mardi 7 mai 2019


Une noisette, un livre


 Les fleurs sauvages

Holly Ringland





Orchidée de feu noire, lys vanille, mimosa de Cootamundra, orchidée dame bleue, myrte du désert, fleur de l’oiseau vert… Autant de fleurs, autant de mots, autant de significations et de messages. Les fleurs ont un langage, les fleurs transmettent et c’est la floriographe Alice qui va voir son destin emprunter le chemin des vocables floraux, pour le pire mais aussi pour le meilleur.

Quelque part en Australie australe, le lecteur fait connaissance de la famille Hart : Agnès, Clem et leur fille Alice, cette dernière rêvant d’un feu pour purifier son père et le faire redevenir comme avant. Avant ses excès, avant ses violences, avant les coups reçus. Si seulement elle avait su… Mais avant ce jour tragique à l’âge de ses neuf ans, on découvre une famille et son univers, sauvage dans l’immensité du continent et une passion chez la maman d’Agnès : les fleurs et tout ce qui les entoure. La petite Alice, loin du pays des merveilles lors du décès brutal de ses parents va se retrouver sous la protection de sa grand-mère June qui refuse de lui révéler les terribles secrets de famille. En grandissant Alice va essayer de comprendre ce silence assourdissant et percer les mystères familiaux. Mais la route sera longue, les fantômes du passé ressurgiront et elle se brûlera parfois les ailes, mais contrairement à Icare, ce sera pour retrouver l’ivresse d’un papillon libéré d’une chrysalide trop épaisse.

Incroyable comme la magie des fleurs peut faire fleurir un roman et semer une myriade de situations qui s’enchaînent, se poursuivent, se chevauchent pour éclore en une saga qui force l’intérêt du lecteur. Du souffle de la magie, il y a aussi ce miracle de solliciter les sens, en particulier ceux de la vue et l’odorat : frémir sous le vent, humer le désert, sentir chaque parfum, imaginer un pays inconnu, rêver par-dessus les montagnes, vibrer à l’approche d’une pente d’un volcan… A côté de la beauté de cette nature sauvage, cohabite un autre aspect sauvage mais celui du désastre, celui de la violence conjugale où chaque être du foyer prend des coups, les couleurs céruléennes devenant subitement des bleus de l’âme. Seule la puissance des sentiments peut devenir le miroir de la résistance à tous les maux, avec l’aide des mots, notamment ceux offerts par la nature. Sans oublier le rôle des livres, de l’évasion livresque et d’une bibliothécaire qui, par petites touches, jouera un grand rôle dans le destin d’Alice au pays de tous les possibles.

Un roman qui ravira tous les amants des grands espaces pour cette plongée dans cette terre inconnue, parfois réelle, parfois fictive. Mais peu importe, l’essentiel est dans cette histoire de vie qui se répand dans toutes ses formes, dans tous ses contours. Avec quelques croisées de chemins sur le respect des peuples autochtones, la fidélité salutaire du chien envers l’humain et toutes les couleurs dessinées, du gris le plus cendré à l’ocre le plus flamboyant.

Mention spéciale pour la présentation de ce livre qui est en parfaite symbiose avec le fond du récit, une couverture avec une impression de damassé floral et des dessins d’une finesse exquise entre fleurs sibyllines et feuilles volant au gré des pages et chapitres. En apprenant que la fleur du noisetier symbolise la capacité de réconciliation… et celle aussi du désir.

« Plus elle passait de temps avec sa mère dans le jardin, plus elle comprenait que la vraie nature de sa mère s’épanouissait parmi ses plantes. Surtout quand elle parlait aux fleurs. Le regard absent, elle murmurait dans un langage secret, un mot ici, une phrase là, tout en cassant net sur leurs tiges les fleurs dont elle emplissait ses poches ».

« Les lys de pluie sont le symbole de l’attente. Des bienfaits qui peuvent sortir des épreuves ».

« Elle sortit le premier livre qui lui tomba sous les doigts et sourit. C’était pour elle le meilleur des réconforts. Le serrer entre ses mains la consola ».

« Qui envoyait des fleurs à la place d’une lettre ? Comment une fleur pouvait-elle dire la même chose que des mots ? A quoi ressemblerait un de ses livres, si les milliers de mots qu’il contenait étaient des fleurs ? »

Les fleurs sauvages – Holly Ringland – Traduction : Anne Damour – Editions Mazarine – Mai 2019

Aucun commentaire: