dimanche 13 mars 2016


Une noisette, une interview


César Armand et Romain Bongibault

 

 
 
 
Souvent inconnu du grand public, le secrétaire général de lElysée est pourtant lombre à toute heure du jour et de la nuit du Président de la République. Voici venu le temps den savoir un peu plus avec la parution aux Editions Fayard du livre "Dans lombre des Présidents" co-écrit par César Armand , journaliste politique et Romain Bongibault , blogueur politique. Interview à deux voix pour un opus à quatre mains.


1 - Passionnés par la politique, ce mystère qui entoure le chef de l'Etat, a été l'une de vos motivations pour enquêter sur le Château ?

César : Personnellement, javais rédigé un mémoire sur la communication présidentielle sous la Vème République à Paris-Dauphine, et, devenu journaliste politique, javais envie de creuser ce sujet. Jen ai parlé à Romain, et en janvier 2014, nous nous sommes retrouvés à une table-ronde informelle sur lintérêt général avec notamment Frédéric Salat-Baroux. Nous nous sommes dits quil fallait écrire sur cet homme de lombre dont nous connaissions, comme tout le monde, que le type sur le perron, une fois par an, qui cite les noms des ministres.
 
2 - Une petite noisette me dit que pour parvenir à décrire rigoureusement ce rôle plus ou moins obscur du secrétaire général de l'Elysée, 5 années furent nécessaires. Vrai ?

César et Romain : Ah bon?! ;) Non, plus sincèrement, il ne nous a fallu que deux ans, entre mars 2014 et aujourdhui, mars 2016. Si vous faites référence à la capture décran de 2011 que nous avons retrouvée, cela nous a a amusés de voir que nous nous en parlions déjà il y a cinq ans. En réalité, nous avons réalisé les 35 entretiens (31 hommes et 4 femmes) de mars 2014 à juillet 2015, puis nous avons écrit à lautomne-hiver 2015 afin de livrer louvrage rédigé en ce printemps 2016.

3Sans révéler de botte secrète, comment avez-vous réussi à franchir les grilles au-delà de celles du coq ?

César : Nous sommes allés voir Frédéric Salat-Baroux à la fin de léchange de janvier 2014, nous avons convenu de nous voir en mars 2014, et cétait parti. En effet, les interlocuteurs se sont téléphonés entre eux et ont accepté, les uns après les autres, de nous recevoir. Romain a également fourni un important travail de relance téléphonique pour obtenir les entretiens. Cela a payé à 35 reprises, preuve de lefficacité de mon co-auteur ^^.

Romain : Le bluff ;) Comme la si bien dit César, il a fallu y aller sans crainte. Sachant que la première année de nos entretiens, nous navions pas encore signé de contrat dédition. Cest jai apporté ma pierre à l'édifice en osant appeler directement les secrétariats des personnes concernées en occultant totalement les services de communication :) Mais je dois aussi dire que le bouche à oreille fonctionne toujours aussi bien pour ouvrir des portes !

4Etre nommé secrétaire général et/ou secrétaire général adjoint de lElysée nest pas une sinécure, en particulier avec lenfer de Matignon ?

César et Romain : Cest un cadeau empoisonné. Nous nous sommes rendus compte que si cest un poste clé la confiance et le remerciement vont souvent de pair, pour autant très vite cela devient un enfer. Comme le souligne très bien François de Combret, secrétaire général adjoint de la présidence de 1978 à 1981, il ne faut pas oublier que dans secrétaire général, il y asecrétaireetgénéral:Il y en a qui pense que cestgénéralle mot important, dautres que cestsecrétaire. Vous avez beau être secrétaire, vous pouvez être général.
 
5On remonte lhistoire des Présidents de la République. Chacun a imprimé sa marque. Mais le secret de fabrication peut parfois venir de la main du secrétaire général ?

César et Romain : Et comment ! Chaque présidence a été marquée par lempreinte de son secrétaire général, du Général de Gaulle au Président Sarkozy.

