vendredi 30 décembre 2016


Une noisette, un livre


L’Homme sans mots

Georgina Harding






Sur les marches d’un hôpital roumain un homme s’écroule. Qui est t-il ? Quelle est son histoire ? Il sera soigné mais le dialogue est impossible, il est sourd-muet et ne s’exprime que par le dessin. Très vite une jeune infirmière le reconnaît mais ne dira mot. Parce que le secret est peut-être trop lourd, la guerre s’étant intercalée dans chaque tranche de leur destinée. Une autre infirmière s’occupera de lui, parce qu’il lui rappelle son fils, parti comme soldat à Stalingrad dont le retour est plus qu’improbable.

D’un monde du silence, des silences, Georgina Harding peint un parcours aux couleurs de l’émotion, des touches reposantes avec la description poétique des paysages et des sentiments, des portraits attachants des protagonistes, une vision énigmatique de l’intrigue, des reflets réalistes et des marqueurs durs pour cette Roumanie broyée à partir des années 40.

Derrière ce tableau littéraire, on découvre l’histoire d’Augustin, cet handicapé qui devra affronter le bruit des autres, les cris assourdissants qu’il devine, les incompréhensions. Il est intelligent, beaucoup même, mais face à son mutisme peu en sont conscients. Heureusement, Safta, l’infirmière est là. Elle aussi son destin s’est brisé du fait de la guerre. Cette guerre qui détruit les âmes, blessent les corps et les cœurs, anéantit des familles, enlèvent des vies, gomment les histoires, effacent le patrimoine... Absurdité de la violence, des conflits...

Tinu (Augustin) se rappelle de tout. Les mots sont absents mais la mémoire reste vive. Et un crayon peut raconter, énormément raconter, narrer, tracer, faire renaître les souvenirs, exprimer les blessures. Un crayon, avec quelques couleurs et une dose innée d’observation...

Une très belle fiction que je conseille fortement pour la beauté du ressenti avec un personnage que l’on pourrait comparer à un cheval, fragile mais déterminé, craintif mais brave, pas de paroles mais des vibrations du savoir. Un cheval naissant noir et qui s’éclaircit comme pour effacer les faces sombres de la vie. Un cheval comme...le lipizzan... un animal qui comprend si bien Tinu et réciproquement. 


L’Homme sans mots – Georgina Harding – Editions Denoël – Juin 2013

samedi 24 décembre 2016



Une noisette, des pensées

Lumière de Noël




Des enfants tués, enlevés, martyrisés, partout. Des enfants encore debout mais dont les rêves se sont déjà envolés. Lumière de Noël

Des blessés, des déplacés, des réfugiés, sans toit parce qu’il n’y a plus de loi. Lumière de Noël.

Des femmes torturées, menacées, meurtries dans leur chair, les viols devenus des armes de guerre. Lumière de Noël.

Des disparus, des corps que l’on ne retrouvera jamais, ensevelis dans un cimetière fantôme. Double souffrance, celle de la torture, de la faucheuse et puis celle du néant laissant des familles dans un deuil perpétuel. Lumière de Noël.

Des malades, de tout âge, qui s’accrochent, luttent, parfois avec rien, pour cette vie unique, si fragile. Lumière de Noël.

Des sans-abris n'ayant plus de cheminée pour retrouver la chaleur d'un foyer. Lumière de Noël.

Des larmes en flocons, seules réponses à la solitude, au chagrin, à la peine qui frappe un soir, une nuit. Lumière de Noël.

Des coups de feu, des explosions, des assassinats, par folie souvent, par idéologie parfois, au nom de je ne sais qui, comme si l’horreur pouvait être justifiée. Lumière de Noël.

La violence anonyme, sourde, cachée, dissimulée et forcément sournoise, rampante. Celle qui provoque des blessures inguérissables et dont la douleur est ininterrompue. Lumière de Noël.

La haine, parce que l’on est différent, la haine parce que l’on pense autrement, la haine par obscurantisme, la haine qui s’enchaîne aux cadenas de l’intolérance. Lumière de Noël.

L’argent plus fort qu’une vie, la vie n’est plus or. Le profit brille de toute sa vénalité pendant que les sentiments se ternissent, le Faust du 21° siècle ne vend plus son âme pour un possible amour, mais par intérêt financier. Lumière de Noël.


Que Noël ne soit pas un étalage de cadeaux éphémères, non. Ce que l’on voudrait ce sont des regards chaleureux, des mains tendues, des sourires sincères, des paroles rares mais durables, des actions dans la discrétion des cœurs combatifs, la vanité qui meurt pour l’humilité qui ressuscite, une larme qui sèche dans un corps qui renaît. Des choses simples, non revendables sur Ebay mais qui conforteraient l’idée que depuis Toumaï l’humanité a un peu évolué.

Que la lumière puisse demeurer là où la clarté domine.
Que la lumière  puisse traverser l'épaisseur de l'obscurité pour que les âmes de la vie brillent enfin.

dimanche 18 décembre 2016


La corbeille de noisettes de Noël








Votre serviteur arboricole au doux pelage cuivré doré intense prend un habit aux couleurs d’un homme illustre pour proposer des chocolats littéraires à offrir (ou à s’offrir) en cette période de l’année, avec date de péremption illimitée !


Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue – Editions Belfond
Un pays : le Cameroun, un couple : Jende et Neni. Ensemble ils ont un rêve : construire un avenir pour eux et leur fils Liomi. Où ? Au pays de tous les espoirs, les Etats-Unis. Mais 2007 arrive avec la crise financière et la faillite de Lehman Brothers, société financière où Jende Jonga était arrivé à trouver un poste de chauffeur. Comment le destin va t-il se jouer pour ce jeune couple ? Comment une histoire nationale va avoir une répercussion intime sur deux familles ? Un roman savoureux sur fond de la richesse nord américaine mais aussi de ses limites et son déclin. A déguster en écoutant du makossa.

L'insouciance – Karine Tuil – Editions Gallimard
Le dernier roman de Karine Tuil qui ne vous laissera pas dans l’indifférence... A travers le destin de quatre personnages, c’est la violence du monde qui se dévoile. Tout est réuni : les mouvances politico-médiatiques, la lutte de pouvoir, la fausseté diplomatique, la guerre, le terrorisme et cette montée d’une communication incontrôlable : l’image et les réseaux sociaux. La manipulation ne peut avoir que meilleur terrain pour s’épanouir... La suite à découvrir par vous-même, quitte à s’interroger, une fois de plus, sur cette brutalité qui nous entoure. A déguster avec "Imagine" pour continuer à espérer...

Désorientale – Négar Djavadi – Editions Liana Levi
Premier roman de Négar Djavadi, qui promet une haute moisson littéraire pour les années à venir, où elle peint une fresque familiale autour d’une héroïne, Kimia, se remémorant son parcours entre l’Iran et la France pendant qu’elle patiente dans une salle de l’hôpital Cochin pour une insémination artificielle. Un souffle de liberté envahit cette lecture où tout est abordé sans langue (ou crayon) de bois : les régimes iraniens, le déracinement, l’homosexualité... mêlé de fiction acrobatique. A écouter avec Khat Bekesh et Mohsen Namjoo.

Jours tranquilles à Alger – Mélanie Matarese & Adlène Meddi – Editions Riveneuve
Mélanie Matarese et Adlène Meddi sont rédacteurs en chef d’El Watan Week-end et livrent tour à tour des chroniques douces amères sur l’Algérie d’aujourd’hui. Des éclairages, des narrations sur la complexité de la vie politique, économique et sociale, des morceaux de vie quotidienne racontées avec tristesse, résiliation mais avec parfois un peu d’espoir tout de même... Le tout sans fioritures comme pour inciter le lecteur à prendre sa part de réflexion. A noter qu’Adlène Meddi a été l’un des premiers journalistes à faire connaître l’histoire des disparitions forcées en Algérie dans un contexte où le sujet était encore tabou.
A déguster au son d’un duo d’Hassiba Amrouche et Mohammed Lamine.

Le désert ou la mer – Ahmed tiab – Editions de l’Aube
Partir ou mourir... Partir et mourir... Partir et survivre... Une loterie cynique pour les hommes et les femmes qui n’ont plus d’autres choix que de quitter leur pays. Ahmed Tiab dresse un constat par une fiction policière qui entraîne le lecteur du Niger en Algérie avec des migrants qui devront affronter tous les dangers, ceux de la nature mais également les dangers humains (les pire), pour espérer une vie meilleure. Une lecture initiatique avec heureusement un saupoudrage d’humour qui vous emmènera au cœur d’une fiction humaniste mais également réaliste. A déguster avec Bombino

L’opticien de Lampedusa – Emma-Jane Kirby – Editions Les Equateurs
Une île, des habitants, des migrants. Lors d’une sortie en mer, un opticien de Lampedusa prend conscience de la tragédie des réfugiés et tente, avec ses infimes moyens, d’en sauver le plus possible lors d’un naufrage. Le début d’une lutte pour la vie et pour les droits des réfugiés. Un récit poignant, bouleversant raconté humainement par la journaliste Emma-Jane Kirby. Une fois lu, fermer les yeux et imaginez... http://squirelito.blogspot.fr/2016/09/une-noisette-un-livre-lopticien-de.html#!/2016/09/une-noisette-un-livre-lopticien-de.html

Villa des femmes – Charif Majdalani – Editions Seuil
La littérature libanaise déçoit rarement et ce roman de Charif Majdalani est un véritable bijou. A nouveau, une fresque familiale dans les méandres de l’histoire du Liban et de Beyrouth en particulier, écrite avec une plume excessivement subtile, tant, que que la dynastie Hayek arrive à entrer dans votre salon. Grandeur et décadence aux parfums d’Orient avec cet espoir qui peut venir des femmes... A déguster avec Ibrahim Maalouf

Check-point– Jean-Christophe Rufin – Editions Folio
Parce qu’à 20 ans on a des idéaux, Maud décide de s’engager dans une ONG pour livrer des produits de première nécessité dans une Bosnie en guerre. Mais, la violence s’invite à chaque instant, sur le terrain et au sein de l’équipe de bénévoles. Une jolie réflexion sur le rôle des humanitaires, l’absurdité des conflits et sur les blessures que l’on croit refermées mais qui s’ouvrent à nouveau dès que la rudesse d’événements résonne en soi et autour de soi. A déguster avec la musique de Dino Merlin.

