vendredi 30 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Mirebalais ou l’Amour interdit
William Leymergie

 

 


Mirebalais, de Mirebeau, ce village du Poitou où naissent aussi la plus ancienne race d’ânes, un baudet presque condamné à disparaître malgré sa grande puissance. Peu habile néanmoins à certains travaux, sa principale capacité l’a sauvé : la monte. Certains hommes jouissent de la même aptitude et au XVIII° siècle, un rôle de cour allait être alloué à ces mirebalais.

Dans cette France de Louis XV avec une marquise de Pompadour aux petits soins pour les plaisirs du roi à Versailles, un petit Mauro voit le jour en Dordogne pour la plus grande joie des parents Mortesagne et de son frère Willibert. Le bébé est très foncé de peau, comme son père, qui souhaite donc lui donner ce prénom aussi étrange que séduisant. Les années passent, le petit Mauro devient un éphèbe digne des plus belles représentations grecques et pendant que son grand frère manie l’épée sur les champs de bataille, Mauro déploie la sienne parmi les bottes de foin. Avec la bénédiction du prêtre Noyés qui, malgré son engagement religieux, a le « cierge » robuste. Des soirées très particulières sont organisées, coquines pour le plus grand bonheur de ces dames qui ne réclament que Mauro et ses performances sportives. Face à ces succès auprès de la gent féminine, les jalousies ne tardent pas à tournicoter chez ces messieurs de la haute, un duel devient inévitable et Mauro… en est le vainqueur. Une victoire qui tourne en rumeur d’assassinat et oblige le bel étalon à quitter ses fonctions pour fuir vers la capitale avec son frère, l’intrépide Noyés et le maître d’arme Thérold. Comment jeux amoureux et cabrioles vont pouvoir continuer dans cette société où l’ambition recherche des points culminants. D’autant que Mauro n’a en réalité qu’un seul amour, celui pour Lison.

Une très agréable surprise que de découvrir la plume fantaisiste de William Leymergie baignée dans les alcôves d’une histoire française passablement oubliée et qui rappelle évidemment le célèbre film « Que la fête commence » de Bertrand Tavernier. Un récit mouvementé, délicieusement intrigant, joyeusement drôle et subtilement grivois. Avec des personnages attachants, à commencer par ce Mauro, non pour ses facultés physiques – quoi que – mais pour sa noblesse d’âme et son esprit de bravoure.

Mirebalais ou l’Amour interdit – William Leymergie – Editions Albin Michel – Avril 2021

 

 

jeudi 29 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 

Si les dieux incendiaient le monde
Emmanuelle Dourson
 


Et si Emmanuelle Dourson était une Domenech i Montaner de la littérature ? « Si les dieux incendiaient le monde » vers emprunté à Phlippe Jaccottet car aucun vent ne peut être séparé de notre souffle, est une narration scripturale mêlant art gothique et modernité dans le reflet de la mosaïque des notes sur les vitraux des belles lettres. Ce roman, c’est le Palau de la Musica Catalana, lieu de la scène finale d’une histoire banale qui prend toutes sa substance dans l’architecture des chapitres, la structure métallique des sentiments et le foisonnement coloré d’une plume aux multiples teintes et demi-teintes. 

Le fond n’a aucune réelle originalité, une histoire de famille déchirée, un veuf, Jean, qui se lamente sur la fuite du temps vers la vieillesse et regrette de n’avoir pu revoir sa cadette, Albane,  qui a quitté le domicile quinze auparavant après que sa sœur, Clélia, lui ait volé son soupirant, Yvan. Le couple a quatre enfants, tous sachant qu’ils ont une tante fantôme. Jusqu’au jour où Jean apprend qu’Albane arrive en Europe et va donner un récital à Barcelone.

C’est la forme qui fait tout basculer, le conteur est un ectoplasme, celui de Mona, l’épouse de Jean, la morte noyée. Son esprit plane et ce livre est sa psyché. Elle semble guider les êtres qu’elle a connus sans qu’eux-mêmes le réalisent sauf peut-être l’une de ses petites-filles en admiration devant l’odyssée d’Homère, les ruses d’Ulysse et la mystérieuse Pénélope. Progressivement Barcelone peut devenir un Ithaque pour la famille surtout quand les dieux de l’Empyrée viennent envahir l’Europe au moment où Albane entre en scène dans la capitale catalane. S’ensuivent moult partitions jouant sur les cordes de la vie et les touches de l’existence, parfois à en perdre la clé tant la puissance et l’imaginaire poétique vont crescendo dans la tonalité livresque.

Un livre pour tous les amoureux de la langue française et du  ruissellement des choses.

Si les dieux incendiaient le monde – Emmanuelle Dourson – Editions Grasset – Janvier 2021

Roman faisant partie des 21 sélectionnés pour le Prix Orange du Livre 2021 en remerciant lecteurs.com pour cette lecture.

mardi 27 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
La Putain du Califat
Sara Daniel – Benoît Kanabus

 


Elle a un autre prénom Marie mais pour des raisons de sécurité, il ne sera jamais dévoilé. Elle est irakienne, chrétienne et femme. Trois statuts qui vont la conduire dans l’horreur de l’Etat islamique, de Qaraqosh en Irak jusqu’à Raqqa en Syrie.

Tout avait bien commencé pour cette jeune femme avec une famille aimante, un train de vie au-dessus de la moyenne et une entente sans heurts entre familles chrétiennes et musulmanes. Déjà, à la disparition du père, les voisins se sont éloignés, puis la haine à commencer à se répandre après les interventions américaines avec des frappes tuant des innocents. Pris dans l’étau syrien et iranien, des mouvances extrémistes se mettent en place pour lutter contre les régimes frontaliers et c’est une terreur qui se met en place, persécutant sa propre population et voulant exterminer tout ce qui n’est pas sunnite et conforme à la charia. Des milliers de chrétiens s’enfuient - mais pas qu'eux -  après pillages et déjà moult exécutions. Marie décide de rester avec l’une de ses sœurs préférées, Pascale. Mais elles seront rattrapées par les esclavagistes du sexe. Si Pascale est rapidement libérée, Marie subira les pires violences pendant deux ans : battue, violée, affamée, humiliée et revendue treize fois comme esclave sexuelle.

C’est cette histoire que racontent la journaliste Sara Daniel et le professeur Benoît Kanabus, l’histoire d’une jeune femme qui peut, hélas, se multiplier à l’infini : non seulement le viol est une arme de guerre mais un commerce est organisé pour vendre les femmes auprès des hommes influents des organisations meurtrières. Une spirale infernale. Spirale qui continue après la libération de Marie et qui doit la vie sauve à ce juste nommé Yohanna, chrétien et qui ne trouvera un soutien pour payer la rançon qu’avec ses amis musulmans ; la communauté chrétienne essayant de se défiler et sa famille – dont sa chère sœur -  la rejetant parce qu’elle a fait sa putain ! Son neveu prêtre ne se fatiguera pas à compatir, la seule question qui lui posera sera « Avec combien d’hommes as-tu couché ? » A cela s’ajoute une communauté internationale peu encline à se solidariser avec les victimes chrétiennes…

Un document exceptionnel qui replace la situation dans le contexte international du début des conflits, décortique les ramifications des combattants du djihad, depuis les terres orientales jusqu’aux reconvertis des banlieues françaises et montre comment la femme est toujours considérée comme pécheresse. Même par d’autres femmes. Un récit nécessaire pour montrer toute la barbarie de l’extrémisme religieux, politique et la double peine de naître femme. Combien de femmes en 2021 sont encore les premières proies des hommes de par le monde subissant viols, mutilations sexuelles pour assouvir leur pouvoir et leur domination hormonale !

