dimanche 5 mai 2019


Une noisette, un livre


 Je cherche encore ton nom

Patricia Loison




La journaliste Patricia Loison sait depuis toujours qu’elle est une enfant adoptée, tout comme son frère Franck. Leurs parents n’ont jamais caché la vérité, ont même conservé tous les papiers du processus des adoptions et un album de photos montrant leur « deuxième naissance » à l’aéroport. Une enfance heureuse, un épanouissement total mais lorsque Patricia Loison met au monde son premier enfant, un choc terrible se produit, celui de réaliser qu’elle a eu une mère génitrice quelque part à Delhi, une mère qui l’a portée pendant neuf mois et qui a accouché chez les Missionnaires de la Charité. D’elle elle ne sait rien, même pas son nom ni le propre prénom que lui avait donné sa première maman. L’émotion indescriptible passée, elle décide lors d’un déplacement professionnel, d’aller enquêter sur ses origines, de retrouver une trace de son énigmatique passé, de fouler le sol, l’endroit où elle a vu jaillir la lumière de la vie.

Un témoignage excessivement fort sur cette quête d’identité, sur l’adoption, sur cette absence qui ne pourra jamais être comblée. Un récit forcément écrit avec le cœur mais avec ce quelque chose en plus d’indéfinissable qui force admiration et procure une émotion particulière. Avec une sensibilité extrême, la journaliste de France 3, vivant désormais au Japon, sait raconter ce manque tout en louant sa famille d’adoption et l’amour reçu. S’ajoute la beauté de l’écriture, une écriture sans fioriture, celle de la sincérité, celle qui transcrit directement les mots de l’âme.

De Renn à Patricia, une histoire qui aurait pu être inénarrable mais que l’amour a pu reconstruire par la force des sentiments et le désir de ne jamais oublier d’où l’on vient.

« Je suis arrivée avec un hochet en plastique orange pour seul bagage »

« Les amours s’ajoutent, ne se remplacent pas ».

« Je suis née ici il y a trente-sept ans. C’est ma première maison. C’est une partie de moi. Il faut que ça me parle. Il faut que ça me touche. Je voudrais que la mère louve qui a surgi à la clinique fasse tomber la statue, craquer le sol de la véranda sous ses pas furieux, crie mon nom par les fenêtres, piétine cet accueil policé, ce décor froid. Je serais prête à m’agenouiller et à frotter les papiers du dossier vert les uns contre les autres pour faire jaillir le souvenir des premiers jours comme la petite fille aux allumettes qui voyait ses rêves dans la flamme ».

Je cherche encore ton nom – Patricia Loison – Editions Fayard – Avril 2019

Aucun commentaire: