lundi 16 avril 2018


La noisette liseuse en 12 questions


Catherine Rolland

 

 
Photo © Mélaine Pennant


La magie de la lecture est double. Celle de passer de riches heures, soit de rêves, soit d’apprentissage, parfois les deux, et, de rencontrer un cœur derrière une plume. De « La solitude du pianiste » à « Sans lui » en passant par « Ceux d’en haut », Catherine Rolland ajoute à chacun de ses romans une large part de sensibilité humaine dans l’histoire des vies. Son dernier opus « Le cas singulier de Benjamin T. » (Chronique à retrouver ici) est un exercice de prestidigitation entre songes et réalités, entre le passé qui peut dicter le présent.
 
Un titre de roman pour vous définir
Que ma joie demeure, de Giono.
 
Votre premier coup de noisette livresque
Le bracelet de vermeil, de Serge Dalens.
Une héroïque histoire d’amitié, dans la jolie collection de romans adolescents Signe de Piste, lue quand j’avais une douzaine d’années.
 
La base de la littérature 
La poésie en vers et le théâtre classique.
Hugo, Baudelaire ou Verlaine, Racine ou Corneille pour ne citer qu’eux, ont posé les fondements d’un art où la forme imposée, le cadre défini par les vers oblige à une maîtrise absolue de la langue, un ciselage minutieux des mots et des phrases, semblable au travail d’un musicien sur sa partition.
L’harmonie et la musicalité du langage comptent pour moi autant que le fond.
 
Le lieu idéal pour une lecture accomplie
Je garde un souvenir merveilleux de mes années de collège, où avec deux amies nous avions découvert au premier étage de la bibliothèque une porte interdite aux élèves. L’obstacle franchi, nous avions découvert une pièce ronde et poussiéreuse, qui semblait oubliée de tous et servait à entreposer de vieux ouvrages. Durant quelques temps, nous nous y sommes donné rendez-vous, pour lire pendant la pause de midi. Je nous revois encore toutes les trois, assises à même le plancher brut, adossées au mur circulaire, plongées dans nos bouquins avec le délicieux sentiment de partager un secret précieux.
 
Un seul livre à la fois ou ménage à trois
En tant que lectrice, je n’en lis qu’un à la fois s’il est passionnant. Autrement, j’ai mon livre du soir, presque toujours un roman, et mes livres de jour, plus souvent des lectures courtes, des nouvelles, un essai ou de la poésie.
En tant qu’auteure, je ne peux écrire qu’un seul livre à la fois.
 
Un roman contemporain qui pourrait être le livret d’un opéra
Hum, je sèche… L’opéra répond sensiblement aux mêmes impératifs que le théâtre concernant l’intrigue. Des personnages héroïques, une action riche en rebondissements et quiproquos, une relative unité de lieu et de temps et une certaine noblesse dans la thématique… Difficile de trouver tout cela dans la littérature contemporaine, pour les romans que j’ai lus, du moins.
Et vous, cher écureuil, quelle œuvre verriez-vous transposée sur une scène et mise en musique ?
 
Rhoo, l’écureuil en arroseur arrosé. Lu récemment « La salle de bal » d’Anna Hope » et ce roman à la fois intime et chorale pourrait être adapté pour la scène lyrique. Les deux héros qui luttent contre les préjugés, Ella en soprano, John en baryton, et le Dr Fuller en parfaite basse pour son attitude déconcertante. On y retrouve les thèmes de l’amour, de la nature et de la folie des hommes, de tout vouloir régler par la science…  
 
La meilleure adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire
Rebecca, de Daphné du Maurier, adapté par Alfred Hitchcock avec Laurence Olivier et Joan Fontaine (1940).
 
L’ouvrage que vous auriez aimé écrire
La saga de Harry Potter, un absolu tour de force qu’il s’agisse de la capacité de l’auteure à maintenir l’intérêt pendant sept tomes, ou la construction de l’intrigue, affolante de maîtrise jusque dans les moindres détails. Outre la qualité romanesque de l’histoire elle-même, cette œuvre est magistrale d’un point de vue « technique », et son succès planétaire est de mon point de vue totalement légitime.
 
Le livre qui vous inspire le plus
Il ne peut y en avoir un seul. Toutes mes lectures m’inspirent et me font – je l’espère – progresser dans ma propre écriture. Lire est un préalable indispensable à l’écriture, une source d’inspiration intarissable et multiple. Je lis de tout, romans, récits, essais, théâtre, poésie, selon l’humeur du moment…
 
Vos mots préférés
J’aime beaucoup désinvolte et rocambolesque.
J’ai aussi une certaine tendresse pour opiner et tempérer, que l’on conjuguera de la manière qu’on voudra.
Abominable a également d’évidentes qualités.
 
La meilleure phrase de votre dernier livre
Il faudrait que je le relise, mais je crois que je ne suis pas le meilleur juge…
A vous de choisir, cher écureuil !
 

« Rien n’est dû au hasard. Tout a un sens, le passé accouche de l’avenir, et nos actes d’hier ressurgissent et nous tuent, ou parfois ils nous sauvent. »
 
Une citation éternelle
Victor Hugo, Booz endormi (La légende des Siècles)
"Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants
Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens
Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière."
 
 

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