lundi 10 décembre 2018


Une noisette, un livre

 

L’amour c’est…

 

200 auteurs

Illustrations de Jack Koch

Préface de Baptiste Beaulieu

 



L’amour. Chanté, loué depuis la nuit des temps. Sublimé par les aèdes, modernisé par les poètes d’aujourd’hui et toujours avec la lumière.

200 auteurs, 200 saltimbanques des mots réunis en un seul ouvrage pour apporter leur petite touche sur ce qui mène le monde. En quelques lignes, ils effeuillent toutes les amours : l’amour universel (Agapé), l’amour filial (Storgé), l’amour bienveillant (Philia) et l’amour désir (Eros).

C’est beau, tout simplement. C’est un souffle qui s’engouffre, une bouffée qui respire, une fleur qui s’épanouit, les ailes d’un oiseau qui dansent, une feuille qui s’envole, une main qui se tend, un sourire qui se prolonge, un cœur qui vibre.
C’est continuer son chemin, c’est regarder vers les autres, c’est valser sous la pluie.
C’est peut-être "une espérance qui force le destin", alors musique et valsons !

« C’est l’amour qui flotte dans l’ai à la ronde
C’est l’amour qui console le pauvre monde
C’est l’amour qui rend chaque jour la gaité
C’est l’amour qui nous rendra la liberté ».

Tout petit l’écureuil chantait ces strophes de l’opérette de Louis Ganne ; aujourd’hui avec ce livre, c’est un rideau qui s’ouvre sur les gammes des belles lettres au service de ce que l’humain sait faire le mieux : aimer.

L’amour c’est… Editions Livre de Poche – Novembre 2018

Pour chaque livre acheté, 2 euros seront reversés à l’association « Le rire médecin » qui permet aux enfants malades de mieux combattre la souffrance par le rire.

mardi 4 décembre 2018



Une noisette, un film



Monsieur de Laurent Delahousse




Un regard bleu horizon, une main tenant un stylo, une voix au phrasé unique. C’est un petit garçon devenu grand, très grand, puisqu’il est devenu immortel, un dieu des lettres sur l’Olympe de la Pléiade. C’est Monsieur. Monsieur Jean d’Ormesson. Le journaliste emblématique de France2 lui consacre un documentaire, une œuvre lumineuse qui apporte toute l’espérance que l’écrivain avait en lui. Un tournage de plus de deux ans, effectué au crépuscule de sa vie mais qui est l’aube de toute la richesse humaine.
C’est toute une dimension symbolique avec cet élément qui ouvre et clôt le film : l’eau. L’eau et ses merveilles comme l’a chanté Pline. C’est le plongeon d’un jeune enfant, un garçon bouillant de jeunesse dans les tourbillons aquatiques, c’est le mythe de Jean d’Ormesson se baignant nu dans les eaux de la Méditerranée, les séquences débutant d’ailleurs en Corse, au milieu de la Mare Nostrum que Jean d’O vénérait tant, là où les sources jaillissent à la lumière. L’eau, cette nature féminine, cette femme, ces femmes que l’académicien a séduit, charmé, loué. Cette eau qui rejoint l’amour, telle Aphrodite, née de l’écume des flots, recevant le message d’Hera dans L’Iliade : « Donne-moi l’amour et le désir, à l’ordre desquels tu domptes les Dieux immortels et les hommes mortels. Je vais voir, aux limites de la terre, Okéanos, origine des Dieux ».

Le ton est donné, le piano de Julien Doré fait galoper les notes, le film peut continuer sur le grand théâtre de la vie de Jean D’Ormesson. Ce dernier s’est laissé filmer pendant des heures, seul, en famille, avec ses amis ou avec son public, ce public qui lui seul décide du succès et de la valeur d’un livre. On le retrouve avec son éternel discours du bonheur, ses modesties plus ou moins vraies, ses coquetteries, ses idéaux, sa sagesse, son humour mais aussi, curieusement, ses blessures, surtout celles d’un père aimé, d’un père aimant, mais où est toujours restée une certaine incompréhension. Ce père qui gifla une seule fois son fils en lui faisant comprendre qu’on se devait d’être tolérant mais qu’il y avait l’intolérable. C’était en 1931, les troupes nazies défilaient en Allemagne et le jeune Jean s’était mis à faire comme tout le monde : les applaudir… Une claque reçue, une leçon de vie retenue. 

Des scènes attendrissantes comme ce dialogue avec sa petite-fille Marie-Sarah, là où il raconte ce qu’il faisait à vingt ans, là ou Sarah narre qu’elle était tellement heureuse que son grand-père l’emmena à l’école qu’elle en avait oublié son cartable. Ces petits riens qui forment un énorme tout.
La caméra s’est portée également sur sa fille Héloïse et leurs marches dans la nature, parfois sous le regard bienveillant de la tendre et discrète épouse Françoise, sans oublier le fidèle majordome Olivier qui veille sur cette famille pas comme les autres. Et puis, il y a Dominique, la secrétaire, celle qui transcrit les textes de Monsieur mais qui manie le verbe avec une aisance prodigieuse, sachant détecter les péchés mignons de son patron. 

