vendredi 25 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
Un été avec Rimbaud
Sylvain Tesson

 


Arthur Rimbaud, qui était-il en fait ? Un poète naviguant sur l’ivresse du monde ? Un éternel adolescent ordalique ? Un génie qui s’ignorait ? Et si tout simplement Rimbaud avait été Arthur, une légende sans avoir été roi mais avec toute une mythologie digne des chantres grecs. Un être inclassable qui a gardé ses errances au plus profond de lui-même sur un fil de vie rompu trop tôt.

Sylvain Tesson fait un grand bon dans l’histoire des aèdes intemporels : après avoir navigué sur les vagues de vers de l’homme aux mille ruses, il s’empare de son bâton de pèlerin, avec Olivier Frébourg, pour suivre le chemin littéraire et onirique de l’enfant des Ardennes et, coïncidence délicieuse, au moment où des restrictions de mouvement sont ordonnées lors d’une alerte à la mobilisation d’une vésanie collective.

Résultat des courses : des pastilles salutaires sur les ondes de France Inter et un bréviaire thérapeutique aux Editions des Equateurs/Radio France pour palier aux effets secondaires des traitements voulant effacer les déraisons du vagabondage salvateur.

En garde à toi noble lecteur, peut-être découvriras-tu que ton « je » est « un autre » ! Si les envolées tessoniennes, parfois emphatiques, font tourner la tête, elles ont le mérite suprême d’inverser le sens de la grande roue des injonctions de normalité pour nous flanquer un miroir d’où ressort une psyché de nous-mêmes ; purification d’un cristallin devenant opaque par la dictature de la vitesse et des batailles égocentriques.

Point de biographie longue et ennuyeuse, tout simplement un hommage direct et décapant au poète de Charleville-Mézières avec en prime une bonne petite claque à tous ceux, passé, présent et futur, qui récupèrent l’image d’Arthur selon leurs convictions personnelles, faisant parler et retranscrire le capitaine du bateau ivre sur les parois de leur cave imaginaire sans réaliser que « Rimbaud est une épine plantée dans l’autosatisfaction de ses continuateurs ».

Je fais certainement partie de cette piètre caste n’ayant jamais réellement compris « l’homme aux semelles de vent » oscillant entre admiration et désintérêt. Aussi, mes biens chers frères et sœurs, ce petit manuel orange est un miracle pour retrouver la foi dans la verve d’Arthur Rimbaud. Sylvain Tesson avec un humour à faire fondre de rire les plus hauts glaciers – attention, aucune attention de le responsabiliser dans le réchauffement climatique – transporte la poésie et les jongleries foutraques de Rimbaud dans notre société du XXI° siècle sans pour autant faire voler des prosopopées.

Au fil des pages, c’est un brin de bruyère qui voltige, un verre qui se casse, un Verlaine énamouré, un père absent, une mère échappant à l’échappé, une révolte qui aurait pu mener à une révolution, une corne d’Afrique mettant un coup de klaxon dans l’enfer du poète, une maladie à ronger les os, des rêves déchus, des inspirations vertigineuses, du baroque dans la contemplation de la simplicité du vivant.

Même si vous restez sédentaire durant l’été ou en toute saison, déguster cet ouvrage vous permettra de rester en mouvement, dans une perpétuelle valse des mots ; bouger dans son esprit est déjà une mise en avant sur le monde et les autres, le « logos étant l’alliance de l’homme ».

« Dès sa mort, Rimbaud devient l’enjeu du débat des Modernes et des Anciens. Et les catéchumènes comme les libres-penseurs de se disputer la dépouille. Les vautours ont toujours de bonnes intentions au-dessus d’un cadavre. Pour la poésie, on repassera ».

« Arthur n’est pas réductible à un archétype. Sa trajectoire aimante les contraires. A côté du démolissseur, il y a le bon élève. L’un terrifie les docteurs, l’autre est épris de goût classique. C’est la leçon de Rimbaud pour les iconoclastes incultes : commencez par faire vos humanités avant de renverser les statues ! »

« Sans qu’Arthur connût rien de ces peintres, et sans même qu’ils fussent tous nés, on reconnaît dans ses chansons la gaieté de Watteau, le ciel de Turner, l’étrangeté de Moreau, les plaies de Goya, les spectres d’Otto Dix, une fête flamande, un étang de Millais, une vulve de Courbet et l’horreur de Kubin ! »

Un été avec Rimbaud – Sylvain Tesson – Editions des Equateurs/France Inter/Radio France – Mai 2021

mercredi 23 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
Hergé au sommet
Ouvrage collectif sous la direction d’Olivier Roche

 


Voilà un ouvrage pour tous les « Tintinophiles » mais aussi pour celles et ceux qui aiment percer les mystères d’une plume derrière un personnage, en l’occurrence Hergé, Georges Remi de son vrai nom.

