vendredi 2 février 2018


Une noisette, un livre

 

Les sœurs Brontë

Laura El Makki


 


Des coïncidences se produisent parfois et de façon totalement inattendues mais qui ne sont pas dénuées de charme. Comme celle de lire un document sur les sœurs Brontë au moment où souffle une tempête, tourner les pages du livre et imaginer des feuilles virevolter dans les landes du Yorkshire, avancer pas à pas dans l’histoire d’une famille et voir au loin la demeure de Hurlevent…

Cette nouvelle biographie sur l’une des fratries les plus célèbres du monde littéraire est un peu à leur image : sobre, réservée, élégante. Et ce petit plus qui apporte du mystérieux à l’étrangeté des destins déchirés, mais où se forgent « la force d’exister ».
Car il en fallu de la force pour affronter les obstacles, la précarité, les humiliations, les deuils, mais à chaque fois et, même si des divergences planaient au sein de la famille, le socle tenait bon et chacun croyait en un avenir meilleur. C’est là que la figure du père, Patrick, est remarquablement narré par la biographe.

Si Charlotte et Emily sont plus connues, tout au moins pour « Jane Eyre » et « les Hauts de Hurlevent », Anne et surtout le frère Branwell, restent bien en retrait de la célébrité. Les passages sur Branwell sont l’un des piliers du livre car il a été trop effacé de l’histoire des Brontë. Oui, un pilier… qui permet à un spectre de reprendre figure… Laura El Makki s’intéressant à tous les membres de la famille, permet au lecteur de mieux cerner les mécanismes de la création littéraire des Brontë et de se rendre compte, une fois encore, que le roman est souvent le miroir d’un vécu.

A côté de cette saga qui s’achèvera en 1855 par le décès de Charlotte, victime elle aussi de la redoutable faucheuse phtisique, c’est un envoutant plongeon dans l’Angleterre du XIX° siècle avec ses principes, ses hiérarchies, sa rudesse mais également le début d’une ère nouvelle, pour les femmes notamment,  avec en 1837 l’arrivée de la reine Victoria.

Une lecture qui traverse les brumes des destins, destins dans la lumière, destins dans l’ombre, au gré des crépuscules éoliens, des coulées de larmes et du vivifiant des espoirs…

« Souvent les personnes réservées ont vraiment davantage besoin que les personnes expansives de parler de leurs sentiments et de leurs douleurs. Le stoïque apparemment le plus rigoureux est humain après tout, et « faire irruption » avec audace et bienveillance dans le « mur silencieux » de leur âme, c’est souvent accorder la première des obligations » Jane Eyre – Charlotte Brontë.

Les sœurs Brontë – Laura El Makki – Editions Tallandier – Octobre 2017

Livre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018
 

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