa première épouse, sa "gonzesse" de la chanson, sa "Domino", une femme formidable qui continue de veiller sur lui. Il y a un lien indestructible entre eux, c’est la mère de Lolita. C’est elle qui l’a poussé à écrire. Elle l’a encouragé, porté. Et j’ai également beaucoup interrogé David, son frère jumeau, un garçon très discret. Il est éditeur musical. Il est, lui aussi, un soutien pour Renaud. Enfin, j’ai retrouvé tous les copains et marins qui ont navigué avec lui quand il a décidé un jour d’emmener sa famille faire le tour du monde en bateau. 

3  – Doté d’une hypersensibilité, Renaud a de terribles blessures. Peut-on parler d’écorché vif ? N’a-t-il pas été (trop) souvent incompris, entraînant de nombreuses souffrances psychiques ? 
Vous avez raison. Le terme d’écorché vif est complètement approprié. Il a une hypersensibilité très développée. Dominique explique qu’il n’y a pas de filtre qui le protège. Il absorbe toute la dureté de la réalité du monde. Alors parfois, c’est une matière qui nourrit ses chansons. Ce spleen donne une vérité et une humanité à ses textes. Et puis, à d’autres moments, il doit lutter contre ces démons intérieurs, mettre son esprit en pause. Je ne pense pas qu’il ait été incompris. Il a tissé un lien fort avec le public qui continue de lui témoigner des marques d’affection mais cette popularité a également fait peser sur lui une pression, une énorme responsabilité. En fait, c’est un homme qui, à 63 ans aujourd’hui, a perdu ses illusions mais pas ses idéaux. 

4 – Sauf erreur de ma part, il déclare être "autodestructeur parfois, jamais suicidaire". Une auto-description révélatrice de sa personnalité ?
Dans une grande interview, il avait déclaré qu’il avait du mal avec la vie. Il y a chez lui une angoisse certaine de la mort. Dominique Séchan, sa première épouse, m’a expliqué que c’était un mécanisme compliqué. Il fait tout, à la fois pour l’approcher et la repousser. Il y a chez lui une alternance de cycles, des moments de bonheur intense et des séquences de dépression.

5 – Coluche, Desproges, Balavoine... Des amis disparus avec qui il partageait l’esprit de révolte. A-t-il pu retrouver des personnes aussi sincères et prêtes à épouser ses divers combats ? 
C’est vrai que ces trois personnalités avaient la même révolte que lui. Elles n’avaient pas peur de dénoncer l’immobilisme, d’interpeller l’opinion et les politiques. C’était une autre époque avec des artistes qui pouvaient tenir un discours plus politique, moins consensuel. Renaud a trouvé ça, cet esprit libertaire hérité de Mai 68, au Café de la Gare et dans la troupe de la Veuve Pichard. Ce qui est difficile pour lui aujourd’hui, c’est de se dire qu’il est l’un des derniers à pouvoir incarner cet esprit de révolte. C’est aussi ce que le public attend de lui. 

6 – Après des mois et des mois de silence, Renaud s’est exprimé avec force après l’attentat de Charlie. En octobre, il a signé une émouvante chanson pour son fils dans l’album de Grand Corps malade. Ce retour tant attendu va enfin arriver ? 
En me lançant dans l’écriture du livre au mois de février, je n’imaginais pas le retour de Renaud. Ses proches non plus d’ailleurs. David m’a dit qu’il n’aurait pas parié un kopeck sur la sortie d’un album. Renaud n’avait pas écrit une ligne depuis l’album "Rouge sang" en 2006. Finalement, les attentats de janvier, la perte de ses amis Cabu et Wolinski, la marche républicaine à laquelle il a participé à Paris dans le cortège officiel, tout cela a relancé le processus d’écriture. Avec l’intervention également de Grand Corps Malade qui lui a proposé d’écrire et de chanter un texte sur un album concept intitulé "Il nous restera ça". La chanson "Ta batterie" est née de cette collaboration.