Plaidoyer pour la vie – Denis Mukwege – Editions l’Archipel
Denis Mukwege, médecin héros. Médecin des corps et des âmes. Il n’a qu’un but : réparer les femmes meurtries et faire pression sur les gouvernements pour que les violences sexuelles cessent d’être une arme du guerre.
Une autobiographie qui touche par ce parcours de résistant et son combat pour les femmes, combat qui est loin d’être une sinécure tant par la difficulté de la tâche que par les multiples menaces et tentatives d’assassinat dont il fait l’objet. A lire et à partager.

Claude, c’était ma mère – Alain Pompidou – Editions Flammarion
Claude Pompidou, épouse, mère et incarnation de l’élégance/de la culture de la France du 20° siècle. Dotée d’une profonde sensibilité tant pour encourager l’art et sa création que pour venir en aide aux enfants handicapés et personnes âgées via la Fondation qu’elle a créée. Son fils raconte ce destin avec une infinie tendresse et forcément de l’admiration. A déguster avec "Le marteau sans maître".

Grandes et petites histoires des Présidents de la République – César Armand – Editions 365
2017, année présidentielle. Et avoir à portée de pattes un agenda qui retrace, par des anecdotes, l’histoire des Présidents de la République, avouez que ça apportera du panache à vos journées ! Ludique,pratique, méthodique, parfois emblématique, quelques pointes de drolatique, pas du tout emphatique et... que du véridique ! A déguster en chantant "Si j’étais président"








jeudi 15 décembre 2016


Une noisette, un livre, un combat


"Plaidoyer pour la vie"

Denis Mukwege




1955 – Congo – Bukavu – Naissance de Denis Mukwege qui décidera dès 1963 de devenir "muganga", c’est à dire "une personne en blouse blanche qui distribue des médicaments".
Que des médicaments ? Non. Il deviendra un chirurgien qui essaie de réparer les corps et un pasteur qui essaie de conforter les âmes. Pour qui ? Pour ces femmes dont le vagin n’est qu’un objet pour assouvir une violence et une guerre de territoires. Pour ces femmes dont les accouchements ne sont pas synonymes de bonheur mais de malheur. Pour ces femmes qui atteintes de fistules sont bannies de la société.

Dans "Plaidoyer pour la vie", Denis Mukwege raconte son parcours, ses motivations, sa foi et avant tout son combat, celui d’un médecin en colère contre les injustices, contre les silences assourdissants et méprisants des autorités de son pays face au sort que subissent des milliers de femmes. Après avoir vécu la tragédie du pays voisin, le Rwanda, ce viol comme arme de guerre qui sévit en RDC le révolte atrocement.

Denis Mukwege a en lui une détermination inébranlable malgré les nombreuses menaces et tentatives d’assassinat. Une détermination qui s’est tissée par l’éducation reçue de ses parents, par de belles rencontres, par le désir de soulager les blessures, par le bonheur de voir des femmes sourirent à nouveau.
Mais ce récit c’est aussi une description de la catastrophe humanitaire qui se déroule dans l’est de la RDC depuis 15 ans. C’est aussi un appel contre l’obstination d’un gouvernement qui continue à fermer les yeux.
Denis Mukwege a obtenu une reconnaissance internationale mais qu’il ne veut pas utiliser à des fins politiques mais uniquement pour sensibiliser sur cette arme de guerre : le viol. Elle a déjà été utilisée par le passé (Bosnie), elle l’est actuellement au Congo, en Syrie..  des femmes vendues comme esclaves sexuelles, des femmes humiliées dans leur chair, des femmes devant endurer les pires violences dont les descriptions sont insoutenables... imaginez leur souffrance...

A cette lecture que je recommande, j’ajouterais un autre ouvrage référence (1) pour mieux situer le contexte géopolitique de la République Démocratique du Congo (autrefois Zaïre et Congo belge) afin de mieux comprendre cette guerre qui ne cesse de semer terreur auprès de sa population, des conflits dus à ce passé colonialiste, puis une indépendance récupérée par des dictateurs sans scrupules. Un sol où le sang coule et un sous-sol où les richesses abondent...

Plaidoyer pour la vie - Denis Mukwege – Editions l’Archipel – Octobre 2016

(1) Congo, une histoire – David Van Reybrouck – Editions Actes Sud – Septembre 2012

mardi 13 décembre 2016


Une noisette, une association, une interview






Deux vocables unis : chaîne et espoir. Une solidarité apportée pour une espérance développée. Et permettre à des vies d’être sauvées, permettre à des vies de se construire, permettre à des rêves de se réaliser...
Créée en 1994 par le Pr Alain Deloche et aujourd’hui présidée par le Dr Eric Cheysson, La Chaîne de l’Espoir a pour mission d’apporter un accès aux soins et à l’éducation dans le monde entier.
A ce jour, plus de 5000 enfants sont opérés chaque année, 300 familles d’accueil sont mobilisées en France, 431 bénévoles médicaux œuvrent avec une équipe internationale de médecins et infirmiers, 4 hôpitaux ont été construits et 11.000 écoliers sont scolarisés.
 
