vendredi 4 janvier 2019


Une noisette, un livre


Les heures solaires

Caroline Caugant




Non seulement découvrir une histoire inédite est un plaisir de fin lecteur mais il le devient doublement quand ce même roman initiatique est également l’un des premiers titres d’une nouvelle collection aux éditions Stock : Arpège. Une ligne musicale et livresque créée par l’éditrice Caroline Laurent.

Billie est une jeune femme, une artiste. Une graphiste exactement, qui prépare une prochaine exposition. Elle reçoit soudainement un appel de la maison de retraite où réside sa mère dans le sud de la France. La directrice lui annonce le décès brutal de Louise, sa mère, par noyade dans une rivière. Cette rivière va s’avérer être le théâtre de la destinée de trois générations de femmes, la scène d’un secret bien caché au fond d’une boîte mystérieuse…
Billie va partir à la recherche de la vérité sur cette disparition inexplicable mais également aller secouer ces fantômes qui la poursuivent, ces démons de l’ombre et tenter de percer le dédale sibyllin d’un monstre fétide, monstres qui parfois ne peuvent que forcer la fatalité des destins.

Progressivement le lecteur va faire connaissance de Louise, de sa mère Adèle, d’un certain oncle Henri et de Léa, l’amie d’enfance de Billie qui, elle aussi, a disparu brutalement par noyade…

L’eau, élément de vie et qui est la source des disparitions. Antagonisme qui prend une densité mouvante, flottante entre saveurs méditerranéennes et souvenirs entremêlés. Un clapotis, une vague, un torrent de sentiments, de doutes. De regrets aussi. Sans oublier l’amour, l’amour qui vient, qui s’en va ou qui n’est jamais venu. Amour englouti sous les eaux du silence, amour à faire jaillir comme une fontaine d’une renaissance.

Un roman sombre qui devient solaire (d’où son titre) dans un final éblouissant, joliment nommé « valse à trois temps ». Une valse lente pour s’offrir encore le temps, s’offrir les détours d’une remise de soi-même pour un renouveau. A cette perle littéraire aquatique, le plus bel écrin lui a été donné : celui d’une écriture nageant dans une poésie subtile, lumineuse avec pour écran la nature et toutes ses sensations, ses odeurs, ses profondeurs. Une quête cathartique au service des belles lettres.

« Elle saura oublier une nouvelle fois. Elle a cette capacité de rayer les choses. Il suffit d’y travailler avec acharnement ».

« Il l’avait extraite de sa cachette : c’était une simple boîte, mais elle était solidement scellée par plusieurs tours de scotch. Il avait hésité, l’avait soupesé et avait craqué. Lorsqu’il l’avait ouverte, la boîte avait libéré un fort relent de cave. En découvrant ce qu’elle contenait – un tissu sale – il s’était senti stupide et s’était et s’était demandé e qui lui avait pris de s’acharner dessus. Il lui faudrait tout remettre en place, masquer son forfait, mais sous le tissu, il avait découvert un cahier d’écolier et des feuilles volantes ».

« Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent, même dans les creux les plus intimes. Ils vous habitent et habitent vos enfants. Ils dégorgent, reviennent sous une autre forme ».

Les heures solaires – Caroline Caugant – Editions Stock/Collection Arpège – Janvier 2019  

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