Souvenirs d'un médecin d'autrefois

mercredi 28 août 2024

 

Noisette singulière

Les grandes patries étranges

Guillaume Sire

 


Joseph n’est pas un enfant comme les autres. Atteint d’hyperesthésie, il a le don de deviner, de prévoir et même, à l’âge adulte, de faire stopper une meute de chiens enragés. Inconsolable à la mort de son père durant la Première guerre mondiale, il se promet de venger son père. Sa mère, seule avec son enfant est secouru par un curé communiste qui lui trouve une place comme femme de ménage dans une maison close dirigée par une espagnole appelée La Cardinale.

Quand Joseph et sa mère déménagent, leurs voisins du dessous sont juifs. Une petite fille Anima semble étrange mais à l’opposé de Joseph, rien ne semble l’atteindre. Joseph en tombe amoureux et est prêt à tout pour la séduire et…la sauver. Pianiste virtuose, elle part à Paris sans laisser d’adresse. Puis la Seconde guerre mondiale éclate. Entre la France et l’Allemagne, l’épopée de Joseph n’est pas terminée.

Une fresque surprenante où l’érudition s’entrecroise avec la simplicité. Une kyrielle de personnages s’entrechoquent, disparaissent, reviennent sans jamais laisser le lecteur dans l’impasse. Guillaume Sire, à l’instar d’un peintre avec des petites touches, glisse avec virtuosité quelques éléments historiques – le clocher de Notre-Dame de la Dalbade à Toulouse, la guerre civile espagnole, les faux revenants à l’hôtel Lutetia – dans un océan de rebondissements frisant parfois le burlesque, un peu à la Pierre Lemaitre.

Guillaume Sire a cette valeur qui fait la différence dans la littérature : il n’hésite pas à prendre des risques pour sans cesse se renouveler, créer la surprise en refusant la monotonie de la facilité.

Seule question qui reste en suspens : pourquoi ce titre ?

Les grandes patries étranges – Guillaume Sire – Éditions Calmann-Lévy – Août 2024

mardi 27 août 2024

 

Noisette catalane 

L’hôtel du Rayon Vert

Franck Pavloff

 


Cerbère, dernière ville avant la frontière franco-espagnole. Cerbère, drôle de nom, celui d’un chien des enfers. Mais en catalan, rien de démoniaque puisque la villégiature se nomme Cervera. Mais l’enfer a existé lors de la Retirada et Walter Benjamin s’est suicidé à quelques kilomètres… Côte vermeille où le sang a coulé.

Comment rendre hommage à ces femmes et ces hommes qui ont fui la guerre, la dictature ? En réunissant ceux d’hier – Walter Banjamin, Antonio Machado – et ceux d’aujourd’hui : ceux qui gardent dans leurs gênes cet exil et ceux qui sont obligés depuis les côtes africaines de fuir la misère ou la violence. 

Franck Pavloff réunit plusieurs personnages imaginaires : une photographe s’inspirant de Germaine Krull, un violoniste renommé ; enfant adopté car sa mère a été jetée d’un avion lors de la dictature chilienne et son père reste inconnu ; une jeune femme inclassable sortant de prison ; un libraire de Collioure et un responsable du poste d’aiguillage, militant syndicaliste qui aide les migrants avec sa fille trapéziste. Par les voies ferrées, par les voix de chacun, tous vont se retrouver progressivement en suivant les pas du poète espagnol et du philosophe allemand. Avec comme point central, l’hôtel du Rayon Vert en forme de paquebot comme l’a imaginé dans les années 30 Léon Baille.

Dans cette si délicieuse atmosphère catalane se déploie un roman pétri d’humanité où les mots coulent comme réconfort aux bruits du monde. Un retour sur le passé pour déclamer un chant fraternel à l’avenir grâce à des individus de tout âge et d’horizons différents. Tout va les rassembler, peu importe leur statut social et leur âge, chacun appelle à la paix en invoquant l’espoir et la résilience. Un roman comme une méditation sous les ors de la poésie et d’un célèbre chant des oiseaux interprété par celui qui avait comme prénom le mot paix : Pau. Pau Casals, bien sûr.