1 - Avant toute chose, la Syrie vit depuis 2011 un cauchemar permanent avec un effrayant constat de plus de 500.000 morts. Comment La Chaîne de l’Espoir arrive-t-elle à pouvoir continuer à soigner et opérer des enfants dans cette urgence absolue et ce chaos dévastateur ?
Devant cette tragédie, La Chaîne de l’Espoir a très vite agi. Elle s’est entourée d’un médecin syrien vivant en France qui apporte son soutien à la coordination des missions en Jordanie où La Chaîne de l’Espoir vient en aide aux enfants réfugiés syriens victimes de la guerre. La Chaîne de l’Espoir a réalisé une dizaine de missions de chirurgie cardiaque et orthopédique à Amman pour soigner ces enfants et soulager leurs familles. Une dizaine enfants ont également été transférés en France pour être opérés.

2- Depuis 1994, vous construisez projets après projets. Avec tant de vies sauvées, quels sont vos objectifs pour les années à venir ?
La Chaîne de l’Espoir a vu deux de ses projets sortir de terre fin 2016 : la maternité de Kaboul en Afghanistan et un centre cardiopédiatrique à Dakar au Sénégal. Nos principaux objectifs pour les années à venir tourne autour de ses deux programmes :
  • Consolider notre Institut Médical Français pour l’Enfant qui emploie désormais 500 personnes et élargir l’offre de soins proposée à la population afghane.
  •  Inaugurer et ouvrir le Centre Cardiopédiatrique Cuomo de Dakar où 30 000 enfants sont atteints de problèmes cardiaques sans compter ceux de la sous-région.

3- Et quels sont les moyens (matériels et financiers) dont vous disposez ?
Les actions de La Chaîne de l’Espoir reposent et dépendent de la confiance que lui accordent ses donateurs. 57% de ses ressources proviennent de la générosité du public assurant un soutien financier régulier et garantissant ainsi une pérennisation de ses actions. La Chaîne de l’Espoir peut également compter sur son réseau de partenaires qui lui apporte une aide précieuse et diversifiée : participation financière, soutien en matériel, mécénats de compétences etc. 28% des ressources de La Chaîne de l’Espoir proviennent de fonds privés.
 
4 - La situation en Afghanistan est un peu occultée par d’autres événements dramatiques, mais comment est la situation sanitaire actuellement ? A Kaboul vous gérez une maternité et un pavillon pour enfants ?
La situation sanitaire en Afghanistan est catastrophique avec une espérance de vie qui peine à atteindre les 50 ans. La situation pour les femmes et les enfants est précaire. A titre d’exemple, 1 femme sur 32 meure en couche. Face à cet effroyable constat, La Chaîne de l’Espoir participe, à son niveau, à la reconstruction du système de santé afghan.
L’Institut Médical Français pour l’Enfant, inauguré en 2006, par La Chaîne de l’Espoir a permis de sauver la vie de milliers d’enfants en leur donnant accès à une médecine et une chirurgie répondant aux normes internationales les plus exigeantes. Symbole d’une volonté de vie, de foi dans l’avenir, de fraternité et d’engagement, cet hôpital porte notre combat contre l’indifférence et l’injustice. Il est un rêve devenu réalité. A présent, l’Institut Médical Français pour l’Enfant de Kaboul s’agrandit pour sauver aussi la vie des mères afghanes. La Chaîne de l’Espoir a inauguré au mois de novembre une maternité. Un projet réalisé grâce au soutien de l’Agence Française de Développement.
Parallèlement à cet hôpital, et parce que les familles les plus pauvres vivant loin de la capitale ne peuvent procurer à leurs enfants les soins de santé dont ils ont besoin, faute de moyens financiers et de structures de santé accessibles, La Chaîne de l’Espoir a décidé de construire un Pavillon des Enfants. Cette structure accueille et héberge les enfants les plus vulnérables des 34 provinces accompagnés d’un de leurs parents pour les consultations pré et post opératoires. Depuis sa création en 2008, plus de 5 200 enfants ont été intégralement pris en charge.
 
5- Le Congo, le Soudan, l’Erythrée, le Mali... Avez-vous la possibilité d’intervenir dans ces zones où les conflits sont permanents ou quasi-permanents ?
La Chaîne de l’Espoir intervient effectivement dans certaines zones de conflits en faisant de la sécurité de ses équipes une priorité. Nous n’intervenons cependant directement sur les zones de combat mais à la périphérie comme au Kurdistan Irakien. https://www.chainedelespoir.org/fr/nos-actions-au-kurdistan-irakien-0
 
6 - Aux soins médicaux apportés, vous assurer aussi une mission d’aide à la scolarisation et à l’éducation ?
Depuis plus de 20 ans, nous accompagnons les enfants sur le chemin de l’école. Au total plus de 11 000 enfants bénéficient d’un accompagnement avec une attention particulière pour les petites filles. Nos programmes sont en place au Togo, au Bénin, en Thaïlande, en  Inde et en Haïti. https://www.chainedelespoir.org/fr/leducation/scolariserformer
 
7 - Pour bien comprendre votre travail humanitaire, quel est le parcours effectué pour une intervention chirurgicale ?
Nous recevons de nombreux dossiers de prise en charge et avons une longue liste d’attente.
Tous les dossiers médicaux complets sont étudiés par notre comité qui décide d’une prise en charge et d’un transfert en France.
Une fois le dossier médical validé, la famille sur place entreprend les démarches administratives pour obtenir un passeport pendant que le siège contacte les ambassades pour obtenir un visa.
Nous recherchons une famille d’accueil bénévole qui prendra en charge l’enfant tout au long de son séjour et programmons les rendez-vous médicaux dans nos hôpitaux partenaires.
Les enfants sont opérés à Paris ou dans nos antennes à Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes ou Nice.
 
