jeudi 28 avril 2022

 

Une noisette, un livre
 
Picasso sorcier
Diana Widmaier Ruiz-Picasso
Philippe  Charlier

 


Et si le génie de Picasso était venu de forces occultes, d’esprits vagabondants ? Nul n’ignore que le maître de Malaga se prenait pour un démiurge, qu’il était superstitieux mais pas au point de penser qu’il pouvait tout conserver, d’une mèche de cheveux jusqu’à un bout d’ongle. Le fétichisme dans toute son ampleur pour le peintre qui estimait que tout objet, toute matière avait une âme, aussi secrète que magique.

Pour une exposition au Musée Picasso, sa petite fille Diana Widmaier Ruiz-Picasso a découvert dans un garde-meubles moult reliques aussi impressionnantes qu’énigmatiques mais qui permettent de découvrir peut-être d’où venait l’inspiration et surtout de mieux comprendre non seulement l’artiste mais surtout l’homme qu’était réellement Picasso. Dans cet ouvrage captivant, l’historienne de l’art a rejoint le médecin anthropologue Philippe Charlier pour disséquer les dessous cachés des « Demoiselles d’Avignon », de « L’homme au mouton, de « La jeune fille devant un miroir » sans oublier le plus fameux des Minotaures.

Raconté de façon très structurée, des choses matérielles – cheveux, sang, vêtements... – aux choses immatérielles – rituels, arts premiers, occultisme... – ce document permet au lecteur de pénétrer dans l’univers mystique d’un Picasso s’inspirant aussi bien du monde mythologique que de la culture vaudou. Réputé pour son athéisme, il avait pourtant une croyance profonde en l’invisible et au pouvoir de la passation de la vie à travers la mort.

Picasso sorcier pour une psyché inclinable à volonté. Captivant et richement illustré.

« Fasciné par le mystère, créateur superstitieux, Picasso est assurément marqué par sa double culture populaire hispanique et italienne qui conserve un lien fort avec les disparus (non pas les morts, mais les – temporairement – invisibles), et prête une âme aux objets. Picasso cherche à défaire « l’emballage de l’objet inconnu ». Cette sacralisation du quotidien va de pair avec une liturgie de l’intime qui s’inscrit fortement dans le rapport de l’artiste à la vie et à son inspiration ».

Picasso sorcier – Diana Widmaier Ruiz-Picasso – Philippe Charlier – Editions Gallimard – Avril 2022

mercredi 20 avril 2022

 

Une noisette, un livre
 
Celle qui fut moi
Frédérique Deghelt

 


Sophia L est une star et a tout – en apparence – pour être heureuse. Sauf qu’un récent divorce l’a éprouvée, que sa fille commence à prendre une liberté légitime et que sa mère est de plus en plus insaisissable dû à l’hôte indésirable qui la ronge et qui se nomme Alzheimer. Cette mère avec qui le dialogue a toujours été difficile et lorsque sa génitrice est à nouveau hospitalisée elle ne cesse de lui parler d’une autre mère. L’artiste, intriguée, se renseigne auprès de son père et de sa tante et découvre une partie de son enfance occultée : toute jeune enfant elle ne cessait de voir une femme en disant que c’était sa mère, une grande blonde aux yeux verts, et parlait d’un grand jardin aux fleurs multicolores, de la mer, de mangues et de berceuses créoles. Est-elle une enfant adoptée ? Ou bien la réincarnation d’une autre ?

Bouleversée, elle part dans un premier temps au Brésil puis s’envole pour la Martinique. Dans l’avion, elle, si pusillanime dans sa notoriété, elle engage une conversation avec un élégant japonais au teint basané qui veut retrouver sa mère inconnu d’origine martiniquaise. Elle apprend que l’homme est un maître dans l’art du Kintsugi. Deux êtres assis côte à côte pour un envol vers une quête identitaire.