7  – Comment expliquez-vous qu’il arrive à réunir toutes les générations ? On a tous en nous quelque chose de Renaud ?
La jeune génération a découvert ses textes avec les deux albums de reprises de "La bande à Renaud". Les autres générations ont forcément des souvenirs liés à Renaud. Qui mieux que lui a raconté la lutte des classes ("Hexagone"), la maternité ("En cloque"), l’amour d’un père pour sa fille ("Morgane de toi"), la nostalgie de l’enfance ("Mistral gagnant") ? On peut ne pas aimer sa voix mais chacun est obligé de reconnaître sa poésie, sa créativité dans l’écriture. Il a presque inventé une langue, un univers. 

8 – Justement, dans Paris-Match, vous terminez votre article sur Renaud par une phrase attendrissante «  La langue d’un poète pour apaiser nos maux ». Quels sont les textes de l’auteur-compositeur qui vous ont le plus touchés ? 
J’aime beaucoup les albums des années 1980 ("Morgane de toi" et "Mistral gagnant"). Je suis un fan absolu de la chanson "Mistral gagnant". Trouver l’idée d’égrener les noms des confiseries pour raconter les bonheurs de l’enfance et parler de transmission, c’est très touchant. Ces notes de piano identifiables tout de suite nous plongent dans une atmosphère particulière. Et puis, j’écoute régulièrement les chansons drôles, "Miss Maggie" et "Dès que le vent soufflera" qui relate ses aventures maritimes. Cet humour de Renaud peut tout désamorcer.

9 – Le fait d’être rédacteur pour l’émission "Un jour / un destin", où l’on se concentre énormément sur la psychologie des personnalités, donne-t-il une autre façon de regarder les gens en général ? 
Il y a peut-être une certaine déformation professionnelle. C’est vrai qu’avec près de 90 portraits réalisés, on a eu le temps de sonder l’âme humaine. Il y a maintenant des ressorts psychologiques qui nous paraissent évidents. Il faut avoir cet intérêt, cette curiosité qui ne doit jamais être mal placée. Ce qui est indéniable, c’est qu’il y a chez tous ces artistes des blessures intimes qui ont déclenché des besoins de reconnaissance.

10 – Quelles sont les limites à ne pas franchir lorsqu’on dessine un portrait intime ? Comment mettre un voile pudique pour ne pas tomber dans le voyeurisme ? 

C’est une question de respect de la vie privée, de l’intimité de chacun. On se base toujours sur les témoignages de proches, les écrits et les interviews des personnalités dont on dresse le portrait. C’est difficile à définir, c’est uniquement une question de feeling. Être délicat, c’est la règle première. C’est ce que j’avais constamment en tête en écrivant "Renaud. Paradis perdu".

11 – Enfin, pour mieux vous connaître, le traditionnel questionnaire...

  • Un roman : le dernier roman qui m’a vraiment embarqué a pour titre "Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal. C’est puissant, l’écriture vous entraîne. Et malgré la tristesse de la situation, le décès d’un proche et le choix du don d’organe, on trouve de la beauté à chaque page.
  • Un personnage : comme il m’a occupé l’esprit pendant ces huit derniers mois, Renaud, pour ses colères, sa fragilité et la tendresse de ses chansons.
  • Un(e) écrivain(e) : Marcel Proust
  • Une musique : L’Ave Maria de Gounod
  • Un film : "Mon oncle" de Jacques Tati
  • Une peinture : n’importe quel tableau de Nicolas de Staël
  • Une photographie : un montreur d’ours dans un bidonville de la région parisienne au début des années 1970. C’est une photo prise par Claude Dityvon, un photographe, aujourd’hui disparu, qui avait beaucoup de talent.
  • Un animal : une étoile de mer
  • Un dessert : un fondant au chocolat
  • Une devise / une citation : "L’honnêteté est la plus grande de toutes les malices, parce que c’est la seule que les malins ne prévoient pas". Alexandre Dumas fils

Merci Erwan L'Eléouet et je vous laisse le mot de la fin pour les nombreux fans de Renaud : Je voudrais leur dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cette biographie de leur chanteur préféré, j’espère qu’ils en prendront autant en la lisant et en découvrant peut-être des séquences inédites de sa vie. 