L’hôtel du Rayon Vert – Franck Pavloff – Éditions Albin Michel – Août 2024

 

 

 

 

vendredi 23 août 2024

 

Noisette commémorative


Danse avec tes chaînes

Anaëlle Jonah

 


De l’île de la Réunion à la Creuse. Une histoire oubliée mais toujours extrêmement blessante pour les enfants qui ont connu ce déracinement forcé sans jamais revoir leur famille. Ce n’est pas si loin, les faits se sont passés entre 1962 et 1984… Quelques autres départements ont accueilli – en moins grand nombre – ces enfants, deux mille quinze selon le chiffre officiel, devenus pupilles de l’État, la plupart, après un passage dans un centre d’accueil, était envoyé dans des fermes où l’éducation était synonyme d’esclavage. Évidemment, le langage officiel se résumait à « c’est pour votre bien » !

En août 2019, Jean-François Samlong avait écrit un roman poignant Un soleil en exil, lui-même ayant échappé de peu à ces coups de pied au cul éducatifs en terre inconnue. Pour la rentrée littéraire 2024, la jeune journaliste Anaëlle Jonah signe une histoire similaire, tout aussi bouleversante pour dénoncer ces faits anciens et rendre hommage à la vaillance de ses enfants ayant passé en quelques heures de l’insouciance au terrible monde des adultes.

Deux sœurs, deux frères. Tous les quatre sont arrachés à leur mère, ils ne la reverront jamais. Au moins, ils sont ensemble mais pour combien de temps encore lorsqu’ils arrivent sur le sol de la métropole. Paris, ça fait rêver, Notre-Dame notamment. Mais, de la ville lumière ils ne verront rien, ils sont emmenés loin, dans un département qui s’appelle la Creuse… et seront séparés. Deux, dont Marie-Thérèse la narratrice deviendront corvéables à merci dans une ferme. Mais la petite est rebelle, elle encaisse les coups mais se jure de s’en sortir. Le désir d’affranchissement lui donnera du courage et sur les ailes de la liberté elle écrit son nom. Son frère Joseph deviendra poète. Ce qui s’appelle danser avec ses chaînes.

Une narration tellement prenante que les personnages semblent avoir réellement existé puisque les situations, elles, sont véridiques. Après un début un peu laborieux qui aurait pu faire croire que l’autrice avait perdu l’orientation de sa plume, la suite devient captivante. Le lecteur se fond progressivement dans les pages avec des moments d’effroi par rapport au vécu de ces enfants privés des leurs dans la dureté de la tâche et la lutte continuelle contre les coups.  

Danse avec tes chaînes – Anaëlle Jonah – Éditions Fayard – Août 2024

 

 

 

 

jeudi 22 août 2024

 

Noisette d’exil

 

Traverser les montagnes et venir naître ici

Marie Pavlenko

 


Astrid a tout perdu et n’a qu’un désir : partir. Dans une région inconnue. Peu importe le confort, pourvu qu’elle soit loin de tout en terre inconnue ; la résilience se fera au sein du Mercantour dans une maison qu’elle n’a même pas visitée. Affronter la rudesse des hivers, la rusticité de l’habitat, lui offrira peut-être une parenthèse dans la douleur de la perte de ses êtres chers. Ce qu’elle ne pouvait imaginer c’est qu’elle va recueillir dans la neige, lors d’une de ses sorties en solitaire dans la montagne, une jeune femme syrienne se cachant de la police des frontières avec une vie non désirée dans son ventre.

Elle trouvera la bienveillance d’une voisine – potière dans ses heures perdues – et une attitude narquoise d’un voisin bien trop curieux. L’enfant va naître entre ces deux femmes perdues mais tout ne se passe pas comme prévu. À Astrid de prendre en main cette force du destin qu’elle a rencontrée sur son chemin.

