mardi 22 mai 2018


Une noisette, un livre

 

Ta vie ou la mienne

Guillaume Para


 


La littérature est comme un arbre (un paulownia par exemple) : un  tronc dont les racines sont alimentées par des mots, des lignes, des paragraphes. Puis, des branches de base, solides, pour étendre tous les genres littéraires. Ensuite et jusqu’à l’infini, des ramifications  d’écrivains, d’auteurs avec continuellement de nouvelles pousses. Parmi celles-ci, vient d’éclore « Ta vie ou la mienne » premier roman du journaliste Guillaume Para.

Autant le dire de suite, c’est une bonne détente, aucun risque de dévisser, tout le roman est une succession de frappes bien cadrées.
Hamed, devenu orphelin à l’âge de 13 ans, part de Sevran, où il est né, pour St-Cloud où vivent sa tante et son oncle. D’une banlieue difficile à une banlieue chic, l’adolescent s’épanouit, pratique avec enthousiasme sa passion, le football, et rencontre François qui deviendra son ami éternel. Quelques années plus tard et avec l’espoir de devenir joueur professionnel, il rencontre Léa, une jeune fille issue de la haute bourgeoisie du très sélect quartier de Montretout. Mais Léa souffre d’un mal inexplicable et lorsque qu’Hamed va le déceler, son destin va basculer. C’est désormais la case prison qui se dresse sur sa route et non plus le gazon d’un stade. Pourra t-il avoir un jour une relance pour Hamed ? Ou sera-t-il pour toujours un joueur « crucifié » ?

Par rapport au synopsis, tout pourrait porter à croire que le lecteur va se retrouver face à un classico, pauvreté contre richesse. Mais Guillaume Porta a l’intelligence de franchir ces sempiternels clichés en offrant une succession de surprises, de passes ingénieuses dans un univers où la violence des faits affronte la noblesse des sentiments, ou peut-être inversement…
Bien qu’il ne s’agisse que d’une histoire fictive, le côté journalistique de l’auteur frappe de multiples corners pour marquer les esprits sur l’univers carcéral et ses tacles rugueux, voire assassins.

Un livre à ne pas laisser sur un banc de touche et à découvrir sans tarder parce qu’Hamed est le portrait du héros discret du XXI° siècle, celui que vous croisez peut-être dans la rue sans le savoir. L’écriture est très rapide, imaginative, avec sur le fond un vent de romantisme, celui de la rupture du monde et de la raison, du sentiment contre la raison, de la sensibilité passionnée où surgissent les âmes torturés, où la lumière rejoint la noirceur.
Un seul regret, quand on tourne la dernière page on aurait aimé un temps additionnel…

« On se fait à tout quand il s’agit de survivre. »

« Le proverbe berbère dit « l’arbre suit sa racine » mais je crois que quelles que soient tes racines, tu es libre d’aller vers le soleil »

Ta vie ou la mienne – Guillaume Para – Editions Anne Carrière – Février 2018

 

 

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