lundi 20 août 2018


Une noisette, un livre


 La dérobée

Sophie de Baere





Claire, originaire de Picardie, vit avec ses parents qui sombrent dans la léthargie suite au décès accidentel de leur fils. L’été 1985, à 14 ans, elle rencontre Antoine, issu d’un milieu bourgeois bien différent du sien, qui devient son meilleur copain et n’attend que les vacances suivantes pour le retrouver. Deux ans plus tard, l’amitié se transforme en amour. Mais survient un drame, une jeune fille est assassinée, le meurtrier est trouvé, jugée, mais Claire et Antoine ont des doutes, n’est-ce-pas le coupable idéal ? Un homme sans défense, handicapé…Peu de temps après, Claire va découvrir la vraie personnalité du père d’Antoine, Claude. Très élégant, il a élevé seul son fils, sa femme l’ayant quitté pour un autre. Mais derrière cette distinction, se cache une face bien sombre, elle en parlera à Antoine qui refusera de la croire. Leur histoire s’arrête brusquement dans la colère et l’incompréhension.

Près de 30 ans plus tard, chacun a fait sa vie, ou a essayé de la faire. Claire a deux enfants avec François, son mari. Antoine a épousé une superbe femme, Paola et de leur union est née une fille, Diane, qui s’est éloignée complètement de ses parents et habite Nice, ville où réside depuis des années Claire. Et soudain, Antoine et sa femme viennent habiter dans le même immeuble… Les souvenirs remontent, les blessures jamais fermées s’élargissent soudainement dans la plus totale confusion des sentiments.

Sophie de Baere signe un premier roman sous le signe de l’amour, l’amour et ses fluctuations mais, invincible. Un roman entre ombres et lumières, luminosité pour la passion entre Claire et Antoine, noirceur pour l’atterrant Claude, le tout enveloppé par une écriture fluide, sans excès, sans emphase ; comme si la plume dansait sur les pages mais en tournant autour d’un voile de pudeur pour laisser de l’imagination à l’amour et ne pas s’enfoncer dans un voyeurisme inutile pour les faits sordides, les nommer est suffisant.

Une réflexion tout en finesse sur le temps qui passe, ce temps que l’on ne peut rattraper mais qui lui peut revenir sur vos pas ; sur la séduction malgré les années qui s’ajoutent ; sur la capacité à savoir rebondir et à tenter l’audace pour s’épanouir. Une belle fenêtre également sur le pardon, sur la capacité humaine à absoudre les erreurs ou errements des autres, en les comprenant, afin de permettre à son âme de nettoyer la rugosité accrochée à ses parois. Pour enfin aimer la vie. Pleinement.

« Je mettais de la dentelle arc-en-ciel sur le gris de mes habits. »

« L’essence de mon existence se résumant à la sienne, l’attente de ses courriers était devenue un cruel échafaud. J’étais obsédée par Antoine ; sur mes oreilles, la musique du baladeur se confondait avec sa voix ; dans mon palais, le sucre ou le sel se bigarraient de la saveur de sa bouche. La fournaise de l’insert familial qui réchauffait mon corps d’hiver me faisait revivre l’instant fiévreux de notre premier baiser. »

« Allongée sur un transat, j’apprécie le calme total de la fin de nuit. Ce noir à peine trempé de murmures d’oiseaux et de vent dans les feuilles. A Nice, le bruit est un mercenaire ivre. Direct, immédiat, poreux, il s’insinue dans l’âme et la profane pour l’empêcher d’exister vraiment. Ici, le bruit est lointain, poli et délicat. Il emprunte de douces passerelles et j’apprécie de pouvoir me tenir hors de son emprise. »

« Aujourd’hui à quarante-cinq ans, j’ai pour la première fois l’audace de chercher à me satisfaire. De me trouver une voie. Ma voie. »

La dérobée – Sophie de Baere – Editions Anne Carrière – Avril 2018

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