vendredi 18 mai 2018


Une noisette, une interview

 

Annaïg Le Dû – Stéphane Charrier

Créateurs de la Librairie L’Antidote à Parthenay



Annaïg Le Dû et Stéphane Charrier dans leur librairie l'Antidote © Squirelito
 

« A nous libraires de rendre une relation, entre les livres et les lecteurs, plus humaine »

 
Après avoir été salariés dans différentes structures, Annaïg Le Dû et Stéphane Charrier ont décidé de se lancer dans la création de leur propre commerce en mai 2013. De l’audace ils en avaient, de l’audace ils en ont encore, de l’audace il semble qu’ils en auront toujours. Parce qu’être libraire est une passion, une vocation, une transmission.
Pour l’écrivain Francis Dannemark, « dans une librairie le temps ne passe pas », à les écouter non plus, surtout quand la fragrance des livres vous effleure à l’instar des mots sur notre âme.

Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans l’aventure d’une librairie ? Au départ, le pari n’était pas gagné ?
Non, c’était loin d’être gagné. Mais nous avions envie de voler de nos propres ailes, de mettre en place nos propres idées après avoir été salariés. Nous étions conscients de la désertification du commerce en centre-ville mais, après une étude de marché, nous voulions relever le défi en nous installant. A part les grandes surfaces, il ne restait aucune librairie sur Parthenay depuis 2009 et vu le dynamisme des associations culturelles locales, il y avait une carte à jouer. Et c’est une réussite. 

Pourquoi ce nom de l’Antidote ? Parce que la lecture est le meilleur exutoire contre les maux d’une société ?
Oui, la lecture comme remède. Nous nous sommes réunis avec amis et membres de la famille pour trouver une idée originale, nous ne voulions pas des éternels vocables « mot, page, livre » et c’est l’antidote qui a fait l’unanimité. En plus, c’était une référence à l’essai d’Eugène Ionesco « Antidotes ».

Vous faites partie du réseau des « Librairies Indépendantes en Nouvelle Aquitaine », au-delà du portail pour la recherche de livres, quels sont les avantages d’être membre de cette association ?
Comme pour beaucoup d’associations, il y  avant tout de l’entraide.  Cela permet de porter une voix à plusieurs en cas de souci avec des fournisseurs, de mutualiser les tournées d’auteurs, de gérer les conférences avec la prise en charge des frais d’animation, d’avoir plus de poids dans les négociations avec les éditeurs, d’avoir à sa disposition des outils de communication (marque-pages, logos, plaquettes pour les rentrées littéraires,…).
C’est la plus importante association de libraires de France vu que nous sommes dans la plus grande région française.

Autre réseau, celui de la « Page des libraires », en dehors de leur publication trimestrielle et de leur jury annuel, quels sont les soutiens, les échanges, qui existent entre cette entité et les libraires ?
Il y a moins d’un an que nous sommes partenaires avec la « Page des libraires ». Nous pouvons proposer des critiques de livres et c’est extrêmement apprécié de notre lectorat qui devient de plus en plus méfiant des chroniques professionnelles, une revue rédigée par des libraires donne confiance.

Nous avons choisi d’offrir la revue à nos clients parce que c’est un signe de bienveillance envers notre clientèle. Chaque année, au mois de juin, la « Page des libraires » organise une réunion pour présenter la rentrée littéraire. Hélas, se déplacer sur Paris n’est pas toujours évident. Mais pour y être allé une fois, c’est une rencontre formidable entre libraires et bibliothécaires.

Face à Amazon, comment résister ?
En ayant son propre portail pour une réservation en ligne de livres avec de « vrais gens » qui lisent contrairement aux avis parfois fabriqués chez le géant du Net… A nous de rendre une relation, entre les livres et les lecteurs, plus humaine.

En 5 ans d’activité, quels sont les genres littéraires qui ont été les plus demandés, recherchés ?
La littérature française, la bande-dessinée et la littérature jeunesse.

Le rôle du libraire n’est-il pas aussi de proposer des ouvrages hors des sentiers battus ?
Bien sûr et heureusement ! C’est ce qui nous démarque des grandes surfaces qui sont centralisées sur leurs choix. Quant à l’offre Internet, elle s’incline souvent aussi vers les best-sellers.
Nous, nous faisons notre propre sélection, nous découvrons et faisons découvrir des pépites que l’on ne trouve pas ailleurs, c’est ce que recherche notre clientèle. Nous aimons être surpris par l’inconnu, par l’inhabituel, c’est ce qui fait le sel de notre métier.

Par ailleurs, nous mettons une attention particulière à choisir des ouvrages selon l’actualité et selon ce que souhaitent nos habitués. Rien de plus agréable que de contenter nos clients !

On peut souligner aussi le rôle des émissions littéraires, en particulier « La Grande Librairie », de François Busnel sur France 5, qui est un vecteur d’achat dans des structures comme la nôtre. A ce magazine, s’ajoutent beaucoup de programmes sur France-Culture, France-Inter sans oublier la chronique d’Olivia de Lamberterie dans Télématin sur France2.

Quel est le livre le plus intemporel ?
Annaïg : La servante écarlate de Margaret Atwood
Stéphane : Bartleby d’Hermann Melville. Un classique qui ne se rattache pas à une époque en particulier.

Quel est le livre qui vous a le plus marqué ?
Annaïg : Faust de Goethe
Stéphane : L’étranger d’Albert Camus

Quel est le livre idéal en bibliothérapie ?
Annaïg : Abraham et fils de Martin Winckler. Des faits graves mais un livre rassérénant. Cette idée de transmission par une relation forte entre un père et son fils.
Stéphane : Eloge de la fuite d’Henri Laborit. Pas forcément une lecture facile  et pourtant le livre de chevet par excellence par son éclairement…

Quel est votre coup de cœur depuis le début de l’année ?
Annaïg : Sauveur et fils, saison 4 de Marie-Laure Murail. Une littérature jeunesse avec beaucoup d’humour, on passe du rire aux larmes au fil des saisons car elle imite le code des séries.
Stéphane : Taqawan d’Eric Plomondon. Une intrigue policière qui tient en haleine, la place des indiens au Canada, un côté naturaliste sur la faune sauvage, c’est une très belle surprise et, en plus, un petit éditeur (Quidam) qu’il faut soutenir.

Quelques liens utiles
* Librairie l'Antidote : http://librairie-lantidote.fr/
* Librairies Indépendantes en Nouvelle-Aquitaine : https://www.librairies-nouvelleaquitaine.com/
* Page des Libraires : https://www.pagedeslibraires.fr/


 
« On écrit pour ne pas mourir entièrement, pour ne pas mourir tout de suite. Les deux raisons les plus fortes d’écrire sont bien celles-ci : faire partager aux autres l’étonnement, l’éblouissement d’exister, le miracle du monde et faire entendre notre cri d’angoisse à Dieu et aux hommes, faire savoir que nous avons existé. » Eugène Ionesco  - Antidotes

 

 

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