Souvenirs d'un médecin d'autrefois

jeudi 13 octobre 2022

 

Une noisette, un livre
 
Les Chroniques de Bond Street
M.C. Beaton

 


L’autrice d’Agatha Raisin ne sévit pas que dans le monde des détectives privés, elle sait également briller avec maestria dans le roman léger à tendance historique pour le plus grand plaisir de ses nombreux lecteurs. Le deuxième tome est dorénavant disponible en France et on se pourlèche les neurones de lire ces brèves histoires remplies de fantaisies et de délicieux divins mensonges.

Pour rappel, l’hôtel Au Parent pauvre situé à Bond Street est un établissement géré par des aristocrates au blason bien usé et qui ont décidé de se réunir pour faire du commerce et tenter de gagner leur vie dignement…enfin presque puisque le « capital » provient de petits larcins dont Sir Philip est le premier à les imaginer. Justement, il envoie l’associée Mrs Budley au domaine d’un vieux marquis sourd et passablement aveugle pour qu’elle lui « emprunte » quelques objets de valeur. Sauf, que le vieux marquis n’est plus et à la grande surprise de Mrs Budley, un élégant jeune homme l’accueille.

M.C. Beaton nous entrainera ensuite dans une histoire tout aussi croustillante avec la plupart des mêmes protagonistes mais avec un comte au lieu d’un marquis, la dulcinée de Sir Philip, une mère et sa fille qui n’ont qu’une idée en tête : séduire le beau Lord Denby. Une sauce très Bristish mais véritable satyre de cette époque de régence anglaise où les dames n’avaient pas leur pareil pour rivaliser entre elles et composer de jolis tacles et où les messieurs n’avaient souvent qu’une danseuse pour valser dans leur esprit (et dans une autre partie du corps évidemment).

Littérature anti-morosité avec sourires garantis.

Les Chroniques de Bond Street – M.C.Beaton – Traductions : Mathilde Despiau et Florence Schneider – Éditions Albin Michel – Septembre 2022

mercredi 12 octobre 2022

 

Une noisette, un livre
 
Les Sacrifiés
Sylvie Le Bihan
 


L’histoire de deux êtres qui auraient dû s’aimer, qui auraient pu s’aimer. La déchirure des guerres en a décidé autrement. Un roman dans la pure tradition andalouse, passion et tragédie.

Juan Ortega n’est encore qu’un adolescent lorsqu’il quitte sa famille pour accompagner, en tant que cuisinier, Ignacio un célèbre torero. Malgré la déchirure de se séparer de son Andalousie et de ses racines gitanes, il s’enivre d’un souffle nouveau dans la capitale espagnole, découvre un nouveau monde et s’amourache en silence de la Argentina, danseuse de flamenco répondant au lumineux prénom d’Encarnacion. Seulement, le continent européen est volcanique, des mouvements des plaques belliqueuses secouent progressivement les nations de l’Atlantique à l’Oural. En Espagne Franco affine son plan de bataille pendant que les Républicains vont tenter de s’engager dans une lutte perdue d’avance.

Juan va mûrir dans les braises d’un pays en feu, partagé entre le désir de s’affirmer, d’aimer et la souffrance de perdre des êtres chers, à commencer par Federico Garcia Lorca, sauvagement assassiné pour avoir préféré la poésie à la soumission politique, pour avoir aimé un homme plutôt qu’une femme. La criminalité de l’intolérance…

Sylvie Le Bihan signe un roman aussi magnifique que tragique, emporte le lecteur dans cette Espagne aux mille fragrances qui s’entrechoquent comme les rythmes du flamenco, laissant apparaître des êtres solaires mais qui finissent par se brûler dans les affres du pandémonium terrestre, celui où les hommes ne savent pas s’unir pour porter la vie comme elle devrait l’être dans son unicité.

L’autrice a le don de ne pas mettre l’histoire au service des personnages mais, au contraire, de placer des personnages pour faire ressortir ce passé, un passé encore très présent dans l’Espagne contemporaine et qui se doit d’être transmis pour rendre hommage à ceux qui sont tombés et pour éviter qu'à l'avenir d’autres subissent le même destin.

