dimanche 20 mai 2018


Une noisette, un livre

 

L’étrange et drolatique voyage de ma mère en Amnésie

Michel Mompontet

 


C’est un regard qui disparait, réapparait, se retrouve, se perd. C’est une mémoire qui joue à cache-cache, une pensée qui s’évanouit, un geste anodin qu’on n’arrive pas à comprendre. Puis soudain, le sourire revient, les souvenirs se rapprochent, la conversation illumine ces instants rassemblés… jusqu’à la prochaine absence… C’est une altération qui est au départ invisible, comme toutes ces maladies sournoises, qui franchissent des portes au hasard, qui, parfois, arrivent à passer par une infime ouverture de fenêtre et s’installe dans le corps, parasite l’esprit, fait basculer dans l’incertitude le plus vaillant et réactif des êtres humains. C’est l’Alzheimer et ses dérivés qui gouvernent sans pitié le pays de l’Amnésie.

Qui n’a pas été en contact avec une personne souffrant de cette pathologie ? Mais quand il s’agit d’un très proche, c’est une déchirure que de le voir s’éloigner peu à peu du monde du vivant.
C’est ce qu’a vécu le journaliste Michel Mompontet avec sa chère maman Geneviève, et, il a choisi de raconter les derniers mois passés avec elle, elle qui venait de recevoir dans ses doigts, dans son cerveau, un billet aller simple dans cette contrée de la cécité psychique progressive.

C’est un récit qu’on ne peut raconter. Il se lit. Tout simplement. Il se lit parce qu’on réalise ô combien la mère de l’auteur a été une force de la nature, il se lit parce qu’on savoure l’amour entre un fils et sa génitrice, il se lit parce qu’il montre le rôle des aidants dans la prise en charge des malades, il se lit parce qu’on applaudit la décision de Michel Mompontet de tout tenter pour que sa mère puisse encore profiter de sa maison, de son entourage, il se lit parce qu’on n’occulte pas les petites « amitiés perfides » avec certains membres d’une famille, il se lit parce qu’il a l’accent du sud-ouest, il se lit parce que l’on passe du rire aux larmes et des larmes au rire.

Un printemps qui commence, un été qui réchauffe, un automne qui faiblit, un hiver où l’on s’éteint, c’est un concerto de quatre saisons avec une harmonie de vocables pour un allegro de tendresse et un largo d’affliction. « Mon œil » a de la plume, une plume qui s’envole dans le firmament d’un ciel étoilé où désormais Geneviève brille de toute sa générosité.

« Plongé dans cette obscurité qui me surprend, je redeviens aussitôt l’enfant qui aimait les étoiles. Je le retrouve inchangé. Les yeux grands ouverts, je reconnais immédiatement ce plaisir de boire avec avidité leurs luminescences tremblantes, plaisir qui cent fois, enfant, me consola et m’émerveilla. Les bruits minuscules de la vie nocturne du jardin m’accompagnent, microscopiques lutins musiciens, menant la danse, ils tirent de ma mémoire comme un filet qu’on remonte, des souvenirs aussi merveilleux qu’anciens. »

« Plus personne dans cette maison ne fera de carcasses canard à la persillade, comme les femmes de la famille en faisaient depuis des siècles. Elle a avalé la recette, il n’y avait pas de copie de sauvegarde. Tandis que je sombre, elle s’envole, sans rien emporter avec elle, comme un cerf volant sans amarre qui s’évade, léger et vulnérable. »

« C’est la joie qui libère la mémoire. C’est la peur qui l’emprisonne. »

L'étrange et drolatique voyage de ma mère en amnésie – Michel Mompontet – Editions JC Lattès – Avril 2018

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