8 - En quoi consiste le « Noël des enfants 2016 » ?
Le Noël des enfants de La Chaîne de l’Espoir c’est une grande mobilisation pour les enfants en attente d’une opération sur cette fin d’année. C’est un condensé de nos actions : des enfants souffrant de différentes pathologies qui sont opérés au cours de missions comme le petit Matar, réfugié syrien opéré du cœur en Jordanie, ou le petit Ouali opéré d’une malformation faciale au Burkina Faso. D’’autres enfants sont transférés en France pour être opérés comme la jeune Ouleymatou, enfant cardiaque, ou la jeune Gloria qui a la mâchoire bloquée en position fermée. D’autres enfants seront présentés au cours des prochains jours (du Cambodge et peut-être du Sénégal) Sur le site de notre opération, vous pouvez suivre leur destin et avoir des nouvelles http://noel.chainedelespoir.org et pour être certain de ne rien manquer, abonnez-vous à notre newsletter http://www.chainedelespoir.info/formulaireinscriptionnewsletter.cfm
 
9 - Quels sont vos vœux pour concrétiser encore davantage l’espoir que vous portez aux quatre coins de la planète ?
Notre plus grand souhait est de pouvoir disparaitre un jour. Le jour où nous aurons équipé et formé tous les pays dans le besoin. Le jour où la transmission aura été complète et que tous les enfants pauvres pourront être opérés dans leur pays, auprès de leur famille, par des chirurgiens locaux.
 
Pour cela, nous avons encore besoin d’agir. Pour agir, nous avons besoin de la générosité de tous. Faites un don https://donner.chainedelespoir.org/b?cid=46


samedi 10 décembre 2016


Une noisette, un livre, une interview



"Claude. C’était ma mère"

Alain Pompidou

 