Les Sacrifiés – Sylvie Le Bihan – Éditions Denoël – Août 2022

dimanche 9 octobre 2022

 

Une noisette, un livre
 
D’Anvers est contre tous
Julien Cridelause

 


L’histoire de David d’Anvers, gardien de vieux livres, est quasi inénarrable tant c’est un méli-mélo avec un ensemble pourtant bien ordonné. Tout débute par une crise intime du couple lorsque les soudaines velléités de Monsieur semblent retomber comme un soufflé mal préparé lui faisant croire que Madame veut le trucider. Épouse qui ne jure que par le véganisme et qui travaille dans une unité de fin de vie. S’ajoutent une fille boulimique et un gendre hors genre, une mère avec raison égarée mais qui sait retrouver du piquant avec son voisin de chambre dans son Ehpad et un père mort mais pas forcément décédé.

Un roman en forme de tour de piste qui mènera le lecteur jusqu’à Hô Chi Minh et qui a une marque rare de nos jours, celle du non politiquement correct. Julien Cridelause se moque de tout mais avec, en réalité, une grande tendresse pour ceux qui refusent le formatage et les chemins tracés. C’est ainsi que notre David va sortir de sa normalité et se fait une joie de narrer ces déambulations humaines par un récit qui peut à la fois friser un Eugène Ionesco pour les séquences absurdes et un Frédéric Dard pour le grincement des zygomatiques.

Corrosif, subtil, déjanté, drôle avec moult références presque glissées en subliminal – comme l’Enfer de Dante pour l’entrée dans la maison de retraite – un roman en forme d’antidote à la morosité. Et puis, ce David d’Anvers ne peut qu’être sympathique puisqu’il engueule poliment les conducteurs de trottinettes !

D’Anvers est contre tous – Julien Cridelause – Editions Héloïse d’Ormesson – Août 2022

 

 

mardi 4 octobre 2022

 

Une noisette, un livre
 
Une année sur la route
Samuel Adrien

 


Voyager ou ne pas voyager ? Partir ou rester ? Telles sont les questions que se posent Samuel Adrian avec son compagnon de route Xavier. Pourtant et dans des conditions qui sont loin d’être luxueuses, ils vont parcourir le monde traversant l’Europe, allant au Japon depuis la Russie pour rejoindre le continent américain du nord au sud. À pied, en voiture, en vélo, seul le cheval manque à l’appel. De cette épopée, beaucoup de rencontres qui mettent de la chaleur dans les froides déceptions de l’aventure, paysages et villes baignant de plus en plus dans une uniformité confondante. On ne voit plus l’homme tellement il se barricade dans du béton et ne s’infiltre dans cette nature qui ne fait plus partie de lui que s’il s’est équipé de slogans publicitaires ou d' injonctions administratives. Nonobstant, « pour voir enfin ce qu’on a sous les yeux, il faut parfois se mettre en marche », savoir observer le long de sa route pour devenir attentif à  la beauté du monde , à la fougère et à la rose.

Loin de ces récits de voyage insipides qui ne donnent même pas l’envie de prendre un baluchon, Samuel Adrien raconte sans le moindre maquillage verbal son parcours fait de hauts et de bas – et pas seulement lors des ascensions en montagne – avec humour et maintes réflexions à commencer par le doute de s’évader par le truchement de Simone de Beauvoir lors d’un dialogue entre Pyrrhus et Cinéas.

En parlant de Pyrrhus, le livre débute par des déambulations à Verdun, lieu de mémoire et de sang, qui inspirent notre voyageur hors norme sur la notion de héros et de patriotisme. Voyez par vous-mêmes « Verdun portait en elle toute l’ambigüité de la guerre industrielle, où la valeur de l’homme ne compte pour rien face à la puissance des machines. Admirable courage, et dérisoire. Que vaut un héros de soixante-quinze kilos face à un obus du même poids ? Homère parle des « guerres qui donnent gloire aux hommes ». Cette guerre-là fait perdre au mot « gloire » tout rayonnement. C’est un siècle triste et mesquin, celui où l’emploi des mots « sacrifice », « gloire », « patrie » vous fait passer pour grandiloquent ».

