lundi 1 octobre 2018


Une noisette, un livre


 L’enfant-mouche

Philippe Pollet-Villard




1944 – La France entre dans la dernière phase de la guerre, peut-être la plus dure quand l’ennemi commence à sentir des signes de faiblesse et où l’occupé hésite entre quel camp désormais s’orienter…
Comme toujours, les plus faibles sont les premières victimes de ces périodes troubles, notamment les enfants, et encore davantage lorsque comme la protagoniste Marie, ils n’ont pas ou plus de parents.

Le récit débute au Maroc avec l’infirmière Anne-Angèle qui voue son existence à soigner dans un dispensaire de Casablanca. Un jour, pendant qu’elle soigne un patient atteint de syphilis (qui la mordra au poignet et aura par la suite des conséquences), elle reçoit un courrier de France lui annonçant que sa sœur, avec qui elle entretenait des relations disons plutôt éloignées, est décédée. Elle quitte aussitôt le Maghreb pour Paris, pensant ne rester que quelques jours en France. Mais c’est sans compter sur ce mystérieux message de la « Peste Verte », un cabaret parisien, révélant que la défunte avait décidé de prendre en charge une orpheline : Marie.
Anne-Angèle va devenir la « tante » adoptive de Marie, d’abord à Paris, puis face à la dangerosité grandissante, en province, elles s’enfuient toutes les deux dans un village de l’est du pays où elles deviendront l’objet de toutes les hostilités.

Une histoire vraie comme une fable, l’épopée de la mère de Philippe Pollet-Villard, qui a dû affronter dés son plus jeune âge toute la rudesse d’une vie qui avait éloigné les fées bienveillantes, restait pourtant une petite étoile pour continuer le chemin. Un récit sur l'exil, l'exil intérieur, celui d'une enfant qui dés le plus jeune âge ne pourra se défendre sur aucune base, les racines ayant été coupées dés la naissance. Une "apatridie" de l'âme. 

Un récit qui remonte le temps, celui d’un sale temps : noir, ombrageux, sournois, maléfique. Ces temps belliqueux où les esprits s’échauffent, rampent, dissimulent, observent, dénoncent, ignorent, tremblent, osent. Ce temps où rien ne compte sauf celui de la survie. Avec toutes ses violences et ses bassesses. Celui des vengeances aussi, surtout contre les proies faciles…

Un roman excessivement touchant mettant en lumière des forces inconnues, ces forces qui peuvent naître dans le corps d’une enfant, pour résister à tout et contre tout, et ce, malgré la noirceur des âmes qui se révèlent encore davantage en période de conflit idéologique. Nonobstant, « il ne faut jamais cesser de croire en l’humain. »

« La curiosité est un vilain défaut, se répète-t-elle. Un vilain défaut, surtout en temps de guerre. Moins on en sait et plus on se sent léger. Ce qui importe finalement, c’est de décider que certaines choses sont véritablement dignes d’intérêt et d’autres, non. »

« Elles ont bien changé ces mains, elles semblent plus honnêtes, moins gourdes, déjà usées. A cause de la paille de fer surtout, qui vous plante sous l’épiderme de fines particules brillantes. En orientant ses paumes vers le soleil, l’enfant remarque qu’elles réfléchissent la lumière. Mais ces lueurs ne sont peut-être qu’une illusion. »

L’enfant-mouche – Philippe Pollet-Villard – Editions J’ai lu – Août 2018


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