Le titre est déjà un roman, le roman l’est beaucoup plus. Une fresque quasi pastorale au milieu de la montagne – la vraie, pas celle de cartes postales – qui se cogne à la tragédie de l’exil et des drames de la vie. Un parallèle excessivement bien construit – même si à force le lecteur peut perdre un peu la notion du temps – et créatif par la forme.  

Le lecteur se trouve happé par ce récit authentique, pétri d'humanité, beau et tragique, traçant deux superbes portraits de femme et décrivant avec précision la douleur de la fuite – ou de la perte – le courage qu’il faut avoir pour résister aux avaries de la vie et le contraste des âmes humaines entre l’aide humanitaire et la dénonciation. Un livre qui était nécessaire.

« Soraya s’est endormie au lever du jour. Qu’il est doux et lointain, le temps où elle savait dormir, rêver. Quand elle marchait des heures durant, la fatigue la terrassait, mais ici, elle reste à la maison. Mange. Elle entend pleurer et hoqueter le fruit de ses entrailles. Paumières closes, paupières ouvertes, ombre, lumière, Sherine et son petit corps inerte, Ibtissam et ses lèvres bleues, Fatima et son visage béant. Dormir est si anodin. Les chiens dorment, et même les lézards, les araignées. Soraya, elle, ne dort pas. Elle a peur que ce soit pour toujours ».

Traverser les montagnes et venir naître ici – Marie Pavlenko – Éditions Les Escales – Août 2024

 

 

 

 

mercredi 21 août 2024

 

Noisette archéo-politique


Conque

Perrine Tripier

 


Deuxième roman pour la jeune romancière Perrine Tripier qui avait fait son entrée parmi les grands avec Les guerres précieuses. Dès le second opus, l’écrivaine montre qu’elle ne va pas se cantonner dans un seul domaine mais offrir un éventail de toutes les imaginations possibles.

D’exploratrice du passé intime elle se convertit en une exploratrice du passé universel. Dans un temps qui doit être le nôtre, nous découvrons un pays digne géographiquement du désert des Tartares – la mer en prime – et où règne en maître un Empereur absolu. Jadis, ce lieu a été la villégiature d’un peuple antique : les Morgondes, des guerriers-marins millénaires, des êtres qui fascinent l’Empereur dont il se proclame un descendant.

Des vestiges sont découverts et l’Empereur nomme une historienne et universitaire de renom, Martabée, et non le vulgarisateur  Darius. Pour Martabée, cette promotion signe à la fois l’espérance et le doute, la joie et la crainte… Cadeau impérial ou cadeau empoisonné…

Perrine Tripier d’une sagacité hors-pair et d’une plume virevoltante décortique ce qu’est le fléau de la post-vérité. Par cette fiction en forme de fable, elle décrit le fil tenu qui existe entre vérité et histoire, ce fil agité par le pouvoir politique. L’historienne respecte le passé, l’Empereur veut en faire un conte merveilleux. Le résultat peut devenir effroyable. Royaume imaginaire mais parfois si proche de la réalité.

« Conque » est une histoire qui vous emporte, vous surprend ; permet de créer des parallèles avec le présent et le passé et déploie des images dans un subtil jeu subliminal. C'est aussi une histoire d'écriture qui porte au sommet l'art des belles lettres, qui se fiche des modes et de la popularité ; une plume créative où l'encre se love dans les mots pour faire jaillir poésie et narration. C'est un voyage vers l'inconnu, vers le fantasmagorique et pourtant si concret dans ses formes abstraites.

« Le chantier ne pouvait être mené à bien qu’à grand renfort de millions bien ordonnés. L’Empereur, galvanisé par la découverte, fouetté par les cris guerriers de ses ancêtres, souleva des montagnes pour créer les fonds, ou plutôt instaura de nouvelles taxes. L’on grommela, l’on tapa du poing, mais, quelque part, le peuple comprit l’importance du projet. On se mit à attendre les résultats du chantier avec impatience. Qu’est-ce qu’ils vont trouver là ? »

Conque – Perrine Tripier – Éditions Gallimard – Août 2024

mercredi 17 juillet 2024

 