Si les pays finissent par être uniformes, chaque rencontre avec l’autre devient unique. Comme avec Andrés qui a travaillé six ans au Canada dans une entreprise de production de viande où il abattait treize mille cochons par jour. Épuisé, il rentra au Honduras. Samuel Adrian part dans de longues pensées pour condamner ce que le consommateur refuse de voir ou d’admettre : « Andrès travaillait avec des Chinois, Des Éthiopiens, des centre-Américains, des Ukrainiens, des Polonais, mélange inimaginable de gens poussés par le besoin, parlant entre eux un sabir incompréhensible. J’avais là une image réduite du capitalisme : une main-d’œuvre pauvre et reconnaissante, trop composite pour former corps, habituée par une longue accoutumance à ne jamais trop exiger de ses supérieurs. Des porcs engraissés en six mois à grand renfort d’hormones, produits selon des plans de rentabilité prévus de longue date. Des superviseurs, petits chefs sélectionnés parmi les immigrés, ravis d’avoir gravi un échelon et d’échapper à des conditions de travail abrutissantes. Enfin, les directeurs invisibles, intouchables. D’un côté, des consommateurs gavés de plaisir et asservis à la publicité. De l’autre, des bêtes de somme. On ne croit pas à la souffrance, parce qu’on ne la voit pas. On ne la voit pas, parce qu’on la dissimule ».

Se suivent de l’inattendu, du lourd et du léger, des discussions hors du temps, des rencontres qui offrent à nos deux vagabonds du répit dans leurs âmes parfois malmenées ainsi que moults cailloux sortis d’un bloc philosophe et qui construisent épatamment le récit. Sans oublier une inénarrable poésie comme cette dégustation d’une mangue en un fruit de l’amour.

Un voyage extérieur pour parcourir l’intérieur de soi-même et de ceux que nous rencontrons.

« Quand l’État a besoin de guerriers, il enivre ses citoyens des mots de « devoir » et de « gloire ». Quand il a besoin de consommateurs, il laisse la publicité leur pourrir le crâne. Dans la guerre comme dans la paix, je ne vois que la misère de l’homme à l’ère des masses, mouton toujours plus docile, vulnérable à toutes les propagandes, se réclamant d’une Liberté dont il n’est plus capable ».

« Il n’y a pas meilleure façon de se montrer indigne des exemples du passé que de pleurnicher sur le présent ».

« Ce qui est désarmant avec les doctrinaires, comme avec les imbéciles » c’est qu’ils sont toujours de bonne foi ».

« Le monumental est à l’architecture ce que le culturisme est au corps : une perversion pathologique du goût ».

« Quiconque a conscience du don immérité de la vie ne peut en jouir tout à fait tranquillement. Il lui faut aimer et rendre un peu de ce miracle ».

« Il n’y a pas de plus sûre façon d’assujettir un peuple que de supprimer sa mémoire et sa langue. Un pays amnésique peut grandir, il ne peut pas mûrir. N’ayant plus de souvenirs, il n’y a plus de présent. Il n’a qu’un quotidien, un jour-le-jour, et tous les mirages de l’avenir, et toutes les séductions de l’utopie ».

« Qu’il est bon de cueillir le plaisir, quand le désir est mûr ».

« S’émerveiller d’un écureuil, c’est se réfugier dans l’intemporel ».

Une année sur la route – Samuel Adrian – Éditions des Équateurs – Avril 2022

lundi 26 septembre 2022

 

Une noisette, un livre
 
Freshkills, recycler la terre
Lucie Taiëb

 


Lucie Taïeb découvre l’existence de Freshkills à New York en lisant le best-seller de Don de Lillo « Outremonde », roman polyphonique où il est question de l’enfouissement des déchets. L’autrice et traductrice est donc partie sur la côte Est des États-Unis pour constater de près ce que fut cette ancienne décharge où la puanteur régnait en maître jusqu’à sa reconversion en cours pour créer un parc au-dessus de la décharge réhabilitée. Tout sera beau, propre avec fleurs et petits oiseaux. Est-ce pour autant que la gestion des déchets sera résolue ? Non. Est-ce un moyen pour lutter globalement contre le surplus d’ordures ? Non. Masquer ce n’est pas solutionner, cacher ce n’est pas soigner.

