lundi 9 avril 2018


Une noisette, un livre

 

Falaise des fous

Patrick Grainville


 


Du haut des falaises d’Etretat, un demi-siècle vous contemple… L’histoire est racontée par Charles, amoureux des arts, des femmes. Passionnément, beaucoup, à la folie. Les décors sont naturels et la mise en lumière est de Patrick Grainville. Avec l’aide de Monet, parce qu’il peint…

Blessé lors d’une mission sanglante en Algérie, Charles revient sur le sol normand, protégé par son oncle, le frère de sa mère. Cette mère inconnue, abandonnée par son amant et, décédée lorsque le garçonnet avait 3 ans. Depuis l’enfance, il recherche quelque chose de sa mère, quelque chose qui puisse créer un lien indéfectible, comme un portrait par exemple.

Profane en peinture, il va se pencher corps et âme vers cet art qui le fascine et parce qu’il va rencontrer des femmes, Mathilde, Anna, Aline, qui vont l’initier à tous les plaisirs des sens, comme si chaque trait apporté à un tableau correspondait à une expression sensuelle. Et Monet peint.

Mais il n’est pas le seul, l’impressionnisme est à son apogée et que d’artistes se rencontrent, échangent, se jalousent, s’affrontent à coups de pinceaux : Manet, Courbet, Degas, Boudin mais sans oublier tout ce qui fait le panache des belles lettres, entre Hugo, Maupassant, Flaubert, Proust et « sa voix d’envouteur d’Ispahan », avec même une incursion musicale comme pour « La dame blanche » de Boieldieu. Cette verve artistique se retrouve sous la plume de Patrick Grainville, qui ne se contente pas d’écrire mais de vivre chaque tableau, chaque poème, chaque création, tout semble surgir d’une ardente flamme, jaillissante, foisonnante, pétulante ! Même le mot « emmerdatoire » prend une dimension de purisme.

Une bacchanale de vocables pour une écriture baroque, flamboyante, forcément… le lecteur plonge dans une atmosphère dionysiaque, entre ivresse joyeuse de la beauté d’une époque mais également gueule de bois devant l’intolérance de l’affaire Dreyfus et l’horreur de la 1ère guerre mondiale où résonne encore la chanson de Craonne  (« Adieu la vie, adieu l’amour »). Car derrière les envolées lyriques, c’est un regard sans œillères que l’écrivain transcrit, sans nuances cette fois-ci, les ombres étant suffisantes pour dessiner les inhumanités de la fin du XIX° et du début du XX°.

Reste la mer et sa colorimétrie en harmonie avec le ciel, des dérivés de bleus, des nuages qui apportent parfois plus de lumière que le soleil lui-même. C’est une promenade hors du temps, un musée de mots, un kaléidoscope de tableaux, des « duos de fleurs » dans les jardins de Giverny
« Sous le dôme épais où le blanc jasmin
À la rose s'assemble,
Sur la rive en fleurs, riant au matin,
Viens, descendons ensemble »


Parce que Monet peint…

« La vie est un nuage de nymphéas ».

« Il est des personnages intérieurs dotés d’une sorte d’éternité. On ne cesse de les rencontrer en rêve bien après leur mort déniée par notre moi le plus profond ».

Falaise des fous – Patrick Grainville – Editions du Seuil – Janvier 2018

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