« L’Irak est le pays des aubes meurtrières ».

« Tempête du désert, c’est le nom que les Américains ont donné à leur guerre. George Bush père a appelé les Kurdes du Nord et les chiites du Sud à se soulever contre Saddam Hussein. Seulement il n’a pas tardé à comprendre que le pays risquait d’éclater sous l’effet des insurrections ethniques et confessionnelles qu’il était en train d’encourager ».

« Marie, Pascale et Fabiola sont emmenées à l’étage dans une pièce nus où se recroquevillent cinquante yézidies. Originaires des montagnes du Nord, elles parlent entre elles un dialecte kurde que les trois sœurs ne comprennent pas, et rendent à Dieu un ancien culte, une sorte de zoroastrisme mâtiné de soufisme que les chrétiennes jugent étrange. C’est là que Marie va croiser Nadia Murad, qui recevra le prix Nobel de la paix en 2018, mais qui n’était alors qu’un butin de guerre capturé parmi d’autres dans le Sinjar ».

La Putain du Califat – Sara Daniel – Benoît Kanabus – Editions Grasset – Janvier 2021

lundi 26 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
La mer Noire dans les Grands Lacs
Annie Lulu

 


Le titre annonce déjà quelque chose d’immense : deux points géographiques pour une histoire de double identité, une quête vers des origines volées, une chasse pour aller chercher ses racines dans une terre maintes fois kidnappée.

Nili Makasi est née en Roumanie au moment de la révolution roumaine dans un pays qui a connu des dictateurs d’horizons différents depuis la le début de la Seconde guerre mondiale, de Ion Antonescu à Nicolae Ceausescu, d’une mère roumaine et d’un père congolais. Un père qu’elle ne connaît pas portant pourtant son nom. Qui est-il ? Pourquoi sa mère refuse de lui en parler ? Pourquoi ce silence ?  Elle se sent proche de son géniteur, elle la métisse victime de réflexions racistes et humiliantes. Elle voudrait le rencontrer, le connaître ; fuir en même temps ce pays qu’elle abhorre et quitter cette mère autoritaire sans amour. Après un bref passage à Paris en tant qu’étudiante, elle s’envole à Kinshasa ayant réussi à obtenir des informations sur son père, hélas assassiné. Là-bas, elle semble renaître mais elle va se heurter encore à la haine, à la guerre. Enceinte et proche de l’accouchement, elle raconte à l’enfant qu’elle porte. Pour qu’il sache tout, lui qui aussi ne pourra connaître son père. A la différence que dès sa venue au monde il saura tout.

Même si quelques bémols sont apparus au son de la lecture – des états d’âme un peu en longueur et par contre un trop bref passage sur la figure du Docteur Denis Mukwege, une histoire de la Roumanie pas assez développée pour éviter des amalgames – ce premier roman sans doute largement autobiographique, est une prouesse littéraire et une magnifique tribune contre l’intolérance dans les ténèbres du racisme et de l’exploitation humaine. Dans toute la fatalité des destins ! Quitter la Roumanie gangrénée par des décennies de dictature pour se retrouver dans un pays déchiré par les traces colonisatrices, les exploiteurs des temps modernes et les rivalités ethniques favorisées par la corruption des dirigeants de là et d’ailleurs.

Un récit très émouvant, dur, crépusculaire mais avec toute la force de la narratrice pour transmettre à l’enfant qu’elle porte, tout l’amour de son défunt père (et grand-père) et l’histoire des gènes semblant porter une malédiction dans l’absurdité des guerres, de la violence, du mépris envers celui qui est différent. Des phrases glissées par une plume cathartique pour panser les plaies de l’âme dans le pandémonium de ceux qui l’ont perdue.

« Mon fils, je ne saurais te décrire ce que c’est qu’aimer, peut-être que ce n’est rien, mais je t’ai dit déjà au commencement fragile de cette palabre entre nous que tôt ou tard tu verras, toi aussi, combien c’est bon. J’observe l’eau du lac et je me retrouve en toi. C’est dans l’allongement froissé de la première morsure que tu as fait surface, quand ton père s’est couché sur la moiteur de ma liberté, avant qu’il disparaisse, et mon amour est triste. Mon amour, c’est un grand corps de femme soutenant la voûte du monde, paré de bijoux rayonnant au zénith de tous mes souvenirs, saturé par la bruine ruisselante de n’avoir pas pu, de n’avoir pas eu le temps de déployer ce corps plus loin, vers l’espace infini qu’il voulait dévaler comme au jour de la création ».

La mer Noire dans les Grands Lacs – Annie Lulu – Editions Julliard – Janvier 2021-04-25

Roman figurant dans les 21 sélectionnés pour le Prix Orange 2021, avec mes remerciements pour lecteurs.com pour cette lecture. 

samedi 24 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Vivre libre
Henry de Monfreid

 


« Homme libre tu chériras la mer » Ce fut avant tout la mer Rouge pour un homme qui murmurait aux yeux du monde.

Titre ô combien évocateur et enivrant, « Vivre libre » est le testament spirituel de Henry de Monfreid, aventurier et contrebandier, amant du désert et de la mer, fumeur d’opium, trafiquant d’armes et écrivain grâce à Joseph Kessel. Ne connaissant pas la peur il traversera près d’un siècle d’histoires et d’aventures pour s’éteindre dans le Berry après avoir marché pieds nus sur les routes les plus dangereuses, essuyé les houles et laissé moult écrits qui sonnent, résonnent avec toute la flamboyance d’un être hors du commun.

Après avoir contracté la fièvre de Malte dans la laiterie familiale qui l’ennuie au plus haut point, il largue les amarres, construit son boutre et part pour la corne de l’Afrique ; il doit gagner sa vie, survivre et se lance dans des métiers plus ou moins légaux. Il passe à travers tout et ne cesse de s’amouracher de cette vie où la liberté se mêle aux dangers. Et gagnera toujours pour terminer sa vie à 95 ans.