Une histoire presque envoutante, on ne cherche même pas à savoir qui est cette Sophia L. Mieux ainsi, elle ne souhaite pas révéler son identité et c’est Frédérique Deghelt, avec toute l’élégance et la délicatesse qu’on lui connaît, qui invite chaque lecteur à retrouver ce voyage initiatique et intérieur. La romancière s’est complètement effacée pour raconter cette quête vers les racines et a eu la courtoisie de ne pas se centrer uniquement sur les états d’âme de l’illustre inconnue mais de parler des autres : autres rencontres, autres lieux, autres regards.

Effluves du Brésil avec initiation au candomblé, page d’anthologie (119) avec cette réflexion sur la couleur de la peau et la domination coloniale et une remarquable déambulation en Martinique où Sophia devra affronter quelques épreuves avant d’élucider ce mystère qui la tourmente.  Si ce roman est d’une subtilité inouïe, la plus belle des métaphores est celle avec le Kintsugi cet art qui « redonne vie à ce qui a été brisé ».

Félurement vôtre,

« Se faire du bien quand la vie vous fait du mal est une balance nécessaire qui calfeutre l’écrin du quotidien ».

« Ce n’est pas le fait d’être né dans la bonne famille, d’avoir un boulot, un amoureux ou un nom en vue qui nous sauve. Quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve, rencontrer au bon moment la bonne personne, l’appeler de ses vœux et qu’elle arrive comme par miracle, voilà quelque chose qui flirte avec le destin ».

« Être célèbre, c’était courir le risque de ne plus vraiment s’appartenir ».

Celle qui fut moi – Frédérique Deghelt – Éditions l’Observatoire – Mars 2022

lundi 18 avril 2022

 

Une noisette, un livre
 
Le manuscrit MS620
Claire Bauchart

 


Le roman que j’attendais depuis longtemps. Un roman qui enveloppe un mystère à élucider, qui fait voyager, qui relie progressivement des personnes entre elles. Un roman de fiction mais qui n’exclue pas la réalité du monde. Un roman travaillé au millimètre près et qui renvoie – ô miracle – à "La Jangada" de Jules Verne.  

Tout commence en 1920 en Nouvelle-Calédonie. Herta Mertil, une poétesse recluse au bagne de l’île des Pins écrit un court manuscrit où se mêlent une espèce de dialecte latin et une accumulation de croquis sommaires représentant une ou plusieurs femmes. Soixante ans plus tard, sa petite fille, Suzanne,  atteint d’un mal incurable garde toute son énergie pour tenter de déchiffrer ce qu’a voulu exprimer sa grand-mère, cette femme avant-gardiste pour l’émancipation féminine et la liberté. Émile Durantier, son fils, aidé de sa belle-fille arrive à convaincre sa mère de retourner à Paris pour se soigner et lui promet entre-temps d’analyser le document, lui l’éminent professeur en langues anciennes. De ce manuscrit il en écrira une thèse mais sans pouvoir en décrypter la teneur.

 Cette thèse va justement susciter la curiosité d’Hortense lorsqu’elle arrive en 2011 à Washington pour y suivre un cursus. Passionnée de criminologie, elle croit au pouvoir du numérique pour assoir son égo via la diffusion de vidéos Youtube où elle commente des épisodes de l’histoire non résolus, et, l’idée de travailler un feuilleton sur ce manuscrit serait une belle façon pour gagner encore davantage de followers. Presque en même temps – sans être en marche pour autant – Bérénice, une jeune spécialiste du déchiffrage et de la sécurité informatique, se voit confier dans une grande société basée à Singapour le manuscrit pour en faire une traduction.  Ses supérieurs l’envoient vers une voie garage et la jeune femme est bien décidée à ne pas se laisser faire.

Toujours savoureux ces objets qui relient les êtres à toute époque, en tout lieu. Et encore mieux lorsque cet objet est une œuvre, en l’occurrence un manuscrit. L’intrigue est, certes, le point culminant du roman mais l’autrice a la faculté de l’articuler autour de moult sujets à commencer par l’histoire calédonienne. Quelques griffes bien travaillées complètent la manucure et on se délecte malicieusement de l’égo d’Hortense et de la sauvagerie mercantile des cheffes de Bérénice.

