lundi 4 septembre 2017


Une noisette, un livre

 

Summer

Monica Sabolo


 


Peut-être parce qu’elle savait qu’elle serait belle, qu’elle serait solaire, qu’elle rayonnerait, qu’elle serait la lumière jaillissant dans un milieu aseptisé de la haute bourgeoisie, sa mère l’avait appelée « Summer ». Pour donner de la chaleur dans l’hiver des vies trop conformistes.

Summer, née en été, disparue un été... sans laisser aucune trace, lors d’une sortie sur les bords du Lac Léman, où elle vit. Ses amies n’ont rien vu, son frère Benjamin non plus. Vingt-cinq ans plus tard tout remonte à la surface chez Benjamin. Des pensées crépusculaires comme si le protagoniste était un éternel noyé...et un éternel ressuscité. A chaque vague nostalgique, à chaque remous morbide, le bassin lémanique éveille des fantômes. Ceux d’une séparation, ceux de l’amour perdu ou de l’amour voulu non reçu.

Le dernier roman de Monica Sabolo ne se raconte pas. Il se vit. Il n’est pas un livre, il est une électrocardiographie, chaque paragraphe relie votre cœur à celui du héros tourmenté, comme des électrodes à la surface de la peau.

Même si d’autres récits existent déjà sur les fluctuations obscures des milieux aisés où le secret, le silence, les apparences sont légion, l’histoire de Summer est d’une considérable puissance créatrice grâce à cette écriture éblouissante navigant en ombres profondes.

Car l’auteur nage dans cette eau qui l’entoure avec des ectoplasmes comme guide. Une sorte de partie de cache-cache entre les tourments d’une existence narcotique et cette absence pesante, incompréhensible. Le dénouement n’est pas une réelle surprise mais le but de ce roman, n’est pas vraiment sa finalité mais le chemin emprunté.

On plonge dans ce récit de tout son corps, de tout son esprit. Ce n’est pas une évasion, c’est un parcours initiatique dans un labyrinthe aux contours mouvants. La force des mots choisis, le rythme méticuleusement orchestré (rien de rapide et pourtant un tempo haletant) et surtout l’art de la description visuelle, sentimentale et olfactive, font de ce thriller poétique une douche littéraire fantomatique d’une sublime intelligence psychologique.

 « Je regardais le ciel, translucide comme le cœur d’un dieu »

 « Peut-être l’ai-je détestée, je ne sais pas, peut-être lui en voulais-je de glisser dans la vie tel un petit voilier sur la mer, juste sur la ligne d’horizon. Depuis le rivage auquel j’étais condamné, je regardais son embarcation traverser des nappes de clarté, des rideaux tombant du ciel, comme ces rayons qui transpercent les nuages sur les images pieuses ».

 « Leurs visages étaient dénués d’expression (…) Ils semblaient déjà entrés dans le monde adulte, et en être ressortis, écœurés, pour s’en aller voyager dans des terres occultes. »

Summer – Monica Sabolo – Editions JCLattès – Août 2017

Livre reçu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018

 

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