dimanche 30 avril 2017


Une noisette, une interview

 

Jérôme Attal

« J’essaie toujours d’écrire des romans positifs »

 

(Photo © Jérôme Attal)
 

La gentillesse est sa marque de fabrique. Son dernier roman «L'appel de Portobello Road » est sorti de terre le mois dernier et d’autres floraisons enchanteresses sont à retrouver comme « Les jonquilles de Green Park », « Aide-moi su tu peux », « L’histoire de France racontée aux extra-terrestres » : Jérôme Attal
Celui pour qui « si on se débrouille bien, le Paradis est sur terre », celui qui mise tout sur le temps qui passe, celui qui parle de « l’écorce des jours » pour répandre une écume bienfaisante dans l’esprit de chacun de ses lecteurs.
Son talent est un éventail de création, du roman aux nouvelles, des mots aux notes de musique, le tout parfois en chantant. Des phrases douces comme la tendresse et des instants de rêve qui font oublier la réalité du moment.

1 – Ecrivain, parolier, scénariste. Trois plumes différentes pour un seul homme ?
J’ai pourtant toujours la sensation de faire la même chose : écrire. Comme une respiration volontaire. Une maison où l’instinct me porte et me ramène en permanence.

2 – Mais quel que soit l’écrin, l’écriture est une perle pour s’exprimer, une liberté de ton, un moyen de prise de conscience tout en gardant une gamme poétique ?
Oui c’est une question de poésie. Et on trouve davantage de poésie dans l’écriture qui est un territoire plus libre. Il y a aussi de la poésie dans la vie, mais beaucoup d’empêchements. Et souvent, on laisse agir trop de choses sans nous. Dans l’écriture, on se réapproprie une place acceptable. Sans frustrations.

3 – L’enfance semble prendre part beaucoup d’importance dans vos fictions. Etes-vous nostalgique de cette période ? Ou bien est-ce un moyen de continuer la fantaisie dans un monde de grands ?
Comme toutes les personnes qui ont eu une enfance heureuse, j’éprouve un sentiment de réconfort et de tristesse quand j’y pense. Je ne crois pas que ce soit exactement de la nostalgie. Du réconfort à me souvenir d’une infinité d’instants et de moments vécus, et la tristesse qu’il soit techniquement impossible de revivre ces moments. Qu’il n’y ait pas de porte à ouvrir, de numéro de téléphone à composer, de rue à traverser, pour accéder à volonté aux territoires engloutis de l’enfance.

4 – Dessiner ou redessiner le quotidien par l’imaginaire est-ce une force de résistance ?
Oui. Mais c’est aussi une façon de ne pas s’appesantir sur ce qui paraît insupportable. C’est transformer ce qui nous pèse en bouffée d’air. Enfin, en bouffée d’encre, pour le coup.

5 – L’humour également ?
L’humour c’est la moindre des choses. C’est de la politesse. Et c’est aussi une forme de connivence. Un récit où il n’y aurait pas d’humour serait trop péremptoire ou trop égoïste à mon goût. Un roman ce n’est pas un manifeste, ni un monologue les yeux fermés. Il faut toujours chercher la connexion avec le lecteur invisible. Cela se fait par le cœur, tout le temps. Et parfois par l’humour.

6 – Une petite noisette me dit que vous appréciez énormément la culture anglo-saxonne, exact ?
Oui j’ai toujours été très attiré par la culture anglo-saxonne. La musique, la littérature, le way of life. Mon père qui a rejoint les Etats-Unis pendant la guerre en tant que jeune mécanicien dans l’armée de l’air a toujours eu une grande admiration pour tout ce qui venait des USA. La musique, les gadgets. De mon côté je suis très anglais : je bois du thé, j’aime les Beatles et Joy Division, Oscar Wilde et Harry Potter, je me reconnais dans leur élégance et leur humour, j’aime les londoniennes et les sandwichs au concombre, les parcs et les écureuils, et mon rêve est d’être enfermé une nuit entière chez Liberty ou Fortnum & Mason pour y faire du shopping à volonté.

7 – J’ai lu que vous apportez beaucoup d’importance à la peinture, à sa création. L’art, une contemplation mais un refuge également ?
J’ai fait des études d’histoire de l’art. La sensation que procure un tableau est pour moi une émotion très complète. À la fois immédiate et profonde. Comme un coup de foudre amoureux. La fascination, même d’ordre esthétique, ne survient pas par hasard, elle va chercher, solliciter en nous des choses qui nous constituent.
J’aime aussi beaucoup lire les entretiens de peintre. Balthus, Francis Bacon, c’est toujours d’une grande richesse. Ça donne beaucoup d’élan.

8 – Lire est l’un des meilleurs remèdes contre l’anxiété, surtout quand chaque page est un appel (à Portobello Road, entre autres) au rêve, à l’évasion. A quand un remboursement de la Sécurité Sociale sur l’achat de romans positifs ?
J’essaie toujours d’écrire des romans positifs. La vie n’a pas besoin de mon intervention pour être exaspérante, ou créatrice d’anxiétés, alors je n’ai pas envie d’ajouter ma part de ténèbres à une personne qui ouvrirait un de mes romans.

9 – En parlant de financement, vous vous êtes engagé pour sauver la Librairie de Cogolin. Les libraires indépendants sont un peu, beaucoup, passionnément, les passeurs de rêves ?
Oui c’est très important. En tant qu’amoureux des livres, j’ai un tel goût des livres, de flâner parmi les livres, de tomber en ravissement sur une couverture, quelques mots, une tournure de phrase, une page, que ça me fait mal au cœur quand j’entends que des libraires passionnés sont en péril.

10 – Un petit message pour les lecteurs du blog et la famille des écureuils ?
Dans la vie, souvent, on cherche des noisettes et on finit par trouver des noises. Mais si vous êtes aussi agiles et mignons qu’un écureuil, les choses devraient bien se passer.

11 – C’est une tradition sciuridérienne, le petit quizz pour mieux vous connaître encore...

-        Un roman : Charlie et la chocolaterie, de Roald Dahl
-        Un personnage : Basil Lee, le jeune héros d’un cycle de nouvelles de Francis Scott Fitzgerald
-        Un écrivain(e) : JD Salinger
-        Une musique : The long and winding road, des Beatles
-        Un film : Baisers volés de François Truffaut
-        Une peinture : Le panneau central de la bataille de San Romano de Paolo Uccello (que l’on peut voir au Louvre)
-        Une photographie : N’importe quelle photographie avec Kate Moss dessus.
-        Un animal : Un écureuil, un renard, ou une coccinelle.