mardi 8 janvier 2019


Une noisette, un livre


 Bleu calypso

Charles Aubert


(Photo d'arrière-plan prise l'été 2018 sur le site de Pescalis à Moncoutant (79) où se pratique la pêche en No Kill)


Avant toute chose, autant le dire de suite, ce roman policier n’est pas un leurre. Juste une plongée sur les traces d’un tueur en série qui laisse ses victimes tomber à l’eau et qui va faire couler des sueurs froides à Niels, un ancien cadre reconverti dans les appâts pour poissons après avoir décidé de quitter Paris pour le ciel méditerranéen afin de profiter de la vie et de la nature. Dans la plus grande simplicité. Loup solitaire, il entretient des relations très amicales avec Bob mais ni l’un ni l’autre ne connaissent leur vie antérieure. Ce pourquoi, Niels est étonné quand il voit arriver Lizzie, la fille de Bob, aussi rapide qu’une gazelle avec un port de tête à la Maria Callas !

Niels fabrique de manière artisanal des leurres et pratique le No Kill fishing, c'est-à-dire une pêche où l’on relâche le poisson. Il aime photographier ses « proies » ainsi que leur environnement. Telle n’est pas sa surprise quand, une fois rentré dans sa cabane, il étudie ses photos et en les retouchant s’aperçoit que sur l’une d’elles figure une tête d’homme, un homme passé de vie à trépas. En appelant les gendarmes, on l’informe que ce n’est pas le premier corps que l’on repêche et qu’il y a anguille sous roche… Rapidement, des soupçons pèsent sur Niels mais l’intrépide Lizzie, journaliste, est bien décidé à mener sa propre enquête et tendre une perche…

Un premier roman pour Charles Aubert qui est une réussite (excepté l’expression qui figure page 138 et qui a choqué l’écureuil que je suis…) tant sur l’intrigue que sur les multiples petites fenêtres qui s’ouvrent sur la société actuelle, société ou l’égo a pris une pole position dans la course à la quête de la reconnaissance et de tout ce qui brille. Quelques belles surprises dans la structure de l’enquête (un ton qui diffère des classiques du genre) et de très beaux passages sur notre mère à tous : la nature et l’eau. Une suite d’idées qui plaira à tous les amoureux d’un retour aux sources.

Je ne sais si l’auteur adopte la politesse du désespoir, selon l’aphorisme de Chris Marker, mais il manie l’humour avec une dextérité étonnante sans que l’on s’y attende. C’est une noisette de plus à ce thriller céruléen.

« Elle s’est levée en riant à nouveau. Je l’ai raccompagnée jusque sur le palier. Quand j’ai refermé la porte derrière elle, les alarmes se sont arrêtées de sonner d’un seul coup à l’intérieur de ma tête et je me suis laissé glisser dans le silence de la cabane comme dans un duvet de plumes ».

« Après toutes ces années, je ne m’étais même pas aperçu que j’étais devenu une sorte de gloire locale. J’ai esquissé un sourire vaguement carnassier puis j’ai pris la voix la plus assurée que j’avais en magasin ».

«-  Malkovitch lui aussi ne paraît pas très convaincu par l’hypothèse d’un serial killer qui tuerait au hasard de ses rencontres, et vous concéderez qu’en matière de représentation de la féminité, Malkovitch n’est pas exactement la Vénus de Botticelli. – Après un court silence pendant lequel je n’ai pu m’empêcher d’imaginer Malkovitch sortant des eaux, nu, debout dans une coquille Saint-Jacques géante, elle a repris ».

« Je l’ai trouvé allongé derrière un buisson de pistachier térébinthe, à une vingtaine de mètres de chez moi. Je n’ai d’abord vu que ses baskets qui dépassaient du joli feuillage vert couronné de grappes de fleurs écarlates ».

Bleu calypso – Charles Aubert – Editions Slatkine & Cie – Janvier 2019

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