mercredi 23 août 2017


Une noisette, un livre


Presqu’île

Vincent Jolit

 
 

Soudainement, à mi-parcours du nouveau roman de Vincent Jolit, me vient un air, des paroles :
« Connais-tu le pays où fleurit l’oranger
Le pays des fruits d’or et des roses vermeilles
Où la brise est plus douce et l’oiseau plus léger
Où dans toute saison butinent les abeilles »

Non pas parce que l’on peut qualifier le roman de « Mignon » mais parce que des paragraphes entiers sont dédiés à un jardin provençal, aux senteurs, aux fleurs qui jaillissent… Un retour du protagoniste au pays de son enfance, parce qu’il en a besoin, parce que c’est devenu une nécessité pour essayer de résister. Lui, l’adulte, blessé dans son corps, qui se retrouve une énième fois enfermé dans une chambre d’hôpital,  qui se sent étouffé après l’opération et par l’ambiance aseptisée du centre de soins.
Puiser dans l’enfance pour essayer de fuir ses craintes, pour oublier la vision d’une possible fin, est le moyen d’évasion du narrateur, lui qui ne peut guère bouger et qui cumule depuis si longtemps les blocs opératoires et les soins médicaux.

Deux personnages vont l’aider dans cette « recherche du temps perdu » : Marcel Proust et Pierre Bonnard le nabi qui avait l’art de sublimer le quotidien. Le narrateur n’en fait pas des héros mais est simplement admiratif de leurs œuvres respectives qui mettent de la poésie dans son univers trop brut. Et puis il y a le personnage de sa grand-mère. Encore un peu on finirait par l’aimer cette femme dynamique et qui avait tant d’affection pour son petit garçon. Elle semble toujours là, près de lui. Comme quoi personne ne meure vraiment, saut, peut-être le jour où plus personne n’est là pour penser à vous…

Une écriture souple, riche et qui entraine le lecteur à la fois dans le monde glacial des unités médicales mais en même temps dans un jardin provençal où fleurit le mimosa et où les vieilles pierres transcrivent tant d’histoires familiales…
« A gauche, se trouve le jeune olivier que Bonnard toise un instant affectueusement avant de se retourner pour contempler à nouveau, mais en contre-plongée désormais, le mimosa pris dans un faisceau de lumière projetant, telle une vague, le vert et le jaune de ses branches étincelantes sur l’ensemble du jardin, comme pour concurrencer depuis le sol le bleu triomphal du ciel. 

« Par crainte des serpents et des fauves, je n’essaye point de la franchir, mais me contente de la contourner afin d’atteindre le cerisier qui, dans cette élucubration enfantine comme dans la réalité, demeure ce qu’il est (un cerisier), à la différence près que dans mes divagations, l’arbre possède des pouvoirs mystérieux dont les fruits, tels des talismans rubis et sucrés, procurant des vertus héroïques et magiques : invisibilité, force herculéenne ou immortalité »
Presquîle – Vincent Jolit – Editions Fayard – Août 2017

Aucun commentaire: