jeudi 31 octobre 2019


Une noisette, un livre


  La vérité sur le mensonge

Benedict Wells




Lire un nouvel opus de Benedict Wells c’est ouvrir une porte sur l’infini littéraire. Avec « La vérité sur le mensonge », nouvelle approche avec dix nouvelles plus ou moins longues, mais avec le même style d’écriture propre à l’écrivain allemand.

Chaque fiction regorge de métaphores, d’images, et, en quelques pages, le lecteur a l’impression d’avoir parcouru un livre fleuve vu la densité du contenu. Benedict Wells passe du mystère au conte, de la science-fiction à la dureté des relations familiales, d’une maladie à un divorce. Le tout avec une délicatesse inouïe et, évidemment, avec ce romantisme, véritable marque de fabrique d’un auteur germanique… C’est d’ailleurs avec « La muse » que le climax est atteint.

La nouvelle la plus longue et qui donne le titre au livre « La vérité sur le mensonge » ne pourra ravir que les amateurs de science-fiction et les cinéphiles… une guerre de mots sur une pluie d’étoiles dans un ascenseur à donner le vertige… Ce n’est pas la préférée de votre serviteur peut-être tout simplement parce que j’ai toujours une noisette de retard pour les films sur le futur lointain…

Mais c’est heureusement une véritable danse livresque qui se produit entre une muse fantomatique, une partie de ping-pong dans les mystères des êtres et de leur âme, une symbolique de la mouche tentant de survivre dans le souffle de deux êtres qui se déchirent, et la plus touchante et mirifique, celle de cette nuit de Noël où les livres se parlent entre eux…

Deux nouvelles sont en rapport avec le roman « La fin de la solitude » qui se synchronisent dans justement cette solitude qui est loin d’être finie dans chacun de ces courts récits. Mais, après tout, la lecture est un acte solitaire et qui se partage ensuite sur toutes les routes des rencontres inattendues.

« Pendant la journée il devait regagner son royaume, mais il revenait auprès d’elle dès la nuit tombée. Peu de temps au début, puis il resta davantage. Il n’avait jamais été comme les autres muses, ni elle comme les autres humains. Il avait de plus en plus de mal à la quitter. Et il en avait assez aussi d’être un pur esprit. Il était peut-être immortel, maisl il n’avait jamais vraiment vécu ».

La vérité sur le mensonge – Benedict Wells – Traduction : Dominique Autrand – Septembre 2019

dimanche 27 octobre 2019


Une noisette, un livre


 Sur les traces de George Orwell

Adrien Jaulmes




De George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, on a l’impression de tout connaître et pourtant de ne rien savoir. Souvent dénigré de son vivant, il est devenu adulé depuis sa disparition.
Adrien Jaulmes publie une biographie de l’auteur britannique qui ravira ses inconditionnels et ceux qui le sont moins.

Le choix du journaliste pour décrire le parcours de George Orwell  est simple : chronologique, d’Eton jusqu'à l’écriture de 1984. On passe de l’élève médiocre à sa première expérience étrangère en Birmanie où est présente sa famille. Là, il ressent ses premiers rejets politiques en découvrant avec écœurement l’impérialisme et la société coloniale, et, écrira son premier roman « Une histoire birmane ». En même temps, il développe ce don qu’il a pour les langues et apprend l’hindi, le birman et le dialecte karen. Ce séjour de cinq années marquera à vie George Orwell et sera la base de son engagement et de son œuvre.
Puis vient Paris, où l’écrivain va vivre des années de galère et d’extrême pauvreté, la ville des Lumières étant loin d’être une fête. Il devient plongeur pour un hôtel de luxe, luxe qui est bien absent dans les pièces plus à l’écart comme les cuisines.
De retour en Angleterre, le poste promis s’envole et George Orwell retrouve la dureté de l’asphalte nocturne. Il se lie d’amitié avec d’autres vagabonds de la vie. Avec une immersion dans la ville ouvrière de Wigan, il suit les traces d’un Jack London avec son « peuple de l’abîme » et, pour sa part, écrira l’essai « Le quai de Wigan ». Il a un profond respect pour les miniers (Adrien Jaulmes l’approuve complètement vu son expérience journalistique dans un bassin minier ukrainien) mais le ton qu’il aborde va déplaire à son éditeur Gollancz, ce dernier n’appréciant pas la critique virulente envers les intellectuels de gauche. Car, c’est là, la marque de fabrique de George Orwell : dire la vérité, se moquer du politiquement correct, décrire en toute objectivité ce qu’il voit, ne suivre aucune directive et garder sa liberté de penser.