"Renaud, Paradis perdu" par Erwan L’Eléouet aux éditions Fayard

 

dimanche 15 novembre 2015


Les ténèbres et la lumière...

 
 
 
 
Un vendredi soir, comme les autres, enrobé par une douceur exceptionnelle pour un mois de novembre. En profiter pour rester à une terrasse, aller à un concert, un match. Se divertir après une semaine de labeur. Parler, rire de tout et de rien. La vie.

Soudain un bruit assourdissant. Des explosions, des tirs. Des corps déchirés, des blessés moribonds...Ce que côtoient des centaines de personnes en Irak, en Afghanistan, en Syrie. Deux jours auparavant c’était à Beyrouth. Ce vendredi, c’est Paris. L’horreur sans nom en quelques secondes. La mort.

Rapidement la sécurité et la solidarité se mettent en place, luttent, car chaque minute compte. Les policiers, les pompiers, les ambulanciers, les médecins, les infirmiers, les secouristes, les anonymes. C’est un rescapé qui essaie de sauver un blessé. C’est un habitant qui propose son appartement comme lieu de refuge. Les réseaux sociaux si souvent critiqués relaient la solidarité. La vie.

Les heures s’écoulent. L’angoisse augmente. Les familles, les amis recherchent un disparu. Défilent des photos de visages, avec des sourires, des personnes qui ne voulaient qu’une chose : vivre. Mais la haine, l’intolérance, la folie ont réduit tout à néant. La mort. Encore. 

Le monde entier est touché. Tous les peuples sont touchés. Toutes les religions sont touchées. Ce pourquoi, une mobilisation planétaire exprime son soutien. Des poèmes, des fleurs, les monuments aux couleurs du drapeau de la France. La Marseillaise résonne dans la rue, ce chant emblème de la lutte pour la liberté, l’égalité, la fraternité. La vie.

Les larmes coulent. De longues heures s’écoulent. On s’interroge, on s’informe. Les images défilent, se multiplient. Les témoignages glacent. La peur rôde. Peut-on croire en l’humanité ? Deux mondes sursautent : celui de l’angoisse qui appelle la mort, celui de l’espoir qui appelle la vie.

Pour se convaincre que l’espérance doit surpasser la violence, se remémorer cette phrase de Nelson Mandela pour qui la résistance pacifique n’a pas été de vains mots :

"J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais le fait de triompher d’elle. L’homme courageux n’est pas celui qui ne ressent pas la peur, mais celui qui la vainc".

Tous unis, tous ensemble. Pour rester debout. Pour la vie et en mémoire des victimes.
 
 












lundi 2 novembre 2015


Une noisette, un livre


 

"Simone, éternelle rebelle"

par Sarah Briand

 
 
 
 



28 novembre 1974. Assemblée Nationale. Adoption d’une loi qui va changer la vie et la santé des femmes : la légalisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse. Dans cet hémicycle composé à une très large majorité d’hommes, une femme va réussir à s’imposer : Simone Veil, mais après un combat sans relâche. 41 ans plus tard, elle reste la personnalité préférée des français.

A cette époque, personne ou presque, ne connaissait la vie de Simone Veil. Pudique, ne voulant pas s’exprimer sur sa vie privée, elle a fait face aux insultes avec une dignité extrême. Mais en 1975, face à un préfet qui s’amuse à la féliciter pour sa technique à manier la truelle, Simone Veil craque et révèle en une phrase son passé.

