samedi 8 juillet 2017


Une noisette, un livre



La Sonate à Bridgetower

Emmanuel Dongala


 
(Photo © Squirelito)

Beethoven. Ludwig van Beethoven. Des symphonies, des concertos, des quatuors, un opéra et des sonates, dont la célèbre « Sonate à Kreutzer » du nom d’un violoniste de renom, Rodolphe Kreutzer mais qui en réalité avait été composée pour un jeune prodige mulâtre George Bridgetower.
Le dernier roman de l’écrivain Emmanuel Dongala retrace le parcours de ce musicien, de Paris à Vienne en passant par Londres. Une histoire véridique, celle d’un violoniste oublié et par cette fiction c’est un bel hommage rendu, doublement, car sans George jamais cette sonate n’aurait été probablement composée.

Au départ, George a 9 ans et débarque à Paris, avec son père qui se fait passer pour un prince africain, un prince d’Abyssinie, l’époque étant friande d’orientalisme. Oui parce que nous sommes à la fin du Siècle des Lumières, en 1789. Une date qui marque. Le couple père et fils va traverser le début de la Révolution Française avant de s’enfuir pour Londres en raison des événements. Un chemin jalonné de musique, forcément, et aussi de rencontres qui donnent un ton absolument rythmé dans cette Europe de l’art et en ébulition. Mais qui retrace également le paradoxe de l’époque où l’esclavage n’était pas aboli et pourtant une élite noire pouvait arriver au sommet de l’Etat, tel le chevalier de Saint-Georges, très proche de la reine Marie-Antoinette ou Angelo Soliman, précepteur du prince Franz Joseph Wenzel et dont Mozart s’est inspiré pour un opéra.

La galerie de personnages qui défilent donnerait presque le tournis d’une valse et permet de replonger dans un patrimoine culturel prestigieux mais avec des destins tragiques comme ceux d’Olympe de Gouges ou Condorcet. Quant à la musique, on finirait par en entendre, un archet pleurer ou glisser pianissimi sur du Haydn, quelques notes de piano mozartiennes, un adagio de volupté par « la caresse du violon »
Emmanuel Dongala signe une partition sans fausses notes qui amènera le lecteur, mélomane ou non, dans une lecture passionnée au cœur de ces villes (et non Séville), de ces artistes, ces scientifiques, ces philosophes,  qui font une nation et qui permettent à l’humanité de se construire avec les richesses du passé.

Quant à la raison de cette confusion sur la sonate, je vous laisse deviner pourquoi. Mais peut-être le savez vous déjà… car encore et toujours, qu’est-ce qui fait tourner le monde…
« Il savait ce que voulait dire de ne pas être libre, mais il ne savait pas ce qu’était la liberté »

« Il avait le culte des premières phrases, elles étaient pour lui la porte qui permettait d’entrer dans l’univers que proposait l’auteur.  Pour lui, une porte d’entrée devait être facile à ouvrir ; de même, la première phrase d’un livre devait être simple, claire et belle. »
« On devrait considérer le violon comme un instrument dont on caresse les cordes, un instrument à cordes « caressées » plutôt que « frottées ». N’aime t-on pas ce que l’on caresse ? »

« Savoir regarder est un art, un art qui se cultive »

« Lorsque j’ai vu dans l’infini toutes ces étoiles et ces astres dont je n’avais jamais soupçonné l’existence (…)  je suis resté plusieurs minutes incapable de dire un mot. J’avais la curieuse impression d’entendre un grand oratorio, l’oratorio de la Création ! »

La Sonate à Bridgetower – Emmanuel Dongala – Actes Sud – Janvier 2017
 
 

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