Souvenirs d'un médecin d'autrefois

vendredi 6 février 2026

 

Bahari Bora

Steve Aganze

 


« Ces jeunes filles avaient grandi dans un monde où l’omerta était plus puissante que les mots, où la honte des violences subies pesait sur leurs épaules plutôt que sur celles des coupables »

Bahari Bora signifie « Bel Océan tranquille » en swahili. Un premier roman. Aussi magnifique que déchirant. Magnifique par la beauté de la langue et la profondeur philosophique. Déchirant par la réalité de la souffrance, des chocs post-traumatiques, de la violence faisant surgir chez le lecteur une colère intérieure face au silence assourdissant : car c’est le sort de milliers de filles et de femmes en République Démocratique du Congo, spécialement au Sud-Kivu, là où se concentrent pratiquement toutes les richesses de l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

Bahari Bora est un cri pour tous ces êtres qui subissent la brutalité sans nom des hommes (et des femmes complices), un cri pour dénoncer le viol comme arme de guerre, un cri pour tenter de mettre fin à ces enlèvements, à ces crimes qui ne cessent d’augmenter.

Bahari Bora est l’histoire d’une jeune fille enlevée par des factions armées, violée, torturée mais qui parvient miraculeusement à s’enfuir après cinq années de captivité. Rare rescapée, elle est soignée dans un hôpital conçu pour accueillir toutes les victimes des guerres fratricides. Enceinte, le Dr Farid lui conseille d’avorter, sinon ses jours seront en danger. Mais, elle porte la vie malgré tout et veut retrouver Mawingo, le compagnon de son enfance et de tous les espoirs. Y parviendra-t-elle ? Qu’est devenu l’orphelinat de la rwandaise Mama Mathilde ?

Bahari Bora est une opportunité donnée à son auteur, Steve Agaze, pour saluer le travail, la vaillance, la bonté d’un homme, le docteur Denis Mukwege qui a sauvé des milliers de femmes et d’enfants de la barbarie en réparant leurs corps et en les protégeant le mieux possible au sein de son hôpital de Panzi et de sa Fondation.

La force et la pertinence de Bahari Bora ont été saluées par le jury du Prix littéraire 2025 de la Fondation de la Vocation, confirmant l'importance de ce roman pour sensibiliser le public aux réalités brutales vécues par les femmes en RDC.

« Le pays se dressait telle une imposante colline en forme de crâne. Au sommet de celle-ci, sa jeunesse était crucifiée dans son ensemble, sur un poteau orné de diamants, d’argent et de cuivre, trempé dans de l’or, plaqué de cobalt et de tantalite, et alimenté par le pétrole, le méthane et l’azote. Ce poteau était enfoncé dans une terre rouge, enrichie de fer, et saupoudrée d’une poussière jaunâtre d’uranium.

Le Dr Farif et les organisations non gouvernementales qui l’accompagnaient considéraient ce pays comme un chantier. Un chantier où les femmes, miroirs de la société et héritage de la noblesse du monde, avaient besoin d’être réparées, tant sur le plan moral que physique, pour que cette fragile partie de l’Afrique puisse enfin connaître son élévation, son ascension manifeste, son émergence subtile. Ces femmes, ces jeunes filles, ces fillettes qui, sans le savoir, semblaient être des munitions infinies, des projectiles à fragmentation, des mines artisanales, des boucliers humains, des armes diverses, aux yeux ce ceux qui, turban noir sur la tête et kalachnikov ou machette à la main, composaient un sombre refrain sur la partition de l’histoire congolaise, impunément, depuis des décennies. »

Bahari Bora – Steve Aganze – Éditions Récamier – Mai 2025

 

 

 

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