Les Editions Sepia continuent leur collection « Zoom sur Hergé » en prenant cette fois de la hauteur avec pour chef de cordée Olivier Roche, suivi d’autres spécialistes en « Tintinomie », je nomme : Benoit Grimonpot, Patrice Guérin, Cyrille Mozgovine, Bertrand Portevin, Jean Rime, Albert Algoud pour la préface et Renaud Nattiez pour la postface.

Tour à tour, chacun décortique l’œuvre d’Hergé au fil de sa vie, entre cimes et abimes, des marches scoutes aux réminiscences spirituelles catalysées par le Lac Léman. Georges Rémi a puisé à la fois dans son expérience – comme le début de l’envoutement de la montagne par le scoutisme dans les Pyrénées – et dans ses tourments, professionnellement et intimement. En fait, il semble y avoir beaucoup d’Hergé dans Tintin mais pas forcément tel qu’on peut l’imaginer, l’auteur aimant détourner et même créer des effets miroir, même avec certains sommets…

Une large place est forcément consacrée à « Tintin au Tibet » avec le personnage réel de Tchang alias Zhang Tchong-jen et la façon dont Hergé s’infiltrait dans son personnage parsemant chaque histoire de moult embûches pour tenter de trouver ou d’ouvrir une nouvelle voie.

De l’Himalaya aux Andes en passant par la Suisse, nul doute que les aventures de Tintin sont à la verticalité, même quand la montagne est absente le célèbre jeune homme ne manque pas de grimper dans les arbres. En fait Hergé était un peu comme un massif montagneux, puissant, majestueux et pourtant fragile avec des crêtes portant vers l’envoutement mais orientées vers une âme aux crevasses vertigineuses. Une vie de hauts et de bas.

Hergé au sommet – Ouvrage collectif coordonné par Olivier Roche – Editions Sépia / L’harmattan – Juin 2021

lundi 14 juin 2021

 

Une noisette, un livre, une rencontre
 
Lucien Saurigny dans les pas de Jean-Claude Bourlés
L’euphorie du camino

 


Près de quarante plus tard – bonjour la cure de rajeunissement – je retrouve celui qui me fit découvrir en premier la langue de Cervantès : Lucien Saurigny, professeur agrégé d’espagnol en Deux-Sèvres puis dans le Maine-et-Loire. Véritable ambassadeur touristique pour la péninsule ibérique, il rêvait depuis longtemps de faire un jour le chemin de Saint-Jacques. Il connaissait déjà le parcours pour en avoir effectué des étapes mais à 73 ans et avec de gros soucis de santé dans les bagages – notamment cardiaques et articulaires – il décide de partir seul sur le « Camino francès » avec pour bâton de pèlerin un vélo électrique, obligatoire s’il voulait rentrer dans son Ithaque auprès de son épouse Dominique.

De ce périple il en a écrit un livre – le quatrième – pour raconter et poser ses photographies. Un parcours unique où toutes les cultures du monde, les nationalités et la diversité se rencontrent. A l’image de la photo de couverture représentant trois jeunes filles américaine, australienne et allemande, il voulait démontrer que ce pèlerinage va au-delà de la spiritualité. D’ailleurs bien que croyant et catholique pratiquant sa motivation n’était pas religieuse mais historique, le patrimoine faisant partie de notre généalogie à tous, et aussi en particulier pour l’art roman. « Je voulais rencontrer l’humanité, ce chemin est un microcosme incroyable, on y croise tous les continents ».

Ce n’est pas la première fois que cet enseignant part vers l’immensité pour retrouver quelque chose. « Quand j’ai besoin d’inspiration, quand j’ai des doutes, je pars de façon impulsive, par exemple dans le Cantal, j’ai besoin d’un horizon, de respirer sur des hauts-plateaux. Je suis à 200% pour la montagne, éviter la foule, prendre de la hauteur pour laisser son esprit vagabonder ».

L’Espagne est sa seconde patrie et si Lucien Saurigny déplore la bétonisation du bord de mer, ce pays « rude, âpre, offre pourtant encore de l’authenticité . La population se concentre dans les villes et de vastes territoires hors du temps existent encore comme au nord de l’Estrémadure dans ce qu’on nome « La petite Sibérie «  ou bien justement sur le chemin de Saint-Jacques, dans les Ancares. Là, on tombe sur des villages isolés avec des maisons de pierre et toits de chaume et des sangliers à chaque carrefour, c’est presque une immersion chez Astérix ! » raconte Lucien Saurigny avec malice dans le regard.

Ecrire est devenu essentiel pour le professeur auteur, grand admirateur de Sylvain Tesson. Tellement heureux d’en parler, que durant l’entretien réalisé chez lui, il se précipite dans son bureau pour montrer toute la collection de l’écrivain voyageur. « J’ai fait sa connaissance avec Les forêts de Sibérie qui m’avait interpelé pour ce côté mystérieux. J’aime ce qu’il écrit, comment il conçoit notre société, son côté provocateur et parfois fou. Sur les chemins noirs est une merveille, tenez, le livre idéal pour l’après crise, redécouvrir ce qu’il y a près de chez soi, s’imprégner de la beauté et regarder les petites choses ».

