lundi 27 février 2017


Une noisette, un prix littéraire


Prix Roman/Essai France Télévisions 2017


Depuis plus de 20 ans, France Télévisions décerne un prix littéraire scindé en deux catégories : roman et essai. Un jury composé de téléspectateurs désigne les heureux élus, et, l’écureuil ici présent en fera partie pour la première fois. Danse de la noisette...

Auparavant, un jury de sélection présidé par François Busnel (vous savez le journaliste qui fait fondre notre réserve de noisettes chaque jeudi avec "La Grande Librairie" sur France 5) et formé de spécialistes du monde des livres, a porté son choix sur quelques pépites de ces derniers mois :

Les romans en lice

Natasha Appanach – Tropique de la violence – Gallimard
Régine Detambel – Trois ex – Actes Sud
Emmanuel Dongala – La sonate à Bridgetower – Actes Sud
Michel Julien – Denise au Ventoux – Verdier
Laurent Mauvignier – Continuer – Les Editions de Minuit
Shumona Sinha – Apatride – Editions de l’Olivier

Les essais en lice

Patrick Boucheron (collectif) – Histoire mondiale de la France – Seuil
François Cheng – De l’âme – Albin Michel
Michaël Foessel – La nuit. Vivre sans témoin – Autrement
Ruwen Ogien – Mes mille et une nuits. La maladie comme drame et comme comédie – Albin Michel
Patrizia Paterlini-Bréchot – Tuer le cancer – Stock
Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs – Gallimard

Sont à prévoir dans mon arbre de longues soirées studieuses (en fait elles ont déjà commencé) et ensuite, de belles rencontres et échanges fructueux lors de la délibération le 23 mars prochain au siège du premier groupe audiovisuel français : France Télévisions.

Votre serviteur au poil brillant (reste à savoir si le reste suit) ne manquera pas de déposer, ici au pied du domaine, ses impressions afin de partager avec vous tous cette richesse de la lecture, de la découverte (ou redécouverte) de talents, d’explorations de vocables, de grignotages de pages et d’histoires qui portent à la fois vers la réflexion et le rêve...

En attendant, je vous offre cette madeleine :
"Tant que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques vous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n’aurions pas pu pénétrer, son rôle dans votre vie est salutaire". Marcel Proust




















mardi 21 février 2017


Une noisette, une interview


Rosa Montero

"Le mélange de la réalité et de la fiction est ce qui représente le mieux le monde"


Photo © Patricia A. LLanza



Rosa Montero. Journaliste et auteure. Auteure et journaliste. Du quotidien El Pais à ses multiples romans. Son dernier né est “La chair”, un titre qui parle déjà de lui-même. Passionnée, mêlant des histoires de fiction à la réalité de la vie, l’écrivaine espagnole étonne à chacune de ses pontes, entre phrases mélancoliques et pragmatiques, des mots jonglants sur la tristesse et le bonheur et des pincées appuyées d’humour élégant.
Entretien sur l’arbre de l’écureuil pour une dégustation en chair et en os (coucou Almodovar) d’une noisette pas comme les autres.

1 – Un titre court mais qui sonne comme un appel : La chair. Comment vous est venue cette idée ?
Si tout va bien, les titres surgissent de manière naturelle, où, comme dans mon cas, lorsqu’un tiers du roman est écrit. Ils sortent du texte, m’expliquent ou parachèvent le fil conducteur du livre. Très rapidement l’accroche m’est venue et je l’ai trouvée merveilleuse, puissante, expressive dans sa sensibilité. Je fus même surprise que ce titre ne figure pas pour une vingtaine de romans. Il est parfait pour ce livre. C’est la chair qui vous emprisonne parce que nous n’avons pas choisi le corps dans lequel nous vivons. c’est la chair qui nous enferme, nous vieillit, nous tue. Mais également la chair qui nous fait frôler l’éternité et la gloire via le sexe et la passion. Et c’est la chair animale qui nous sauve d’être seulement des humains et qui nous permet d’être intensément heureux quand un rayon de soleil se dépose sur vous. Cela résume l’ensemble de mon roman, la splendeur et l’effroi de la vie.