Même si je ne suis pas toujours en phase avec Lucie Taïeb, ce récit en forme d’essai à l’immense mérite de démontrer simplement le cycle infernal de ce que nous rejetons chaque jour dans nos poubelles – pour les plus consciencieux – et de tenter de soulever la question sur le paradoxe entre vouloir nettoyer et encourager l’amoncellement des détritus. Que la maîtrise de la pollution n’est pas qu’une responsabilité individuelle, elle est principalement une responsabilité collective et encore plus de la part des gros pollueurs. Car tout n’est pas recyclé, restent les 98% de déchets produits par les grosses industries et la pollution invisible, à commencer par l’extraction des matières premières.

Un ouvrage court mais qui en dit long.

« Freshkills n’est pas une métaphore. C’est un épicentre. La grande négativité, le grand vide qui nous submerge, la vacuité, la vanité sans fin de nos existences protégées viennent de Freshkills et se propagent, comme une onde invisible, à l’infini, sur le territoire lisse et policé de la ville normalisée. Tout s’organise soudain et tout fait sens, comme une ligne, comme un fil rouge qui vient ceindre notre cou et serre : l’enfance quadrillée, surprotégée, domestiquée, l’exploitation d’une zone naturelle hybride, instable, impropre à tout, la destruction de toute vie sauvage, du braconnage et des flâneries sans but, la négation de l’ordure comme fragment organique, dynamique et en perpétuelle métamorphose, l’avènement d’un espace de loisir conforme, en attendant le retour des promoteurs, et à la récréation simulée d’un paysage à l’identique, mais sans errance, sans déviance, sans liberté – cela fait sens, et même système ».

Lucie Taiëb – Freshkills, recycler la terre – Editions Pocket – Avril 2022

 

 

 

 

samedi 24 septembre 2022

 

Une noisette, un livre
 
Quelque chose à te dire
Carole Fives

 

Photo prise dans les jardins du château d'Ainay-le-Vieil ©Squirelito

Elsa Feuillet, jeune romancière, peine à se faire une place dans l’immense jungle des livres. Elle ressent d’autant plus une frustration qu’elle est une admiratrice inconditionnelle de la célébrissime Béatrice Blandy qui vient de décéder. Elle ne rencontrera jamais son autrice fétiche, il lui semblait que la lecture de ses romans était suffisante. Elsa va pourtant la connaître indirectement lorsqu’elle devient la compagne de Thomas, veuf de Béatrice, l’amour de sa vie pour ce couple fusionnel. L’appartement est digne d’un mausolée et certaines pièces sont interdites d’accès ; ambiance quasi surréaliste pour Elsa qui ne sait si elle vit un rêve ou autre chose.

Un roman écrit tout en finesse et qui évidemment replonge le lecteur dans un univers hitchkockien pour quelques sueurs froides et un jeu de miroirs où chaque reflet projette une ombre mystérieuse. Même si l’envie est immense de lever le voile sur le dernier acte, puisse le lecteur savourer jusqu’au bout cette histoire en mots troubles. Pour qui suit la carrière de Carol Fives on connait sa virtuosité à peindre les âmes et à dessiner ce qui les entourent. Mais cette fois-ci la romancière ajoute une succulente sauce thrillesque dans le très fermé monde littéraire tout en soulevant une montagne sur l’appartenance d’un manuscrit et ses dérives comme le plagiat.

Roman qui n’est pas seulement une noisette mais également une ramée pour percevoir la face cachée des attitudes humaines et jusqu’où un amour peut porter au-delà de la mort. Carole Fives a vraiment quelque chose à nous dire entre vertiges et parfois presque des pasquinades pour le monde de l’édition.

Quelque chose à te dire – Carole Fives – Éditions Gallimard – Août 2022

 

 

 

dimanche 18 septembre 2022

 Une noisette, une rencontre


Jean-Christophe Rufin au Palais Jacques Cœur



📣📣📣📣
Réservez votre soirée du mercredi 5 octobre.
Jean-Christophe Rufin viendra présenter "Aventures heureuses" de la collection Quarto au Palais Jacques Cœur à Bourges. Avec la participation de la directrice éditoriale Aude Cirier. Séance de dédicace à l'issue de l'entretien
✍️📚

Et un 🐿️ pour animer la conversation.