Là, en feuilletant les ouvrages qu’il m’apporte, je note que mon ancien professeur est un « barbouilleur » de livres : mention en deuxième page de la date de lecture (ou plusieurs si relu), des traits de crayon de papier partout et au bic rouge pour les passages plus qu’importants. J’en déduis un lecteur passionné et m’empresse de lui demander quelles sont ses lectures d’avant le franchissement des Pyrénées. « J’en ai lu près d’une trentaine, dont un plusieurs fois d’une maison d’édition peu connue car franc-maçonne : le pèlerinage à Compostelle, une quête spirituelle de Michel Armengaud. Ce livre est envoutant. Il y a aussi dans mes préférés, le Guide du sacré du chemin de Compostelle et bien évidemment Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin, l’académicien est, je crois, le premier à avoir cassé les mythes en racontant tous les à-côtés, cette démystification était nécessaire. Autre auteur incontournable et spécialiste de Compostelle est Jean-Claude Bourlès, j’ai tant appris de lui et bluffé par cet homme athée mais happé par ce pèlerinage vieux de plus de douze siècles. Passants de Compostelle ou Retour à Conques sont des indispensables pour tout futur pélerin ». A ce stade de la conversation j’ai cru que le sieur Saurigny allait utiliser le mot bréviaire.

A la fin de l’entretien, après m’avoir fait entrer dans son bureau où une fenêtre laisse pénétrer une douce lumière en ce jour ensoleillé de juin et où résonne doucement de la musique classique, l’auteur travaillant souvent dans un environnement sonore, le marcheur enamorado de España voulait encore me confier quelques réflexions et un secret. Commençons par le secret. Celui qui a porté l’enseignant vers l’écriture : José Luis Sampedro et son « Escribir es vivir », écrit suite aux nombreuses conférences données aux quatre coins d’Espagne. « Je l’ai lu en 2007, un an après mon infarctus à une période où je me demandais même si j’allais continuer d’enseigner. Là, j’ai appris que nous avions eu le même souci médical au même moment et cet homme est devenu mon mentor » Il me met ce précieux livre entre les mains et rapidement je parcoure quelques lignes, ici et là. Je note aussitôt une philosophie de vie et quasi un credo pour l’écriture et la force du verbe. Puis, avec toujours la même voix excessivement posée, il enchaîne.  « Faire Saint-Jacques est une chose, le raconter une autre chose. Je voulais écrire et en même temps rendre hommage à toux ceux qui le font : jeunes, moins jeunes, des gens en bonne santé, des handicapés comme cette femme incroyable que j’ai rencontrée, et en même temps, donner envie à ceux qui hésitent à entreprendre ce voyage. C’est une joie immense et une façon d’aller vers les autres dans la même direction. »

A cet instant, j’ai cru que Lucien Saurigny se croyait encore sur un plateau castillan en contemplation devant le rayonnement du monde et des âmes. Puis soudain, il se lève et me dit « Vous entendez le chant des oiseaux » ?

L’euphorie du camino, Compostelle à tout prix – Lucien Saurigny – Autoédition chez Ecrituriales – Lien direct https://www.ecrituriales.com/auteurs-m-z/lucien-saurigny/




samedi 12 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
Saisons du voyage
Cédric Gras

 


Heureux qui comme Cédric Gras a fait de beaux voyages et s’en retourne chaque fois avec usage et raison pour vivre moult aventures le reste de son âge.

« Saisons de voyage » est un vaste recueil des déambulations de l'écrivain lorsqu’il a commencé à partir par monts et par vaux pour découvrir le monde et ceux qui le peuplent. Car l’intérêt principal de lire Cédric Gras – sans oublier la fine plume qui caracole sur les cimes de la langue française – est de voyager pour communiquer sous d’autres cieux en rejetant toute velléité touristique de carte postale et de selfie d’autosatisfaction. Parcourir le monde mais sans cette multitude, sans ce marketing tributaire de la mode et qui fait que l’industrie touristique finit par se moquer du monde.

L’écrivain voyageur se transforme en caméléon pour une immersion sans luxe dans les terres eurasiennes ou sur les sommets andins. Quitte à se retrouver dans des situations alarmistes mais dont il tire à chaque fois des leçons de vie. Attiré par les grands espaces qui s’éveillent vers les rayons d’Orient, le récit est surtout placé sur les vagabondages de l’Europe de l’Est, de la Mongolie et vers le toit du monde, en particulier le Tibet. On découvre aussi des descriptions, un ressenti qu’il est difficile de lire ailleurs comme, par exemple, pour l’Albanie. On est loin des narrations de crime organisé et d’islam intolérant, de pays à bout de souffle, Cédric Gras y a vu autre chose, un pays qui respire l’air marin, une jeunesse qui caracole et une terre qui n’a pas le lourd héritage d’années de guerre comme son voisin kosovar.