Un prénom, deux noms : Claude Pompidou née Cahour
Claude, incontournable Claude Pompidou. Avec son mari Georges, ils ne faisaient qu’un. Ont lutté la main dans la main, cœur dans le cœur lors des tempêtes immondes comme celle de l’affaire Markovic. Ont partagé un amour commun pour l’art.
Leurs fils Alain a repris la plume pour honorer sa mère et retracer un chapitre de l’histoire française. Un hommage sous forme de récit dont le ton est donné dès les premières pages avec cette très gracieuse définition d’un fils pour sa maman : "Sa vie illustre une profonde interaction entre la tête et le cœur".
Au fil des pages, à travers la vie de cette femme hors du commun, on redécouvre les riches heures du patrimoine culturel français ainsi que les méandres (évidemment moins harmonieux) de la politique . Car Claude n’aimait pas ce monde, rejetant le Palais de l’Elysée qui pour elle n’avait été qu’une tragique demeure. Quelle délicieuse promenade vous ferez, une visite personnalisée de tout ce que le 20° siècle a créé en richesses artistiques : de Nicolas de Staël à Marc Chagall, d’André Malraux à Françoise Sagan, de Pierre Boulez à Guy Béart , de Coco Chanel à Marc Bohan en passant par Aimé Maeght, Alberto Giacometti sans oublier le 7° art comme, par exemple, la généreuse Jacqueline Delubac.
A l’élégance permanente s’est mariée l’attention portée aux autres via la création de la Fondation Claude Pompidou œuvrant pour apporter soutien/réconfort aux enfants handicapés et personnes âgées.
Un livre que l’on referme avec la ferme conviction que les plus belles âmes ont cette pudeur des sentiments pour mieux approcher la sensibilité des autres.
Mais c’est son fils qui en parle le mieux. Entretien passion avec le Professeur Alain Pompidou.
1 – Alain Pompidou, en 2012 vous publiez la correspondance de votre père. Aujourd’hui vous offrez un portrait galvanisant de votre mère. Un hommage, mais est-ce aussi le désir de vouloir perpétuer la mémoire de vos parents et une partie de l’histoire française du 20° siècle ?
Surtout la mémoire de Claude Pompidou que je cherche à perpétuer. Comme vous le soulignez, j’ai écrit un ouvrage sur mon père en 2012 et, ensuite, je désirais faire de même pour ma mère. J’ai songé, au départ, à un album avec des photos illustrant son chemin de vie. Mais les éditions Flammarion m’ont appelé pour que j’apporte un témoignage sur elle. Forcément j’ai accepté de suite. J’offre aujourd’hui ce récit, avec une partie historique et une partie intimiste de ce parcours inhabituel d’une première dame résolument indépendante.
2 – Est-ce facile de s’effacer, comme vous l’avez fait, pour raconter le destin de sa mère alors que l’histoire commune est si vive ?
D’abord ce n’est pas une autobiographie et ensuite j’arrive désormais à prendre du recul (mon âge aidant) pour non seulement narrer ce parcours mais en le faisant avec plus d’indépendance. Je ne me suis pas effacé mais seulement pris de la distance.
3– Georges Pompidou disait « L’art est comme l’épée de l’archange, il faut qu’elle nous transperce » (p.87). L’art était-il le premier dénominateur commun du couple Pompidou ?
Au départ ils n’avaient pas la même formation. Ma mère était passionnée de littérature, dès l’âge de 8/10 ans elle lisait Flaubert (entre autres) et désirait faire une licence de lettres. Mais due  à la présence d’un notaire dans la famille, la condition sine qua non de son père était que sa fille fasse du droit si elle voulait étudier sur Paris.
Et un beau jour de 1933, dans un cinéma du Quartier Latin, un jeune homme la remarque et déclare "quelque chose est passé". Sur le moment Maman a cru en un incongru mais en fait c’était un brillant étudiant en lettres classiques, 1er Prix de grec au Concours Général. C’était mon père avec une vision très large sur la littérature classique. Le coup de foudre était évident et allait perdurer… Ils développeront leur amour pour la littérature en particulier et la création artistique en général. Ils avaient en commun ce don d’anticipation artistique, de voir l’art comme une provocation. Mon père avait d’ailleurs l’habitude de rappeler "L’art doit interpeller et provoquer".
4 – En 1946, Georges Pompidou devient le Secrétaire Général de la Fondation Anne de Gaulle. Il était évident pour son épouse de créer une association pour aider les personnes fragiles. Un engagement de tous les instants jusqu’à ces derniers jours ? Un évènement considérable  fait que mes parents seront fidèles et en admiration envers le Général de Gaulle : la Libération de Paris et son rôle primordial pendant la 2° guerre mondiale. En 1944, Georges Pompidou décide que c’est avec lui qu’il veut travailler et s’engager.
En 1946, le Général demande à mon père de devenir le Secrétaire Général de la Fondation Anne de Gaulle, il accepte et assurera la fonction de trésorier jusqu’au décès de Charles de Gaulle. En 1969, Georges Pompidou devient le 2° président élu de la V° République et Claude voulait travailler mais c’était impossible étant donné son statut. Elle décide de créer une association en aide aux enfants handicapés et aux personnes âgées, une expérience qu’elle avait vécue pour s’être occupée dans sa jeunesse de personnes déficientes. Elle a fondé cette entité sur le même modèle que celui de la Fondation Anne de Gaulle.
En 1974, devenue veuve, elle prend la présidence de la Fondation. Une fondation très novatrice dans le fonctionnement en faisant appel au bénévolat comme cela se pratiquait déjà aux Etats-Unis.
Jusqu’à son décès en 2007, elle s’occupera personnellement de sa Fondation (avec 14 établissements sur le territoire sans compter les nombreux relais) et c’est son amie Bernadette qui deviendra ensuite la présidente de la Fondation Claude Pompidou.
5 – Le Dr Cahour, père de Claude, était l’archétype du praticien d’autrefois. Quelle fut la réaction de votre mère le jour où elle a appris que vous alliez entrer à la Faculté de Médecine ?
J’ai toujours voulu être médecin du fait d’avoir eu des relations particulièrement intenses avec mon grand-père. Pendant les vacances, je l’accompagnais lors de ses visites (j’ouvrais et refermais les grilles des fermes) ou à l’hôpital, son image "en blanc" avec sa toque, blouse et tablier, reste encore dans mon esprit.
A ce but que je m’étais fixé, ma mère était plus que ravie : "Au moins, il ne fera pas de politique" ! Elle voulait tant m’en protéger…
6 – Et pourtant, la politique vous a interpellé ?
Elle souhaitait que je reste médecin. Mais j’avais des convictions européennes et je suis devenu député européen en écartant la « politique politicienne » et en me consacrant aux programmes de recherche et de développement technique auprès du Parlement.
