dimanche 26 octobre 2014




Une noisette, une interview

 

Sarah Briand

Réalisatrice du cœur des femmes



 



 

 

Mardi 28 octobre en première partie de soirée, France 2 proposera un portrait inédit de Simone Veil dans la collection “Un Jour Une Histoire”. L’un des auteurs n’est autre que Sarah Briand. Une belle opportunité pour en savoir plus sur cette brillante journaliste dont le travail est à son image : discrète et enthousiaste, sans oublier cette touche de sensibilité qui fait la différence.

 
1 – Romy Schneider, Mazarine Pingeot, Mireille Darc et très bientôt Simone Veil, vous allez devenir la spécialiste cathodique des portraits des femmes singulières ?
Spécialiste, tout de même pas. Mais il est vrai que tous les portraits que j’ai réalisés sont des portraits de femmes, des femmes fortes et indépendantes auxquelles on a, en tant que femme, envie de s’identifier. C’est une coïncidence au départ, même si j’ai un attachement particulier au destin de Simone Veil que je souhaitais raconter depuis plusieurs années. J’avais lu son livre "Une vie" et j’avais été frappée par l’histoire de cette femme qui a traversé le siècle en devenant, malgré elle au départ, une icône. Une icône à qui on doit beaucoup, à travers son combat pour la légalisation de l’IVG, son combat pour la paix en Europe, son combat contre l’antisémitisme, et son travail sur le devoir de mémoire.


2 – Justement, les engagements de Simone Veil sont incroyablement d’actualité : le droit à l’avortement remis en cause dans certains pays, l’antisémitisme qui refait surface, l’Europe qui cherche une autre voie... Ce nouveau chapitre d’Un Jour Une Histoire, est une belle leçon afin de ne jamais s’endormir sur ses acquis et de toujours savoir vigilance garder ?
Effectivement, que ce soit le droit des femmes à l’IVG, la paix en Europe, ou encore l’antisémitisme, toutes les luttes de Simone Veil font étrangement écho à des événements d’actualité. Et c’est sans doute pour ces combats-là qu’elle est aujourd’hui encore l’une des personnalités préférées des Français, sans avoir jamais voulu s’enfermer dans un parti politique. Réentendre ses réponses aux propos révisionnistes du Front National et sa liberté de parole sont encore utiles et sans aucun doute nécessaires en 2014.

 
3 – La vie de Simone Veil est une lutte permanente entre combats politiques et blessures intimes, ce pourquoi vous avez intitulé ce portrait “L’instinct de vie”. Peut-on connaître un peu le fil conducteur du reportage et comment réussissez-vous à réaliser un document émouvant et réaliste sans tomber dans le voyeurisme et l’ultra pathétique ?
Nous n’avons pas cherché à réaliser un document « émouvant » mais l’émotion effectivement transparaît tout au long du film, à travers les photos, les images d’archives, les interviews d’elle, notamment lorsqu’elle parle pour la première fois publiquement de la déportation, mais aussi et surtout à travers les témoignages de ses proches, de ses enfants et de ses petits-enfants. Nous avons essayé de montrer, à travers tous ces regards, la force de cette jeune fille de 16 ans pour qui la vie commence dans la tragédie, et qui n’aura de cesse d’avancer avec force et conviction. Et comment derrière l’image de cette femme pudique et assez distante en public, se cache une mère fière et très proche de la famille qu’elle a construite.

 
4 – La moyenne d’un documentaire est d’environ 90 minutes. On n’imagine pas le travail fourni et pourtant combien d’heures accumulées à écrire, enquêter, filmer, monter, corriger pour arriver à cette réussite. Décrivez-nous un peu ce que le téléspectateur ne voit pas.
Tout commence par le travail d’enquête, que j’ai effectué avec une journaliste de l’équipe de Magnéto Presse, Floriane Gillette, qui a passé beaucoup de temps à retrouver certains collaborateurs ou amis d’enfance de Simone Veil. Et comme souvent, certains ne souhaitaient pas s’exprimer. J’ai alors pris le temps de les rencontrer, parfois plusieurs fois, pour leur expliquer notre démarche et écouter ce qu’ils avaient envie d’exprimer sur leur relation avec Simone Veil. Il y a ensuite le tournage des interviews et des images d’évocations, puis le montage qui dure entre 12 et 15 semaines. Tout cela accumulé, avec le travail de post-production, on arrive à environ 7 mois de travail pour un documentaire de 110 minutes. Il faut saluer le travail de montage d’Alexis Guillot, le travail d’image et de lumière de Ludovic Siméon, ainsi que le travail et la confiance de Frédéric Martin, le rédacteur en chef de cette collection.