Autre passage important dans la vie trop brève d’Orwell, son implication dans la guerre d’Espagne, pas pour couvrir de façon journalistique mais pour se battre contre le fascisme. Certains marxistes se méfient de lui et il sera incorporé dans un mouvement plus limité, le POUM. Des décennies plus tard, des photos seront retrouvées par le célèbre reporter Agusti Centelles.
Orwell aime se battre et découvre la guerre dans toute sa complexité et ses chemins nauséabonds (au propre comme au figuré). De l’Aragon, il part à Barcelone et constate amèrement une guerre civile dans la guerre civile, le camp républicain se déchirant dans des luttes fratricides. Il déchante, repart en Aragon, est blessé à la gorge et peu de temps après sera obligé de quitter le territoire espagnol dans la clandestinité car les communistes accusent l’écrivain d’être une cinquième colonne fasciste. Son ami de combat, le vaillant Georges Kopp sera, lui, arrêté, emprisonné et torturé par son propre camp ; mais Orwell continuera à le soutenir courageusement.

A partir de ce moment-là, Orwell est transformé et constate que le totalitarisme de gauche est aussi dangereux que celui de droite. Comme on le dit souvent, les extrêmes se rejoignent… Et « 1984 » trouvera sa source dans cette expérience espagnole.
Il part aux Hébrides pour écrire son roman et bien que fatigué physiquement  (il est atteint de tuberculose) et moralement (il élève seul son fils adoptif, son épouse ayant succombé à un cancer de l’utérus) il y met toute son âme. Son dernier roman sera une publication posthume et Orwell deviendra « orwellien ».

Au fil du récit, Adrien Jaulmes fait des sauts dans le présent pour montrer que les écrits de George Orwell sont résolument modernes. Mais l’auteur souligne judicieusement qu’il ne faut pas faire acte de prosopopée. Il suffit de lire et relire George Orwell. Pour d’abord se glisser dans son univers, dans une autre époque, et, ensuite, savoir expérimenter ce recul. Ce recul que tout à chacun devrait avoir dans toute situation et à chaque lecture des analyses/récits/reportages lorsque soi-même on ne peut être ni juge ni témoin.
Il est peut-être présomptueux de ma part de penser que George Orwell n’était pas réellement un visionnaire mais tout simplement un formidable observateur. Sans aucun a priori. A nous de suivre ses traces…

« L’épisode espagnol, avec la mise hors la loi du POUM, transformé par la propagande communiste en une organisation de traîtres à pourchasser impitoyablement inspirera Orwell lorsqu’il écrit une dizaine d’années plus tard son livre le plus célèbre : 1984. L’effrayante expérience de réécriture de l’histoire par la propagande à laquelle il a assisté sert de modèle aux activités du ministre de la Vérité où est employé le héros, Winston Smith. Son commandant d’unité, Georges Kopp, inspire en partie le personnage d’O’Brien, le faux ami de Smith, et les tortures qu’il a subi dans les prisons communistes celles infligés au héros de 1984 ».

Sur les traces de George Orwell – Adrien Jaulmes – Editions Les Equateurs – Octobre 2019

mardi 22 octobre 2019


Une noisette, un livre


Qui a peur d’Annie Ernaux

Jérôme Deneubourg




Sur notre planète terre et au XXI° siècle, des gouvernements envoient des femmes en prison parce qu’elles ont avorté. En sachant qu’un avortement n’est jamais une partie de plaisir ni choisi de gaieté de cœur (comme le soulignait si justement Simone Veil), c’est donc une double peine pour toutes ces femmes qui n’ont pourtant pas d’autres possibilités que de recourir à un avortement illégal.

Annie Ernaux a eu recours à ce procédé dans les années 60 en France et a témoigné de ce parcours dans son livre « L’événement ». En 2019, c’est Jérôme Deneubourg qui apporte son témoignage par rapport à ce qu’a vécu son ex-compagne tombée enceinte lors d’une brève relation entre les deux. Victoria habite en Argentine et dans ce pays cohabitent simultanément culture impressionnante et histoire tragique au cours des siècles. Et comme souvent, ce sont les femmes qui subissent le plus les décisions des hommes…
Jérôme Deneubourg raconte par le biais d’un journal de bord le chemin de croix de Patricia, depuis les hésitations à se faire avorter jusqu’à l’acte final dans une « clinique » clandestine. Bien qu’étant séparé de cette femme, il a financé l’avortement et l’a accompagnée à chaque étape. Indigné par ces lois iniques qui empêchent les femmes d’être libres de leur corps, il a voulu apporter par la force de l’écrit la diffusion d’un cri face à tant de douleur, aussi bien physique que morale.

Un document qui permet de montrer une fois de plus l’ineptie contemporaine à refuser aux femmes un droit fondamental et qui est même parfois menacé dans les pays où il existe. L’auteur termine avec un faible espoir de voir une modification de la législation en Argentine lors des élections d’octobre. En attendant, des milliers de femmes souffrent encore de par le monde, voire meurent, parce qu’une grossesse ne peut être interrompue…

« Tous ces gens ne se doutent pas que des femmes ont avorté dans un hôtel à deux cents mètres de là, comme un jour peut-être leur voisine ou leur petite amie ou leur sœur, à souffrir comme de coups de couteau dans leur corps. Sur le chemin, Victoria boite toujours, s’arrête toutes les trois minutes. Tout d’un coup, elle titube, son corps bascule en avant, elle se cramponne à une poubelle. Elle halète, je la soutiens par le bras. Après quelques instants, elle repart, elle a repris son souffle. Et elle commence à me raconter ».

Qui a peur d’Annie Ernaux – Jérôme Deneubourg – Editions Lunatique – Août 2019



lundi 21 octobre 2019


Une noisette, un livre


 Le soleil sur ma tête

Geovani Martins




Geovani Martins est né en 1991 dans un quartier périphérique, Bangu, à l’ouest de Rio. A 11 ans il déménage dans une autre favela située au sud de la ville qui longe des quartiers de luxe. De cette confrontation, de cette différence abyssale, s’est construit chez Giovani Martins une envie de raconter, ce qu’il a vécu, ce qu’il a vu, ce qui s’est construit chez lui.

Comme l’auteur l’exprimait lui-même lors d’une conférence donnée à la Maison de la Poésie à Paris le 16 octobre 2019 « il a vraiment pris conscience de la réalité de la société brésilienne avec ce déménagement. J’ai pris conscience que j’étais pauvre ; avant la richesse je ne la voyais qu’à la télé. A partir de ce moment là, j’ai commencé à avoir honte et j’ai écrit pour me sortir de cette honte. La littérature est devenue un potentiel très fort, l’écriture m’a déculpabilisé tant je finissais par avoir honte d’avoir honte ».

Le résultat est que Geovani Martins peut être fier de son parcours. Autodidacte, il réussit un tour de force littéraire en mélangeant les différentes formes d’écriture de façon spectaculaire, allant d’un argot extrême à la pureté des vocables dans un bain de poésie, notamment avec la nouvelle sur le papillon.

Le lecteur découvre 13 nouvelles aussi différentes les unes des autres et pourtant avec le même cordon ombilical : la violence et la vie. Dans cet univers sans limites, la drogue et la violence sont omniprésentes, mais derrière cette rudesse, ce sont des personnes qui circulent et des cœurs qui battent sans aucune envie qu’ils s’arrêtent. Chaque nouvelle amène une autre nouvelle avec toujours le même rythme final, une chute très musicale.

L’autre particularité est de traverser en quelques secondes de différence de la sérénité d’un regard sur la plage à une course poursuite périlleuse, d’une odeur florale à celle de la merde, d’un papillon à un rat, d’un éclat de rire entre potes à la violence des armes. Et ainsi de suite. C’est une haine endormie, une paranoïa de circonstance. Une peur du demain, un espoir du surlendemain. Le tout écrit avec une plume qui dessine une délicate sensibilité dans l’impétuosité des fracas.

Mention spéciale au traducteur Mathieu Dosse pour qui travailler le texte du jeune brésilien a dû être une gageure, pour un résultat époustouflant et qui permet aux lecteurs français de pouvoir découvrir l’un des deux auteurs les plus vendus actuellement au Brésil.

Une polyphonie littéraire à l’image de la diversité d’un peuple et de son histoire, ses histoires.

« Ils devaient vraiment avoir une dalle de malade. J’avais déjà grillé au moins deux lascars qui les surveillaient, prêts à leur tomber dessus. Et eux, ils étaient là, à la fraîche, genre on est à Disneyland. Je parle même pas des bougs camouflés en honnêtes travailleurs, et qui zieutent, et qui zieutent ceux qui ont la maille en attendant le bon moment. C’est ça qui me vénèr le plus, gros. »

« Après les coups de feu, il entra dans un silence et une obscurité différente de toutes celles qu’il avait connues. Il ne tarde pas à comprendre tout ce qui l’entourait, la certitude coulait dans ses veines, et il tremblait, exalté. Tout était clair, il fallait qu’il soit là, oui. C’était sa vie, son histoire. Même s’il était faible et égoïste, il savait qu’il ne pouvait plus lutter contre l’inévitable. Avant de s’évanouir, il parvint encore à rêver au jour où il reviendrait là et inscrirait son nom en séquence sur les deux immeubles. Loki. »

Le soleil sur ma tête – Geovani Martins- Traduction : Mathieu Dosse – Editions Gallimard/Collection : Du monde entier – Octobre 2019

Geovani Martins (à droite) et son traducteur Mathieu Dosse à la Maison de la Poésie à Paris le 16 octobre 2019




mardi 15 octobre 2019


Une noisette, un livre


Virginia

Emmanuelle Favier




Lire « Virginia » d’Emmanuelle Favier est comme entrer dans un musée ou franchir le seuil de la maison du 22 Hyde Park Gate dans le district londonien de Kensington, là où est née Virginia Woolf, là où elle y a vécu jusqu’au décès de son père. Ou encore dans la maison de vacances des Cornouailles. Car c’est cette enfance que narre l’auteure avec charme anglais et élégance française.