7- "Ne pas être autre chose que ce que l’on est, mais l’être pleinement, honnête vis-à-vis de soi-même et des autres".(p.43) Avec une telle philosophie, personne de son entourage ne devait être étonné de l’aversion de Claude Pompidou envers la politique ?
Ma mère a énormément souffert de la politique et, d’ailleurs, elle n’était pas heureuse que je prenne le chemin des cabinets ministériels. L’affaire Markovic l’a profondément marquée, a profondément marqué mes parents. Ils ont opté pour le silence face à cette jalousie destructrice et ils ont eu raison car mon père a été élu en 1969 à près de 60%. Cependant, combien de fois j’ai entendu mon père parler de ce complot comme "la bombe Markovic".
8 – Et pourtant, elle avait une profonde admiration et amitié pour certains politiques. Lesquels en particulier ?
Oui. Tout d’abord une admiration totale pour le Général de Gaulle ainsi que pour toute sa famille. Pour mon père, Charles de Gaulle a sauvé la France.
Quant à l’amitié sincère et durable, deux couples ont été exemplaires : les Chirac et les Balladur. Edouard Balladur s’est beaucoup occupé de l’Association Georges Pompidou, devenue depuis l’Institut Pompidou. Jacques et Bernadette Chirac, tous deux très proches de ma mère en sachant que Jacques a fait le maximum pour concrétiser le projet du Centre Pompidou qui a abouti en 1977 malgré l’avis défavorable de certains représentants politiques…
9 – André Malraux, personnage haut en couleurs. Indispensable peut-être ?
Oui, absolument. Un personnage central. Dès les années 50, le couple Pompidou se lie d’amitié avec le couple Malraux. Au-delà de la politique, l’art était la préoccupation majeure d’André Malraux, comme en témoignent les fulgurantes conversations sur le sens artistique avec le Père Couturier, dominicain, artiste et théoricien de l’art. 
10 – Une impression se profile que votre mère n’aimait guère la compagnie des femmes. Cette impression est confirmée en milieu de lecture. Pas d’esprit féministe ou une accumulation de déceptions ?
Pour ma mère, les conversations avec les femmes étaient trop futiles. Claude a été une très bonne mère, une très bonne épouse. Mais les discussions avec les amis devaient aller au-delà de la vie familiale, il fallait qu’elles soient élevées vers d’autres domaines que ceux du quotidien sinon elle s’ennuyait.
Cela dit, des femmes pouvaient l’éblouir, comme, par exemple, Dominique de Ménil, collectionneuse d’art et proche du Père Couturier, ensemble elles avaient tant à partager !
11 – Claude, une amatrice d’art qui incarnait l’élégance ?
Oui, l’élégance pour l’élégance. Pas pour elle car elle n’était pas coquette. L’élégance pour la France, pour les créateurs de mode avec qui elle s’entendait très bien, pour les autres. L’élégance mais sans étiquette, parce qu’une éternelle indépendance l’entourait toujours.
12 – Beaucoup de références résonnent à titre personnel et quel plaisir de voir confirmer par écrit combien Claude Pompidou à aider l’un des plus illustres directeurs de l’Opéra National de Paris : Rolf Liebermann. Pouvez-nous en dire encore un peu plus ?
Je n’ai, hélas, jamais rencontré Rofl Liebermann. Mais je sais que ma mère a œuvré pour le faire venir de l’Opéra de Hambourg pour qu’il dirige celui de Paris, après en avoir longuement discuté avec le Ministre de la Culture de l’époque, Jacques Duhamel. Et par effet de ricochet, sont arrivés de nouveaux chorégraphes dont Maurice Béjart et Carolyn Carlson.
13 – Pour poursuivre en musique, quel est votre souvenir le plus marquant entre votre mère et Pierre Boulez ?
Pas un, mais des souvenirs. En fait les relations entre ma mère et Pierre Boulez remontent aux années 50. Quand il était étudiant, Pierre Boulez habite un modeste logement à l’Ile Saint-Louis et jouait comme pianiste… aux  Folies Bergères ! Par un heureux hasard, il rencontra le couple mythique Jean-Louis Barrault/Madeleine Renaud qui est au Théâtre Marigny. Avec l’aide de Suzanne Tézenas (connue du Tout-Paris et même au-delà) il va donner naissance au « Domaine Musical » avec une série de concerts, d’abord au Petit Marigny (l’actuelle salle Popesco), puis Salle Gaveau et enfin à l’Odéon.
En 1955, il crée « Le Marteau sans Maître » à Baden-Baden, œuvre qui marqua profondément ma mère et elle fit appel à lui pour participer des années plus tard à la préfiguration du Centre Pompidou et en même temps pour fonder l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique).
Ils sont devenus très amis, une amitié s’appuyant sur la création artistique et la musique contemporaine. Bien que solitaire, il invita ma mère à Baden-Baden et dans sa maison du Lubéron pour discuter sur l’évolution artistique tout en partageant cette infinie passion musicale. Comme je le souligne dans mon livre "Une rencontre qui va transfigurer ma mère et sans dépasser la limite de la pudeur, elle se rend indispensable".
14 – Suite à une célèbre conférence de presse de Georges Pompidou, l’écrivain Paul Eluard devient une référence de sa carrière politique. Quel est l’écrivain qui pourrait être associé à la vie de Claude Pompidou ?
C’est une excellente question ! Ma mère était férue de Proust, Diderot, Saint-Simon, Giraudoux, Camus, Shakespeare… mais deux auteurs la bouleversent, l’entrainent dans un autre monde : Robert Musil et Friedrich Hölderlin.
De Musil, un titre m’interpelle particulièrement, une œuvre majeure de l’écriture musilienne "L’homme sans qualités", roman puissant et original. Un côté surréaliste, un côté avant-gardiste pour une démarche intellectuelle qui correspondait à l’esprit de ma mère.
Friedrich Hölderlin est aussi l’un des fondateurs de la littérature contemporaine. Par ses poèmes il a inspiré de nombreux compositeurs, Brahms entre autres, avec une essence anticipatrice : tragédie et poésie enveloppées d’une force constructrice de l’art moderne
15 – L’intégralité des droits d’auteur sera reversée à la Fondation Claude Pompidou, partagez vous cette idée que tant que l’on honore l’œuvre d’une personne, la lumière apportée ne s’éteint jamais ?
Tout à fait. D’où mon désir de continuer à suivre ce combat qui était dans le cœur de ma mère. J’ai souhaité verser l’intégralité des droits d’auteur à sa Fondation en prenant humblement exemple sur le Général de Gaulle qui avait donné ses droits littéraires à la Fondation Anne de Gaulle.
16 – Pour clore cet entretien, non pas un questionnaire de Proust, mais un petit quizz qui permettra aux lecteurs de mieux vous connaître.


