jeudi 7 septembre 2017


Une noisette, un livre

 

Le fils du héros

Karla Suarez


 



Cuba et son histoire. Ses histoires. Et si derrière chaque histoire nationale, se formait une histoire personnelle où l’on cherche la vérité pour essayer de se reconstruire en comprenant ce qui semble incompréhensible. C’est justement l’histoire d’Ernesto, un jeune adolescent qui devient adulte avec une blessure jamais refermée : celle d’un père mort pendant la guerre en Angola. Il avait douze ans et soudainement l’enfance s’est envolée, les rêves, les jeux avec ses camarades qui avaient pour surnoms des héros de romans, lui étant le Comte de Monte-Cristo.
Dès qu’il va en avoir la possibilité, le jeune adulte qu’il est devenu va chercher inlassablement des documents, des témoignages sur cette guerre. Il va laisser de côté son existence et celle de son entourage pour ne se consacrer qu’à cette quête de la vérité. De La Havane, il va migrer à Berlin avec sa jeune épouse Renata, puis le couple partira à Lisbonne et c’est dans cette ville qu’il va rencontre un mystérieux personnage : Berto. Qui est cet homme originaire de cuba, qui lui aussi à été combattre en Angola, qui a l’air d’en savoir beaucoup sur cette période de l’histoire contemporaine et qui lui dit « que la guerre, c’est comme les échecs » ?

Entre passé et présent, la romancière cubaine Karla Suarez nous entraine dans les tourments des mensonges, des non-dits et dans cette jeunesse éprise de liberté, de renouveau. Avec l’absurdité de la guerre comme toile de fond.
On est absolument captivé par cette fiction qui une fois encore nous plonge dans la réalité de la vie. Cette vie qu’il faut vivre, et ce, même quand la mort sonne à votre parte. Parce que comme le soulignait le papa d’Ernesto « après chaque chose il nous reste encore l’avenir ». Quelle force d’écriture l’auteure a entre ses doigts et quelle ingéniosité que de construire chaque chapitre autour d’un titre d’un roman et par n’importe lesquels : « A l’ouest rien de nouveau », « L’étranger », L’Ecume des jours », « Dans la paix comme la guerre », « L’Insoutenable légèreté de l’être »… du Capitaine Tempête à Werther…

La littérature cubaine est source d’éternelles belles surprises, de riches lectures, celles qui justement font fonctionner… « les muscles du cerveau »… L’écriture de Karla Suarez en fait partie. Con mucho gusto !

« Les muscles, fiston, il vaut mieux les avoir au cerveau. Ce sont les animaux qui se battent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, mais nous, les hommes, nous devons réfléchir ».
« Je crois que ce que j’ai d’abord aimé des livres, c’est qu’ils étaient comme des fenêtres que je pouvais ouvrir, m’échapper en courant dans les pages, y vivre des expériences variées ».

« Fragments de vie quotidienne qui ne deviennent importants que lorsqu’on découvre qu’ils ne sont plus là ».

« La guerre est l’ultime territoire où tout se passe pour la dernière fois. Un jour peut équivaloir à une année, plusieurs mois à une vie entière, la vie se perdre en une seconde et quand cette seconde est finie plus rien ne revient au point de départ ».
« Le pays était couvert d’affiches portant le mot d’ordre « chaque cubain doit savoir tirer et bien tirer ». Renata s’était écroulée de rire quand je le lui avait raconté, elle disait que ce slogan devait être une idée du ministère du Tourisme, parce que « tirer », sous d’autres latitude, a une connotation très différente ».

« Quand un long sanglot se termine, on se sent comme lorsqu’on fait l’amour, un peu désorienté mais serein. La seule différence, c’est que le plaisir en est absent ».

Le fils du héros – Karla Suàrez – Editions Métailié – Août 2017

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