Lire chaque chapitre est comme entrer dans chaque pièce déserte mais avec les effluves intacts de la fin du dix-neuvième siècle. C’est soulever un drap qui protège un meuble, un tableau, un objet. Toucher avec la même délicatesse que l’écrit du récit le rebord d’une fenêtre, ouvrir un volet pour mettre en lumière ce qui a pu féconder l’âme de l’écrivaine britannique. On découvre l’inconnu, on perçoit justement une lueur à travers les persiennes de l’écriture, on hume un parfum après le dépoussiérage de la plume.

Virginia Woolf est née à Londres en 1882, de parents veufs, Leslie Stefen et Julia Jackson, et ayant chacun des enfants des précédentes unions. C’est donc dans une famille, que l’on nommerait de nos jours élargie, que grandit la jeune Virginia avec la transmission de l’amour paternel des livres et de la mélancolie maternelle. La mère décède lorsque Virginia n’a que 13 ans et c’est un tournant vers le début des angoisses et des questions existentielles pour l’adolescente.  

« Virginia » n’est pas la biographie la plus aboutie sur Virginia Wollf, puisque, d’une part, elle se concentre sur uniquement sa jeunesse, et, d’autre part, la forme romancée conduit à quelques emprunts de chemins buissonniers. Pourtant, ce livre se révèle unique et conduit le lecteur dans toutes les dérives de l’âme de l’écrivaine fécondées par les incertitudes, les doutes et les tourments. On peut ainsi supposer que les sources de son suicide ont pris peut-être leurs premiers flots dés l’adolescence, dans cette famille à l’ambiance trop feutrée qui semblait s’envelopper de naphtaline pour mieux repousser les coups du destin.

La forme du récit est assez simple, chronologique, mais elle amplifiée par une écriture remarquable et chaque fin de paragraphe est un enchantement : du boudoir de Virginia c’est une fenêtre qui s’ouvre sur le monde…
Le tout par un ton délicieusement désuet mais qui créé pourtant une biographie terriblement moderne. Et qui, personnellement, incitera votre serviteur à relire Virginia Woolf et enfin apprécier peut-être son œuvre.

« Sans oublier le plaisir, si commun aux dames emmitouflées, de ressasser les malheurs des autres pour mieux parler des siens propres ».

« Les blessures d’orgueil ont parfois des conséquences bibliographiques ».

« Sans cette famille désagrégée où l’on ne dit rien, où l’on ne parle jamais des mortes, où l’on se dissimule l’essentiel au quotidien, où l’on ment sur ce qui importe le plus, dans cette famille où la parole ne se fait jamais balsamique puisqu’elle ne dit jamais ce qui aurait le plus besoin d’être dit, pour tenir le monstre à distance il n’y a d’autre solution que de créer ».

« Dans ces premières écritures adultes elle tente, se relisant, d’entendre sa propre voix et non plus celle de ses parents, des ancêtres, des gènes. Les mots vibrionnent en elle, se cognent aux parois intérieurs qui résonnent, comme un écho de sa propre vacuité ».

Virginia – Emmanuelle Favier – Editions Albin Michel – Août 2019



dimanche 13 octobre 2019


Une noisette, un livre


 Le parfum d’Irak

Feurat Alani / Léonard Cohen




L’Euphrate, l’un des fleuves les plus captivants de l’histoire de l’humanité car il a vu, avec Le Tigre, naître quelques unes  des plus anciennes civilisations de la terre dans ce foyer si riche entre l’Irak et la Turquie. Euphrate c’est aussi un prénom, Feurat, comme celui du journaliste qui raconte d’une façon très originale et pertinente la descente aux enfers de son pays, l’Irak. Il n’y est pas né, mais son cœur y a toute sa place car il ressent tous les effluves qui remplissent cette terre dévastée. Avant l’odeur du souffre, des cendres, il y a eut cette glace au doux parfum d’abricot.

Son histoire corporelle avec l’Irak remonte à l’âge de neuf ans lorsqu’il foule pour la première fois la terre de ses géniteurs, de ses racines. Son père est absent car toujours considéré comme personne non grata au sein de la dictature de Saddam Hussein. En 1989, l’Irak qu’il découvre est encore une terre relativement calme malgré la longue guerre avec l’Iran son voisin, malgré la dictature. Il y a encore un doux parfum d’abricot. Mais une année plus tard, Hussein envahit le Koweit, c’est le début de la fin. Suivront la Tempête du désert, l’embargo, l’invasion US, le terrorisme…

Feurat n’est que tristesse face au nouveau parfum qui rampe sur le sol de sa famille : le parfum de la mort, des vies brisées, des rêves envolés. Adieu, glaces et autres friandises de l’existence, place aux bombes, aux tirs de kalash, à la dénonciation, à la paranoïa. Feurat grandit et devient journaliste parce qu’il faut montrer au monde comment vit un peuple dans la peur constante de se faire massacrer et de voir ses proches disparaitre dans, la plupart du temps, des conditions atroces.