Ce nouvel ouvrage paru dans l’indispensable collection « Aventure » créée et dirigée par Patrice Franceschi renferme plusieurs pierres précieuses : une préface d’Arnaud de la Grange qui déjà met le lecteur en pâmoison, puis un entretien de 1975 de l’écrivain voyageur, un questionnaire de Proust et enfin, le plus volumineux, des textes inédits retrouvés par son petit-fils où Henry de Monfreid parle de lui, de ses débuts, de ses voyages, de ses rencontres et, noisette sur le boutre, des nouvelles de la mer Rouge où tout son esprit fantaisiste mais aussi humaniste se révèle. Peu importe ce que d’aucuns ont pu dire sur Henry de Monfreid, le mieux est de lire ses textes, et, de se rendre compte par soi-même combien cet homme épris de liberté et d’évasion avait du respect envers la terre et les peuples (peuple humain, peuple animal, peuple végétal) qui y vivent. Et un courage inébranlable, assumant ses erreurs et gardant une immense humilité pour ses réussites. Humilité quand il parle de son ami Joseph Kessel « Je m’excuse de parler tant de moi-même, mais il le fallait pour rendre hommage à ce trait de loyauté professionnelle, si rare en un monde où la jalousie, comme la mauvaise herbe, étouffe ce qui voudrait fleurir ». Tout est dit et bien dit.

Car la plume de Monfreid est à l’image de ses navigations, elle entraîne sans avoir de destination, elle s’accroche et libère, s’accélère dans l’ivresse, prends une courte pause et repart dans la houle de l’immensité du monde. Tenir ce livre et être hors de tout, sensation d’apesanteur et d’être virtuellement transporté sur les bords de la mer Rouge ou les hauts plateaux de cette corne d’Afrique, berceau de l’humanité et qui fait de la vallée du Rift la plus précieuse destinée livresque à défaut de pouvoir porter ses pas sur les traces de Lucy et de ses descendants.

Vous allez dire que je prêche pour ma paroisse mais quelle émotion que de découvrir le texte « Serpent de Cheikh Hussein » qui a pour protagonistes Aïcha une bergère éthiopienne qui a son fils Hussen sauvé par les animaux après avoir elle-même sauvé le petit d’une guenon et un peuple très particulier, les Toboguellé qui sont… des écureuils terrestres, certainement du type Xerus erythropus. Un conte merveilleux qui met en valeur les animaux plutôt que les hommes mais avec toute la bravoure des âmes humaines qui savent rester fidèle aux principes de la nature et de l’authenticité.

« La mer et le désert laissent en l’esprit de ceux qui savent voir et comprendre, l’inconsciente nostalgie de leur pérennité ».

« Si chez nous maître Renard est le héros malicieux de tant de contes et de fables, dans le folkore de l’Afrique Noire, Toboguellé n’a rien à envier, à cette différence près que ce gentil écureuil de terre est aussi bienfaisant et loyal que notre Renard passe pour nuisible et trompeur ».

 « Vous ne pouvez pas imaginer combien on peut aimer une bête aussitôt qu’on sent la confiance, cette confiance sans borne, sans arrière-pensée, dont seuls les animaux sont capables ».

« Bien souvent on a tort de ne pas tenir compte de la logique du peuple et on va à la catastrophe en négligeant ou en dédaignant de lui faire comprendre. C’est ce tact qu’on n’enseigne pas dans nos écoles où l’on prétend fabriquer des chefs, sans avoir d’abord fait des hommes ».

Vivre libre – Henry de Monfreid – Préface d’Arnaud de la Grange – Editions Points – Avril 2020

 

mercredi 21 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Trois jours dans la vie d’un Yakuza
Hideo Okuda

 


Bienvenue dans le monde d’une grande famille japonaise : les Yakusas. Dans cet antre du crime organisé, la tradition voudrait que les jeunes recrues soient principalement des orphelins ou des enfants abandonnés par leurs géniteurs. Dans l’envolée romanesque c’est le cas du jeune Junpei Sakamoto, héros de cette histoire qui se déroule sur seulement trois jours.

On pourrait dire de Junpei qu’il est un jeune apprenti sous les ordres d’un maître-artisan Kitajima, son aniki, qu’il considère comme un merveilleux chef et prêt à tout pour le satisfaire. Avant d’espérer d’être appelé pour des fonctions responsables, Sakamoto fait le chauffeur, le coursier, des petits jobs pour se modeler dans l’univers des Yakusas. Orgueilleux, ombrageux, séducteur il a une réelle ambition et cherche à s’élever rapidement. Il accepte sans réfléchir d’aller régler des comptes à un autre clan, Isoe, pour réparer une injustice à une drag-queen travaillant dans un club que fréquente le jeune homme pour les beaux yeux et la grâce d’une danseuse. Une tournure imprévisible vient faire face à Junpei : le grand chef lui ordonne d’éliminer un membre important du clan Isoe. Il a trois jours pour profiter de sa liberté car ensuite ce sera la prison qui l’accueillera. Ou pas.

Très novice en littérature japonaise et me sentant en parfaite étrangère dans cet univers des Yakuzas, je me suis laissé entraînée dans ces quelques folles journées d’un jeune homme qui savoure pendant soixante-douze heures la liberté totale, des mets délicats, la volupté d’une jeune femme sensuelle et le luxe d’un palace, lui qui n’a connu que la pauvreté, l’errance contrôlée et l’absence total d’amour. Des dialogues qui n’ont pas dû être faciles à traduire pour respecter non seulement l’écriture originale mais l’ambiance quais surréaliste d’un univers sans pitié. Pourtant, ce jeune homme auquel on ne prête guère d’empathie finit par séduire car progressivement ces trois jours sont un chemin initiatique de la vie vers les êtres qui la peuplent.

Une curiosité à découvrir.

« Se soucier du regard des autres, suivre la tendance comme un mouton, acquiescer en baissant la tête sans oser rien dire, faire le mort, tout ça, c’est pas vivre ! »

Trois jours dans la vie d’un Yakuza – Hideo Okuda – Traduction Mathilde Tamac-Bouhon – Editions de l’Observatoire -

lundi 19 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Saint-Jacques
Bénédicte Belpois
 


Si le nouveau roman de Bénédicte Belpois porte le nom d’un homme, c’est pourtant une femme qui en est l’héroïne : Paloma. Une colombe avec la force d’un aigle.

Paloma est le fruit d’une brève liaison entre sa mère Camille et un espagnol, Manuel, sur la route des vacances dans les Cévennes. Une fille non désirée et pour laquelle elle n’aura aucun amour, préférant plus tard sa fille Françoise qu’elle aura avec son mari. A la mort de la mère, Paloma est étonnée de recevoir quelque chose en héritage : une maison dans les Cévennes avec un cahier à n’ouvrir que lorsqu’elle sera sur place. Intriguée, elle y court et découvre une maison abandonnée, sur les hauteurs avec, tout de suite, une vieille dame, Rose, qui la scrute intensément.

Infirmière en région parisienne dans un hôpital elle décide de déménager pour s’installer et ouvrir une nouvelle vie avec sa fille surnommée Pimpon, fille qu’elle a eut également très jeune mais à la différence qu’elle est le résultat d’un grand amour, hélas, qui s’est achevé tragiquement le soir sur une route glissante. Progressivement, elle se fond dans ce nouvel univers et rencontre Jacques en espérant, sans y croire, que la malédiction des gènes s’arrêtera…  Pourquoi Paloma, la narratrice s’adresse à ce Jacques ? Et comment le destin va s’orienter ?

