vendredi 1 mars 2019


Une noisette, un livre


 Sous le soleil de tes cheveux blonds

Agathe Ruga




La blonde et la brune, sur chemin commun finira l’infortune. Celle de l’amitié, l’amitié qui semble indestructible et qui pourtant un jour se brise par l’une des protagonistes. Brusquement, violemment. Sans raison, en totale déraison.

Brune et Brigitte, deux B.B. à elles seules. Elles sont amies, incroyablement amies, depuis des années elles partagent tout, joies et peines forcément, mais aussi les secrets les plus intimes, les folies les plus absurdes, à elles deux, les montagnes n’ont plus de sommets, tout est franchissable.  Puis un jour, à l’âge adulte, quand Brune est maman et divorcée du papa de sa fille, sans aucune raison, Brigitte disparait ou plutôt cesse toute relation avec sa presque moitié. Pour qui, pour quoi ? Aucune réponse à ce vide qui devient abyssal.
Quelques années plus tard, quand Brune attend son deuxième enfant, elle ne cesse de rêver à son ancienne amie, elle la voit enceinte comme elle et partageant les instants de grossesse.
Se succèdent au fil des chapitres toute une partie de cette amitié quasi irréelle avec les sorties, les beuveries, le lycée puis l’université entre amants et lectures, entre passion et désenchantement.

Récit largement sans doute autobiographique mais avec la volupté et le mystère d’un roman. Sans aucun doute cathartique car Agathe Ruga écrit pour raconter, écrit pour ne plus crier, écrit pour avancer et peut-être écrit pour se réconcilier avec l’irréconciliable.

Aux moments parfois foutraques (bon, l’écureuil continue à se poser la question sur cette fameuse guirlande phallique…), se juxtaposent des paragraphes bouillonnant de sensibilité et d’amour. Sans oublier l’humour toujours avec l’épisode Frédéric Beigbeder…
Quant à la maternité, elle est omniprésente, et des deux côtés, la femme qui va donner le jour à un bébé et la fille envers celle qui la fait naitre. Relations parfois complexes entre une mère et sa fille, entre parents divorcés mais avec l’amour toujours en filigrane, peu voyant dans le cas de la maman de Brune, peu présent et pourtant bien déterminant.

Livre excessivement touchant sur l’absence mais où le vide se remplace par la vie, la vie qui naît, qui arrive, qui se reproduit. La vie est ses inconnues dans toute sa perplexité, ses incompréhensions.
La jeune auteure éperdu d’écriture, perdu dans le manque, retrouve son chemin avec les mots pour tenter d’effacer les maux et puisse cet amour des belles lettres être celui de tous les amours et plus que l’aube d’une renaissance.

« L’absence est pire que la mort, rien n’arrête le sentiment d’absence, on est condamné à vivre avec tous ces absents qui vivent quelque part et sans nous. Et quand bien même ils tenteraient de revenir dans nos vies, la réapparition d’un absent ne change rien. Il a été absent, il sera toujours absent, il a créé un immense vide, impossible à combler. Il n’y a pas d’issue. Les absents sont des trous dans nos cœurs ».

Sous le soleil de tes cheveux blonds – Agathe Ruga – Editions Stock/Collection Arpège – Février 2018


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