2 – Votre roman joue sur deux faces, une légère et une autre beaucoup plus grave, comme s’il s’agissait d’un yin et d’un yang pour le lecteur ?
Mon roman parle de choses très graves, essentielles, profondes, et aussi amères. La mort et la peur de la mort, le temps qui passe, le temps qui nous unit ou nous désunit, la peur de l’échec et de en pas être aimé, la peur de la folie et de l’exclusion sociale... des thèmes effrayants. Mais je les aborde avec beaucoup d’humour pour les rendre plus supportables, divertissants et même consolateurs.

3 – Chacun des protagonistes, Soledad et Adam, ont leur propres blessures mais les deux sont à la recherche d’un soleil, un soleil qui s’appelle amour. Cependant, un soleil douloureux aussi à l’instar de la vie de beaucoup d’auteurs qui intègrent le roman.
Soledad, ma protagoniste, qui est commissaire d’expositions d’art en prépare une pour la Bibliothèque Nationale sur les écrivains maudits. Et au cours du récit, s’intercalent des histoires hallucinantes et extravagantes, toutes réelles, sauf une, de plusieurs écrivains. Soledad regarde ces histoires comme on se regarde dans un miroir, parce qu’elle aussi se sent maudite, sur le bord de l’exclusion sociale.

4 – Le sexe payant n’est pas qu’une affaire d’hommes. Cependant, par rapport au pix, pas d’égalité...
Ha, ha, la différence de prix n’est qu’une preuve supplémentaire du sexisme. Soledad en loue pas un gigolo pour coucher avec lui, elle n’a nullement l’intention de payer pour du sexe, elle veut seulement briller avec un très bel homme à ses côtés pour rendre jaloux son ex-amant. Mais la situation se complique...et je veux dire que le fait qu’il soit un prostitué n’est pas l’essentiel du roman. C’est juste un conflit qui s’ajoute à la relation.

5 – Beaucoup de pudeur dans votre récit. Parce qu’il est toujours plus captivant d’essayer d’imaginer l’intime plutôt que de le montrer, plus respectueux aussi bien que Soledad soit un personnage de fiction ?
L’érotisme, comme l’art, s’amplifie avec ce qu’il ne dit pas, ne montre pas. Une personne parait bien plus nue si elle porte une très légère pièce de tissu que rien du tout.

6 – En parallèle à votre livre, une exposition très originale est montée au centre Ayala Daimiel sur “Les rides de la vie” c’est à dire capter l’attention par la photographie des émotions du visage le long de son existence. Rosa Montero aurait-elle pu en être le commissaire ?
Je ne sais si j’aurais eu le talent pour concevoir cette exposition, magnifique à mon goût, mais qui évidemment correspond à ma sensibilité.

7 – Vous citez l’écrivaine Françoise Sagan, dans “La chair, on remarque la même force d’amour chez la femme, disons d’expérience en âge, que dans “Aimez-vous Brahms ? C’est seulement un ressenti personnel ou on peut voir la même tristesse d’un amour impossible ?
Aucune idée. Je en connais pas le livre pour avoir lu seulement le premier roman de jeunesse de Sagan. Quant à la mélancolie face à la vie et aux amours qui se défont, c’est un thème universel de la littérature (et de l’existence).

8 – La musique détient une place très importante dans votre roman, surtout l’opéra. Une mélomane passionnée vous êtes ? Est-ce qu’un air peut avoir le même parcours que la rencontre entre deux corps ?
J’aime la musique, toute la musique. Ou presque. Classique, moderne, rock, tout. Je suis cinglée d’opéra, j’ai un abonnement au real et j’y vais dès que je peux. J’ai d’ailleurs établi une liste publique sur Spotify avec les thèmes inspirés par mon roman. La liste s’appelle “La carne por Rosa Montero” et chacun peut la télécharger. 4 heures d’écoute et je crois que c’est génial. Quant au Liebestod que mes personnages écoutent pendant l’amour, c’est l’idée de Soledad. Pour ma part, je n’ai jamais essayé (rires).

9 – Par extension, rencontrer l’amour est encore plus complexe quand une personne est fragilisée, par l’âge, la maladie, le handicap ?
Pour le rencontrer, aucun doute, c’est encore plus difficile. Rencontrer l’autre qui va t’accepter. Mais pour tomber amoureux, c’est pareil...