Un roman d’une sensibilité extrême avec une histoire construite autour de personnages plus touchants les uns que les autres. Une plume paraissant légère mais qui en réalité trace des lettres en gras pour appuyer le caractère de chacun dans des envolées teintées des couleurs de la vie face aux turbulences de l’existence. Un hymne à l’espérance, aux mouvances du désir féminin, à la nature, à l’ensauvagement positif et aux relations intergénérationnelles ; la mémoire des anciens pour faire avancer la construction d’une jeunesse qui ne demande qu’à exister et s’épanouir.

« Je pourrais dire que la maison a pris la parole en premier, qu’elle m’a raconté, ce matin-là, sa solitude insupportable, ses petits maux et ses grandes douleurs. Je l’ai écoutée gémir, subjuguée, interdite. Je ne m’attendais à rien de semblable ».

« Tu m’as parlé de la ligne bleue des Cévennes, du tranchant des crêtes, de l’émotion que tu ressentais chaque fois que tu venais ici. J’ai commencé à te détailler sans m’en rendre compte. Ton allure, ton visage, ta chemise ouverte sur ta poitrine. Je me suis étonnée d’avoir envie de te toucher ».

Saint-Jacques – Bénédicte Belpois – Editions Gallimard – Mars 2021

dimanche 18 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Jouir, en quête de l’orgasme féminin
Sarah Barmak
 


Une lecture loin d’être orgasmique mais qui a l’intérêt de soulever des questions, de faire le point sur l’intimité des femmes sans pudeur aucune et de mettre en avant que la jouissance sexuelle est un droit absolu et ô combien salutaire !

L’auteure américaine se concentre évidemment sur son aire géographique et l’on perçoit bien les différences de comportement d’un continent à un autre. Cela dit, le plaisir féminin se devrait être universel et pourtant une longue route reste à faire.

Je ne m’attarde pas sur tous les détails physiologiques et techniques passés en revue mais d’aucuns peuvent rester stupéfaits d’apprendre qu’une proportion non négligeable de femmes, non seulement ne jouissent jamais, mais ont tout simplement peur de jouir ! Comme quoi la société sait mettre des barrières là où la liberté devrait s’épanouir… et qu’une éducation est à entreprendre !

Sarah Barmak met une grande vivacité à décrire son enquête auprès de différentes femmes, de thérapeutes, de scientifiques et de professionnelles du sexe avec une mise en garde salutaire envers les clichés que diffuse l’industrie pornographique. Un humour certain se dégage de ses propos qui ne sont pas tous à prendre au sérieux, notamment ces méga réunions pour une jouissance collective qui frisent certaines dérives sectaires…

Reste que cet ouvrage m’a laissé un manque, celui de presque réduire l’orgasme en travail technique loin des jeux de l’amour et des sentiments partagés. Peut-être aurait-il fallu aussi mener une enquête auprès de celles qui ont une sexualité épanouie en les interrogeant sur leur « méthode ». Et si le côté technique est omniprésent, la sécheresse vaginale est très peu abordée et je doute qu’elle puisse se résorber par des incantations collectives ! Quid des femmes, disons, plus matures, qui sont, sans aucun doute, les premières à souffrir de l’absence d’orgasme et même de désir charnel ; pourtant l’égalité entre femmes et hommes sera également assurée quand Madame, à 65 ans et plus, aura les mêmes possibilités sexuelles que Monsieur !

Par ailleurs, trop peu abordée la question du passé qui peut être un obstacle à la sérénité sexuelle chez les femmes ayant subi un viol ou autres violences sexuelles, harcèlement, ablation du clitoris et autres épouvantables mutilations. Enfin le rôle du partenaire est bien trop exclu également et je regrette que l’autrice ne l’ait pas mis plus en avant pour un cours d’éducation au bien-être amoureux dans le respect de l’autre et dans le partage des fantaisies et plaisirs.

Jouir. En quête de l’orgasme féminin – Sarah Barmak – Préface de Maä Mazaurette – Traduction : Aude Sécheret – Février 2021

vendredi 16 avril 2021

 

Une noisette, un anniversaire
 
Un endroit où aller
 

 


Un endroit où aller pourrait être un noisetier, un refuge pour s’approvisionner en bonnes choses quand tout semble éloigné, enfermé. Un noisetier qui a vite grandi, qui s’est épanoui en quelques mois faisant un lieu de rencontre, une place où chacun passe, chacun vient. Et y revient. Parce que les livres et ceux qui les écrivent sont les joyaux de la vie. Depuis un an, 19 heures est une sonnerie pour la relève d’une garde livresque avec les capitaines libraires et les artificiers écrivains, le monde de la littérature à portée de pattes, pour tous et partout. Votre serviteur a voulu fêter cet anniversaire et rencontrer la créatrice de ce lieu devenu incontournable pour des milliers de lecteurs : l’écrivaine – mais pas que – Frédérique Deghelt. Elle est rarement visible car elle passe la main à celle nommée désormais « La chevalier libraire », Nathalie Couderc.

·    Un endroit où aller fête son premier anniversaire, comment est née l’idée de ces rencontres en ligne ? Comment s’est constituée l’équipe des mousquetaires du livre ?

 L’origine de  l’histoire :

J’ai commencé par avoir le Covid en début de confinement puis quand je suis sortie au bout d’un mois de cet anéantissement, j'ai réalisé que mes trente dates de visite en librairie pour mon roman, Sankhara, sorti en janvier chez Actes Sud, étaient annulées. Que mon autre livre, Etre Beau, photos et texte réalisés avec la photographe, Astrid di Crollalanza, exposé au Musée de l’Homme était dans un lieu désormais fermé.

Face à ce désastre artistique, il y avait mes amis auteurs avec leurs livres sinistrés et les libraires désespérés… Sans conviction j’ai fait une rencontre sur une plateforme pour un organisme de conférences où il y avait 200 participants. 80 livres ont été vendus…

J’ai donc créé les Rencontres on line Un endroit où aller.

La première à laquelle j’ai parlé de cette idée c’était Nathalie Couderc. Parce que je lui fais totalement confiance sur ce genre de projet et sur tout ce qui concerne la littérature de façon générale. Tout de suite, je lui ai dit que ça n’avait pas l’air évident le côté technique avec certains libraires peu habitués au numérique. Elle a tout de suite proposé d’encadrer techniquement cette affaire et comme elle venait de fermer sa librairie, elle s’est finalement plus investie que je ne le pensais au départ (et certainement elle aussi) à ma grande joie. Je lui ai proposé de présenter pour rassurer les libraires, les auteurs et bien sûr avec l’idée qu’elle allait incarner un rendez-vous. On a commencé à faire une rencontre tous les soirs y compris le samedi et le dimanche. Et comme on travaillait super bien ensemble, on a continué. On est à la fois complémentaire et en accord sur l’ensemble.

Comme je suis une ex réalisatrice et coach d’émissions de télévision, j’ai voulu que ce soit esthétique et conçu comme une vraie émission de télévision autant dans l’aspect que dans le contenu. Or question lecture et contenu, Nathalie est à la fois exigeante et performante.

Nous vérifions la lumière, les cadrages, le son. Je briefe un peu les libraires sur l’animation exigée quand on n’est pas dans une librairie mais dans la situation d’être regardé sur un écran. Et Nathalie donne un rythme, un complément à l’animation des libraires qui sont pratiquement chaque soir différents.

