mardi 31 juillet 2018

Une noisette, un livre

 

Bicyclettres

Jean-Acier Danès


 



En paraphrasant « Les cloches de Corneville », Bicyclettres est va où les roues te poussent, petit mousse des livres ; avec le vent sur les flots des lettres et des mots. Entre le ciel et l’onde, roulant vers l’horizon, ton vélo est ton monde, la littérature ta maison.

Etudiant, Jean-Acier Danès décide de passer ses vacances sur les routes de France et de Navarre (même si le récit s’arrête plus à l’ouest au Pays-Basque), avec sa compagne Causette, un hommage certain à l’autre Cosette, pour arpenter les routes et les chemins sur la trace des écrivains, de Marcel Proust à Paul Valéry, en passant par Jean-Jacques Rousseau, Marguerite Yourcenar et autres plumes éternelles. Causette est silencieuse, seuls quelques grincements surgissent mais elle est sa monture, son objet de tous les désirs, de tous les rêves surtout : elle est sa bicyclette.
A l’instar de Sylvain Tesson « Sur les chemins noirs », l’auteur nous entraîne dans un voyage proche, celui de la France et de ses 1001 richesses, de la Côte d’Opale au lac d’Annecy, avec la littérature comme fil conducteur.

Si Sète est un « nom sous le silence des dieux », ce récit commence sous leur bénédiction pour se terminer en une offrande universelle sur la liberté, la découverte et le vagabondage littéraire.
Et si vous avez rêvé d’un grand rendez-vous avec les auteurs classiques, un Stendhal côtoyant un Paul Claudel, de partager l’esprit unique d’Alexandre Vialatte,  de croquer une madeleine de Proust en vous remémorant Adrien, cette mosaïque livresque et paysagère est pour vous, peut-être aussi parce qu’elle est écrite par un jeune homme qui « lisait pour rouler et roulait pour écrire ».

Parfois le parcours est chaotique, rude ; pour franchir les cols c’est le mythe de Sisyphe tentant de repousser la montagne qui émerge, il semble pourtant que l’écriture se soit inscrite sur un lit de velours tant la délicatesse filtre à travers les pages, tout n’est qu’harmonie entre lieux bucoliques et les réminiscences de l’aventure littéraire française.
Si Paris ne laisse aucun souvenir de ville lumière, mais plutôt celui d’une ville des ombres dans une description sombre et morose, il n’en est rien pour l’ensemble du récit car « voyager c’est apprendre à sourire ».

Alors chers lecteurs, sourions sur ces « parcelles de bonne humeur », sourions à cette érudition printanière, sourions à celui qui « en roulant dans l’obscur » apprend à « voir plus clair », sourions au passé sur les routes du présent, sourions à ces pensées inspirantes, sourions de voir passer sur 210 pages une petite reine livresque virevoltant entre les courbes des belles-lettres.

« On se laisse bercer par des rencontres qui font de nous le cheminot d’un rail incertain et de nos journées des pages vierges qui se remplissent si vite. »

« On est silencieux à bicyclette. Parfois les voitures arrivent au loin ou s’annoncent au-devant, tandis que la chaîne gratte comme un vol d’abeilles continu. On s’y surprend très souvent à siffler, à chanter, à parler aux ombres comme lorsqu’on avait peur du noir. Mais la nuit à bicyclette on découvre qu’on a toujours peur du noir, le vrai. Le noir qui échappe à la lumière de sa propre cadence. Le noir d’incertitude d’un avenir sur lequel nos actes ont une prise malhabile. Alors on plaisante avec lui, on épouse ses formes en espérant remonter à la surface de la nuit. (…). A force de rêveries et de patience on parvient déjà au bout, exténué et le sourire aux lèvres, après une odyssée de quelques minces jours. On ne rêvasse pas pourtant, on s’extirpe du réel. Ce n’est pas une moindre tâche que de rejoindre le paradis des mots. »

Bicyclettres – Jean-Acier Danès – Edition du Seuil – Janvier 2018-07-30

Livre reçu et lu dans le cadre du Prix Littéraire de la Vocation 2018
 
 

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