10 – Malgré un siècle de plus en plus orienté vers la technologie, l’écriture continue à être la meilleure communication pour sensibiliser l’opinion. La meilleure méthode est de mélanger réalité et fiction comme un métissage littéraire ?
Le mélange de la réalité et de la fiction est ce qui représente le mieux le monde. La vie est une fusion des deux. Par exemple, notre mémoire est un conte. Nous croyons nous rappeler de faits objectifs, mais en réalité nous inventons et nous manipulons tout le temps nos propres souvenirs.

11 – Je sais que vous militez pour les chiens en général et les lévriers en particulier. La condition animale s’est-elle améliorée en Espagne, ou avec la crise s’est-elle détériorée ?
Avec la crise tout a empiré, forcément, il y a moins d’argent pour les associations, les refuges, etc. Néanmoins et d’une manière générale, la prise de conscience sur le sort des animaux va en augmentant.

12 – On termine par le petit questionnaire pour mieux vous connaître

  • Un roman : Lolita de Nabokov
  • Un personnage : Moby Dick
  • Une musique : La valse de Masquerade de Khatchatourian
  • Un film : La Garçonnière de Billy Wilder
  • Une peinture : Autoportrait de Rubens
  • Une photographie : celle de la galaxie, l’Oeil de Dieu
  • Un animal : Le chien
  • Un dessert : les cerises
  • Une devise ou une citation : Ni peine, ni peur

Traduction © Squirelito

* Site de Rosa Montero : http://rosamontero.es/

Interview originale en espagnol

1 – Un titulo corto pero que toca como una llamada : La carne. Como ha venido esta idea ?
Si todo va bien, los títulos emergen de manera natural, al menos en mi caso, cuando llevo como un tercio de trabajo de la novela. Salen del texto y me explican o redondean la idea del libro. En este caso también sucedió así, de pronto se me ocurrió el título y me quedé maravillada, qué poderoso, qué expresivo en su sencillez... me extrañó que no hubiera veinte novelas tituladas La carne, pero no las hay. Y es perfecto para este libro. ES la carne que nos aprisiona porque no hemos escogido el cuerpo en el que vivimos. Es la carne que nos enferma, nos envejece y nos mata, pero también la carne que nos hace rozar la eternidad y la gloria a través del sexo y lampasion. Y es la carne animal que nos rescata de ser solo humanos, y que nos permite ser intensamente felices cuando nos cae encima un rayo de sol. Todo eso es la novela, el esplendor y el terror de la vida.

2 – Su novela juega con dos lados, uno ligero y otro mas grave, como si fuera una especia de yin y de yang para el lector ?
Mi novela habla de cosas muy graves, esenciales, profundas, incluso amargas. La muerte y el miedo a la muerte, el paso del tiempo, lo que el tiempo nos hace o más bien nos deshace, el miedo al fracaso y a no ser amado, el miedo a la locura y la exclusión social.... temas todos tremendos. Pero los trata con muchísimo sentido del humor, y eso hace que resulte soportable, divertido e incluso consolador.

3 – Cada protagonista, Soledad y Adam, tiene sus propias heridas pero los dos estan a la busqueda de un sol, un sol que se llama amor. Sin embargo, un sol que duele tambien ? como ha ocurrido en la vida de muchos autores que forman parte de la novela ? 

Soledad, mi protagonista, que es comisaría de exposiciones de arte, está preparando en efecto una exposición para la Biblioteca Nacional sobre escritores malditos. Y en la trama se van intercalando las historias alucinantes y estrambóticas, aunque reales (solo hay una inventada) de un montón de escritores, Soledad se mira en esas historias como quien se mira en un espejo, porque ella también se siente maldita, también se siente al borde de la exclusión social,

4 – El sexo pagado no es solo una cosa de hombres ? Sin embargo, en cuando a los precios, no hay igualdad...
Jajaja, la diferencia de precio no es más que una pequeña muestra del sexismo. Soledad no quiere contratar a un gigolo para acostarse con él, no tiene ninguna intención de pagar por sexo, ella sólo quiere lucir a un guapísimo a su lado para dar celos a un ex amante. Pero luego la situación se complica... quiero decir que el hecho de que sea un prostituto no es lo esencial de la novela. Solo añade un conflicto más a la relación.