"Aventures heureuses est un ouvrage qui rassemble quatre romans historiques parmi les plus grands succès de Jean-Christophe Rufin : L’Abyssin, prix Goncourt du premier roman 1997, Rouge Brésil, prix Goncourt 2001, ainsi que Le Grand Cœur, qui retrace la vie tumultueuse du bâtisseur du palais Jacques Cœur, prix du roman historique des Rendez-vous de l’Histoire 2012, et Le Tour du monde du roi Zibeline. Avec préfaces inédites de Jean-Chistophe Rufin et de Sylvain Tesson ainsi que de nombreux textes de l'Académicien, certains retranscris pour la première fois et de nombreuses photos jamais publiées auparavant. Présentation de chaque roman par Isabelle Autissier, Éloi Ficquet, Frank Lestringant et Cédric Michon.

➡️
Pour celles et ceux qui ne pourront être présents, la rencontre sera diffusée en direct sur Facebook de Ville de Bourges et accessible même si vous n'êtes pas connecté au réseau social.

🙏
Merci infiniment aux participants ainsi qu'à Elisabeth Braoun, administratrice du Palais Jacques Coeur et aux équipes du Palais Jacques Cœur et de la @villedebourges pour mettre tant d'énergie dans les préparatifs.
🙏
Chaleureux remerciements également à Gaël Chênet de la Route Jacques Cœur pour sa précieuse collaboration depuis le début du projet pour mettre en place cette animation livresque.
🕰️
19h00
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Gratuit sur réservation
☎️
02 48 24 79 42
À très bientôt et noisettement vôtre,

Salle des festins du Palais Jacques Cœur © Squirelito


vendredi 16 septembre 2022

 

Une noisette, un lieu
 
Musée Marguerite Audoux
Sainte-Montaine

 

© Squirelito

Marie-Claire. Un mensuel féminin né en 1937. Mais aussi le titre du roman qui a fait connaître Marguerite Audoux – Prix Fémina 1910.

Destin incroyable pour Marguerite Audoux, née Donquichote à Sancoins, orpheline dès l’âge de trois ans, placée d’abord chez sa tante puis chez des religieuses à Bourges. C’est à Sainte-Montaine qu’elle deviendra bergère avant de s’envoler à Paris comme couturière. Mais de fil en aiguille elle va tisser des mots et s’affirmer dans un monde d’hommes.

C’est donc en toute logique qu’un musée lui est consacré, depuis 2015, à Sainte-Montaine pour retracer ce parcours exceptionnel. On y découvre des manuscrits originaux, ses meubles, sa correspondance, son travail de couturière et d’écrivaine, des photos de famille, ses amitiés avec Alain Fournier, Maurice Genevoix, Octave Mirbeau…le tout dans une conception moderne tout en respectant l’authenticité avec vidéos et bandes sonores. Prévoir une heure de visite pour prendre le temps de bien consulter tous les documents qui s'offrent au visiteur. 

© Squirelito




© Squirelito

Noisette sur l’espace, vous serez très bien accueilli par Benjamin Chausseron qui gère l’accueil du musée et qui ne manquera pas de vous parler de toutes les pépites à découvrir aux alentours de ce charmant coin qui repose à la fois en Berry et en Sologne.

Musée Marguerite Audoux – 24 rue Principale – 18700 SainteMontaine

Page Facebook


© Squirelito


« Pendant l'heure de la sieste, je montais au grenier pour lire un peu. J'ouvrais le livre au hasard ; et à le relire ainsi, j'y découvrais toujours quelque chose de nouveau.

J'aimais ce livre, il était pour moi comme un jeune prisonnier que j'allais visiter en cachette. Je l'imaginais vêtu comme un page et m'attendant assis sur la solive noire ». Marie-Claire

« J'imaginais que j'étais un jeune arbre, que le vent pouvait déplacer à son gré. Le même souffle frais qui balançait mes genêts passait sur ma tête et emmêlait mes cheveux ; et pour imiter le pommier, je me baissais, et trempais mes doigts dans l'eau pure de la source ». Marie-Claire