La richesse des descriptions et l’authenticité qui découle de pages en pages fait que d’aucuns peuvent avoir l’impression de connaître ces territoires sans pourtant y avoir posé le moindre pied. Mais il suffit d’imaginer Cédric Gras sous une tente avec des Mongols, tentant un dialogue improbable, recevant l’accueil des gens qui naviguent dans les mêmes conditions depuis des siècles. Souvent avec satisfaction, parfois avec des déconvenues, déconvenues inévitables surtout dans des pays ayant souffert ou souffrant toujours de régimes passablement autoritaires. Et même parfois pour l’écrivain, une reconduite à la frontière est inévitable… Mais reste la beauté des terres pas encore standardisées dans un monde mondialisé à l’extrême. Qu’elles puissent encore perdurer et que l’on sache inventer un tourisme respectueux, qui ne saccage pas les peuples racines, qui se plie aux normes locales et non l’inverse, qui tende vers les rencontres et qui arrête la « potemkinisation «  de la planète. En cela, ce livre de Cédric Gras est un bréviaire, une « lecture du livre du monde ».

« Voyager, c’est avoir le cœur apatride ».

« On ne veut rien voir des haillons du monde, qui viennent pourtant s’ériger en campements sahariens jusqu’ai cœur de Paris ».

« La Terre, vaste salle des pas perdus ».

« La liberté ce n’est pas être maître de sa journée, non, la liberté c’est se faire gifler par le vent. La liberté c’est boire aux lacs salés du Chantang sous la blancheur du Kunlun. La liberté, c’est se battre pour un peu de chaleur dans l’immensité d’un plateau aussi vaste que l’Amazonie ou l’Antarctique ».

« Les lacs sont pour les Tibétains l’œil par lequel l’au-delà nous observe ».

« Qu’on le veuille ou non, le tourisme est un voyage galvaudé, une razzia allogène balayant toute trace d’existence locale. Il proscrit la rencontre et folklorise le dépaysement. Il ne peut s’immerger dans les lieux qu’il submerge. L’essaim des vacanciers redessine le paysage en imposant ses standards de villégiature. Le tourisme édicte ses propres normes, il commande à l’architecture comme à l’achalandage des boutiques. Il tors la réalité, la pousse aux artifices pour la rapprocher de ses fantasmes ».

« L’aurore est plus sage que le crépuscule, dit le proverbe russe ».

« Posséder une langue fait sauter toutes les barrières. On passe de l’autre côté du miroir des apparences, on pénètre l’envers du décor. Il fait soudain jour dans le quotidien du voyage et l’on relativise la frénésie spatiale, la course aux hauts lieux (…) Langue, odyssée majeure où l’endroit le plus anodin se fait conteur. Les êtres ne sont plus ces visages sibyllins que l’on tente vainement de lire. Le verbe est la véritable acuité du vagabond, il attrape les interjections au vol ».

« L’espèce invasive que nous sommes reste le grand tabou de l’écologisme. Il m’est arrivé de converser avec un ancien ministre qui croyait dur comme fer que la géosphère pourrait bien nourrir - et abreuver ? – encore quelques milliards d’être humains, avec des grillons et des sauterelles, lui semblait tenir à la sole meunière ».

Saisons du voyage – Cédric Gras – Editions Folio – Avril 2021

 

 

vendredi 11 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
La Belle est la Bête
Floriane Joseph

 


Vous aimez les êtres solaires ? Alors vous allez adorer ce conte autour d’un personnage haut en couleurs : Leïla.

Il était une fois (expression classique mais qui fait toujours son effet) un royaume au parfum d’Orient entouré de  montagnes et où brûlait un sable chaud dans un désert d’immensité. Un sultan dirigeait le pays avec l’aide de son fidèle vizir, Wizram, un cavalier d’or autrefois cavalier noir dans toute la haute noblesse de la fonction. Le sultan avait eu le chagrin de perdre son épouse et en chérissait encore plus ses cinq filles, dont Leïla. Toutes belles, Leïla impressionnait par sa chevelure noire, son regard adamantin et son visage de camé aux traits parfaits. Un jour, malgré toute l’attention que lui portaient les cavaliers d’or, elle fut attaquée par un fanatique, la défigurant à l’acide. Souffrant le martyre, elle resta hospitalisée loin de tout regard hormis sa proche famille. Quand elle fut revenue dans le monde des vivants, le plus dur restait à faire : se regarder dans une glace.

Après le choc, le désespoir, la tentation du suicide, Leïla relève la tête et décide de mener un combat contre la bête qu’elle est devenue. Pour ensuite, l’adopter après un long chemin de détermination, de résilience où un jaillissement de trésors ingénieux va l’aider à franchir un cap qui paraissait chimérique.