5 – Hay mucho pudor en su relato. Porqué es siempre mas cautivador intentar imaginar el intimo que mostrarlo, mas respectuoso tambien aunque Soledad es un personaje de ficcion ?
El erotismo, como el arte, se potencian con lo que callan, con lo que no muestran. Una persona parece más desnuda si lleva una pequeñísima pieza de ropa que si no lleva nada.

6- En paralelo a su libro, hay una exposicion muy especial en el centro Ayala Daimiel sobre “las arrugas de la vida” o sea captar la atencion por la fotografia de las emociones del rostro al largo de la existencia. Rosa Montero hubiera podido ser el comisario ?
No sé si hubiera tenido el talento de idear esa exposición, que me parece hermosa, pero desde luego está muy cerca de mi sensibilidad.


7 – Usted cita la escritora francesa Françoise Sagan. Con « La carne » se ve la misma fuerza del amor en la mujer, digamos de experiencia por la edad, que en « Aimez-vous Brahms ? Es solo una sensacion personal o se puede ver la misma tristeza de un amor imposible ?
Pues ni idea. No he leído el libro. Solo leí la primera novela de juventud de Sagan hace mil años. En cuanto a la melancolía ante la vida y los amores que se van, es un tema universal de la literatura (y de la existencia)

8 – La musica tiene un gran importancia en su novela, y sobre todo la opera. Es una aficionada ? Y un aria puede tener el mismo camino que el encuentro entre dos cuerpos ?
Me encanta la música, toda la música. O casi toda. Clásica y moderna, rock e independiente, todo. La ópera me chifla, tengo abono en el Real y voy todo lo que puedo. Por cierto que he hecho una lista abierta en Spotify con temas inspirados por La carne. La lista se llama La carne por Rosa Montero y la puede descargar todo el mundo. Dura cuatro horas y creo que me ha quedado genial. En cuanto a que mis personajes usan el aria Liebestod para hacer el amor, es cosa de Soledad. Yo no lo he probado jajaja

9 – Por extensio, encontrar el amor es aun mas complejo cuando uno esta debiltado, por la edad, por enfermedad, por minusvalidez ?
Encontrarlo, seguro que es más difícil. Es decir, encontrar a otro que te acepte. Pero enamorarte te enamoras igual.

10 – A pesar de un siglo cada vez mas orientado en tecnologia, la escritura sigue el mejor poder de comunicacion y para sensibilizar a la gente. El mejor camino es mezclar realidad y ficcion como un mestizare literario ?
Para mí esa mezcla de la realidad y la ficción es la mejor representación del mundo. La vida es una fusión de ambas cosas. Por ejemplo, nuestra memoria es un cuento. Creemos que recordamos hechos objetivos, pero en realidad nos inventamos y manipulamos y ficcionamos nuestros recuerdos todo el rato.


11 – Sé que milita a favor de los perros en general y de los galgos en particular. Se ha mejorado la condicion animal en España, o con la crisis ha empeorado ?
Con la crisis ha empeorado todo concretamente, claro, hay menos dinero para las asociaciones, para los albergues animLes etcétera. Pero en general va aumentando la conciencia animalista en la sociedad.

12 – Por fin, un pequeño cuestionario para concocerle mejor ;-)

  • Una novela : Lolita de nabokov
  • Un personaje : Moby Dick
  • Una musica : Vals de Masquerade de Katchaturian
  • Una pelicula : El apartamento de Billy Wilder
  • Una pintura : El ultimo autorretrato de Rubens
  • Una fotografia : La de la galaxia El ojo de Dios
  • Un animal : El perro
  • Un postre : Picotas
  • Un lema o una cita : Ni pena ni miedo





jeudi 16 février 2017


Une noisette, une association, une interview

Isabelle Duthillier

Mécène pour Handi’Chiens




 

Fondée en 1989 et reconnue d’utilité publique en 2012, Handi' chiens est une association pour venir en aide gratuitement aux personnes atteintes d’un handicap.
Entretien avec l’un de ses mécènes : Isabelle Duthillier, conteuse, comédienne et auteure, avec pour dernier livre "Mon Handi’chien, ce super héros" paru en mars 2016 aux Editions Akela

 
1 - Isabelle Duthillier, l’association Handi’Chiens vous tient particulièrement à cœur, pourquoi ?
J’ai eu un coup de cœur suite à une belle rencontre entre mon amie Bernadette Appel et son chien Bulle offert par Handi’Chiens. Je ne connaissais pas cette association qui remet gratuitement des chiens d’assistance aux personnes handicapées en fauteuil mais aussi aux enfants atteints de troubles autistiques, de troubles épileptiques, du syndrome de Down…