« Le parfum d’Irak » est plus qu’un livre. C’est un document écrit et visuel, car chaque illustration de Léonard Cohen renforce les mots de Feurat Alani. Des courtes phrases qui correspondent à des tweets, un style télégraphique sans aucune recherche de fioritures, du brut pour exprimer la rudesse de la situation irakienne.
A l’heure où la situation au Moyen-Orient est encore une fois dans une phase plus que tourmentée c’est un ouvrage indispensable pour mieux comprendre la déchirure de cette terre sans oublier le rôle néfaste des embargos, ces derniers ne faisant que des victimes parmi le peuple…

Feurat Alani nous plonge sans ambages dans la détresse d’un pays usé/perdu, par un témoignage empreint d’humilité. Et d’humanité. Là où celle-ci se perd dans la folie de la violence, de la recherche du pouvoir et de la domination. Pourtant, la vie étant déjà courte pourquoi les hommes veulent faire oublier les parfums d’abricot, de cardamone, de thé au profit du souffre des bombes et du goût du sang ? A l'instar de Feurat Alani, il serait si bon de préférer le parfum de la vie...

« A Mansour, nous nous arrêtons à un glacier. Je déguste l’une des meilleures glaces de toute ma vie. Parfum d’abricot. Le parfum de Bagdad. »

« Les meilleures dattes viennent de Bassorah, autrefois appelée la Venise du Moyen-Orient. La palmeraie au sud de l’Irak est désormais une déchetterie à ciel ouvert ».

Le parfum d’Irak – Feurat Alani – Illustrations Léonard Cohen – Editions Nova & Arte Editions – Octobre 2018

Prix du Livre Albert Londres 2019




mardi 8 octobre 2019


Une noisette, un livre


 L’œil du paon

Lilia Hassaine




Sur une île croate, en mer Adriatique à moins d’un millier de kilomètres de la Grèce, un paon se meurt, de manière impériale comme son nom : Titus. Son trépas est inexplicable comme ceux d’autres paons de l’île, peut-être une forme de peste…malgré l’absence totale d’une quelconque infection.

Le gardien de l’île, Adonis, un très vieil homme semble en désarroi à regarder le corps sans vie de celui qui fut le souverain de cette terre maudite. En effet, selon la légende, des moines bénédictins furent jadis chassés de cet éden par un général de l’armée napoléonienne et trois aristocrates avides de beauté et de richesses. Avant de partir, les moines jetèrent la malédiction à l’image d’un Rigoletto désespéré…

Adonis a une fille, Héra, fruit de ses amours avec feu une superbe Juliette. Inquiet et voulant la protéger, il exige qu’elle parte à Paris chez sa tante Agathe, la sœur de Juliette. Ce qu’elle fait. Arrivée dans la capitale française, elle s’installe chez sa tante et son oncle, un couple énigmatique et parents d’un petit Hugo qui va trouver en Héra une aile protectrice. Mais de curieux personnages rodent : Gabriel, l’instituteur pas forcément aussi angélique qu’il le parait, un couple de pharmaciens et surtout un opticien dont le regard intrigue. Héra va devenir photographe. Est-ce que son œil remplacera ceux de la queue du paon… ? Ou bien son âme va-t-elle se transformer en une roue incontrôlable dans cette ambiance de plaisirs urbains et de superficialité.  

Lilia Hassaine signe un premier roman absolument éblouissant avec une maîtrise du temps et de l’espace, du fond et de la forme. Un conte cruel qui tient en haleine jusqu’au dernier souffle de la plume, plume qui glisse au fil des pages, ou plutôt, au fil des saisons à l’image d’Adonis et de son Aphrodite de Juliette.

L’œil du paon c’est un regard objectif sur la vanité, l’orgueil des êtres qui n’aiment que pour être valorisés, qui intègrent une société que pour briller en oubliant de regarder autour d’eux, qui paraissent ce qu’ils ne sont pas, qui dissimulent et s’exposent en même temps, quitte à se brûler les ailes. L’œil du paon est donc un cri, mais un cri en forme de chant. De chant du cygne.

Subtilement, entre les envolées d’Hera dans l’errance de ses rencontres, l’auteure glisse quelques coups de bec sur la vacuité du monde de l’entre-soi, de la téléréalité ou émissions assimilées (la télé tire-larmes), sur la manie de faire parler sur tout dès qu’une célébrité fait bondir les taux d’audience, sur les ombres des alcôves…j’en passe et des meilleurs.

Il y a parfois avec certaines fictions des fins qui laissent le lecteur sur sa faim. Là, rien ne se termine en queue de poisson, le paon nous offre, une dernière fois, toute la majesté de sa roue. Et ce, sans aucun orgueil dans le texte. Juste quelques notes sur la partition des nocturnes humaines.