Matricule 78651. Drancy, Auschwitz-Birkenau, Bobrek, Bergen-Belsen. Elle ne reverra plus son père ni son frère. Sa mère succombera au typhus. Sa sœur Madeleine sera sauvée in extremis. Mais en août 1952, tout s’effondre à nouveau, Milou meurt dans un accident. Simone Veil, c’est une vie de combat, de courage, de grandeur face à la douleur et aux chagrins. Une vie d’engagement aussi, pour les autres.

Heureusement, Simone rencontrera l’amour, un amour indestructible avec Antoine. A eux deux, ils sauront encore être plus forts. De cette union, naîtront trois enfants, tous en admiration devant une mère qui sait mener une carrière politique tout en restant à l’écoute de sa famille, cette famille qu’elle a pu fonder. Et puis, il y a les amies, Marceline et Ginette, les seules qui peuvent réellement la comprendre car elles ont vécu le même enfer.

Mars 2010. Académie Française. Simone Veil s’assoit dans le fauteuil de Racine, l’auteur préféré de son père. Elle est devenue Immortelle. Simone ou la force du destin.

Qui mieux que Sarah Briand pouvait lui rendre un si bel hommage ? La journaliste a déjà réalisé en 2014, un bouleversant documentaire intitulé "L’instinct de vie" (1) dans le cadre de la série "Un Jour Une Histoire" diffusée sur France2. L’écriture de Sarah Briand est à l’image de Simone Veil : pudique, sobre et efficace, sincère.

Au fil des pages, ce qui a particulièrement retenu mon attention c’est la manière dont l’auteure tourne ses phrases, explore le récit d’une vie pas comme les autres. Sarah Briand donne l’impression de s’adresser à chaque lecteur en particulier. C’est assez rare et mérite d’être souligné.


Je ne peux que vous conseiller cette biographie de Simone Veil, "femme de l’ombre, décidée à se distinguer pas sa ténacité" comme la décrit si bien Sarah Briand.


Simone, éternelle rebelle – Sarah Briand – Editions Fayard – Octobre 2015
 
(1) Retrouvez ici l'interview de Sarah Briand réalisée lors de la diffusion

vendredi 30 octobre 2015


Une noisette, une interview

 


Jean-Sébastien Desbordes – Vincent Nguyen

Quand deux reporters tournent @360° !


(Photo © Delphine Ghosarrosian FTV/SIPA)


L’ivresse d’avoir le tournis, avec en prime l’instinct de découverte, est pour vous, chers bipèdes, un plaisir inexplicable et une recherche de tous les instants ? Que personne ne bouge ! L’émission 360@ diffusée en ce moment chaque samedi à 18H05 sur France5 a été faite sur-mesure pour répondre à tous vos rêves. Un style de doc inédit, conçu et réalisé par deux amis inséparables : les journalistes Jean-Sébastien Jean-Sébastien Desbordes et Vincent Nguyen. Conversation à noisettes rompues avec eux...


1- Comment est venue cette idée de tourner à 360° ?

Vincent : Nous réfléchissions ensemble à un concept d’émission de voyage, incarnée en duo. D’un naturel à avoir du mal à me concentrer plus de 5 minutes sur mon ordinateur, je me suis laissé distraire par une pub (un lien sur un réseau social, il me semble) et je suis tombé sur une vidéo à 360° ! J’ai cherché comment on faisait ces images, et l’idée m’est venue d’intégrer cette technologie dans notre aventure.

Jean-Sébastien : Voilà, mon copain Vincent est plus geek qu’il en a l’air ! Vince était persuadé dès le départ que réaliser des vidéos à 360° était un bon moyen de faire le buzz tout en innovant. Et il le fallait car des films sur les voyages ne manquent pas à la télévision ! En même temps, Vincent Feragus, notre producteur, a flashé sur nos tempéraments (éloignés et si proches aussi) et lui semblait que la relation entre Vincent et moi était une bonne base pour être moteur dans une série documentaire. On a donc réfléchi à la meilleure façon d’intégrer cette nouvelle manière de filmer dans un récit : voir dans toutes les directions et partager avec ceux qui nous regardent en les impliquant dans le voyage grâce au second écran.