Noisette théâtrale 

Itinérance d’un roi


La troupe Itinérance d'un roi à ChâteauFer
© Fred Joisette pour Itinérance d'un roi
 

En cet an 2024, Louis XIV revient dans le Berry. Sa dernière apparition remonte à 1651 au temps de La Fronde. Aujourd’hui, dans un climat de paix, il revient avec, entre autres, sa Reine, Marie-Thérèse d’Autriche, son frère Philippe d’Orléans, sa « Palatine » et son le chevalier de Lorraine, Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart – qui posera prochainement pour la première ses petits pieds au Château de Meillant – et pour mettre de l’art dans ce voyage, Molière et Lully seront également présents.

Après avoir séjourné en résidence au domaine de ChâteauFer pour préparer l’aventure, la première a eu lieu samedi 13 juillet pour le grand plaisir de la Cour présente, c’est-à-dire les spectateurs eux-mêmes qui sont invités à participer dans ce spectacle immersif où l’improvisation a toute sa place. Après un accueil en musique, diverses saynètes se succèdent avant la pièce de théâtre ou l’humour est l’invité d’honneur.

Une autre représentation a eu lieu au Château de Sagonne qui doit beaucoup à Mansart, comme quoi l’esprit de Versailles était bien présent dans cette demeure médiévale à l’architecture impressionnante. À nouveau, un public conquis, petits et grands !


Le Roi et la Reine au Château de Sagonne
©Squirelito


Cette itinérance est née de la volonté de Sophie Peduzzi – qui participe également à la promenade théâtrale et je vous laisse découvrir par vous-même sous quel visage – de construire un événement itinérant mêlant histoire, fantaisie, théâtre, musique sous la bannière du XVII° siècle. Heureux les Berrichons – et les touristes – qui peuvent découvrir cette création artistique qui est un spectacle « assoluto » puisque réunissant tous les arts !

Une déambulation royale qui cheminera le long d’une route au nom d’un illustre personnage de Bourges, Jacques Cœur. C’est ainsi que de ChâteauFer (13 juillet) au Château de Meillant (25 juillet), dix représentations sont proposées dans des lieux rassemblant un patrimoine exceptionnel et une histoire remontant à plus de mille ans. Merci à cette toute jeune compagnie d’avoir choisi le cœur de la France pour cette première, cette région étant un carrefour de l’histoire française aux multiples atouts.

Les prochaines représentations auront lieu au Château d’Ainay-le-Vieil (18 juillet), à l’Hôtel de Panette (19 et 20 juillet), au Château de Sollier (22 juillet), au Château de la Verrerie (23 juillet) et au Château de Meillant (25 juillet).

Informations et réservations sur le site de la Route Jacques Cœur

Venez participer à ces joyeuses fêtes, venez remonter le temps pour le suspendre le temps d’une soirée et faire envoler les rires et les sourires, venez vous fondre dans une ambiance historique à l’ombre des vieilles pierres et du feuillage estival, venez vous enivrez de beauté et profiter des rayons d’un roi Soleil dans ce Cher département.

 Royalement vôtre,

 Itinérance d’un roi – En partenariat avec la Mission Bern, l’association Ici et ailleurs et la  Route Jacques Cœur

jeudi 11 juillet 2024

 

Noisette agreste

 

La ferme du Gros Caillou

Jeanine Berducat

 


Qui entrera dans cette ferme du Gros Caillou ne pourra que s’attacher à ce lieu et à ses habitants, Jeanine Berducat transforme une histoire régionale en valeur universelle en hommage au monde paysan luttant pour sa survie.

Roland songe à la retraite tout en se désolant de ne pouvoir transmettre la ferme familiale. Sans enfant, et son neveu et sa nièce préfèrent une vie citadine même si Jérôme a savouré l’immensité des champs et ressenti une force venant de la terre lorsqu’il était petit. Roland reste le seul agriculteur à vouloir travailler à l’ancienne, ses voisins utilisent un matériel hautement technologique et des produits qualifiés de « phytosanitaires » vil euphémisme pour nommer divers pesticides et engrais chimiques, le tout au prix de l’endettement.