« Mais ce qu’elle aime surtout c’est son jardin secret. Un jardin où elle peut entrer de jour comme de nuit, ainsi que fêtes et dimanches, sans risquer, jamais, d’y rencontrer personne. Un jardin de souffrances dans lequel elle se plaît à cultiver des larmes chaudes, des regrets amers, des appels éperdus et des désespoirs sans limite. Elle y cultive encore une pensée active qui s’égare jusqu’à l’angoisse, un cœur tout broyé qui ne veut pas cesser de battre, et une âme désolée qui rôde et crie miséricorde ». Douce Lumière

dimanche 11 septembre 2022

 

Une noisette, un livre
 
Le cas Victor Sommer
Vincent Delareux

 


Trentenaire Victor Sommer vit toujours avec sa mère dans une maison à étages. Mais les exigences de sa génitrice font que le domicile est une prison pour le jeune homme. Aux services de sa mère, il ne travaille pas, ne fréquente personne excepté le Dr Adam, son psychiatre, conseillé par sa mère… Reclus. Tout simplement. Soudainement Madame Sommer disparait mystérieusement et Victor se retrouve confronté à la réalité de la vie. Perdu, il va devoir apprendre. Quand il sort de sa léthargie, il cherche en premier l’unique photo de son père inconnu…

Un roman en noir et blanc, version livresque de Frank Capra. L’intrigue commence doucement, très doucement avec une plume qui semble hésitante. Puis, progressivement, les ombres, les bruits, les gestes prennent de l’ampleur pour se confondre dans un huis-clos tendance psychotique.

Même si le dénouement se devine aisément, ce premier roman est très réussi aussi bien pour l’ambiance évoquée que pour le côté psychologique sur les relations qui peuvent devenir toxiques entre parents et enfants quand l’un prend de l’ascendant sur l’autre. Toxicité qui se répercute au-delà du cercle familial mais qui reste cachée puisque l’individu dominé n’arrive plus à sortir de cette cage sans barreaux.

Vincent Delareux promet une suite sur ces tourments de l’âme. Preuve qu’il est à la fois « vivant » et « existant » pour habiter le monde !

Le cas Victor Sommer – Vincent Delareux – Éditions de l’Archipel – Mai 2022

Livre reçu et lu pour le prix littéraire de la Vocation 2022

 

Une noisette, un livre
 
Tropicale tristesse
Jean-Baptiste Maudet

 


« Je voudrais avoir vécu au temps des vrais voyages, quand s’offrait dans toute sa splendeur un spectacle non encore gâché, contaminé et maudit »

Claude Lévi-Strauss

Jeanne Beaulieu s’inspire de l’auteur de « Tristes tropiques » pour partir au Brésil retrouver un indien yanomani en forêt amazonienne qu’elle a vu une fois lors d’un reportage à la télé. Année sabbatique en poche elle s’arme de courage pour prendre l’avion et atterrir à Sao Paulo. Très peu de bagage, juste l’envie de découvrir ce pays en espérant y trouver quelque chose de différent. Elle achète à un bouquiniste local un exemplaire du livre de Claude Lévi-Strauss et à sa grande surprise elle y trouve en parallèle une histoire d’amour inachevée. Celle de Paul et Claudia qui débute à Séville en 1992 – le lieu et la date ne sont pas anodins – pour s’achever sans aucune explication quelques mois plus tard. Des mots, des lettres, des croquis glissés dans le texte légendaire de l’anthropologue. Une double quête va se glisser dans les neurones de Jeanne en remontant le fleuve le plus célèbre du monde. Au fil de l’eau, des rencontres improbables, des personnages hauts en couleur à commencer par Big James.

Jean-Baptiste Maudet s’est glissé dans la peau d’une femme pour remonter le temps de Claude Lévi-Strauss sans jamais quitter le XXI° siècle. Prestidigitation. Non. Le talent, simplement. Et beaucoup de travail. Qui est cette femme qui s’aventure pour probablement faire un point sur son existence. Et tenter d’attraper des morceaux de liberté ? Une amazone ? Je la vois plutôt en Micaela : une apparence fragile, naïve mais qui pourtant n’hésite pas à s’engouffrer seule dans la jungle forestière ou affronter une famille corrompue jusqu’à la moëlle dans la jungle mercantile.

