jeudi 27 avril 2017

Une noisette, un livre

 

La nuit – Vivre sans témoin

Michaël Fœssel




Quand vous abordez cet essai de Michaël Fœssel sur « La nuit », au départ vous pensez successivement que ce préparent des nuits blanches, des migraines, des « nervousse brékdones »... mais à la fin vous le refermez avec un apaisement, vos perceptions de la nuit seront peut-être différentes et votre jugement sur les êtres qui recherchent l’obscurité aussi. Une cogitation nocturne qui peut faire veiller des jours et des lunes...

Réflexions philosophiques à la fois ardues et souples, enrobées de questions ténébreuses mais sans porter d’ombre à votre esprit ou alors avec le bénéfice d’un clair obscur. Ce clair obscur qui « arme le regard de patience » l’une des lois de la nuit.

L’obscurité, cet étrange « objet » du désir, sans savoir ce qui vous attend mais l’opportunité d’être un peu moins observé par les autres. Pourtant la nuit est perçue comme négative « ce qui fait obstacle à la nuit, c’est la représentation de la nuit ». La société moderne (capitaliste dirait le philosophe qui transmet en subliminal des messages politiques) fait le maximum pour contrecarrer le noir en créant des lumières artificielles entraînant un impact sur l’écosystème, car pour pouvoir se perpétuer, le besoin d’alterner le jour et la nuit est primordial.

La nuit « lot commun de l’humanité » que l’on peut percevoir comme « négation » plutôt que « privation » pour mieux apprendre d’elle et survoler tel un « Hibou » ses différents aspects maintes fois abordés, notamment par les philosophes du siècle des... Lumières... Beaucoup d’autres références enrichissent la lecture : Restif de la Bretonne et ses « Nuits de Paris », Dostoïevski et ses « Nuits blanches », Rancière et ses « Nuits des prolétaires » sans omettre Alexandre le protagoniste de « La maman et la putain » de Jean Eustache («Comme les gens sont beaux la nuit ») ou encore Alain Bashung.

Parmi les nombreuses visions abordées, celle du romantisme sur les effets de la nuit avec le rejet de la lumière « pas besoin de lumière pour s’illustrer » et « pour qu’une nuit commence vraiment il faut oublier que l’aube reviendra ». Et surtout, ne pas regarder la nuit avec les yeux de jours.

Cette promenade nocturne est également baignée par de riches moments de poésie « les étoiles sont au cœur de la nuit, des lieutenantes du soleil ».

On dit que la nuit porte conseil...le mien serait de profiter d’un crépuscule pour vous immiscer au fil des pages à cet essai consacrée à un « mot clair » un mot reposant « comme si la lueur des étoiles se donnait à entendre dans la douceur du son ». Se souvenir de la nuit, la cultiver pour mettre de la liberté au cœur des jours... « l’homme est un être capable d’éclipse ».

La nuit. Vivre sans témoin – Michaël Fœssel – Editions Autrement – Février 2017

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