vendredi 2 septembre 2016


Une noisette, un livre


Voici venir les rêveurs

Imbolo Mbue





Deux pays : le Cameroun et les Etats-Unis. Entre les deux, pas uniquement un immense océan qui les sépare, mais aussi, un monumental pont à songes.

Jende Jonga ne veut plus vivre dans son pays, il n’y voit aucun avenir, non seulement pour lui mais pour son fils Liomi. Avec sa femme Neni, ils rêvent de tout quitter pour une vie meilleure, construire son destin grâce à une clef qui ouvre toutes les portes : la Green Card.

Jende sera le premier à débarquer sur le continent américain, suivront ensuite son épouse et leur enfant. Avec l’aide d’un cousin, il va réussir à devenir le chauffeur personnel de Clarck Edwards, un éminent banquier de Lehman Brothers. Des liens personnels vont se nouer, une confiance mutuelle va progresser, le nouveau salaire faire virevolter toutes les ambitions, la sienne mais aussi celle de Neni qui désire devenir pharmacienne et suivre des études tout en travaillant parallèlement. L’ensemble s’annonce sous les meilleurs auspices. Hélas nous sommes en 2007, la crise financière surgit et Lehman Brothers est en faillite. Comment la famille Jonga va résister à cette secousse économique ? L’entente avec la famille Edwards va-t-elle perdurer ? Et si la société américaine ne laissait en réalité que peu de place pour les rêveurs ?

Imbolo Mbue est une jeune auteure camerounaise originaire de la ville de Limbé ayant quitté son pays natal en 1998 pour étudier aux Etats-Unis. Ce premier roman est une révélation et une preuve que la littérature africaine est une source permanente de surprises, de beauté, de fantaisie, de réalisme et de talent !

L’écrivaine sait admirablement jouer sur les sentiments des uns et des autres et les décrire avec une vivacité littéraire à rendre addict la personne la plus réticente à la lecture d’un roman. Derrière l’histoire irréelle de cette famille camerounaise, se dresse un portrait certain de la vie américaine avec sa réussite mais aussi son déclin, avec des espoirs pouvant se transformer en chimères, avec sa convivialité mais l’hypocrisie et les mensonges planent inlassablement. Une galerie de personnages, de l’avocat au fils rebelle, qui permet de pimenter le récit et de faire sortir nombre de questions sur la finance à outrance et la perte inexorable du capital humain.

Premier roman lu de la rentrée littéraire 2016 et de suite adopté car, parole d’écureuil, on ne s’ennuie pas d’une seule noisette à parcourir les 420 pages. Avec un épilogue à la fois surprenant et inévitable, qui touche et donne un sourire de bien-être dans le dernier dialogue.

Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue – Editions Belfond – Août 2016


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