Quel regard réaliste porte la très jeune autrice Floriane Joseph sur ce monde de violence, d’intolérance et où l’apparence physique est un passeport de réussite pour les femmes ! Mais grâce à sa fluorescence verbale, elle sabre tout avec une plume qui éparpille les convenances et qui se met presque à genoux pour implorer plus de clémence envers les faibles, plus de fraternité envers les peuples, plus de spiritualité envers les êtres tout les hissant au-delà des religions. Le fanatisme est une barbarie, la bienveillance un sauf-conduit. Sans être une copie de François de Callières, le sultan est néanmoins un fin diplomate et nul doute que si l’histoire continuait il aurait peut-être une recette pour enfin négocier avec art avec les barbares, écoutant avec sagesse mais se refusant à se soumettre à l’impossible.

Par des arabesques de métaphores, l’autrice explore tous les méfaits du monde pour les porter vers une autre dimension plus lumineuse, comme si les ombres parcourant les ténèbres des âmes étaient une motivation pour faire scintiller encore davantage l'autre bon reflet  qui relèvent leur force. Que de vaillance et de sensualité dans ce personnage de Leïla : meurtrie, humiliée, martyrisée, brisée  mais libérée progressivement de tout par sa ténacité à aller au-delà des sempiternelles conventions et des menaces. Oui, elle continuera à danser, oui elle portera momentanément un masque pour augmenter le mystère qui l’entoure, oui elle va continuer à faire vivre son corps ; malgré son visage brisé, son corps de femme est intacte et le besoin de vibrer sous les caresses des hommes sera l’une de ses motivations pour un jour redevenir telle qu’elle était et même en mieux : un visage hachuré mais où jaillira un esprit renforcé et solidaire. Solidarité envers toutes ces femmes blessées, chassées, torturées ou tout simplement nées avec un physique disgracieux mais qui ont toute la grâce pour aimer et construire un destin. L’exil forcé de son esthétique va la porter vers les autres exilés de la terre, notamment avec la rencontre d’une autre princesse à la beau d’ébène, Nakia. Une amitié se forme pour mieux affronter l’intransigeance inhumaine qui coule dans les veines de ceux qui ne savant pas aimer.

Et puis, il y a Asmar, étudiant dans les arts plastiques, aussi énigmatique qu’empathique. Il est le portrait du prince charmant en version moderne, en gardant le mieux des contes d’antan  une fois déshabillé des carcans trop chargés de naphtaline. Prévenant, patient mais sans cette masculinité exacerbée, il est le double de Leïla, pour le meilleur et pour l’amour. Des nombreux amants passés, il n’en restera qu’un pour qu’un visage retrouve le sourire sous les cieux des plus ardentes fièvres qui font briller les étoiles.

« Le sultan se savait le maillon d’une chaîne pluriséculaire. Il fallait des écoles, toujours plus d’écoles, pour semer le savoir aux quatre coins du monde. Il fallait étouffer les génocides en apprenant les différences entre les peuples. Assurer à chaque individu ses droits à la liberté, au respect, au contrôle de son corps. Mettre l’humain au-dessus des religions. Il fallait calmer la violence à force de sonates et de tendresse, y éteindre le mal pour que les Hommes se réveillent un jour, un peu étonnés, et de découvrent éclairés, tolérants. Prêts à aimer. Les corps n’auraient plus à avoir honte des caresses, du miel, du plaisir. On ne craindrait plus ni péché ni enfer, car on saurait enfin, ayant mis tout ce temps à l’apprendre, cette vérité simple et essentielle : il n’est de mal que le mal que l’on fait aux autres ».

« Nous devons nous efforcer de ne pas fermer les yeux face au mal. Sinon, nous sommes perdus ».

« Iago, lâcha la poutre et atterrit devant elle : « Soyez plus forte que les barbares qui ont voulu vous briser, plus forte que les habitants qui vous réduisent à un fantasme, plus forte que les siècles qui vous ont tue et tuée de n’être pas la femme Belle, comme seule elle était permise. Soyez la princesse la plus monstrueusement belle de l’histoire » ».

La Belle est la Bête – Floriane Joseph – Editions Frison Roche/Collection Belles Lettres – Mars 2021

mercredi 9 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
Au milieu de l’été, un invincible hiver
Virginie Troussier

 


Juillet 1961, quatre français et trois italiens se retrouvent à la cabane refuge de La Fourche située sur les parois du toit de l’Europe : Pierre Mazeaud, Pierre Kohlmann, Antoine Vieille, Robert Guillaume, Walter Bonatti, Andrea Oggioni et Roberto Gallieni. Ensemble, le soir du 9 juillet, ils décident d’unir leurs rêves et leurs forces pour conquérir ce qui n’a jamais encore été fait : le pilier central du Fréney, 700 m de roche s’élevant comme une cathédrale vers les cieux savoyards. Ils partirent à sept, ne revinrent que trois.