Noisette sur le livre, l’écriture de Claire Bauchart glisse au fil des pages et admiration pour le travail accompli ; la romancière n’a pas choisi la facilité, elle s’est engagée dans une fiction, une vraie, enrubannée d’une multitude de recherches. Raison de plus pour déguster sans modération ce roman entraînant le lecteur dans le mystère des codes des écrits et, concomitamment, celui des vies.

Le manuscrit MS620 – Calire Bauchart – Editions Filatures/Dargaud – Février 2022

vendredi 15 avril 2022

 Noisette solidaire

" À travers mots"
Manifestation littéraire au profit des réfugiés



Chères lectrices, chers lecteurs,

Heureuse de vous annoncer que la rencontre littéraire et solidaire que j'ai la joie d'organiser, avec la Cie du Désordre et Marie-Noëlle Birot, et d'animer aura lieu le

➡️➡️ samedi 14 mai à 14H00 à l'Espace Carmin de Clessé (Deux-Sèvres)

"À Travers mots"
Le monde, le voyage, l'exil. Avec mes auteurs invités : Olivier Rogez et Charles Cédric Tsimi

👛 Entrée libre avec sortie au chapeau en faveur de l'association 100 pour 1 en bocage 79

Programme :

⌚14H00 - Les Indignés - Chorale engagée
⌚15H00 - Table ronde avec les auteurs animée par Squirelito suivie d'un échange avec le public
⌚16H30 - Lecture d'extraits de textes des auteurs par Soizic Gourvil et Filip Forgeau
⌚ 17H00 - Les Indignés - Choral engagée
⌚ 17H30 - Dédicaces par les auteurs Olivier Rogez et Charles Cédric Tsimi

À l'issue de la manifestation, buvette et gâteaux préparés par les bénévoles ☕🍰🍮

Avec le soutien de la Commune de Clessé, de la Librairie l'Antidote de Parthenay, des éditions Pocket et Le Passage

Venez nombreux et le secteur offre des possibilités d'hébergement à prix avantageux.

📲 Contact pour information et réservation : 05 49 80 30 10

Site Internet de l'association https://100pour1enbocage.com/



vendredi 8 avril 2022

 

Une noisette, un livre
 
Mes révoltes
Jean-Marie Rouart

 


Même si le mot roman apparait en couverture du nouvel opus de l’académicien tout porte vers un recueil de souvenirs – comme d’ailleurs l’écrivain le souligne en début d’ouvrage – et ce, dans un style littéraire à souhait. Et puis, chaque vie n’est-elle pas un roman…

Si d’aucuns jugent encore Jean-Marie Rouart comme un bourgeois d’allure lisse déambulant dans les couloirs de la tradition et du conservatisme, qu’ils lisent ces « révoltes » pour se faire une toute autre opinion. Pour ma part – même si non évoqué dans l’ouvrage – j’ai toujours eu de la gratitude pour ce personnage d’avoir eu la sagacité de remarquer Karine Tuil pour la qualité de son écriture et de sa pertinence à décortiquer la société.

Des embruns marins aux effluves d’un journal, des injustices de la justice aux destructions humaines, des difficultés scolaires à la réception académique, le parcours de l’écrivain est prodigieux et inclassable, mêlant échecs et réussites – progressivement plus nombreuses – avec un socle indestructible qui a été sa marmite de potion de magique : les belles lettres. Avant toute chose.

Si le corps humain est composé à 65% d’eau, point d’élucubrations que de soupçonner celui de l’auteur d’être agrémenté d’huile et de gouache vu le trempage génétique : Augustion Rouart était son père, Ernest Rouart son grand-père qui épousa Julie Manet fille de Berthe Morisot et Eugène Manet, et Henri Rouart son arrière-grand père et grand ami d’Edgar Degas. Seulement, les artistes ne sont pas toujours de brillants négociants et dans la famille on tirait plutôt le diable par la queue ; sans quelques généreux alliés le sieur Rouart aurait côtoyé moult impasses supplémentaires. De cette généalogie, le plus acrobatique était de ce faire un prénom. Mission réussie.