 
5 – Lorsque l’on consacre plusieurs mois à étudier puis à dresser le portrait d’une personnalité comme Simone Veil, y a-t-il un avant et un après ?
Oui, incontestablement et je dirais encore plus avec ce portrait de Simone Veil. Même s’il est nécessaire de prendre du recul, de garder un oeil de journaliste et de pas être complètement en empathie avec son sujet, je dois admettre que j’ai été marquée par plusieurs témoignages. Celui notamment de trois personnes que vous découvrirez dans le film, ses amis connus à l’âge de 16 ans au camp d’Auschwitz : Marceline Loridan, Ginette Kolinka et Paul Schaffer. Mais aussi par celui de ses deux fils et de plusieurs de ses petits-enfants qui parlent avec beaucoup d’émotion de leur grand-mère et du modèle qu’elle représente. Enfin, retourner sur les lieux qui ont marqué sa vie et plus précisément les camps d’Auschwitz, en Pologne, où je me suis rendue il y a quelques jours, était nécessaire et bouleversant.


6 – Votre premier “Un Jour Un Destin” consacré à la regrettée Romy Schneider a bouleversé des milliers de téléspectateurs notamment avec le récit sur les coulisses de son dernier film “La passante du Sans-Souci” . Que représente Romy pour vous ?
Romy Schneider est pour moi une actrice à part, qui me bouleverse dès que je pense à elle, à sa vie, dès que je regarde un film d’elle, et parce qu’évidemment elle est le premier portrait sur lequel j’ai travaillé.


7 – Parlons un peu de vous. Vous restez très attachée à la culture libanaise pour avoir vécu au pays du cèdre. Quels sont vos souvenirs les plus forts ?
Ce proverbe « Que le coq chante ou non, le jour se lève » s’inscrit-il dans votre ligne de pensée, surtout avec la tragédie que vit à nouveau le Proche Orient ?
J’ai vécu près de 6 ans au Liban et j’y retourne dès que je peux, donc je suis effectivement très attachée à cette région du monde malheureusement secouée par les soubresauts de l’actualité. J’aime son histoire, son énergie, son instinct de vie au-delà des conflits, j’aime cette culture méditerranéenne. Les Libanais sont toujours optimistes et profitent de l’instant présent, ne sachant pas de quoi demain sera fait. Mais voir la Syrie s’enfoncer dans le chaos me bouleverse. Plusieurs de mes amis syriens ont dû fuir le pays.

 
8 – Entre réaliser des documentaires et être l’assistante de Laurent Delahousse, vous avez sans aucun doute des petites recettes pour être toujours constante et si efficace dans tout ce que vous faites ?
Je ne sais pas si je suis efficace, mais j’aime passionnément ce que je fais. Et grâce à Laurent, j’ai la chance de pouvoir concilier le travail documentaire et le traitement de l’actualité immédiate pour le journal de 20H.


9 – Des projets en cours ? A moins qu’un nouveau portrait soit déjà prévu ?
Pas de nouveau projet pour l’instant ! Je continue mon travail pour le journal du week-end. Mais j’invite les téléspectateurs à regarder les prochains documentaires de mes confrères et consœurs de Magnéto Presse, il y a de très beaux films au programme !


10 – Pour terminer, le traditionnel questionnaire impersonnel... pour mieux vous connaître …

 Un roman : "Le quatrième mur" de Sorj Chalandon
 

Un personnage : Simone Veil !
Un(e) écrivain(e) : Proust pour « A la recherche du temps perdu »

Une musique : "La chanson d’Hélène" dans le film "Les choses de la vie"

Un film : les films de Claude Sautet

Une peinture : Caillebotte

Un animal : plutôt un oiseau, une hirondelle

Une devise/citation : "C’est dans la rosée des petites choses que le cœur trouve son matin et se rafraîchit" Khalil Gibran (Le Prophète)

 Sarah Briand merci infiniment pour votre disponibilité à m’avoir accordé cet entretien. Je vous laisse le mot de la fin pour convaincre les téléspectateurs encore hésitants à regarder “Simone Veil, l’instinct de vie” mardi prochain en première partie de soirée sur France 2.
J’espère que vous aurez autant de plaisir à regarder ce film que nous avons eu de plaisir à le réaliser. L’histoire de Simone Veil est bouleversante à tous points de vue, j’espère avoir très vite votre avis sur ce documentaire !
 

Et merci Squirelito pour cette belle interview !



Un Jour Une histoire : Simone Veil, l’instinct de vie. Documentaire inédit de Sarah Briand, Laurent Delahousse, Frédéric Martin et Alexis Guillot. Mardi 28 octobre à 20H45 sur France2.








  


 

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