Vincent : L’idée de synchroniser ce second écran avec l’émission télévisée n’est venue que plus tard. Mais ça s’est transformé en un vrai projet transmedia.

Jean-Sébastien : Vincent a vraiment eu la bonne idée. Et puis, c’était un défi, on adore ça !

2- Des expériences inédites mais beaucoup de stress à cause, notamment, des difficultés techniques ?

Jean-Sébastien : Oui... Je croyais que la caméra ayant la forme d’une boule on pouvait filmer sans trop se soucier de sa position. Mais ce n’est pas du tout le cas ! Nous avons découvert une multitude de problèmes et avons appris progressivement en marchant car pas de mode d’emploi. On a essuyé les plâtres. Mais le stress demeure car on filme à l’aveugle (pas de retour). Sans oublier que les risques sont multipliés par 7 car sur les 7 caméras, si l’une d’entre elles lâche, ce sont tous les films qui sont inutilisables.

Vincent : On s’est donc entraînés avant de partir filmer dans plusieurs situations, on a multiplié les prises de vues lors du premier tournage pour être certains de pouvoir ramener au moins une séquence. Comme tout ce qui est nouveau, l’apprentissage ne peut être qu’empirique, et à force de maîtriser, le stress a disparu...enfin un petit peu, car celui de vouloir ramener un bon film est toujours là !

3 – Dans l’immensité des lieux et coutumes à découvrir, comment s’est effectué le choix ? Au feeling, un coup de noisette ?

Jean-Sébastien : On procède en fait toujours de la même manière, et personnellement je pense ne pas pouvoir travailler autrement. Avant de partir on bosse sur un pays, sa culture, son histoire, un travail classique de préparation pour mieux appréhender l’endroit où l’on va plonger. Ensuite, on explore en détail une situation/une personne qui a attisé notre curiosité. Vincent et moi n’avons pas toujours les mêmes centres d’intérêts mais justement, l’une des forces de notre « duo » c’est de faire confiance respectivement au feeling ou aux envies de l’autre. L’autre force est qu’on adore rencontrer des gens, chacun de nous deux ayant une façon bien distincte d’engager une conversation mais avec la même conviction que chaque personne a quelque chose à nous dire et à nous apprendre.

Avant de partir, on planifie un itinéraire avec la prise de quelques rendez-vous. On se crée une sorte de canevas dans la tête permettant de rassurer tout le monde, en particulier les producteurs et les chaînes. Après, on oublie tout et on se laisse porter par les rencontres, les situations ou encore par notre curiosité, afin de tout redécouvrir par nous-mêmes sur le terrain. Le travail de recherches réalisé en amont reste dans un coin de la tête, comme un recueil dont on consultera les pages lors d’un tournage. Il nous permet d’improviser tout en étant certain d’aborder les sujets qui nous intéressent sans forcément tout prévoir.

4 – Combien de temps a duré le périple, combien d’heures de tournage, combien de séances de montage pour réaliser un tel ovni documentaire ?

Vincent : Le pilote de l’émission a nécessité 15 jours de tournage et des semaines de montage...et de remontage... et de re-remontage. Ce, pendant environ 5/6 semaines. C’est ainsi quand on invente une recette. Maintenant on ne tourne que 10 jours sur place.

Jean- Sébastien: 10 jours et c’est déjà très éprouvant. Surtout pour Vincent qui conduit, et pour le cameraman (Christophe Brunet ou Matthieu Martin) qui doit nous coller aux basques, si on improvise il faut qu’il soit prêt à dégainer. Avec en plus le son à gérer ! On a l’habitude de travailler entre amis et pour ce projet, encore plus, c’est physique, on vit collé les uns aux autres au quotidien. Donc, il peut-être facile de s’énerver (surtout quand on a la gueule de bois!). La postproduction des 360° est une vraie galère car cette technologie n’est pas encore faite pour être utilisée dans un format classique de fabrication télé.