De ses débuts de romancier – acrobatiques – à ses fonctions au quotidien Le Figaro – certaines descriptions valent leur pesant de noisettes – Jean-Marie Rouart égrène une histoire française à la fois littéraire et journalistique. Mais ce qui reste néanmoins le plus marquant est sa prise de position pour défendre Omar Raddad – les pages consacrées à l’instruction sont implacables – et ses enquêtes sur la prostitution et les compagnies pétrolières, enquêtes criantes de vérité et, hélas, résonnant de contemporanéité.

Plume remarquable pour révoltes louables.

« Serrant les poings du désir de dominer ma vie, je fis le serment de ne pas me laisser imposer la loi de la réalité qui toujours du côté des puissants écrase les faibles, détruit non leur vie mais tout ce qui la rend douce, humaine.

Je me promis de ne plus subir la dictature du malheur. Là, dans mon impuissance face à cette ruine, est peut-être l’explication de ce que je suis. L’origine de ma mélancolie dans cette promesse de bonheur à jamais détruite. Et détruite pour rien. Par ce hasard imbécile de la guerre qui ne choisit pas ses cibles lorsqu’il s’agit des civils, cette quantité négligeable qu’on sacrifie sans scrupule. Là, aussi, ce sentiment qui m’étreignit dés mon plus jeune âge, à peine cinq ans, que cette adversité si amère, loin de me nuire, m’obligerait, à la manière des plantes dans une terre aride, à plonger mes racines plus profondément pour survivre.

Devant ce tas de pierres, c’est vrai, j’éprouvai ma première révolte. Et l’impatience de lui donner un jour une issue. Pourquoi mon père ne s’était-il pas attelé à la tâche de relever cette maison ? Pourquoi avait-il baissé les bras face à l’adversité, acceptant avec fatalisme son verdict ? Sans doute jugeait-il dans sa sagesse d’artiste qu’il valait mieux faire son deuil de ce bien matériel, que sa vraie vie était ailleurs. Cette maison, il me semble que c’est elle que je n’ai jamais cessé de reconstruire ».

« Magie de la littérature, elle créait un lien entre les générations, apaisait les oppositions, donnait un horizon aussi bien à ceux qui allaient mourir qu’à ceux dont elle serait la raison de vivre ».

Mes révoltes – Jean-Marie Rouart – Editions Gallimard – Mars 2022


Exposition Augustion Rouart "La peinture en héritage" au Petit Palais en 2021à l'occasion de la donation d'une dizaine d'œuvre issues de la famille Rouart, grâce à la généroisté de Jean-Marie Rouart


mardi 5 avril 2022

 

Une noisette, un livre
 
Les disparus des Argonnes
Julie Peyr

 


Début des années quatre-vingt, un appelé du contingent, Gilles, ne revient pas de permission. Le camp militaire le signale comme déserteur pendant que ses parents, ses frères et sa fiancée se morfondent de n’avoir aucune nouvelle de lui depuis des jours alors que c’est un jeune homme sans histoire et qu’il lui restait peu de temps à encore endosser l’uniforme militaire. Sa mère pourtant est l’une des premières à tenter de trouver une explication et à remuer ciel et terre pour retrouver sa trace. Hélas, malgré les dépositions et les visites à la garnison, aucun militaire ne prend l’affaire au sérieux au grand désespoir de sa famille. 

Rapidement sa mère, Jocelyne, apprend que d’autres jeunes gens ont également disparus. À chaque fois, même refrain : désertion. Les disparitions continuent sans qu’aucune autorité ne s’en émeuve jusqu’au jour - dix ans plus tard -  où l’officier Guy Lachêne est trouvé aux abords d’un camping-car avec un homme violenté et séquestré à son bord. Enquête. Interrogations. Et si c’était lui le responsable de toutes les disparitions. S’il avoue son erreur pour le jeune italien, il nie tout autre fait du même acabit. La justice semble avoir trouvé le coupable idéal. Quant à la Grande Muette, elle n’a jamais aussi bien porter son nom.

