vendredi 31 mars 2017


Une noisette, un livre, un auteur

 

Lagos Lady

Leye Adenle

 

Premier roman, première aventure. Et une nouvelle noisette à savourer.
Je pose les indices : un journaliste Guy, une avocate Amaka, un inspecteur Ibrahim et une grosse légume Amadi. Les décors sont au Nigeria, à Lagos précisément. Les dialogues et le récit sont de Leye Adenle, l’ambiance générale est sur fond de prostitution, trafic humain, corruption et magie noire... Voilà, vous être prévenus, de battre votre cœur va s’accélérer.
Les quatre protagonistes vont jouer au chat et à la souris mais dans un climat qui n’a rien d’une bande dessinée façon Tom et Jerry mais beaucoup plus proche d’un labyrinthe d’une bande organisée.
Le périple commence par un jeune journaliste britannique un peu inconscient, suivie d’une rencontre avec la superbe Amaka, ou l’ange-gardien des prostituées, engagée contre la corruption des puissants, puis l’introduction d’un policier dont on ne sait de quel côté il balance (et son portefeuille aussi) et enfin un riche homme d’affaires qui s’affaire dans un business lucratif avec la bénédiction de la sorcellerie locale.
 
Meurtres, pratiques perverses, drogue, prostitution, magie noire, tous les ingrédients sont réunis pour un thriller glaçant et glauque mais pimenté de dialogues percutants, de tribulations originales et d’empreintes humoristiques. Un polar que l’on visionne comme un film de Tarantino. Mais derrière cette histoire fictive, se cache un engagement personnel : celui du droit des femmes.
 
Mais au fait, qui êtes vous Leye Adenle ? Un interrogatoire s’impose... La noisette tombe bien, une cellule presse a été organisée par les Editions Métailié lors de la dernière édition du Salon du Livre de Paris.
 
Prénom, nom : Leye Adenle
Date et lieu de naissance : 1975 au Nigeria
Lieu de résidence : Londres
Profession : Auteur, acteur et chef de projet
Ecrits : envahi par l’écriture depuis l’enfance. Plusieurs nouvelles et premier roman en 2016 « Lagos Lady »
Ses sources d’inspiration : des rencontres et deux « mentors » : James Patterson et Morgan Freeman
Le frère de littérature : Alain Mabanckou
Signes particuliers : humour, affabilité
 
La corruption en Afrique et ses répercussions sur tous ses secteurs furent les facteurs d’incitation pour écrire ce polar autour, entre autres, de la magie noire, phénomène auquel « les politiques n’y croient pas mais l’utilisent contre la population ». Le « Juju » n’a rien à voir avec la magie noire qui est simplement un moyen de faire pression sur les filles et faciliter le chantage.
Ce qui révolte également l’écrivain nigérian c’est la totale hypocrisie qui règne dans les plus hautes sphères de l’Etat, notamment sur la prostitution. Leye Adenle milite pour qu’elle devienne légale, la seule solution face au trafic humain. Les femmes pourront ainsi porter plainte et bénéficier d’un recours par voie judiciaire. Le personnage d’Amaka est d’ailleurs issu d’un collectif de femmes que l’auteur connaît et l’une d’elles porte ce nom. Des femmes qui luttent pour améliorer leur condition, pour bénéficier d’une plus grande liberté. Au Nigeria comme dans de très nombreux pays dans le monde...
« Lagos Lady » a reçu un bon accueil au Nigeria mais parfois l’auteur rêve d’être interdit, censuré : « j’aimerais l’être, ça me ferait une belle publicité et un moyen infaillible pour alerter l’opinion publique sur certaines pratiques ».
Que le lecteur se rassure tout de même, la fiction est évidemment un moyen de dénoncer une réalité trop souvent occultée mais voyager en Afrique n’est pas signer son arrêt de mort, tout comme « les histoires sanglantes de James Patterson n’empêchent pas d’aller aux Etats-Unis et d’y passer un excellent séjour ».
 
Parce que votre serviteur aime les bonnes nouvelles, en voici une : « Lagos lady » aura une suite, on retrouvera l’inspecteur Ibrahim mais avec une connotation plus politique. A suivre, à pister... comme toute la littérature africaine qui prouve que ce pays est vraiment le berceau de l’humanité.
 
 
(Leye Adenle au Salon du Livre de Paris 2017 - Photo ©Squirelito)
 

Lagos Lady – Leye Adenle – Editions Métailié – Mars 2016
Prix Marianne Un Aller-Retour dans le Noir 2016


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