Une tragédie grecque sous forme de conte mythologique du XXI° siècle. Fantastiquement réelle, réellement fantastique.

« Il aura fallu que j’arrive en ville pour me sentir seule ».

« Elle ignorait que le bonheur pouvait faire verser des larmes à ceux qui savent qu’il est éphémère ».

« Absorbé par cet univers enchanté, personne ne prête attention au banc juste devant la boutique. Un banc auquel on a ajouté un accoudoir central, pour éviter que les sans-abris ne s’allongent dessus. Le monde merveilleux reste ainsi préservé de toute pollution visuelle ».

« On ne doute jamais autant que lorsqu’on met son cœur en jeu ».

« Et entrera en piste, sans même prendre la peine de retirer son pantalon et ses chaussures. Sans se soucier des pleurs étouffés dans l’oreiller. Parce qu’il y a quelques heures, ils étaient invités à un vernissage, avec des petits fours qu’ils attrapaient du bout des doigts, des bonnes manières, et ce petit air précieux et délicat qui cache à merveille les cris non autorisés des épouses profanées ».

« Sur les plateaux de télévision, elle était invitée à s’exprimer sur tous les sujets : la ville, la jeunesse, la cigarette, la sexualité. Un jour elle fut même conviée à débattre du prix de l’essence, en raison de sa photo de la station-service ».

L’œil du paon – Lilia Hassaine – Editions Gallimard / Collection Blanche – Octobre 2019











lundi 7 octobre 2019


Une noisette, un livre


Errances

Olivier Remaud




Cela aurait pu être un remake des portes de l’enfer de Dante. Ou bien encore un chapitre mythologique chez Hadès suite à une colère de Zeus. Mais c’est le récit romancé de l’explorateur Vitus Bering, connu de tous par le détroit qui porte son nom. Mais aussi une mer, une île et un glacier.
Plus ou moins oublié de la mémoire collective, son destin a soufflé de nouveau lorsqu’au début des années 1990, une expédition a retrouvé le corps de Bering, mort près de la péninsule de Kamtchatka.

De l’enfance dans la ville portuaire d’Horsens au Danemark jusqu’aux flots mortuaires de l’océan Pacifique, c’est une vie tumultueuse et envahie par de nombreux doutes que raconte avec brio Olivier Remaud.

Pour se remettre en tête le contexte de l’époque c’est celle où les puissances ne songeaient qu’à conquérir de nouveaux territoires pour conforter leur pouvoir, la Russie de Pierre le Grand en faisait partie et n’hésitait pas à financer de très coûteuses expéditions, coûteuses pécuniairement mais aussi humainement : la faim, la soif, le scorbut et les vents mauvais faisaient de la Grande Faucheuse la principale accompagnatrice. Mais le courage aussi était l’un des compagnons de voyage et à chaque fois on ne peut qu’être ébahi devant les possibilités de lutte du corps et de l’esprit face à l’adversité. Vitus Bering ne dérogeait pas à la règle même si on perçoit énormément de confusion dans son esprit par rapport aux rigueurs administratives, aux rivalités politiques et à certaines élucubrations des cartographes. Car cette odyssée sibérienne était tout de même pour trouver un nouveau passage pour aller en Chine et en Inde à travers l’océan Arctique.

De cet Ulysse du début du dix-huitième siècle il n’y aura hélas point de retour à Ithaque, point de retrouvailles avec sa Pénélope, la dévouée et fidèle Anna qui avait participé à l’une des expéditions, point de mythologie maritime, sauf des cyclopes prenant la forme de vents noirs. Dans cet enfer climatique et géographique, se détache un autre personnage, celui du naturaliste et biologiste allemand Georg Wilhelm Steller qui fut ainsi le premier européen à fouler la terre d’Alaska.

Un ouvrage à découvrir pour cet hommage rendu à ces marins de toutes les audaces, et, pour la beauté de l’écriture qui fait flotter les mots, naviguer les paragraphes, qui suit l’allure des vents, qui arbore la vaillance en tenant la barre sémantique durant toute cette traversée livresque où la noblesse des sentiments rejoignent non seulement les errances des houles mais aussi des âmes terrestres.

« Il tira de cette mésaventure un certain dégoût pour les ruses qui servaient à accéder au pouvoir. Ses parents ne lui avaient pas inculqué la rouerie. Il appréciait les luxes de la cour. Mais il n’en partageait pas les pires coutumes. Les comportements calculés, l’esprit de coterie, l’excès de déférence, ces traits du courtisan l’indignaient ».

« L’équipage demeura longtemps sidéré par ce tableau inédit. Des autochtones du Kamtchatka leur avaient confié que pour les peuples de l’autre côté de la mer, les aurores boréales étaient les jeux favoris des enfants trépassés. Eux pensaient que des renards espiègles se couraient après depuis des siècles, ou que le souffle des baleines passant dans les étoiles annonçait des changements de temps ».