Même pour les plus jeunes, tous étaient des alpinistes confirmés et prudents, l’union faisant la force, deux figures allaient agir comme un catalyseur de motivation, Pierre Mazeaud et Walter Bonatti . Mais cet été là, une terrible dépression météorologique s’abattit en Europe : immense tempête en Atlantique faisant une soixantaine de morts parmi des marins espagnols et en Bretagne une lutte de tous les instants pour retrouver les disparus. Dans les Alpes, le temps semble au beau fixe, les bulletins météo sont rassurants. Pourtant de terribles orages vont sévir pendant plus de 48 heures sur le massif du Mont-Blanc transformant le rêve en cauchemar.

Malgré ce drame, qui hélas n’est pas unique, ce récit est un hymne à la vie et comme le soulignait Jean d’Ormesson « Il y a quelque chose de plus fort dans la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants ». Virginie Troussier, dans une écriture grimpant sur les cimes de la beauté, met toute son âme pour rendre hommage à ces combattants de l’impossible, à ceux qui ont envoyé leur dernier souffle dans la neige et la glace et à ceux qui ont pu sortir des griffes des intempéries pour ensuite raconter l’inénarrable.

Ce livre est un roc, si intense qu’on en viendrait à en trembler en espérant que chacun arrive sain et sauf à Chamonix bien que l’on sache que la Grande Faucheuse a emporté Antoine Vieille, Robert Guillaume, Pierre Kohlmann et Andrea Oggioni.

L’homme ne peut rien contre les éléments qui se déchainent mais dans cette violence, la journaliste littéraire arrive à glisser des pages oniriques, à accrocher des pitons de poésie et à poser son regard sur chacun des protagonistes comme si elle avait vécu avec eux ce radeau de la Méduse version montagnarde. Virginie ne raconte pas, elle hume, elle ressent, du rayon de soleil qui convertit la glace en joyaux adamantins au foudroyant tonnerre aveuglant toute remontée ou descente.

De longues voies sont consacrées à Walter Bonatti et à Pierre Mazeaud avec une saine explication sur leur comportement irréprochable bien que certains ont tenté au moment des faits de leur trouver une responsabilité, la vox populi ayant parfois une tendance bien amère à honorer les rescapés… Pourtant, cette équipée était soudée, ils regardaient tous dans la même direction dans l’espoir de vaincre l’inaccessibilité. Par ces pages, l’écrivaine donne une victoire aux sept alpinistes : celle d’avoir remporté la cordée de l’amitié.

« Le montagnard s’accepte vulnérable, il mise tout sur une hauteur qui l’a saisi. Attiré par la peau de la Terre, l’épiderme des sommets, il s’engage pour le plaisir de se fondre dans les éléments, le ciel, le jour et la nuit, les gestes continus, la paroi striée de lignes qu’il faudra suivre comme les lignes de la vie même. Ce qu’il engage avec la montagne n’est plus seulement combat ou possession, mais étreinte, corps-à-corps et dialogue. Il visualise une ligne, un mouvement, une trajectoire, une expérience. Il sculpte le sommet à son image. Là-haut, en orbite, on prends la lumière autrement ».

« L’amitié n’est rien d’autre qu’une écoute, une corde tendue entre les êtres, ténue et solide. Ils sont suspendus au-dessus du vide, entre pensées, rêves, hallucinations, dans un étatt de légère inconscience ».

Au milieu de l’été, un invincible hiver – Viginie Troussier – Editions Guérin Paulsen – Janvier 2021

jeudi 3 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
Avant elle
Johanna Krawczyk
 


Carmen est enseignante. De par ses origines, ses parents étant des réfugiés argentins, elle s’est spécialisée dans l’Amérique Latine. Marié et mère d’une petite fille, elle est à la merci de vagabondages psychiques malgré l’aide d’un spécialiste qu’elle consulte régulièrement. Son couple est sur un fil, le tout accentué par la prise d’alcool en abondance. A onze ans, elle a été confrontée au suicide de sa mère, sans explication, soudainement sa génitrice était devenue un fantôme sans aucune réaction. Son père, décédé depuis quelques mois, était un exemple pour elle, celui d’un être intègre ayant fui le régime des colonels après avoir tenté de lutter contre la dictature et les violences. Sauf qu’un jour, une entreprise de garde-meubles l’appelle pour lui signaler que son père y louait une box et qu’elle peut récupérer ses affaires laissées. Là, un bureau avec tiroir secret, une boîte et une clé. Une clé qui va ouvrir des portes inconnues et révéler la terrible et cruelle vérité. Et si le malaise de Carmen venait tout simplement d’un héritage inconnu, un héritage violent bâti sur un parterre de mensonges…

Si les trente premières pages laissent brièvement des mouvements de vague inconnu et d’hésitations, tout se transforme en un parcours haletant et vertigineux. Les mots claquent, les phrases s’enchaînent dans tout le mystérieux des âmes ; une confrontation post-mortem qui renvoie la vraie face d’une psyché engloutie.