5 – Jean-Sébastien, vous avez sacrément donné de votre personne lors de la première étape au pays des kiwis. Un tatouage sur-mesure mais aussi impressionnant qu’un haka ?

Honnêtement ce n’était pas très compliqué, c’est un honneur que le tatoueur m’a fait. Le tatouage traditionnel au marteau et à la dent de sanglier est une pratique très confidentielle et chargée de sens chez les maoris. Le motif a une énorme signification pour moi. Je remercie Vincent car c’était un rêve secret. Je ne suis pas maso mais j’aime vivre les expériences/situations des gens qui m’intriguent ou des personnes dont j’essaie de raconter la vie. Dorénavant je pense pouvoir parler un peu plus légitimement des maoris grâce à ce film et à tout ce qu’on a partagé avec eux. Pour la douleur, ce sont surtout les dernières minutes qui étaient éprouvantes mais je me sentais fort, j’avais mon copain avec moi :)).

6 – Vincent, le Christ du Corcovado n’a plus de secret pour vous ?

Survoler de près le Corcovado était dans ma « bucket list » de pilote. Le faire en ULM n’a pas été facile, on s’y est repris à 3 fois ! Problème météo, panne radio... Et puis cette zone est sous le contrôle aérien de l’aéroport Santos Dumont qui n’est pas bien loin. Même s’ils nous ont laissé approcher, notre présence n’a pas été tolérée bien longtemps. Un grand souvenir en tout cas !

Pour la petite histoire, au début, on avait imaginé que Jean-Seb monterait à l’intérieur du Christ et se hisserait au sommet... mais ça n’a pas été possible !

7 – Entre-nous, personne ne nous entend, quelle fut la plus grosse tranche de rire que vous ayez pu savourer durant cette riche expérience ?

Jean-Sébastien : Il y en a beaucoup, difficile d’en trouver une en particulier. L’humour est aussi une force dans notre relation. Je tiens d’ailleurs à préciser que ces films nous laissent la possibilité d’être à l’écran comme on est dans le vie, et donc, de cultiver le second degré. Lors de notre « mariage » à Las Vegas, on savait qu’on faisait n’importe quoi, mais on était contents de nous et qu’est-ce qu’on a ri !

Vincent et moi on se connaît par cœur . Du coup, on a un malin plaisir à se pousser l’un l’autre dans des situations parfois inconfortables. Vincent est logique et réfléchi et franchement ça m’a vraiment fait marrer de l’envoyer voir un Chaman au Mexique. Une espèce d’escroc qui m’avait promis de guérir Vincent des mauvaises ondes qu’il a en lui. Situation ridicule mais j’ai adoré voir Vincent affronter ce type sachant que ce n’était pas en sa faveur. Ce jeu de moqueries entre nous a quelque chose de bienveillant. Se mettre chacun son tour dans des situations gênantes nous permet d’aller au-delà de nos limites. Enrichissant tout en permettant de ne pas se prendre au sérieux et surtout d’avoir le soir de franches parties de rigolade quand on se refait la scène autour d’un bon verre:))

8 – Quelles sont les prochaines destinations où vous allez nous emmener ? Au bout de la terre, au pays des merveilles ?

Jean-Sébastien : Pour cette saison 1, après la Nouvelle-Zélande et le Brésil, l’Italie (ce samedi), l’ouest américain et le Mexique. Après on ne peut pas vraiment en parler;-) Disons simplement que nous partons pour la Namibie jeudi...

9 – Question collégiale, bon ok, vous n’êtes que deux;-) mais quelles sont vos prochaines bottes secrètes ? Du doc, encore du doc, toujours du doc ?