« Une île se cachait derrière le manteau de brume. C’était une barrière montagneuse érodée, coupée par des petites vallées du nord au sud et battue par une marée insistante. Même les arbres avaient fui son sol.
Elle était nue, déshabillée par les vents, et se tenait là, au milieu de l’océan.
Elle attendait ».

« Lui était capitaine. Sa vie pouvait s’arrêter d’un coup. Un naufrage, une bataille, le scorbut. A la différence des têtes perruquées qui spéculaient depuis leurs chaires, il maniait des quadrants de Davis et connaissait les voies navigables dans plusieurs régions du monde ».

« Prêter au navire une âme qui s’accordait avec celle du capitaine lui semblait nécessaire, sans quoi les réactions de l’un risquaient de contredire les actions de l’autre (…) La navigation s’apparentait en somme à l’art équestre. Le capitaine et le cavalier gagnaient toujours à écouter leur monture avant de choisir un cap ou d’imposer une allure ».

Errances – Olivier Remaud – Editions Paulsen – Septembre 2019


jeudi 3 octobre 2019


Une noisette, un livre


 Après la fête

Lola Nicolle




La vie n’est pas qu’une fête. Elle l’est un moment, un instant ou un peu plus longtemps. Et lors des lendemains de fête, on repense à ce qui s’est passé avant, pendant, peut-être pour mieux aborder l’après.

C’est le jour du 13 novembre, date qui résonne encore comme un choc dans chacun d’entre nous. C’est aussi celle d’un autre anniversaire, celle d’une séparation entre deux jeunes qui voyaient la vie se dérouler  devant eux. Le destin en a décidé autrement pour Raphaëlle et Antoine, une bombe a fait éclater leurs cœurs et les corps sont partis chacun de leur côté. Avec les souvenirs et les regrets.
Au fil d’une bande-son assez originale, la narratrice raconte cet amour perdu, un temps retrouvé puis définitivement abandonné au domaine du passé. Elle y raconte sa toute jeunesse, ses désirs, ses différences avec son compagnon avec qui pourtant une symbiose des sentiments s’était formée. Un temps.

Si au départ, le lecteur peut trouver une forme un peu trop itérative, elle a sans doute été créée pour mieux exprimer les vagues de l’amour au sein d’un couple, progressivement on capte avec attention ce  va-et-vient (aucune arrière pensée derrière cette expression) entre les ambitions, les espoirs, les moments intimes, et, les doutes, les difficultés de communication. Le tout dans le contexte d’une société porté sur l’individualisme et gangrénée par une fracture sociale.

Un roman touchant sur ces fragments de vie, sur ces destins que l’on croit incassables et qui se brisent dans le fracas de cette société qui n’est guère propice aux concessions. Mais dans l’univers brutal des rêves envolés, des parcours séparés, des ambitions confuses, se dresse tout au long du récit un composant qui adoucit terriblement le terrible : la poésie. Une preuve que la catharsis par les mots permet de soulager les blessures des maux et qu’une déclaration d’amour post-séparation peut porter quelque espoir… pour réinventer la fête.

« Ton regard oscillait entre mes mains et mes lèvres. Tu les fixais comme si tu avais l’envie de recueillir chaque mot qui en émanait. Ton désir vibrait autour de moi. Parfois une ondée de tristesse venait lui porter de l’ombre, le rafraîchir, le discipliner ».

« J’ai marché jusqu’au pont de métal froid. Il me prit sur son dos de dragon. Et je me suis arrêtée sous la chaleur imaginaire d’un lampadaire-couveuse. L’horizon se profilait. La minuscule langue d’une étoile parvint à transpercer la couche de pollution qui réverbérait les lumières de la ville. Elle brillait faiblement au-dessus de moi. Les rails, comme des lignes de fuite, s’étiraient là, et portaient les derniers trains déjà effilochés par la vitesse qui fuyaient la gare du Nord. Je les regardais partir ver ces endroits que je ne connaissais pas ou trop bien. Après le vacarme de leur course, un silence épais avait avalé le pont. J’ai contemplé longtemps les vacillements du paysage. Cet imperceptible ballet nocturne. Peu à peu, la nuit a cousu mon chagrin.
A mes pieds gisait le corps ligoté de notre amour ».

Après la fête – Lola Nicolle – Editions Les Escales – Août 2019

Livre lu dans le cadre du Prix Littéraire de la Vocation 2019

mardi 1 octobre 2019


Une noisette, un livre


 Ce qu’elles disent

Miriam Toews 



J’ai eu l’impression d’être entrée dans une soucoupe volante avec un extra-terrestre qui me raconte une histoire irréelle. La gorge est  nouée devant ce qui semble inénarrable et on ressent des sueurs froides face à cet obscurantisme du XXI° siècle.
Car si la forme est celle du roman, ce sont bien des crimes odieux qui ont été perpétués dans cette communauté mennonite de Bolivie. Près d’une centaine de femmes auraient été abusées sexuellement par plusieurs hommes après avoir été endormies par un puissant anesthésique en spray à usage vétérinaire.