2 - Handi’Chiens offre trois types de chiens selon le handicap : le chien d’assistance, le chien d’éveil et le chien d’accompagnement social. A quel handicap chaque chien correspond-il ?
Le chien dit d’assistance est le compagnon de toutes les personnes en fauteuil. Il apporte une aide au quotidien dans la vie de tous les jours pour faire des gestes courants comme chercher le téléphone, ramasser les lunettes et les clés, ouvrir et fermer les portes et les placards, faire des transactions en magasin…
Le chien d’éveil est éduqué pour répondre plus particulièrement aux besoins des enfants atteints des différents troubles précités afin de les aider à s’ouvrir sur la vie, les réconforter en situation de stress, les apaiser en cas de crises…
Le chien d’accompagnement social est un vecteur dans les maisons de retraite ou qui accueille des personnes infirmes moteur cérébral pour créer le lien entre les résidents et les apaiser pendant les soins…
 
3 - Combien d’années sont nécessaires pour former un chien ?
Le chiot est remis à l’âge de deux mois à la famille d’accueil qui lui apprendra une trentaine de commandes jusqu’à ses dix-huit mois avant de parfaire sa formation dans l’un de nos centres. Il recevra une éducation intensive quatre heures par jour, apprendra plus de cinquante commandes, pour être diplômé chien d’assistance à l’âge de deux ans environ.


4- Combien de centres existent-ils sur le territoire et comment fonctionne l’ensemble de l’organisation ?
Il existe quatre centres d’éducation :
Saint-Brandan
Alençon
Marcy L’Etoile
Vineuil.  
Chaque centre forme ses propres éducateurs canins pour l’association. Handi’Chiens emploie de nombreux salariés (éducateurs, secrétaires, chargés de communication, agents de chenil, auxiliaires de soins). 
Chaque éducateur forme environ quatre chiens en permanence. Le chiens formés sont ensuite remis lors d’un stage de passation orchestré par les éducateurs afin de voir se créer les meilleurs binômes bénéficiaire-chien. C’est beaucoup de travail mais surtout beaucoup de bonheur et l’émotion est au rendez-vous !
 
5 - En mars 2016 vous avez publié "Mon Handi’chien, ce super héros", des carnets de découverte des Editions AKELA pour que le jeune public comprenne ces partenaires canins si prévenants. Un outil pédagogique, mais pas que ?
C’était déjà une belle rencontre avec Laure Perrin l’éditrice qui a aussi édité un livre sur les chiens guides d’aveugles. Ce livre a pris forme avec les jolis dessins de Thanh portal dessinatrice pour enfants. Je suis l’auteur du premier livre pour enfants pour cette association et cela me touche... Les librairies sont en rupture de stocks mais nous avons encore ce livre à l’association… 


6 - Quelles sont vos autres activités pour venir en aide à Handi’Chiens ?
Depuis 2009 j’organise des expositions-ventes, je chante dans des concerts de jazz, je joue la comédie et je viens de terminer Adams Premier clone de France (histoire d’un jeune clone qui a de précieux pouvoirs…) pour lequel je cherche un éditeur.
J’ai pu ainsi offrir une somme de 56 000 euros à l’association et payer l’éducation complète de quatre chiens. Une belle aventure…
 
7 - Et comment pouvons nous aider l’association ?
Vous pouvez faire un don à Handi’Chiens 13 rue de l’Abbé Groult 75015 Paris, y acheter le livre, organiser toute manifestation qui fera connaître l’association lors d’une fête de fin d’année scolaire par exemple


8 - En ce début année, quel est votre souhait le plus cher pour 2017 ?
Que le quatrième chien que j’ai financé trouve un compagnon ou une compagne afin qu’ils écrivent ensemble une belle histoire d’amour…




mardi 7 février 2017


Une noisette, un livre

 

La chair


Rosa Montero

 



Tristan et Isolde, légende celte qui a inspiré Richard Wagner pour son opéra, suite à sa passion pour la poétesse Mathilde Wesendonck. Une œuvre qui atteint des sommets pour un amour impossible. Un amour impossible, inaccessible ou qu’on ne peut retenir. Comme l’expérimente Soledad Alegre, l’héroïne de Rosa Montero pour son nouveau roman : La chair.

