jeudi 28 septembre 2017


Une noisette, un livre

 

La serpe

Philippe Jaenada


 


Quand l’écureuil a eu entre les pattes ce nouveau roman (oh, trois fois rien, juste quelques 640 pages et des poussières) il a sautillé de joie sur sa branche pensant dans sa petite tête que c’était un remake d’une histoire d’Astérix en version XXL… Pas du tout et c’est bien moins rigolo.
 
C’est un récit fleuve (La Seine, Le Rhin, le Guadalquivir réunis avec un petit bout d’Amazone) sur le drame du château d’Escoire dans le Périgord (vous savez, le pays des truffes) : un triple homicide jamais élucidé où Henri Gérard (plus connu sous le pseudonyme de Georges Arnaud) sera acquitté après un procès rebondissant avec de multiples failles dans le dossier d’instruction.
 
Si parfois (je dis bien parfois) on peut ressentir (comme pour les températures) une certaine lassitude avec les nombreuses annotations personnelles et des descriptions à n’en plus finir du trajet entre Paris et Périgueux (voire l’envie que le pneu avant gauche éclate pour que l’histoire se termine sur l’autoroute), il faut avouer (après tout il s’agit d’une affaire judiciaire) que l’auteur ne manque pas de panache et surtout un humour à faire rire le plus sinistre des crocodiles (ce serait une occasion pour voir enfin de vraies larmes).
 
Mais derrière cette légèreté de l’écrit (et pourquoi pas de l’être) se cache une très sérieuse enquête et des heures de travail de recherche pour tenter de découvrir un peu plus de vérité, sans charger un possible coupable, seules quelques hypothèses sont avancées mais qui ne sont en rien des réquisitoires. Avec le souci extrême de préserver les descendants des familles concernées.
 
Oui, au départ j’émettais quelques réserves sur la forme et le fond du récit, en mettant limite l’auteur sur le banc des accusés pour un penchant narcissico-morbide,  une relaxe s’est rapidement dessinée pour se transformer en un podium de noisettes pour prouesse littéraire et belle mission accomplie. Méritoire que de dresser un portrait inhabituel d’Henri Gérard, d’expliquer que si le gars avait « ses humeurs », il avait des circonstances atténuantes et qu’il a eu surtout un but dans sa vie : lutter contre l’injustice. En passant, belle petite griffe envers Gérard de Villiers, personnage qui n’a jamais été à court d’élucubrations…
 
La serpe, un roman tranchant, bien taillé et qui permet de débroussailler certains témoignages ou faits ,laissés en friche dans le domaine du château d’Escoire.
 
La serpe – Philippe Jaenada – Editions Julliard – Juillet 201
 
Roman reçu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018
 
 

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