jeudi 20 juin 2019


Une noisette, un livre

Je n’ai pas trahi

Frédéric Couderc

 


Frédéric Couderc ne trahit jamais ses lecteurs, tant sa passion, son engagement pour raconter sont immenses, surtout s’il s’agit d’inclure de la grande histoire à la petite histoire, de dénoncer par l’écrit l’inhumanité des hommes pour tenter d’apporter des touches d’humanité. Et ainsi ne jamais oublier les ombres du passé pour apercevoir l’aube d’aujourd’hui.

Dans ce nouveau roman jeunesse, le premier pour l’auteur de Aucune pierre ne brise la nuit (disponible désormais au Livre de Poche) on retrouve deux adolescents, Luna et Mattéo alias Majid qui ont une étude à réaliser sur la résistance en Corse dans le cadre de leurs cursus scolaire. De recherches en recherches Luna va non seulement connaître l’histoire des juifs de Corse pendant la seconde guerre mondiale et la résistance qui s’établit sur l’île mais aussi découvrir un secret de famille en fouillant les archives. De son côté Mattéo, suite à une agression près de son lycée, va rencontrer Salomon, un vieil homme énigmatique mais qui semble très respecté sur la place corse. Une partition sans aucune fausse note, un ton vif, aucune longueur et une alternance entre faits historiques et l’intimité fictive d’une famille, un roman que l’on dévore surtout qu’un autre personnage solaire  interpelle, celui de la mère de Luna qui porte le flamboyant prénom de Garance.

Par une plume légère Frédéric Couderc retrace les heures graves de la pire période du XX° siècle en Europe de l’Ouest et permet de rendre hommage à cette résistance corse, un peu méconnue, et le rôle également des colonies françaises de l’époque. Confirmer que quelle que soit son origine, on adopte la terre où on vit, où on mène des combats.
Est-ce le sujet ou le rythme choisi, voire les deux, qui, à mi-parcours du livre, plonge le lecteur non dans la fiction mais dans la pure réalité et que l’on se met à croire à l’existence réelle des protagonistes, tant ils sont attachants. Bluffant ! Avec en prime, une petite balade dans la montagne corse aux effluves méditerranéens.

Un roman intergénérationnel, un roman pour tous parce qu’universel et à la portée de tout type de lecteur. Un roman sincère qui met en lumière les belles âmes d’antan et la vaillance d’une jeunesse d’aujourd’hui car même dans la nuit la plus profonde, dans le crépuscule le plus noir, les couleurs de l’espoir et du courage arrivent à se frayer un chemin.

« Mattéo ramassa son marqueur. Il voulut s’adresser à cet homme qui avait l’air égaré en ville. Ses cheveux aux quatre vents et sa peau frottée au soleil le faisaient ressembler à un berger. Avec ce regard obscur qui glaçait jusqu’aux os, aucun troupeau ne devait lui résister ».

« Luna prit une profonde inspiration. Le visage de cette femme humiliée dansait devant elle. Au début, simplement, il lui avait évoqué quelque chose. Mais maintenant cette photo dramatique lui sautait à la gorge. Car ce qu’elle avait sous les yeux, c’était le portrait de Mina ».

« D’autres virages, la chaussée de plus en plus glissante, et les mains de Salomon qui s’accrochaient telles les serres d’un milan royal sur le volant. Avec sa robe rousse et sa queue échancrée, cet aigle survolait la voiture depuis un bon moment, comme s’il indiquait le chemin. Les pensées de Salomon volaient vers d’autres cieux. Tant d’années après, la plaie du deuil restait béante. Car les morts existent même quand ils ne sont plus là depuis longtemps, très longtemps ».

Je n’ai pas trahi – Frédéric Couderc – Editions Pocket Jeunesse – Juin 2019

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