Soledad ou la solitude, Soledad n’a jamais vécu en couple, des amants mais pas d’union durable. Désormais les 60 ans sonnés, la quête d’un compagnon s’avère encore plus difficile et davantage lorsque ce sont seulement les hommes jeunes et séduisants qui vous attirent.
Alegre, parce que malgré une certaine tristesse sur le temps qui passe et ne se rattrape jamais, l’auteur raconte de façon tellement aérée, tellement endiablée que ce sont des petites bulles qui pétillent dans votre encéphale.

Soledad Alegre, commissaire d’exposition, est abandonnée par son jeune amant, Mario, qui ne veut plus mener une double vie du fait de la grossesse de son épouse. Soledad sait qu’elle rencontrera le couple lors d’une représentation de Tristan et Isolde au Teatro Real. Elle veut le rendre fou de jalousie et s’engage à louer un "accompagnateur" c'est-à-dire… un gigolo. L’offre est variée sur le site en ligne, lequel choisir… ce sera Adam, 32 ans, 1m91, cheveux noirs, athlétique. Il est beau, très beau.
Mais (il y a toujours un mais) un événement imprévu à l’issu du spectacle va modifier les plans du départ… une course entre plaisir et danger, entre folie et raison, une histoire intime  où le désir se mêle au vieillissement, où la passion côtoie la colère, où la détermination brise l’impossible et où l’impossible brise la détermination.
 
Ce roman est un bijou, l’une des plus belles découvertes de cette rentrée littéraire 2017 : une fiction bien orchestrée où se mêle une culture abyssale de l’auteure espagnole. A commencer par un kaléidoscope des "écrivains maudits" (thème de l’exposition de la protagoniste) ou défilent, s’il vous plait : William Burroughs, Maria Luisa Bombal, Maria Carolina Geel, Philip le Dick, Guy de Maupassant, Maria Lejarraga, Thomas Mann, Françoise Sagan, Ulrich von Liechtenstein, Anne Perry… s’ajoutent des morceaux d’anthologie avec les références de "Mort à Venise", roman de Thomas Mann, film de Luchino Visconti, opéra de Benjamin Britten, et son triste héros Gustav von Aschenbach, qui est "terrifié par la force de ses sentiments" ou encore la description spontanée du page si amoureux "Cherubino" des Noces de Figaro… "Sento un affeto pien di desir, ch'ora è diletto, ch'ora è martir".
De la première à la dernière page, un festival de réflexions judicieusement élaborées sur le sort de la femme d’âge mûr (soudainement une pensée pour Camille Claudel surgit…) dont le désir de satisfaire son corps ne faiblit pas grâce à l’éternel printemps de l’esprit. Les hommes peuvent se permettre d’entretenir des relations avec des femmes plus jeunes qu’eux, le contraire demeure tabou ou sujet de moqueries. Quant au regard porté sur les femmes n’ayant pas eu la joie de la maternité… quel mépris parfois…
Rosa Montero devient elle-même son propre personnage de roman avec l’histoire de Josefina Aznares, le seul écrivain inventé dans cette galerie littéraire de l’amour solitaire et/ou tourmenté. Elle joue le jeu, avec autodérision, tant  qu’un rire de la journaliste écrivain se fait presque entendre !

Le style de Rosa Montero est fougueux : souplesse de l’écriture, richesse du vocabulaire, un ton à la fois désinvolte et sérieux, une combinaison (justement il est question sur plusieurs paragraphes de lingerie féminine) d’humour élégant et de mélancolie poétique. La fougue oui, mais la pudeur aussi. Pudeur dans la narration des moments intimes, juste dévoiler avec tact un érotisme idiomatique sur une partition romanesque oscillant entre moderato, allegro, vivace et surtout crescendo !
Noisette sur l’ouvrage, une fin succulente à laquelle un célèbre félin cinématographique (à vous de lire "La chair" pour savoir qui et pourquoi) pourrait y voir une "étoile dominant les certitudes".
 