Côté vie publique, ce sont les séances à l’Académie française, avec, entre autres, cette pastille incroyable où Jean d’Ormesson se transforme en un Louis de Funés pour arriver le premier devant son filleul. Impayable ! Puis, l’épisode de la Pléiade avec Antoine Gallimard et enfin, cette séquence avec Fabrice Luchini, fidèle à lui-même où se mêlent littérature et politique. La politique justement, avec l’instant archives, en 1969, lorsque Georges Pompidou cite les vers de Paul Eluard suite à une question sur le suicide de Gabrielle Russier : « moi mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ».

Retour en 2016, Jean d’Ormesson souhaite rencontrer un jeune ministre : Emmanuel Macron. De la longue discussion est extrait un dialogue qui devient soudainement surréaliste en décembre 2018… Tout part d’une fable de La Fontaine, lui-même inspiré par Esope, écrite sous Mazarin et la fronde approchante. Une chauve-souris, avec des ailes comme un oiseau, seul manque le passage  « Jupiter confonde les chats »…

Un long-métrage à l’image de Jean d’Ormesson : pudeur et élégance. Réalisé avec une délicatesse inouïe, des images de Dame Nature dans tout son univers mirifique ; c’est un portrait peint aux mille nuances et surtout un chant d’espoir, un hymne à la vieillesse. Des prises de vue extrêmement rapprochées montrent les rides, les signes du temps qui passe sur les passants que nous sommes tous. Ces rides sont tout simplement belles et sont la preuve que nous vieillissons, que nous sommes en vie jusqu’à ce qu’un autre chemin nous appelle au firmament de l’éternité. 
Désormais Jean d’Ormesson est une étoile au royaume des cieux qui continuera à nous bercer de ses mots, de ses messages sur la vie. Astre qui brillera intensément ce 5 décembre pour remercier Laurent Delahousse de l’avoir fait scintiller dans toute sa noblesse et pour une deuxième immortalité.

« Malgré tout je vous dis que cette vie fut belle

Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici

N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle »

Louis Aragon

Monsieur – Film documentaire de Laurent Delahousse – Musique Julien Doré – 5 décembre 2018 




lundi 26 novembre 2018


Une noisette, un livre


 37, étoiles filantes

Jérôme Attal




Paris, 1937 – Alberto Giacometti, au bord de la rupture avec sa fiancée, se fait renverser par une voiture américaine place des Pyramides.  En 1964, Jean-Paul Sartre relate l’accident à sa façon dans « Les Mots ». Cinquante-quatre ans plus tard, c’est Jérôme Attal qui offre une autre version. Celle d’un Giacometti qui est hospitalisé suite à la rencontre entre une roue et son pied place d’Italie. Il apprend de la part de son ex-future dulcinée Isabel, que Sartre a déclaré « Il lui est arrivé ENFIN quelque chose ». Plus qu’un désir, une envie, une intention : refaire le portrait du philosophe pour lui montrer qui c’est Raoul !

Une savoureuse histoire entre deux « artistes », l’un manie le plâtre, l’autre le verbe, une longue suite de « je t’aime, moi non plus », face à la complexité des deux personnages. L’écrivain nous entraîne de terrasses en terrasses, de cafés en cafés, de Montpanasse à l’ambiance germanopratine en passant par la rue Visconti, longue rue où les vœux passent comme des étoiles filantes dans l’ombre d’Orphée.

Entre deux statuettes, se glisse la fine fleur du surréalisme des années 30 : Breton, Eluard, Desnos, Foujita (et ses lunettes), Roché et aussi, indirectement, le philosophe allemand Husserl et, et l’incontournable François Mauriac lors d’un dîner avec le compagnon de Simone de Beauvoir. Tout un programme et n’hésitez pas à le demander !

Deux autres éléments participent à cette fantaisie livresque : l’amour et l’humour, des rimes qui s’ajoutent sans excès de glamour mais avec ce qu’il faut de la verve d’un troubadour (ou trouvère pour ceux qui sont plus au nord sans le perdre). Car il faut être un ménestrel des mots pour jongler avec autant d’aisance, de brio sur les chemins de l’amour (visites au lupanar comprises) et de ses hasards. De sa tendresse aussi.
Pour ne pas ennuyer le lecteur, l’écrivain facétieux l’entraîne également dans un commissariat où l’ambiance ne risque pas trop de mettre du bleu à l’âme surtout lorsqu’il s’agit de surfer sur l’actualité du XXI° siècle pour relater la plaidoirie d’un inculpé du début XX°, c’est jawadien vôtre… (cf page 100).

Alors hop, mauvaise troupe, en route, haut les noisettes dans le firmament des étoiles filantes qui brillent de 37 saillies.

« Il affiche la mine joviale, sans arrière-pensée, de ceux qui savent participer de bon cœur au spectacle de l’existence ».

« - Vous me faites confiance pour vos verres ? – Les yeux fermés ».