Déroulée dans une forme originale, l’histoire est là, sans concession. Celle de l’Argentine et de ses crimes à commencer par ceux du sanguinaire général Videla et des quatre juntes militaires : disparus, prisonniers, assassinés, volés… des chiffres étourdissants. Torture, souffrance et l’exil pour ceux qui pouvaient fuir cette succession de régimes néo-nazis. Johanna Krawczyk, par le biais des notes retrouvées du père de Carmen, dresse un tableau digne de Guernica entre le sadisme des bourreaux, les mères assassinées sitôt l’accouchement terminé, l’opération Condor et les vols de la mort. La Santa Muerte dans toute la noirceur de son pandémonium.

Ce roman c’est l’Aracar ou mieux le Viedma, sous le glacier des non-dits le gaz va exploser et répandre une lave dévastatrice sur le souvenir des braises d’un amour familial, longue fumée noire avant peut-être que l’héroïne puisse renaître de ses cendres. A compléter avec le livre de Frédéric Courderc « Aucune pierre ne brise la nuit » paru également aux éditions Héloïse d’Ormesson.

« Je m’empare du carnet numéro quatre. L’obsidienne dans mon ventre s’agite. La vérité se rapproche et je ne suis pas sûre de vouloir la connaître. J’aimerais mieux lui mettre la main devant la bouche et lui chuchoter à l’oreille, abstiens-toi, la vie restera peut-être plus douce sans toi, mais elle retire ma main et grandit, les bras tendus vers le ciel, elle se met à chanter fort, à hurler tout ce qu’elle a dû taire pendant des années. Elle se dresse devant moi, magnifique et terrifiante, dans sa robe noire des soirs de fête. L’opéra va commencer, tiens-toi prête ».

Avant elle – Johanna Krawczyk – Editions Héloïse d’Ormesson – Janvier 2021

En remerciant LECTEURS.COM et la FONDATION ORANGE pour l’envoi de ce livre

mercredi 2 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
La peau des nuits cubaines
Salim Bachi

 


Salim Bachi est une sorte d’Ulysse avec Ithaque pour écriture (ou inversement). Dans ce nouveau roman à la fumée de Havane, le narrateur est un réalisateur français mais venant de Cyrtha, dans la continuité du mythe du premier roman de l’écrivain : le chien d’Ulysse avec toute l’interculturalité, l’errance, la réalité désespérante et le contraste saisissant des descriptions des ténèbres de l’existence dans un foisonnement verbal. S’ajoute pour ce nouvel opus, un chant goethien proche de celui des sirènes, la rencontre d’un diable de La Havane avec un Faust parisien. Lever de rideau le moteur tourne.

A La Havane où le cinéaste se rend pour filmer le grand théâtre des gens qui passent, il rencontre Chaytan, un Iranien en exil, qui lui fera visiter les quartiers les plus mal famés de la capitale cubaine. Chaytan, personnage énigmatique, coureur de jupons, loyal en amitié, généreux et passablement colérique. Sa énième conjointe est tout aussi énigmatique et le couple est en désunion totale, avec quelques rebonds de temps à autre. Alcool et prostitution seront les cases récurrentes de ce Monopoly urbain et cubain mais avec un regard indescriptible sur une ville et un état enfouis dans des ombres douloureuses et où chaque citoyen semble agir comme une marionnette ne sachant qui manipule réellement les fils.

A l’instar du narrateur j’ai pris goût à ces déambulations, à cette conception de l’art dans la multitude du monde, à cette recherche du concept de la vérité dérangeante ; l’exil des êtres n’est pas que dans les esprits et les corps, il est dans l’action et l’inaction, l’ordre et le désordre, les ambitions et les désillusions, le socle et la dérive, les tentations et les perditions.

Comment ne pas comparer ce livre à un long-métrage ! Plutôt en noir et blanc façon Franck Capra ou encore et surtout, Stanley Kubrick tant on a l’impression de suivre les images d’un cinéaste plus que pessimiste sur la nature humaine. Pourtant ce livre n’est en rien déprimant tant la saveur des mots adoucit la rudesse de l’asphalte et met des couleurs sur la noirceur de l’ambiance des ruelles. La fin du roman est à la fois surprenante et prévisible et ajoute une plus-value à l’ensemble, un baisser de rideau sans théâtralité mais avec ô combien de références, contemporaines et antiques. Sans oublier, encore et toujours la mythologie. Sur tous les versants du monde et les flots perpétuels.

« Je suis empêtré dans cette ville depuis un mois : une éternité. L’éloignement favorise ce recul dont j’ai besoin et qui me manque tant à Paris. La cité noire, juchée sur l’océan, me rappelle à l’ordre : j’ai gaspillé ma vie, immolé mon talent sur le bûcher des vanités. Chaleur, pauvreté, je retrouve un sol qui s’était dérobé après vingt années passées dans une ville couvant en son sein les pires turpitudes sous le masque des convenances bourgeoises. J’ai pêché contre mon imaginaire, contraint ma nature libre. La Havane me ramène de force à mes années de jeunesse à Cyrtha ».