Mais, un jour, un jeune homme revient sur les terres familiales, Richard, le fils de Lili, l’ancienne dulcinée de Roland avant qu’elle décide de partir à Paris. Richard avec sa jeune épouse veulent cultiver bio et vivre différemment, au son de la nature. Et peu importe les difficultés. L’espoir d’un renouveau transperce alors les cieux des environs de La Châtre…

Un doux roman, mettant en lumière toute la noblesse de l’agriculture, sans porter de jugement direct, seulement mettre en scène des personnages dans la réalité agricole du XXI° siècle et montrer que d’autres voies sont peut-être possibles, écologiquement et humainement.

Les lecteurs berrichons retrouveront avec plaisir la finesse de plume de Jeanine Berducat pour raconter ce Berry pastoral ; ceux venant d’autres horizons pourront s’identifier à cet appel à la terre et venir arpenter les secteurs de Pouligny-Notre-Dame ou d’Aigurande.

Par une écriture accessible mais travaillée, les mots de l’autrice résonnent tout au long de la lecture autour de cette campagne et du monde agricole qui se fragilise. Pourtant, en reconsidérant la nature, en revoyant notre mode de vie, des solutions restent envisageables pour préserver une profession et l’environnement. Surtout que Dame Nature sera toujours la seule puissance pour nous ressourcer et nous aider à retrouver l’énergie de la vie. Un vrai coup de cœur. 

La ferme du Gros Caillou – Jeanine Berducat – Éditions La Bouinotte – Juin 2024

vendredi 28 juin 2024

 

Noisette picturale

 

L’Inconnue du portrait

Camille de Peretti

 


 

Un tableau pour deux dates : Jouvencelle en 1910 et Portrait d’une dame en 1917. Quand la galerie de Ricci Oddi à Piacenza en fait l’acquisition, tous ignorent encore qu’il s’agit du même tableau remanié par l’auteur lui-même, Gustav Klimt s’il vous plait.

À partir de faits réels, l’autrice Camille de Peretti nous entraîne dans une folle romance de l’Autriche aux États-Unis en passant par l’Italie, autour d’un personnage principal : Isidore et de celle qui est à l’origine du portrait. Près d’un siècle d’histoire, de tourments, de succès, d’amour et de mystères et d’une dépression économique qui a fait la gloire d’un homme. 

Écriture dynamique, tempo régulier et une plume qui a su jouer avec la curiosité pour capter l’intention du lecteur et favoriser la prolongation de la lecture jusqu’à des heures tardives. Quelques allers-retours qui peuvent décontenancer les réfractaires aux flash-back mais ils sont, disons, légers, et permettent d’amplifier l’intrigue. Avec un personnage qui arrive progressivement et qui est certainement le plus attachant : Pearl. 

L’opportunité, une nouvelle fois, de replonger dans un autre temps, d’avoir une nouvelle approche de cette longue période et de retrouver, parfois, en nos temps modernes des similitudes de comportements. Mais l’art de ce nouveau roman sont les petites touches ajoutées à la base pour que la forme devienne colorée et excessivement agréable à lire.

Une lecture idéale pour l’été et faire évader les neurones en d’autres lieux imaginaires et récréatifs.

L’Inconnu du portrait – Camille de Peretti – Éditions Calmann-Lévy – Janvier 2024

samedi 22 juin 2024

 

Noisette thrillesque

 

Le testament Dumas

David Verdier

 


 

Dans le secteur de la Brenne, plusieurs conducteurs sont surpris en apercevant en pleine nuit une Dame Blanche surgir des buissons. Puis disparaître aussitôt. À Châteauroux, le commissaire Tharel ne s’émeut guère de ces déclarations même si les dépositions sont prises avec sérieux. Tout bascule lorsque qu’un nouveau conducteur rentre avec fracas au commissariat pour signaler qu’après quelques sauts sur la route, il a retrouvé la Dame sans vie avec un visage exprimant l’effroi. Sauf, qu’une fois sur place, le médecin légiste est formel, la femme est morte depuis près de douze heures… Le détective Kestevan est sollicité pour tenter de dénouer les nœuds de cette mort mystérieuse. Surtout que le mari de la femme assassinée a disparu depuis 1977, sans laisser aucune trace et qu’un « Colonel » peu recommandable rôde toujours dans le Berry.