Messieurs Balladur avec Pompidou, Bianco et Védrine avec Mitterrand, Villepin, Bas et Salat-Baroux avec Chirac, puis Guéant et Musca avec Sarkozy sont autant de profils différents pour des chefs dEtat singuliers. Un point commun : le filtrage des informations parvenant à loreille présidentielle et la doublure pour rencontrer les personnalités qualifiées.

En ce qui concerne le quinquennat actuel, tout a été remis à plat. Les communicants font la politique au Château, et le rôle du secrétaire général a perdu ses lettres de noblesse.

6Pour être un bon secrétaire, mieux vaut ne pas avoir lesprit trop critique ?

César et Romain : Cela dépend de lattitude et de la relation entretenue précédemment entre les deux intéressés. Par exemple sous Valéry Giscard dEstaing, son premier secrétaire général, Claude-Pierre Brossolette est dune franchise imparable, car ils se connaissent depuis lenfance. Le tout est de savoir doser les choses aux moments opportuns.

7Il semble que vous ayez eu quelques difficultés à obtenir des informations par rapport à la Présidence actuelle. Parce que la politique de transparence nest pas une priorité actuellement ou bien parce quil est plus facile davoir des confidences une fois le pouvoir passé ?

César et Romain : Nous avons effectivement eu la possibilité de n’avoir quun seul entretien : avec le directeur de cabinet du Président. Il est sans doute plus facile de parler avec des personnalités politiques retirées des affaires, quavec des acteurs publics toujours en poste.

8Jusquà ce jour, aucune femme na accédé au titre de secrétaire général. Seules trois ont été nommées Secrétaire Général Adjointe, la première étant Michèle Gendreau-Massaloux sous la présidence de François Mitterrand. Malgré quelques belles apparences, le monde politique demeure un univers machiste ?

César et Romain : Et une seule femme Premier ministre ! Les choses semblent changer avec la loi sur la parité et la présence des femmes à la tête de ministères régaliens. Cependant, les préjugés sexistes perdurent. Le retour des femmes aux plus hautes instances du pouvoir reviendra sous le quinquennat de François Hollande avec sa directrice de cabinet, Sylvie Hubac, et à Matignon, avec Véronique Bédague-Hamilius, directrice du cabinet du Premier ministre, Manuel Valls.

9Edith Cresson ne mâche pas ses mots sur la manière de gouverner en France : "les mots, les phrases tiennent lieu daction () on commente les commentaires" (p.50). Quavez-vous retenu de cette rencontre ?

César et Romain : Une rencontre sous le signe du franc-parler, qui fait du bien en ces temps de langue de bois. Longtemps décriée par toute la classe médiatico-politique, elle porte toujours en elle une méfiance à légard de cet univers. Nous retiendrons un échange courtois elle a pu exprimer ouvertement ce quelle a ressenti lors de ses années au pouvoir.

10-  On termine par le traditionnel questionnaire pour que les lecteurs puissent mieux vous connaître  :

César Armand
  • Un roman : "Le premier homme" d'Albert Camus
  • Un(e) écrivain(e) : Albert Camus
  • Une musique : La symphonie fantastique de Berlioz
  • Un film :  Les saisonsde Jacques Perrin
  • Une peinture : Un peintre : Kandinsky
  • Un animal : Un chat 
  • Un dessert : Le pain perdu caramel beurre salé
  • Une devise/citation : Le ridicule ne tue pas, il rend plus fort.
Romain Bongibault
  • Un roman : " La promesse de laube" de Romain Garry
  • Un(e) écrivain(e) : Romain Gary
  • Une musique : Les nocturnes de Chopin
  • Un film : Todo sobre mi madre de Pedro Almodovar
  • Une peinture : un peintre : Pablo Picasso
  • Un animal : un éléphant
  • Un dessert : un Mont-Blanc
  • Une devise/citation : " Qui vivra, verra"
 
Dans l'ombre des Présidents - César Armand / Romain Bongibault - Editions Fayard - Mars 2016
Photo © Squirelito











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