-       Un roman : "Le rivage des Syrthes" de Julien Gracq, un roman et une évocation poétique.
-       Un personnage : Charles de Gaulle
-       Un(e) écrivain(e) : Marcel Proust
-       Une musique : Les quatuors de Ludwig van Beethoven, un monument de la musique classique que le maestro a composé à la fin de sa vie en…étant sourd !
-       Un film : "Alceste à bicyclette" de Philippe le Guay avec Fabrice Lucchini et Lambert Wilson, une balade avec Molière pour l’un des meilleurs films de ces dernières années.
-       Une peinture : "Le concert" de Nicolas de Staël, peint en 1955 à Antibes quelques jours avant de se suicider. Un tableau d’une puissance extraordinaire, tourné vers l’avenir, cet avenir qui lui faisait peur…
-       Un photographe : Man Ray, du dadaïsme au surréalisme. Un Maître.
-       Un animal : le chien
-       Un dessert : la charlotte aux poires, parce que c’est délicat
-       Une devise ou une citation : "Eviter de se mentir à soi-même"



"Claude, c’était ma mère" – Alain Pompidou – Editions Flammarion – Octobre 2016
 
 

lundi 5 décembre 2016


Une noisette, un anniversaire

Moltes felicitats Josep Carreras





5 décembre 1946. Entre mer et montagne naissait ce jour-là Josep Maria Carreras Coll. Aujourd’hui, après une carrière au sommet et des épreuves à chaque fois surmontées, l’illustre ténor catalan célèbre ses 70 ans.

Inutile de revenir sur les rôles interprétés, les récitals offerts, le parcours artistique maîtrisé à la perfection. Il est Don José, il est Don Carlo, il est Stiffelio. A chaque fois, ce n’est pas une interprétation mais une vie partagée avec un personnage. Le tout enveloppé dans une voix incomparable par un timbre plus que rare et un phrasé à mettre à genoux les plus réfractaires aux voies d’opéra.

Josep Carreras n’est pas qu’un artiste. Il est une personne dont l’humanité n’a pas de limites, doué d’une sensibilité qui émeut jusqu’au plus profond de son âme. Cet âme avec laquelle il chante, avec laquelle il interprète, avec laquelle il tend la main à ceux qui luttent pour leur vie, avec laquelle il a combattu les injustices de la planète.

Une date restera à jamais marquée dans ma mémoire. Celle du 21 juillet 1988. Ce jour-là, le ténor fait son retour dans sa ville natale après un an de traitements éprouvants, une leucémie s’étant abattue sur lui le 13 juillet 1987. Guéri, il revient. Mais pas que pour lui. Pour les autres aussi. Désormais, sa vie sera également consacrée à la lutte contre la leucémie, pour ceux qui n’ont pas la possibilité d’avoir les meilleurs traitements, pour ceux qui se retrouvent isolés. La Fondation Josep Carreras est créée, puis des filiales ouvrent, notamment en Allemagne qui sera désormais son deuxième pays. Une banque de moelle osseuse, REDMO, prend jour quelques années plus tard en 1991 en Espagne ( il n’en existait pas), des unités scientifiques se sont développées aux quatre coins du globe et un centre de recherche européen unique au monde est créé près de Barcelone IRCL Josep Carreras.

Concerts bénéfiques, recherche de partenaires, bénévoles, un travail prodigieux est fourni avec les hématologues et spécialistes mondiaux. Non seulement une main tendue mais la ferme conviction qu’un jour la leucémie soit curable pour toujours et pour tout le monde. Car avec Josep Carreras, c’est l’universalité qui compte. A l’instar de la musique, la recherche est sans distinction de couleur de peau, d’âge, de sexe, de religion...

Lorsque j’ai découvert à travers l’écran en 1977 ce jeune ténor au festival d’Aix-en-Provence, je ne pouvais penser que ma vie serait imprégnée, par la suite, de son parcours. Sa voix était magnétique mais pour des motifs personnels, je ne l’ai plus considéré comme simplement un artiste après 1987. Les larmes de joie coulant sur le visage en ce soir du 21 juillet 1988 en applaudissant ce retour à la vie. Puis, les autres concerts, les rencontres avec des malades dont certains sont devenus mes amis. Cette force que j’ai croisée à travers les patients a donné une autre dimension à mon existence et depuis c’est une immense gratitude qui est gravée au plus profond de mon cœur.

Moltes gracies Josep Carreras, moltes gracies. I per molts anys !

Pour suivre l'actualité du ténor, un blog http://josepcarreras-tenor.blogspot.fr/
Retrouver l'interview du directeur de la Fondation Josep Carreras ici