La chair – Rosa Montero – Traduction Myriam Chirousse – Editions Métailié – Janvier 2017

Pour sublimer la lecture, quelques morceaux choisis












samedi 4 février 2017


Une noisette, un livre


Infiltrée dans l’enfer syrien

Sofia Amara




"Ecrire parce que le pire reste peut-être à venir. Et pas seulement en Syrie"

Cette phrase écrite en 2014 par Sofia Amara résonne terriblement. Avec le recul et les événements sanglants de ces deux dernières années, en Syrie et aux quatre coins de la planète, la journaliste reporter avait eu une analyse visionnaire, juste. La cascade infernale de la guerre syrienne étant loin d’être achevée.
Installée à Beyrouth, Sofia Amara a signé un nombre impressionnant de reportages pour la télévision, notamment pour Arte et Canal+ mais progressivement son travail sur le terrain devient de plus en plus ardu. Fin 2013 elle décide de narrer par l’écriture son expérience et sa crainte, justifiée, de voir l’enfer se répandre sur le sol syrien avec l’arrivée des extrémistes et de ses dérives barbares.

Et la question qui se pose inévitablement : ce carnage humanitaire aurait-il pu être évité sans ce mutisme occidental ? Car au départ la rébellion syrienne était laïque et non violente, les révolutionnaires, adeptes des écrits de Martin Luther King et Ghandi, préféraient offrir des fleurs aux soldats de Bachar al Assad plutôt que de pointer des armes vers leurs poitrines... Aidés par le CANVAS (Centre for Applied Non Violence) pour éviter toute dérive belliqueuse, les rebelles ont lutté avec des moyens infimes contre les forces du régime. En vain. Symbole de cette défaite, la ville de Daraya a capitulé en août 2016, un symbole car lieu de naissance de la non violence en Syrie. Sofia Amara explique que l’un des imams de cette ville est un disciple du cheikh Jawdat Saïd, l’un des premiers penseurs musulmans à prôner la non violence dans l’islam. Pourquoi, d’ailleurs, ne pas parler davantage médiatiquement de ces figures musulmanes qui prêchent une religion tolérante...
Pendant ce temps-là, avec la ruse diabolique du lion de Damas, les groupes terroristes gagnent peu à peu du terrain, semant une terreur sans précédent en Syrie, en Irak et ailleurs, massacrant avec une sauvagerie atroce leurs propres frères car ce sont en premier les musulmans les victimes de ces atrocités sans oublier, évidemment, les minorités religieuses de toute confession au Moyen-Orient.

Cet essai est à lire (ou relire) attentivement par ce récit sans concessions sur l’enlisement de ce conflit avec les détails d’une journaliste ayant accompagné les activistes sur tous les fronts. Pour celui qui a suivi ses documentaires, beaucoup d’images défilent automatiquement au fil de la lecture, notamment lors de cette rencontre dans le noir des déserteurs du régime syrien.
Un hommage est également rendu à tous les confrères de Sofia Amara qui sont tombés lors de leurs reportages : Gilles Jacquier (dont l’épouse Caroline Poiron a collaboré sur le terrain avec la journaliste), Marie Colvin, Mika Yamamoto, James Foley, Olivier Voisin... et ceux qui ont été blessés ou pris en otages comme Edith Bouvier, Didier François, Edouard Elias, Nicolas hénin, Pierre Torrés...
Quant au peuple syrien, Atef, Suhair, Yamen, Omar, Aïcha, Ahmad, Fadi, Abou, Hassan, Hadi... des hommes, des femmes, des jeunes, des plus âgés, des étudiants, des déserteurs de l’armée d’al Assad, des ouvriers, des mères, des pères...ils combattent, témoignent, y croient encore, un peu, plus du tout... Des fenêtres se sont ouvertes mais les portes de sont refermées...

Un livre bouleversant que devrait lire les dirigeants qui ont fermé les yeux, détourner leur regard de ce pays, de l'une des civilisations les plus anciennes à la recherche d’une liberté. Syrie, berceau de l’humanité, désormais déshumanisée malgré toutes les âmes qui se donnent pour redonner une dignité à l’humain...

"Jamais un peuple n’aura eu à combattre tant d’ennemis à la fois"

Infiltrée dans l’enfer syrien, du printemps de Damas à l’Etat islamique – Sofia Amara – Octobre 2014 – Editions Stock

Protestation non violente à Baniyas © Syrian Freedom

Marché de la vieille ville - Homs © Louai Beshara/AFP