« Je ne bouge plus pendant de longues minutes, entre ce ciel chauffé à blanc qui pèse sur moi comme un couvercle et la mer dolente qui me soulève sur son bouclier liquide. J’éprouve une grande joie dans cet apaisement du corps qui se délite dans l’eau tout en cuisant en surface. Je ne pense plus à rien sinon à remuer de temps en temps mes mains pour dériver, à demi englouti dans le songe royal des demeures obscures ».

« Je ne juge jamais, ce qui me permet de tourner des films dérangeants. Si un artiste ne dit pas sa vérité, personne ne la dira à sa place ».

« J’ai pris goût à ces déambulations, à ces rencontres fortuites. Elles sont devenus cet opium qui m’apaise, me permet de sortir de la bulle d’indifférence qui m’emprisonne d’habitude et m’empêche de saisir le monde sinon à travers l’objectif de ma caméra ».

La peau des nuits cubaines – Salim Bachi – Editions Gallimard – Mai 2021

 

mardi 1 juin 2021

 

Une noisette, un livre
 
Frakas
Thomas Cantaloube

 


Attachez vos ceintures, l’histoire est brutale. A l’image de ce que fut la colonisation, mais aussi la décolonisation car le pays colonisateur ne voulait pas se séparer d’une poule aux œufs d’or, c’est-à-dire, donner soi-disant une indépendance tout en voulant continuer à exploiter et se garder les richesses par tous les moyens possibles, y compris par les armes.

En novembre 1960, Félix-Roland Mounié est assassiné à Genève, empoisonné par un envoyé de la SDECE, William Bechtel, se faisant passer pour un journaliste. Figure de l’indépendance du Cameroun, il avait succédé à Ruben Um Nyobe, lui-même abattu par l’armée française en 1958. De ces faits historiques, Thomas Canteloube va les réintroduire dans un thriller politiques où personnages de fiction alternent avec des personnages réels pour remonter le fil de l’emprise de la Françafrique lors de sa naissance dans les années 60. Là, c’est le jeune journaliste Luc Blanchard appuyé de son chef direct, René Hartmann, qui va enquêter dans les nébuleux services français, sur le territoire et jusqu’à Yaoundé. Mais, évidemment, les conseillers de l’ombre ne souhaitent pas que l’on soulève les boites malodorantes et vont faire pression sur le reporter. Dans cette course à la vérité, il rencontrera Antoine Lucchesi, un honnête trafiquant s’étant lié d’amitié avec Alphonse son cuisinier camerounais et militant à l’Union des Populations du Cameroun, Sirius Volkstrom, un mercenaire à la limite de la caricature, Casimir, aussi énigmatique que généreux et Lucille, une métisse originaire de la Guadeloupe se sentant de nulle part et de partout.

Thomas Cantaloube signe un polar époustouflant, jonglant avec brio dans la fiction pour mieux faire saillir la réalité. Après avoir enregistré tous les noms des intervenants et en resituant le contexte, le lecteur est prêt pour avaler l’incroyable cavalcade d’un journaliste en quête de vérité.

Un roman est parfois plus pertinent qu’un reportage ou qu’un essai et c’est avec joie que l’on peut accueillir cet opus mettant en scène l’un des pères de la Françafrique, l’homme de l’ombre dans toute son énigme : Jacques Foccart. La liste des pays est longue… Le Congo, bien que d’influence belge, avec la sécession katangaise, le Togo, le Niger, le Tchad, le Gabon ou nommé parfois le « Foccartland » avec le clan Bono – et justement, très judicieux le choix de l’auteur d’aller faire un saut à Libreville – et, et, le Cameroun ! Le massacre perpétué par l’armée française en pays bamiléké reste encore trop méconnu. Pourtant le chiffre de plus de 100.000 morts devraient apparaître dans les manuels scolaires, dommage que ce soient les vainqueurs qui fassent l’histoire. Le colonéalisme a gagné puisque la résistance nationaliste a été effacée. Pourtant elle a lutté pendant de nombreuses années, de 1957 à 1970. L’indépendance n’entraîna pas un état souverain mais un état sous tutelle moyennant des avantages à ceux qui acceptaient cette administration mixte… Frakas, même si romancé, en est une parfaite transcription.

Thomas Cantaloube a démissionné de ses fonctions de journaliste pour se consacrer à l’écriture. Mais son empreinte demeure et il n’oublie pas de faire référence à une autre indépendance malmenée, celle de la presse.

Frakas – Thomas Cantaloube – Editions Gallimard/Collection série Noire – Avril 2021

En remerciant BABELIO pour l’envoi de ce livre