Un endroit où aller avec des libraires, des auteurs et des lecteurs/spectateurs, était exactement ce qui nous manquait dans la période que nous vivions mais ce projet va bien au delà comme nous l’avons découvert ensuite…

Il fallait que ce soit techniquement facile donc nous gérons tout. Les auteurs et les libraires n’ont rien à faire, ils cliquent sur un lien et viennent raconter un livre et son écriture en ligne. 

Dans l’équipe, il y a eu au début mon fils Jules cinéaste qui a conçu l’habillage et le monteur des vidéos Charlie Meunier qui nous a rejoint ensuite. Depuis quelques mois Béatrice Jean, graphiste passionnée de littérature s’occupe des posts Facebook, du site et de Twitter pour que je puisse recommencer à écrire. Ma fille Lily gère l’Instagram. Béatrice Pasquer la créatrice de mon site Internet m’a largement aidée pour réaliser le site et le logo a été élégamment conçu par Aude Brisson. 

·         Le nom choisi est l’antonyme du mot confinement ?

C’est surtout ce qui nous manquait. Un endroit où aller pour parler de nos livres avec des libraires et en présence de lecteurs. C’est d’autant plus joyeux que ça s’oppose complètement à « numérique », « rencontre virtuelle » et autre faribole évanescente. Un endroit où aller, c’est concret, physique. Et puis c’est le nom de la collection qui m’a accueillie chez Actes Sud, la collection d’Hubert Nyssen. Et le nom d’un splendide livre de Robert Penn Warren.

·         En un an, combien d’auteurs invités, combien de moments inattendus ?

Les rencontres rassemblent chaque soir entre 200 et 4000 lecteurs en direct et nous fêterons le 16 avril la 200ème rencontre (donc plus de 200 auteurs invités puisqu’il y a eu certaines rencontres avec plusieurs auteurs)

Nous fêtons ces un an avec Nancy Huston qui vient de publier Arbre de l’oubli chez Actes Sud et avait écrit ce merveilleux essai L’espèce fabulatrice qui dit si bien pourquoi nous avons besoin de lire.

Depuis le 17 avril 2020 nous avons donc reçu plus de 200 auteurs de 50 maisons d’éditions différentes dans des rencontres animées par une soixantaine de libraires, quelques blogueurs ou journalistes.

Nous avons eu 25000 spectateurs pour le direct de Yasmina Khadra pour la 150ème.

Et surtout nous avons découvert un nouvel outil de promotion pour les livres. Car ce ne sont pas les mêmes lecteurs qui assistent à nos rencontres en ligne et à celles en librairie. Plus de jeunes, des personnes qui ne peuvent pas se déplacer ou ne sont pas libres à ces horaires, des lecteurs expatriés car nous avons toutes les libraires francophones qui sont partenaires.

Les rencontres en ligne un endroit où aller c’est 50 minutes chaque soir de la semaine pour assister à une discussion entre auteurs et libraires. Avec des auteurs très connus et d’autres pas du tout connus, nous pallions à la désastreuse règle qui veut que ce soit toujours les mêmes dont on parle.

Nous sommes partenaires de la Fondation Orangelecteurs.com avec lesquels nous faisons quelques rencontres à thème. Le prix Orange du livre, La soirée spéciale Prix BD, la soirée Spéciale Manga et d’autres…

Nous avons eu des soirées avec le SNE, le Goethe Institut, avec des petites maisons d’édition qui racontent leur parcours, avec des auteurs qui ne parlent pas le français et qui habitent très loin et ne viennent pas en France pour la sortie de leur livre… etc…

Nous sommes en train de mettre en place un partenariat avec la ligue du Québec.

Je ne pensais pas l’année dernière en créant ces rencontres que nous aurions ce succès et que nous ferions tant de découvertes qui font des rencontres en ligne une sorte d’émission littéraire à succès. C’est surtout ce que c’est devenu, l’inattendu… Sinon dans les moments on a eu parfois quelques frayeurs techniques mais rien de grave ou d’irrécupérable.

·         Comment se passe la connexion avec le public ?

Les lecteurs sont soit abonnés et reçoivent tous les liens s’ils veulent rejoindre la plateforme Un endroit où aller et poser des questions. Mais on peut aussi rejoindre la plateforme en  cliquant sur la mention ASSISTER A LA RENCONTRE sur chaque page d’annonce des rencontres sur notre site ou bien suivre la rencontre en direct sur notre page Facebook.

La rencontre est ensuite habillée par un monteur avec notre logo et mise en intégralité sur Instagram, également mise en lien sur twitter. Nous avons beaucoup de courriels et de lien avec des lecteurs et c’est Nathalie qui gère les abonnements à la plateforme.

·     Le partenariat, un outil essentiel, les livres ne peuvent survivre sans les libraires ? Permettre aux libraires de France et de Navarre de participer est aussi de maintenir non seulement un lien mais toute une filière ?

C’est encore plus large que ça car nous avons aussi des librairies francophones partenaires. Nous avons tout de suite eu un lien très fort avec le président des librairies francophones et comme nous avons bénéficié d’un article dans le journal des expats de Singapour nous avons pas mal de lecteurs qui sont loin de la France et également loin d’une librairie. C’est aussi valable pour des lecteurs dont la librairie n’est pas tout près en France, en campagne.

Nous faisons des partenariats avec pas mal de petites librairies qui sont d’excellentes animatrices en ligne alors qu’elles ne disposent souvent pas de budgets pour nous inviter, nous héberger ou payer notre déplacement.

·   Pour vous, que représente lecteurs.com de la Fondation Orange. En France mais aussi avec ce récent prix du livre en Afrique ?

Lecteurs.com, la Fondation Orange sont nos partenaires. Ils participent financièrement et bénéficient d’un certain nombre de rencontres qui permettent à pas mal de lecteurs de les connaître et inversement leurs abonnés nous découvrent. C’est un partenariat très harmonieux car nous sommes complémentaires.

 ·         Quand la situation redeviendra, disons, normale, Un endroit où aller va continuer à nous emmener par divers chemins livresques ?

Oui pour plusieurs raisons 

Ceux qui ne vont pas en librairie :

Les lecteurs ont été nombreux à saluer cette initiative de rencontres en ligne mais surtout nous avons eu de nombreux messages de lecteurs qui ne vont jamais en librairie assister à ces rencontres, soit parce qu’ils estiment qu’ils n’ont pas le temps, soit parce qu’ils sont handicapés, soit parce qu’ils ne feront pas cet effort pour un auteur qu’ils ne connaissent pas. Par ailleurs l’horaire est rarement le bon pour eux. Alors que voir une rencontre de la maison, pour celles et ceux qui ont des enfants, c’est possible.

De nombreuses personnes sont trop âgées pour aller en librairie mais regardent volontiers de chez elles car ils ont un accès à l’ordinateur assez quotidien.

Toutes ces personnes citées ont un pouvoir d’achat et sont des grands lecteurs.

