lundi 8 avril 2019


Une noisette, un livre


 L’aigle de sang

Marc Voltenauer




Mythologie, rites, idéologie. Une triade qui amènera les crimes les plus odieux sur une île suédoise fin des années 70. L’aigle de sang, sacrifice odinique, est évoqué depuis des lustres dans la littérature scandinave : un supplice qui consiste à faire apparaître la victime comme un aigle avec des marques sur les dos et les côtes tranchées puis déployées comme des ailes. Voilà, vous êtres prévenus pour l’ambiance.
Cela dit, le nouveau roman noir de Marc Voltenauer est bien plus complexe et heureusement, l’écrivain suisse d’origine suédoise aime les préliminaires ce qui permet au lecteur de progressivement intégrer cette atmosphère où se multiplient maints personnages au profil, disons sérieusement inquiétants.

Nous retrouvons avec plaisir Andreas Auer, l’attachant inspecteur suisse dont on n’avait plus de nouvelles depuis « Qui a tué Heïdi » ainsi que son compagnon Mikaël. Mais entre temps, Andreas a appris pas sa supposée sœur qu’il était en fait un enfant adopté et fruit d’un terrible secret. Intrigué, Andreas  Auer pense à ses nombreux cauchemars et réalise qu’ils sont peut-être des réminiscences de sa petite enfance avant son adoption… et s’il avait été témoin d’une scène macabre horrible…
Il décide de partir avec Minus (un chien Saint-Bernard qui fera d’ailleurs honneur à sa race) pour tenter d’éclairer ce mystère. Mais forcément, l’enquête va être périlleuse et trente-cinq plus tard après les premiers faits il n’est pas bon de réveiller les dieux du Blôt et c’est un premier meurtre qui est commis sur l’île de Gotland peu après son arrivée.

Ce que j’apprécie avant tout chez Marc Voltenauer c’est la qualité de son écriture et la façon dont il transporte chaque personnage au noyau de l’histoire. Comme toujours chez lui, ses thrillers vont bien au-delà du roman policier, c’est une plongée dans le monde des ténèbres mais avec cette lumière qui jaillit de toute part pour faire surgir l’histoire (en l’occurrence mythologie nordique et deuxième guerre mondiale) et beaucoup d’aspects psychologiques.
S’ajoutent de très longues descriptions, tant que tout lecteur pourrait ensuite raconter sans vergogne un séjour sur cette île suédoise sans jamais y avoir mis les pieds !

Mais ce qui a le plus retenu l’attention de votre serviteur est cette facilité à laquelle l’auteur imbrique le crépuscule des âmes des temps modernes dans le mythe viking et des dieux nordiques, même si pour l’instant je reste encore perplexe sur cette dichotomie de certains noms choisis (Frigg entre autres) et le culte envers Freyja. On revisite toute une civilisation qui est le ciment de tout un peuple et dont les traces sont toujours bien vivantes. Et c’est là qu’intervient toute la magie du roman même si bien noire elle est.

Comme pour les précédents opus, un livre qu’on ne peut lâcher une fois commencé car Marc Voltenauer sait jouer sur les fils arachnéens dans ces dédales des êtres obscurs sans pour autant jouer les voyeurs de l’hémoglobine, juste pour percer de sa fine plume les méandres des esprits.

Critique exceptionnellement signée Ratatosk.

« En partant pour Gotland, jamais il n’aurait imaginé se retrouver mêlé à une histoire criminelle qui le toucherait d’aussi près. Lorsqu’il avait appris par Jessica qu’il avait été adopté, il s’était senti amputé d’une partie de son existence et ce sentiment se vérifiait maintenant de manière cruelle. Il était l’unique survivant d’une famille décimée par le folie des hommes ».

« En poursuivant son chemin, il se demanda si le sourire forcé qu’il avait essayé d’arborer se remarquerait sur les images, puis ses pensées se focalisèrent sur le nouveau problème qu’il devrait affronter. Il n’avait pas d’autre choix que de se rendre à cette réunion. Il n’oublierait pas de prendre son arme. C’était certain ».

L’aigle de sang – Marc Voltenauer – Editions Slatkine & Cie – Mars 2019





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