samedi 7 avril 2018


La noisette liseuse en 12 questions

 

Cyrille Latour


 

Critique de cinéma, rédacteur de dossiers de presse pour la télévision, Cyrille Latour ne cesse d’écrire et vient de publier son 3° opus « Car l’amour existe » aux Editions l’Amourier (chronique sciuridérienne à retrouver ici ). Les belles lettres n’ont aucun secret pour lui et c’est avec un plaisir de fin gourmet que je l’ai invité à répondre à cette nouvelle série du blog.

 
Un titre de roman pour vous définir
La Contrebasse de Patrick Süskind
Pas un roman, certes, mais le titre définit ce que je suis en dehors (ou au dedans) de l’écriture : bassiste

Votre premier coup de noisette livresque 
Le Club des cinq (hum…)

La base de la littérature 
L’absence

Le lieu idéal pour une lecture accomplie
Souvenir ému d’avoir lu la dernière phrase d’Austerlitz de W.G. Sebald sur les falaises des Roches noires, du côté de Trouville : « Assis au bord des douves de la forteresse de Breendonk, j’ai achevé la lecture du quinzième chapitre de Heshel’s Kingdom, puis j’ai repris mon chemin pour Malines, où je suis arrivé à la tombée de la nuit. »

Sinon,  en temps normal, je lis essentiellement dans le métro, ce qui a beaucoup moins de charme…

Un seul livre à la fois ou ménage à trois
Un seul livre à la fois (aussi bien pour la lecture que pour l’écriture, d’ailleurs… je suis un animal beaucoup plus lent que l’écureuil…)

Un roman contemporain qui pourrait être le livret d’un opéra
Orfeo de Richard Powers : au-delà du titre, le roman est en soi une œuvre musicale…

La meilleure adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire
Blow up de Michelangelo Antonioni d’après Les fils de la Vierge de Julio Cortazar / mais j’hésite également avec Villa Amalia de Benoît Jacquot (Pascal Quignard aurait dit lui-même que le film est meilleur que son roman…)

L’ouvrage  que vous auriez aimé écrire
Un homme qui dort de Georges Perec

Le livre qui vous inspire le plus
Il y en a tant ! Mais, aujourd’hui, je pense plus particulièrement à La Force majeure de Clément Rosset, dont la mort m’attriste bien au-delà de ce que j’aurais supposé… Ces livres me font l’effet, à chaque (re)lecture, d’un grand souffle d’air : de quoi, en effet, prendre une nouvelle et profonde inspiration !

Par exemple, ce paradoxe de la joie (c’est elle, la « force majeure ») : « La joie est une réjouissance inconditionnelle de et à propos de l’existence ; or il n’est rien de moins réjouissant que l’existence, à considérer celle-ci en toute froideur et lucidité d’esprit ».

Il m’avait fait la grâce de lire et d’apprécier mon deuxième roman La Seconde vie de Clément Garcin (dont le personnage principal s’appelle Clément en son honneur) et nous avions (trop) brièvement échangé par la suite. Je venais de lui envoyer Car l’amour existe, dans l’espoir, à la fois timide et quelque peu orgueilleux, de prolonger cet échange. Si je n’étais pas sûr qu’il me réponde, ce n'est en tout cas pas le genre de nouvelles que je m’attendais à recevoir le concernant...

Vos mots préférés
« érotétique » : l’art de poser les questions, « de faire passer le désir de savoir, de susciter les histoires », mot découvert à la lecture du magnifique et indispensable Au bonheur des morts de Vinciane Despret

La meilleure phrase de votre dernier livre
J’ai bien du mal à raisonner en terme de « meilleur » (quoique, à la réflexion, l’idée que les phrases, dans un livre, soient en concurrence les unes avec les autres n’est pas pour me déplaire…), mais la phrase qui me paraît la plus importante est celle qui, tout à la fois, donne son titre au livre, le justifie et le conclut : « Car l’amour existe ».

Une citation éternelle
« Nous devons répéter que ce monde est bon, du moment qu’il est tel que nous le rendons – et nous devons le rendre bon. » dans La Volonté de croire de William James

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