Il y a également beaucoup plus de jeunes en ligne qu’en librairie

Une viralité unique des réseaux auteurs/éditeurs/libraires pour une même rencontre :

Beaucoup ont été ramenés par les réseaux des auteurs eux-mêmes qui ont beaucoup communiqué mais aussi par les réseaux des éditeurs et des libraires.

Beaucoup nous ont signalé les suivre chaque jour, même depuis le déconfinement, ou les voir en replays et ont mentionné également qu’ils avaient découvert des auteurs et acheté des livres. Voir quelques commentaires de lecteurs en fin de ce document…

Avec une seule rencontre nous fédérons non seulement des lecteurs de toute origine géographique mais nous pouvons aussi fédérer toutes les librairies qui communiquent autour des rencontres et en recueillent les fruits, ce qui intéresse les auteurs et les éditeurs.

Nous fabriquons des affiches à poser dans les librairies pour informer les lecteurs qui ne sont pas toutes encore averties de notre existence afin de démultiplier la communication. Certaines librairies font des tables Un endroit où aller avec les auteurs qu’elles désirent soutenir.

·     Envisagez-vous d’autres formes de rendez-vous, pas seulement des interviews d’écrivains mais, par exemple, des lectures à voix haute, un jeu façon questionnaire de Proust entre deux auteurs ?

Les lectures à voix haute existent déjà en extraits dans certaines de nos émissions mais la Maison de la Poésie fait cela très bien, d’où nos reprises parfois de leurs programmes. Quant au jeu, je n’ai pas trop envie de partir dans des choses anecdotiques qui nous éloignent de ce que nous faisons avec les auteurs. 

Quand on a écrit un livre et qu’on vient en parler et c’est déjà un exercice qui n’est pas forcément facile pour tous les auteurs. Nous préférons nous concentrer sur la façon dont on facilite cette prestation pour chaque auteur. Si on doit développer des aspects, ce sera plutôt en faveur d’un élargissement de l’offre des genres. De la BD, plus d’essais, des livres historiques, des livres de bien être… Des rencontres croisées entre auteurs de nationalités différentes. Et des soirées à thèmes.

·         Votre devise est ?

Dans la vie, il y a deux catégories d'individus : ceux qui regardent le monde tel qu'il est et se demandent pourquoi, et ceux qui imaginent le monde tel qu'il devrait être et qui se disent : pourquoi pas ? Georges Bernard Shaw


mercredi 14 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Ils voyagèrent dans des pays perdus
Jean-Marie Rouart


 

Si le nez de Cléopâtre eût été plus cout, la face du monde aurait changé. Et si le Maréchal Pétain était parti à Alger en novembre 1942 après l’invasion de la zone libre, est-ce que le cours de la guerre eût été modifié ? Que serait devenu le Général de Gaulle ?  A partir d’une confidence authentique de Charles de Gaulle adressée à son aide de camp sur l’hypothèse d’un revirement de Pétain, l’académicien Jean-Marie Rouart a imaginé un conte burlesque où des personnages caracoles sur des hautes cimes, et pas seulement celles du Tadjikistan.

Le 11 novembre 1942, une dépêche tombe qui met le monde encore plus en ébullition : Pétain rejoint les Américains à Alger ! Roosevelt et Churchill jubilent, De Gaulle est proche du suicide. Après l’échec de Dakar, c’est un nouveau coup de Jarnac ! Stanilas, l’ordonnance du Général, beau garçon et avec des velléités de devenir écrivain, est en pâmoison devant son Maître. Cela tombe bien car il fera partie d’un équipage sur le sinistre Destiny – rebaptisé cercueil flottant – après la décision de Charles De Gaulle de partir vers un destin que lui seul semble connaître après avoir rencontré une princesse polonaise, l’épouse du colonel Sablonski exécuté à Katyn par les Russes, qui est une voyante hors pair.

Selon Epictète « il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir ». Avec ce radeau qui semble être une copie conforme de celui du Méduse – là un désastre non semblable à Mers el-Kébir dans le sempiternel match France/Angleterre – c’est une citation prise presque à la lettre par le Commandant Le Gloarec et le futur chef d’Etat français : munitions en nombre pour un casting prestigieux : Raymond Aron, Maurice Druon, Joseph Kessel, quelques belles dames et des marins aux très long cours ; une embarcation de tous les dangers, de tous les espoirs. Seulement, rien ne se déroulera comme prévu – reste à savoir de toute façon si quelques chose était organisé – et dans une suite totalement foutraque le lecteur se retrouve embarqué vers vingt mille lieux sur mer et sur terre, de la mer de Barents jusqu’en Ouzbékistan en passant par le domaine d’Iasnaïa Poliana.

Tours et détours avec pour guides personnages imaginaires et figures historiques, dont le trio De Gaulle, Churchill et Staline, qui en prennent chacun pour leur grade, même si au rayon de la causticité verbale et l’envoi de fléchettes délicatement empoisonnées les intellectuels sont une cible quasi jouissive de la part de Jean-Marie Rouart. Jeff Kessel reste hors de portée, invincible avec son devin de chien Tirésias et devient le héros de cette histoire aussi fantasque que croustillante. Sans oublier les arabesques sensuelles des ladies pour faire virevolter les gentlemen – excepté un général toujours aussi sobre dans le maniement de l’épée – et même les envoyer jusque dans les mystères du fang-chung…

Drôle, divertissant, une uchronie cascadant sur des fantaisies et quelques divins mensonges, c’est léger et savant, historique et abracadabrantesque. De source sûre, il parait que le jour de la sortie de ce roman, des rires célestes s’élançaient d’un fauteuil 12 sous les voutes d’une coupole immortelle…

« Depuis que quelques hominidés audacieux avaient quitté la vallée du Grand rift et les terres rouges de l’Afrique à la poursuite de nouvelles subsistances ou simplement de rêves, c’était le destin des hommes de s’explorer eux-mêmes en explorant le monde ».

« Tout était donc réuni pour que ce fût une aventure pleine d’ombres et de lumières et qu’on y rencontrât, par conséquent, le meilleur qui n’existe que parce qu’il y a aussi son double : le pire ».

« Voltaire écrivait sur le « galimatias double » : celui qui lit le texte ne le comprend pas, mais celui qui l’a écrit ne semble pas non plus avoir saisi ce qu’il voulait dire ».

Jean-Marie Rouart – Ils voyagèrent vers des pays perdus – Editions Albin Michel – Janvier 2021

lundi 12 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Confessions
Rabee Jaber

 


Maroun. Enfant de la guerre, celle du Liban qui a duré quinze ans. Mais qui est Maroun, le narrateur, cet enfant au milieu de ces adultes qui n’arrivent pas, qui n’arrivent plus à s’entendre ? Maroun, lui-même ne sait pas qui il est. Il l’apprendra plus tard. Le lecteur est au courant au début du livre, Maroun n’est pas son véritable prénom et n’est pas le fils de ses parents. Maroun, c’est ce garçon sur une photo, cadre posé sur un meuble du salon. Un garçon mort avant de grandir, enlevé, assassiné. Maroun II a été sauvé par le père de Maroun Ier :

« Voici mon souvenir : je suis malade, mon pyjama de coton détrempé me colle au corps, j’avance comme dans un rêve jusqu’au salon et me retrouve face au portrait de mon frère disparu. Je lève les yeux et je le fixe du regard. Je détaille ce visage qui me ressemble et je me concentre de toute la force dont je dispose dans ma petite tête pour tenter de me souvenir de lui ici, dans ce salon où je me trouve maintenant avant qu’il soit enlevé et assassiné ».