Vincent : Une nouvelle saison de 360@ et si possible un ou deux projets perso que je dois pour l’instant garder secret;-)

Jean-Sébastien : Aucun projet télé en vue. Je viens de terminer les différents reportages sur lesquels je travaillais depuis un an, je vais me consacrer uniquement à 360@ pour le moment. Dans l’avenir ? Toujours le rêve de faire du cinéma et peut-être un livre...

10 – Et comme d’habitude, that’s the squirrel’s way, le petit quizz pour mieux connaître le fond de votre âme...
Par ordre alphabétique, on commence par Jean-Sébastien :
  • Un roman : Les faux-monnayeurs d’André Gide
  • Un personnage : Sam Lion
  • Un écrivain(e) : Hunter S ; Thompson
  • Une musique : A day in the Life
  • Un film : Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard
  • Un animal : la girafe
  • Un dessert : l’œuf mayo
  • Une devise/citation : « L’eau chaude, n’oublie pas qu’elle a été froide »

Et on termine par Vincent :
  • Un roman : Terre des Hommes (Saint-Exupéry) / La promesse de l’aube (Gary) / Voyage au bout de la nuit (Céline) / Water Music (TC Boyle) and so on !
  • Un personnage : Saint-Ex, Mermoz, Churchill
  • Un écrivain(e) : Romain Gary, Josep Kessel
  • Une musique : Bach (tiens, il s’appelle aussi Jean-Sébastien ! )
  • Un film : Un singe en hiver d’Henri Verneuil
  • Un animal : le chat
  • Un dessert : le gâteau basque de chez Pariès à Saint-Jean de Luz
  • Une devise/citation : « Vis comme si tu allais mourir demain, apprend comme si tu allais vivre toujours » (Ghandi)


Merci du fond de la noisette pour cette interview et à samedi prochain pour suivre vos découvertes en immersion à 360@


 




lundi 26 octobre 2015


Une noisette, des lectures


Des pages, des phrases, des histoires



Du haut de mon arbre, il est naturel (et ce sans arôme artificiel) de vous dévoiler mes quelques noisettes "coup de cœur" de ces derniers mois, votre serviteur n’ayant qu’une seule devise (enfin presque) : de la lecture avant toute chose !



Mohammad Reza Pahlavi, le dernier Shah d’Iran – Yves Bomati/Houchang Nahavandi – Editions Perrin - 2013
Ouvrage lu avant tout pour ses auteurs. Une surprise en le découvrant chez un libraire de mon secteur arboricole. Yves Bomati et Houchang Nahavandi sont un peu mes deux mentors, le premier m’a appris à aimer les lettres, le second à découvrir et aimer le monde et la culture du Proche-Orient. Deux de mes anciens professeurs pour qui j’ai un immense respect, malgré parfois, des points de divergence.

Cette biographie récente du dernier Shah d’Iran est riche en détails et sur l’histoire de la brève dynastie des Pahlavi. Même si on garde un œil critique sur ce récit penchant plutôt en faveur de Mohammad Reza, les auteurs ont toutefois l’objectivité de ne pas occulter ses défauts, ses erreurs et contradictions. Mais prendre un peu de recul est parfois salutaire, par exemple, les passages sur les exigences britanniques à travers le 20° siècle et la position de l’Iran sur l’Afghanistan dans les années 70, pourraient un peu expliquer la situation d’aujourd’hui sur le Proche-Orient. Quant à Valéry Giscard d'Estaing, j'espère qu'il a lu ce livre...