À travers la voie du roman, l’écrivain empreinte de nombreuses routes pour relater – sans en avoir l’air – une partie de l’histoire du Brésil, de l’époque de la fièvre du caoutchouc jusqu’aux dernières déforestations. Faits et gestes dans l’ombre de Lévi-Strauss mais aussi des Conrad, Casement, Ferreira de Castro…

Sans emphase, ce roman est un joyau, tant pour la qualité de l’intrigue que pour tous les ingrédients sémantiques, géographiques et historiques qui ont permis sa construction.

« Tropicale tristesse » ou l’art de la plume. Celle de toutes les couleurs.

« Il n’y a pas de littérature sans danse de la pluie »

« Pour tout vous dire, j’ai envie d’aller vérifier plutôt que d’écouter ceux qui savent toujours mieux que moi ce qu’il faut faire, ce à quoi il faut croire, ce qui est dangereux, ce qui ne l’est pas. J’en ai assez qu’on me parle comme ça ».

« Pourquoi ne pas laisser les mélodies d’oiseaux être des mélodies d’oiseaux ? Préservons-les parce qu’il serait insupportable que tant de beauté disparaisse et non parce que nous croyons voir en elles ce que nous sommes. Je déteste tout autant les discours qui nous poussent à persévérer dans la destruction de notre planète que les lubies accusatrices qui nous invitent à croie aux anges démagogues ».

Tropicale tristesse – Jean-Baptiste Maudet – Éditions Le Passage – Août 2022

Livre lu pour le Prix Blu Jean-Marc Roberts 2022

samedi 10 septembre 2022

 

Une noisette, un livre
 
L’air était tout en feu
Camille Pascal

 

(Photo ©Squirelito prise à la forteresse de Montrond (Cher) dernière demeure de la nièce de la duchesse du Maine, Louise-Bénédicte de Bourbon)

Un roman tout feu tout flamme pour Camille Pascal qui fait jaillir les étincelles, entre Philippe d’Orléans et la duchesse de Maine, qui ont failli faire exploser la régence pendant la minorité de Louis XV ; épisode de l’histoire française, connu sous le nom de la conspiration de Cellamare mais trop méconnu encore aujourd’hui.

Avril 1718. Un incendie se déclare près de Notre-Dame de Paris et Philippe d’Orléans envoie ses troupes afin d’empêcher tout embrasement populaire, d’aucuns croyant dur comme fer que l’incendie est un signe du ciel – en réalité l’origine est un cierge… La situation est tendue puisqu’à Sceaux puisqu'une guêpe à l’esprit vipérin projette un complot pour éjecter du trône le Régent. La duchesse du Maine n’ayant pas digéré pas que son bâtard légitimé de mari ait été écarté de toute action politique après la décision de Philippe d’Orléans de casser le testament de feu Louis XIV, testament qui avait été soigneusement contrôlé par la marquise de Montespan, mère du duc du Maine. L’ordre de la Mouche à miel est créé par Louise Bénédicte de Bourbon qui n’avait pas l’habitude de tourner autour du pot. Réunions secrètes, complots ourdis, chaque camp voulant faire jouer un Espagne-Angleterre pour asseoir ses positions au Palais-Royal, bref que la fête commence !

Entre faits historiques authentiques et esprit romanesque, Camille Pascal joue avec les belles lettres pour un jeu royal sur l’échiquier du pouvoir où une coterie affronte courtisans et frondeurs pour mener à l’échec un souverain. Une lecture aussi savoureuse que le miel mais pimentée par une plume aussi érudite qu’espiègle, aussi subtile que folâtre.

« La situation catastrophique du royaume n’allait pas tarder à réveiller la princesse de cette léthargie pernicieuse. Ruiné par une guerre interminable, l’État se trouvait au bord au bord de la banqueroute dont il était toujours sauvé in extremis par des financiers, traitants et maltôtiers, qui lui administraient de mois en mois un remède plus dangereux encore que le mal en lui faisant crédit à des taux usuraires. Il y avait urgence, car les rentes n’étaient plus payées à terme et c’était toute la bourgeoisie parisienne qui se verrait bientôt amputée d’une partie de ses revenus, ce qui n’est jamais bon pour le pouvoir ».

L’air était tout en feu  - Camille Pascal – Éditions Robert Laffont – Août 2022

  Judith, le pacte oublié Martine Trouillet De prime abord, l'envie de faire entrer chez soi Judith est plutôt de faible intensité... As...