C’est le premier choc de ce livre poignant. Pour des raisons strictement personnelles j’ai été émue jusqu’aux larmes en lisant les passages sur cette photo reposant dans la foyer familial et cette façon de se demander qui est ce jeune enfant et sur une possible ressemblance. Mais au-delà, c’est l’histoire d’un enfant qui va grandir dans le désordre du monde des adultes avec une ligne de démarcation séparant Beyrouth en deux, avec un cœur qui va battre en fonction des bombes et du fracas des armes. Avec un père qui préfère parler aux oiseaux plutôt qu’aux humains, avec une mère qui partira trop tôt et une fratrie à la fois unie et volatile. Un enfant qui cherchera sa voie dans l’inconnu, qui tentera de comprendre l’incompréhensible, qui puisera dans sa mémoire sans savoir si les faits ont réellement existés. Un enfant en quête d’une identité impossible, seul survivant d’une famille anéantie.

Une narration qui peut un peu déconcerter par un style répétitif et parfois presque puérile. Mais Rabee Jaber s’est mis dans la peau d’un adulte qui repart dans ses souvenirs d’enfant et, logiquement, replonge dans cette âme des premières incertitudes dans un Liban déchiré. Vaste réflexion quand un être grandit dans la géhenne d’une guerre, où les rêves s’envolent ou se confondent avec la réalité pour mieux la supporter. Un récit qui ne peut que soulever la sensibilité du lecteur et faire prendre conscience du vécu des Libanais qui, hélas, vivent dans une paix toute relative sous le poids d’une misère économique.

Confessions – Rabee Jaber – Traduction : Simon Corthay – Editions Gallimard – Avril 2021

samedi 10 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
D’amour et de guerre
Akli Tadjer

 


En 1939 sur les terres kabyles la vie est dure. L’Algérie est toujours un département français où l’occupant est maître, aidé par des natifs prêts à tout pour obtenir un certain pouvoir et recevoir les honneurs. Le jeune Adam lui reste attaché à ses racines et de par sa situation n’a jamais pu être scolarisé. Pourtant, il le fils d’un homme qui a combattu dans l’armée française et mort suite à ses blessures. Toutefois, le jeune homme est instruit, il écoutait les cours de l’instituteur sous les fenêtres de l’école et le sieur Grandjean, un colon bienveillant, s’en était aperçu et s’était pris d’affection pour le jeune garçon, une réelle amitié qui aura une suite bouleversante quelques années plus tard. Malgré une tante acariâtre et l’accumulation de très mauvais souvenirs, Adam est rempli d’espoir parce qu’il est amoureux. Fou amoureux de Zina et ensemble ils imaginent un avenir radieux, main dans la main, cœur contre cœur. Seulement en métropole, les bruits de bottes résonnent, la mobilisation est en marche. Pour tout le monde, colonisés compris. Adam refuse de servir la France et s’enfuie avec Zina dans la montagne pour sceller leur union. Une nuit d’amour et le lendemain matin il est rattrapé par les autorités françaises et sbires locaux. Il embarque comme « prisonnier déserteur » sur la Méditerranée puis se retrouve près de la ligne Maginot à attendre l’ennemi avec des « collègues » venant des autres colonies ou d’Algérie… on a beau combattre sous le même drapeau, on ne mélange pas les sangs pouvant être impurs. La suite ira de Charybde en Scylla dans cette France qu’il ne connait pas, à combattre un ennemi qu’il ignore et à atterrir dans un Paris occupé. Comment Adam arrivera-t-il à survivre ? Pourra-t-il retrouver celle pour qui il tient un petit carnet rouge ?

Un roman qui vous prend aux tripes ! Poignant, déchirant, pathétique mais tout de même pétri d’humanité grâce à cet hommage aux oubliés de l’histoire, ces hommes enrôlés de force dans une guerre qui n’était pas la leur. Déjà que la guerre est une absurdité ! Sans aucune haine Akli Tadjer remonte une histoire tragique entre deux nations de chaque côté de la Méditerranée, ne donnant aucune leçon anticolonialiste mais décortiquant tout le processus infâme de l’emprise d’un peuple sur un autre avec la parallèle de la France colonisatrice et l’invasion allemande en 1940. Comment ne pas réagir à cette aberration et cette opprobre de demander à une nation d’aller aider à combattre un occupant quand elle est, elle-même, occupée depuis des décennies !

La valeur de ce roman est également historique, l’écrivain relatant des faits trop méconnus ou évaporés de la mémoire collective. Sur l’ensemble des conditions désastreuses des soldats venus d’autres mondes pour la France mais aussi sur quelques figures comme celle du fondateur de la Mosquée de Paris, Kaddour Benghabrit et qui sauva des centaines de juifs - remis en lumière également par le journaliste Mohammed Assaouï dans « L’Etoile jaune et le Croissant » en 2012.

Dans l’enfer de la guerre et de l’ignominie humaine, de la violence et de la puanteur, cette fiction est d’une humanité absolue, remettant un peu de cœur dans des pierres ensanglantées. Fiction, certes, mais trop vraie pour ne pas avoir été vécue et racontée dans la famille du romancier.

« Moi, lorsque je pensais à la France, je ne voyais que le bon visage de M. Grandjean et la jambe purulente de mon père. Le meilleur et le pire de l’humanité ».

« La guerre ne tue pas que les rêves. Elle tue les hommes, les femmes et les rires des enfants. Les survivants ne sont plus que des ombres ».

D’amour et de guerre – Akli Tadjer – Editions Les Escales – Mars 2021

 

 

 

 

mercredi 7 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
Ce crime est à moi
Philippe Ridet

 


1974. Révolution des œillets au Portugal, fin de la dictature des colonels en Grèce, libération des prisonniers politiques au Sénégal, reconnaissance de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Mozambique, révolution éthiopienne mettant fin à la millénaire dynastie salomonide avec l’arrivée du terrible Derg, décès de Juan Peron, démission de Richard Nixon… En France Georges Pompidou s’éteint et des élections présidentielles anticipées opposent Giscard et Mitterrand, le Palais des Congrès de Paris est inauguré, l’affaire du pull-over rouge émeut le pays. Dans l’Ain, un crime est également commis durant l’été : Martine assassine d’un coup de carabine Didier. Elle a vingt ans, lui vingt-quatre. Que s’est-il passé ? Philippe Ridet, dix-sept ans à l’époque, raconte. Raconte les faits, sa ville, son environnement, son époque.