« Il y a beaucoup de présence dans l’absence ».

«  - Ce n’est pas une attitude un peu coloniale conquérante que d’arborer une ceinture en crocodile ? – Ce qui est bien avec vous, Jean-Paul, c’est que vous ne donnez jamais des coups au-dessus, ou en dessous de la ceinture, mais vous visez la ceinture même ! »

Jérôme Attal – 37, étoiles filantes – Editions Robert Laffont – Août 2018






dimanche 25 novembre 2018


Une noisette, un livre


 Des mots de contrebande

Alain Cadéo




Des mots et encore des mots. Alignés. Superbement. Ils flottent, nagent, plongent, ressurgissent dans un ballet perpétuel de cadence verbale. Ils sont écrits, pour moi, pour toi, pour nous, pour eux. Pour tous les gourmands de littérature, du firmament des belles lettres. Mais aussi pour les curieux, les affamés de vie ou en recherche de vie. Car écrire c’est s’accrocher, recommencer. Infiniment.

Alain Cadeo est un poète « balbutiant l’infini », poète libre de toute convention. Sa plume virevolte au gré des jours, des nuits, l’aube et le réveil, le crépuscule et le sommeil ; une lueur, un rayon, des larmes de pluie… tout mérite que l’encre inscrive chaque instant.

Ce recueil est comme une épître pour chanter, clamer que seules les phrases ont un pouvoir divin, au-delà même de l’imaginable.
Des entrelacs en contrebande à ne pas prohiber mais au contraire à diffuser comme des étoiles.

« L’animal n’est vivant que libre et sans entraves ».

« Il y a les silencieux. De leurs grands yeux étonnés, ils regardent ce monde qui n’est pas tout à fait le leur, puis se retournent et disparaissent dans l’ombre de leurs derniers sous-bois, pleins de questions, prenant bien soin que personne ne les suive, effaçant la moindre trace de leur fuite. Et eux n’ont qu’un mérite, celui d’être discrets ».

« Deux ailleurs qui se croisent font, chaque fois, un nulle part que j’aime par-dessus tout ».

Des mots de contrebande – Alain Cadéo – Editions La Trace – Novembre 2018

vendredi 23 novembre 2018


Une noisette, un livre


 Mon oncle de l’ombre

Stéphanie Trouillard




12 juillet 1944 – Bretagne. Dans le petit village breton de Kérihuel, sept parachutistes, huit patriotes et trois cultivateurs sont fusillés par l’armée allemande et les miliciens avant qu’ils ne mettent le feu au village dans une violence inouïe.
Parmi les résistants, un jeune homme de 23 ans, André Gondet. C’est son histoire que sa petite nièce a voulu retrouver puis raconter. C’est celle toute simple d’un Français engagé, une histoire parmi les autres qui toutes forment la grande histoire.

L’enquête s’annonce être une gageure car d’André Gondet on ne sait rien et ne subsiste qu’une photo qui était accrochée au mur de la maison de son frère, le grand-père de Stéphanie Trouillard. Mais il est décédé comme la plupart des personnes qui ont pu le connaître. Au départ, la journaliste a l’impression de poursuivre un ectoplasme jusqu’à aller douter même de son existence. Pourtant, cette photo existe, photo d’un jeune homme souriant et au regard déterminé.
Peu à peu, elle arrive à retrouver quelques traces de cet inconnu qui a croisé le chemin de l’intrépide Pierre Marienne ainsi que d’autres héros qui se retrouveront tous happés par un funeste destin. Elle décortique la brève vie du sergent en cherchant à comprendre comment et pourquoi il s’est engagé dans l’armée de l’ombre et c’est un secret bien gardé qu’elle découvrira.

A travers le parcours de ce grand-oncle, c’est une formidable opportunité pour remonter le fil du temps et le rôle de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. Relaté avec beaucoup d’objectivité, elle essaie de tout décrypter, le meilleur comme le pire, des actes héroïques aux actes les plus terribles de l’occupant, sans oublier le rôle peu glorieux des miliciens à l’image de Zeller et sa bande. Elle n’oublie personne, notamment les femmes qui se sont engagées elles aussi dans la résistance, moins nombreuses que les hommes certes, mais trop souvent occultées. Sauf parfois quelques commentaires pour les salir car de suite le doute est mis sur des femmes côtoyant des hommes…

Une recherche excessivement minutieuse pour un document qui plaira aussi bien aux spécialistes de la guerre 39-45 qu’aux profanes. Des détails, des précisions bienvenues, des remarques touchantes comme le passage des échanges entre l’auteure et les descendants de l’infâme Zeller ; un ensemble enveloppé dans le souvenir des disparus et des quelques survivants. C’est aussi l’émotion d’une jeune femme en quête de ses racines et de l’histoire de sa famille.

« En réveillant les morts, j’ai bousculé les vivants ».

Mon oncle de l’ombre, enquête sur un maquisard breton – Stéphanie Trouillard – Editions Skol Vreizh – Septembre 2018