La romancière Miriam Toews, elle-même issue de cette communauté, raconte une réunion secrète tenue dans un grenier à foin, d’une durée limitée à 48 heures, le temps pendant que les hommes sont absents. Ne sachant ni lire ni écrire, c’est un ancien de la communauté, autrefois excommunié, qui revient les écouter et qui va dresser le procès-verbal. Il s’appelle August Epp et va relater la terrible histoire d’Agatha, de Greta, de Salomé jusqu’aux fillettes comme Miep, âgée de seulement trois ans… Ensemble, elles vont décider si elles doivent rester ou quitter définitivement la communauté malgré la foi qui continue à demeurer très forte en elles.

Au départ,  je trouve l’écriture réussie, j’aime la narration du personnage d’August, personnage qui semble terriblement attachant, un homme bon au milieu des mâles à la puissance phallique… Mais je suis toutefois un peu réfractaire à la forme, j’y trouve des longueurs, des répétitions et une accumulation de détails parfois inutiles. Il faut s’accrocher pour savoir qui est qui car c’est un roman choral, au risque de se perdre un peu. Néanmoins, je poursuis car un tel sujet ne peut qu’émouvoir… et mettre en colère devant ce déni face aux violences et cette suprématie religieuse dans tout son sectarisme. Et de ce côté, la plume de Miriam Toews est prodigieuse pour faire ressortir, justement, ces fantômes crépusculaires.

Puis, au fur et à mesure, je m’habitue à ce huit-clos, je fais de mieux en mieux connaissance avec les protagonistes et je les trouve courageuses avec une soumission qui, en fait, n’est pas totale. Bien, au contraire, elles ont la rébellion discrète et le premier acte de vaillance qui apparait est celui de réussir à mentir face aux hommes.
Au-delà de la puissance narrative (même si j’y trouve encore des passages un peu trop longs et répétitifs), la force de ce roman est de faire connaître ces terribles crimes commis entre 2005 et 2009 et qui ont été peu relatés (notamment dans la presse française) et de montrer comment fonctionne cette communauté religieuse où les hommes ont le droit de tout, où tout est pratiquement prohibé mais où les vices masculins demeurent…

Un récit qui conviendrait parfaitement pour une adaptation au théâtre, j’imagine très bien chaque acteur sur scène donner une voix publique face au silence communautarisme, se fondre dans le drame vécue par ces centaines de femmes qui pendant des années n’ont pu se défendre.
Par la force des mots, Marian Toews offre une tribune à toutes les femmes violentées de par le monde et transcrit ce que chacune ressent. Et espère aussi. Car, elles ont beaucoup à nous dire…

« Les hommes ont violé la benjamine de Salomé, Miep, deux fois, peut-être trois, mais Peters a refusé des traitements médicaux à l’enfant, âgée de trois ans, au motif que le médecin risquait de colporter des ragots au sujet de la colonie, que les agressions seraient rendues publiques er que l’incident aurait tôt fait de prendre des proportions exagérées ».

« Nous sommes des femmes sans voix, répond Ona avec calme. Nous sommes des femmes en dehors du temps et de l’espace, privées de la langue du pays dans lequel nous vivons. Nous sommes des mennonites apatrides. Nous n’avons nulle part où aller ».

« Nous savons que nous avons été meurtries et infectées et engrossées et terrifiées et rendues folles et que certaines d’entre nous y ont laissé leur vie ».

« Nous avons l’obligation de rééduquer nos garçons et nos hommes. C’est seulement à cette condition que nous pourrons observer le principe du pacifisme et du non-conflit ».

« Ma mère rapportait des livres de la bibliothèque. A la maison, les livres se succédaient, tandis que les pères s’envolaient. Ma mère m’a parlé d’un écrivain français, Flaubert, autrefois « Flobert », qui a écrit à l’âge de quinze ans un récit intitulé « Rage et impuissance ». Elle me l’a lu en mauvais français, puis en mauvais anglais, avec plein de pauses, à supposer que des pauses puissent être source de plénitude, parce que ni l’une ni l’autre de ces langues n’étaient la nôtre, la langue morte qu’elle et moi utilisions pour partager nos secrets… Flaubert rêvait l’amour dans une tombe. Mais le rêve s’est dissipé et la tombe est restée. C’était l’histoire de Flaubert et peut-être aussi celle de mennonites de Molotschna ».

Ce qu’elles disent – Miriam Toews – Traduction Lori Saint-Martin et Paul Gagné – Editions Buchet-Chastel – Août 2019

Livre lu dans le cadre des Explorateurs littéraires de lecteurs.com (Fondation Orange)