L’élément central est une piscine. C’est là que le narrateur passe une partie de son temps libre et là aussi que se rencontrent Martine, étudiante, et Didier, le maître nageur. La jeune fille songe à l’amour éternel, après quelques déceptions amoureuses elle croit fermement que Didier sera l’homme de sa vie. Didier rêve plutôt de liberté, impossible de se fixer dans un lieu ou dans un cœur. Apprenant que Didier la trompe, elle décide de s’introduire chez lui et de s’emparer de sa carabine.

A travers ce fait criminel, Philippe Ridet replonge avec une plume à la fois nostalgique et réaliste dans sa région natale mais aussi dans l’ambiance de la France des années 70, peut-être bien éloignée des clichés où d’aucuns laissent croire que tout était permis, libéré alors que, bien souvent et malgré mai 68, un certain enfermement subsistait dans les attitudes. Sans oublier que la crise économique naissante allait laisser des traces.

Un parcours en nage libre où le journaliste s’interroge sans jamais juger, sur cet homicide,  sur cette France qui se cherche encore et sur cette jeunesse prise dans un étau, entre les ambitions d’une liberté décomplexée et les désirs de garder les conventions de toujours. Le lecteur déambule dans les rues, part à travers champs, s’arrête dans un restaurant, regarde une place où chacun vient, chacun va. Et comme quoi un événement survenu quand on a dix-sept ans peut laisser des traces et faire revivre toute une époque. Délicat et subtil, un roman qu’aurait pu mettre en scène Claude Chabrol.

Ce crime est à moi – Philippe Ridet – Editions Equateurs – Janvier 2020

 

lundi 5 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
La Ville Rousse
Fabrice Lardreau

 


Une histoire qui aurait pu se dérouler en Méssenie avec l’envoi par Dionysos d’un nouveau renard de Teumesse pour remettre un peu d’animalité dans le désordre humain. Ou bien au Japon avec une sorte de « Kitsune » et ses pouvoirs magiques. Mais elle se passe dans une grande ville qui a pour nom une connotation romaine, Lutecia. Toute ressemblance avec l’antique Lutetia et l’actuel Grand Paris serait évidemment une pure coïncidence… Mais cette Ville Rousse a tout d’une tragédie grecque sur fond de dystopie.

Christian Maupertuis est un ogre industriel qui dirige d’une main de fer une multinationale engloutissant moult réalisations ou projets pharaoniques dont celui d’un Grand métro dans cette métropole dotée d’un périphérique cyclopéen mais dont les dirigeants ont pris soin de végétaliser pour palier les effets des perturbations climatiques. Face aux menaces écologiques et désastres humains, l’industriel rencontre des opposants : militants écologistes, défenseurs des droits de l’homme, représentants d’ONG… Maupertuis n’a alors qu’une seule directive dès qu’un citoyen veut s’interposer : l’éliminer. Pour effectuer cette sale besogne il a engagé un ancien compagnon d’études, Patrick Amiot dont le cœur est depuis longtemps enfoui au terminus des objets inutiles. Sans états d’âme ni culpabilité aucune, il exécute les perturbateurs tout en passant pour le plus courtois des hommes. Bienvenue dans un monde au cynisme le plus décomplexé ! Mais un jour, après un attentat, la ville devient rousse. A chaque coin de rue, des renards apparaissent, rentrent dans les maisons, font leur terrier dans le sol des grands chantiers de Maupertuis. Un affrontement sanglant va commencer mais où l’homme va devenir le plus bestial des animaux.

Un roman aussi déconcertant que captivant qui se lit avec une surprenante avidité. Un roman qui serait parfait pour une adaptation cinématographique, les images défilent déjà devant le livre par la précision des descriptions sans jamais trainer en longueur. Un roman qui décortique tout le machiavélisme d’une société et de ses représentants lorsqu’ils se convertissent en redoutables prédateurs. Si le portrait de Christian Maupertuis peut rappeler peu ou prou d’autres personnages de fiction voire de la réalité – hormis son travestissement progressif – le personnage de Patrick Amiot est saisissant ; loin d’avoir le sens de l’honneur d’un célèbre Samouraï, on se met à le détester tout en cherchant à en savoir davantage sur ses motivations et ses dérives assassines.

Un tempo haletant, un humour noir sans tomber dans certains artifices habituels, une originalité dans la progression du roman, un récit qui interroge sur nos sociétés, nos démocraties, la déshumanisation des grands centres urbains et cette animalité qui sommeille chez les humains. Quant au renard c’est peut-être à lui de porter l’oriflamme de la liberté…

La Ville Rousse ou le panache d’un écrit !

La Ville Rousse – Fabrice Lardreau – Editions Julliard – Octobre 2020

samedi 3 avril 2021

 

Une noisette, un livre
 
L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs
Daniel Fohr

 


Le narrateur est un lecteur. Mais pas n’importe lequel. Il est le dernier représentant de la gent masculine à ouvrir et tourner les pages d’un objet singulier : un livre. Plus aucun homme sur terre n’ose un tel geste, une telle attitude, sous peine d’être regardé comme un ovni ou être moqué par ses semblables. Tant, que pour lire dans un parc, notre lecteur met une perruque et des vêtements de femme… Car les femmes, elles, continuent de lire.

Notre brave résistant des lettres a tout tenté pour convaincre ses homologues mâles de lire. En vain. A chaque fois les mêmes réponses, la même hypocrisie, la même défiance. Lire est un truc de femmes, un truc pas viril. Circulez, y’a plus personne ! Cependant, le dernier des Mohicans livresque n’abandonne pas car sauver la lecture c’est sauver l’humanité ! Arrivera-t-il à ses fins ?

Une fable cocasse à lecture rapide qui n’est pas dénuée d’originalité et peut-être de préscience car, effectivement, les femmes lisent beaucoup plus que les hommes. D’un constat, Daniel Fohr a eu envie de tirer une sonnette d’alarme afin que la grande famille des livres ne se retrouve pas dans une congrégation exclusivement féminine mais, qu’au contraire, la diversité puisse flotter au-delà des sexes. L’écrivain pose également la question si des romans sont plus féminins que masculins – pour ma part, comme pour tout, je rejette cette habitude de taxonomie – et du risque tout simplement du manque de pluralité dans l’offre éditoriale. Un écrit accompagné de nombreuses références littéraires, de quelques citations et surtout de moult incipits. Comment résister à ne pas inclure celui de ce présent roman « Pas plus tard qu’hier ». Alors, aujourd’hui, demain, que cette histoire singulière du dernier des lecteurs atterrissent entre vos mains, femmes comme hommes, pour une lecture où les chromosomes X ou Y ne se livrent pas bataille mais partagent une passion, une nourriture… « lire c’est boire et manger » selon Victor Hugo. Bon appétit !

« De même que l’arbre qui tombe ne fait de bruits que si quelqu’un est là pour l’entendre, un livre n’existe que si quelqu’un est là pour le lire ».

« A quoi reconnaît-on les fripouilles ? C’est simple, elles prêchent la vertu, toujours ».

« Je suis conscient de la sensiblerie dont je fais preuve, du sentimentalisme dans lequel je me complais, mais savoir que je suis le dernier servant d’une liturgie qui disparaîtra avec moi crée des obligations ».

L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs – Daniel Fohr – Editions Slatkine & Cie – Janvier 2021