Je vous écris de Téhéran – Delphine Minoui – Editions seuil - 2015
Autre ouvrage sur l’Iran qui apporte une vision du pays dans les années 80 et celles d’aujourd’hui, entre frayeur et espoir. Des paragraphes absolument saisissants sur l’ultra sécurité du pays, la description de celles et ceux qui continuent à lutter malgré les dangers, ses rencontres improbables et parfois désarmantes, font de ce récit un quasi-testament sur la vie quotidienne iranienne. Pour apporter de la douceur et de la poésie, la correspondance imaginaire de l’auteure à son grand-père permet au lecteur de s’engouffrer dans l’âme persane. Delphine Minoui émet beaucoup de questions, la plupart sans y apporter de réponses. Le passage le plus frappant, est sans aucun doute celui portant sur le nucléaire. Les raisons aussi de vouloir cet arsenal. Pourquoi ? Réponse dans le massacre d’Halabja.


La vérité sur la tragédie des Romanov – Marc Ferro - 2013
Passons de l’Iran à la Russie...

Enquête très fournie de Marc Ferro sur la tragédie des Romanov et le réel sort réservé à sa famille. Et si Nicolas II avait été le seul à être assassiné ? Documents, témoignages de la part des deux côtés, celui des Rouges et celui des Blancs. Chacun avait intérêt, pour des raisons évidemment distinctes, de faire croire que toute la famille avait été exterminée. Mais...


L’avocat, le nain et la princesse masquée – Paul Colize – Press Pocket 2014
Non, ce n’est pas un remake d’une histoire de Walt Disney, c’est un roman policier, une histoire belge ( pas de vilaines pensées, merci), palpitante, haletante mais pour laquelle pas besoin de retenir votre souffle. Il suffira de tourner les pages pour suivre sans vous arrêter le parcours d’Hugues Tonnon, avocat du bureau bruxellois qui a eu la mauvaise idée d’accepter l’invitation d’une très séduisante top model que l’on retrouvera quelques heures plus tard assassinée. Tous les ingrédients du bon polar de divertissement sont réunis, le tout agrémenté d’une sauce piquante savamment dosée en humour, qui vous donneront trois heures de lecture ferme et du fun en sursis !  


Jamais sans elles – Jacques Santamaria/Patrice Duhamel – Editions Plon 2015
Marie-Louise, Charlotte, Yvonne, Mathilde, Liliane, Elisabeth, Michelle... Des femmes. Certaines oubliées et/ou peu connues. D’autres immortalisées à jamais. Mais toutes ont un point commun : elles ont influencé un mari, un père un fils dans l’exercice du pouvoir. De Charles-Maurice de Talleyrand à Manuel Valls. Plus de 200 ans d’écart pour une visite intime des petites histoires pour la grande histoire. Un livre qui au départ ne figurait pas dans la liste de mes envies, mais en le feuilletant, je lui ai trouvé un parfum alléchant, celui qui vous permet de vous faire inviter dans le sanctuaire privé de la politique. Mais attention, que les amateurs de récits glauques ne s’attendent pas à des révélations de noisettes croustillantes, cet ouvrage n’est en aucun cas du "people" même si à plusieurs reprises, je lui trouve un côté un peu "bisounours". Cependant, le charme de la lecture opère...


L’ours est un écrivain comme les autres – William Kotzwinkle – Editions Cambourakis - 2014
Ai-je gardé le meilleur pour la fin ? Possible. Du compagnon typographe à la liste des journalistes œuvrant pour un journal, l’ours ne pouvait devenir qu’écrivain ! Enfin presque car il use d’un stratagème pour le devenir. Une fable burlesque, un conte pour adultes, une épopée digne du plus fin des plantigrades dans l’univers impitoyable de la presse et de l’édition. Périple ursinesque pour une satire de la bêtise humaine.

Bref, pour résumer, c’est un livre pop-corn, ou plutôt de la crème fouettée, bien fouettée même. Bien appuyer le marque-page en position du 3° degré et on dévore le tout jusqu’à la dernière ligne. L’ours alias Dan Flakes sort ses griffes pour une cynique critique de la société mercantile, de la course à la célébrité, du snobisme.. et autres pots de miel. A déguster entre les nombreuses tranches de rire !