Toute ressemblance avec des faits ayant existé serait pure coïncidence. Mais évidemment, ce roman d’atmosphère est une parfaite reconstitution de l’affaire des disparus de Mourmelon et dénonce les égarements effrayants de la justice et de l’armée, laissant les familles dans le désarroi total. Une affaire trop rapidement classée ; cette fiction a le grand mérite de dénoncer les nombreuses failles humaines et de dresser une fresque sociale très révélatrice d’une époque si proche.

"Quel étrange vice que cette fascination pour le malheur des autres".

Les disparus des Argonnes – Julie Peyr – Editions des Equateurs – Janvier 2022

 

 

vendredi 1 avril 2022

 

Une noisette, un livre
 
Le livre de Neige
Olivier Liron

 




Pour parler de Nieves il fallait que les mots soient transformés en flocons, ces petits morceaux semblables au coton qui semblent être envoyés comme des cadeaux aux enfants depuis les cieux. Et quoi de mieux que la poésie pour honorer une mère et ses combats depuis son plus jeune âge.  Son fils, Olivier Liron, lui rend un très touchant hommage ; cette mère qui lui a offert pour prénom  le nom d’un arbre doté de la puissance symbolique de la vie et de la paix.

Nieves est né à Madrid en 1954 lors d’un terrible hiver en plein franquisme. À quelques semaines, la petite a dû lutter contre la coqueluche ; de cette épreuve elle deviendra une combattante, une rebelle. Début des années 60, ses parents, Carmen et Paco, ne peuvent plus rester en Espagne, l’autoritarisme du régime et la misère qui en découle ne sont plus supportables. Nieves restera quelque temps chez sa tante avant de les rejoindre en 1963 à Paris, d’abord le quartier de la Muette puis la Seine-Saint-Denis.

L’écrivain qui avait fait son entrée dans la cour des grands avec « Danse d'atomes d'or » signe un récit excessivement touchant mêlant poésie et envolées lyriques sans pour autant occulter la dure réalité de l’exil, de remémorer ce que fut la Petite Espagne et de montrer combien être différent n’est pas un long chemin de tranquillité. Hommage également à ses grands-parents, ces êtres qui sont les héros anonymes de la vie de tous les jours.

Et puis, comment ne pas succomber à l’écriture de celui qui fut un champion quelques années auparavant sur France3 ! On imagine la finesse de la plume dans l’exécution d’arabesques verbales et dans l’élégance du phrasé. Pour remémorer une célèbre citation de Milan Kundera qui distinguait l’écrivain peintre de  l’écrivain musicien, à mon humble niveau je désignerais Olivier Liron l’écrivain danseur pour sublimer l’envol des sentiments dans la majesté de l’encre.

« Aller dans la forêt, c'est vivre dans un rêve éveillé. C'est pénétrer à l'intérieur d'un monde plein de sensations inconnues, un monde qui s'offre à nous dans sa splendeur première. Je me sens à l'abri dans ce monde de lumière, parmi les couleurs qui dansent. Je m'émerveille devant les troncs si hauts, les branches qui se courbent, les arbres qui m'escortent et les chemins qui mènent vers des pays prodigieux, au loin, dans les rais du soleil. J'écoute le feuillage bruissant des arbres qui claque sous une rafale de vent comme les voiles d'un bateau. Et la lumière, éblouissante comme dans un royaume de légende, m'invite dans un domaine transparent où j'ai l'impression que mon corps lui-même n'a plus d'ombre. Nous sommes les habitants d'un pays très ancien, dans le frémissement des fougères »

Le livre de Neige – Olivier Liron – Editions Gallimard – Février 2022