Une enquête riche qui replonge le lecteur dans une énigme avec… Alexandre Dumas. Le Maître a bien séjourné dans l’Indre en 1859 et sa fille a vécu à Châteauroux quelques années. De là, l’idée pour David Verdier d’imaginer l’existence d’un manuscrit inconnu qui réveille les âmes noires des siècles plus tard. Le fidèle personnage de Paul Kestevan créé par le romancier va tenter de démêler les fils de cet intrigue contemporaine sur fond historique. Un joli clin d’œil à la transmission littéraire et, également, au rôle des librairies par l’un des protagonistes de cette nouvelle fiction policière : Pierre Rémy.

De Châteauroux à Argenton-sur-Creuse, le lecteur ne peut que se réjouir de ces nouvelles aventures dans le pur style du roman policier, celui où la langue est respectée et les effusions de sang inexistantes. Détente garantie !

Le testament Dumas – David Verdier – Éditions La Bouinotte/Collection Berry Cold case – Octobre 2023

 

 

vendredi 21 juin 2024

 

Noisette gothique

 

Le tissu de crin

Jennifer Kerner

 


Vous aimez les romans étranges mais sans choir dans le glauque ? Le tissu de crin est pour vous. Un roman quasi indéfinissable mais terriblement intrigant, grâce à cette valeur ajoutée qui est la base de la littérature : l’écriture. Originale, métaphorique, élégante, taillée sur mesure. Parfait puisque la fiction évolue dans le milieu de la mode.

Ida est une anti-héroïne. Loin d’être sympathique, elle incarne la froideur, la domination, l’insensibilité. Première d’atelier chez un couturier de luxe, elle ne laisse aucune liberté à ses collègues et son travail n’est pas que millimétré pour tailler les tissus. Sa vie intime est à son image : glaciale. Un époux, un enfant qu’elle a abandonné et qu’elle avait qualifié de « En-trop » ; les bébés n’étant pas son domaine, cf son expérience de baby-sitter… Regrettant sa jeunesse et n’acceptant pas les marques du temps, elle voudrait continuer à séduire. Non aimer, séduire.

Tout bascule lorsqu’arrive le nouveau mannequin cabine, Jean. Beau, énigmatique, jeune. Elle n’a d’yeux que pour lui, à en perdre la tête. Lui, semble plutôt sourire pour une autre couturière, plus jeune. Mais Jean cache d’énormes blessures et le harcèlement dont il ne peut nier l’existence va raviver un passé.

Étrange, bizarre et sensuel. Dérangeant aussi mais sans créer de malaise. Difficile de définir, d’expliquer sans révéler l’intrigue. Ce tissu de crin n’est-il pas le miroir d’une société peuplée de personnes qui se cherchent, se cachent tout en s’exposant, refusent de vieillir à cause du regard des autres, dissimulent leurs faiblesses, leurs blessures de peur de devenir une proie ; une société où se côtoient les dominants et les dominés, les dominants profitant de leur statut pour assouvir leur pouvoir et leurs… désirs. Antagonismes de toute part : le tissu, sensé être doux, peut devenir agressif. Et déchirer celui qui va le toucher sans le vouloir.

Le tissu de crin – Jennifer Kerner – Éditions Mercure de France – Février 2024

 

 

 

jeudi 20 juin 2024

 

Triade noisettée : Amitié, pouvoir et trahison

 

L’affaire Chanteclerc

Robert Namias

 


Ils étaient quatre copains. Issus de milieux différents, chacun va quitter La Rochelle pour des carrières fulgurantes : Charles, acteur en haut de l’affiche ; Benoît, ministre tourniquet ; Olivier, grand reporter ; Rodolphe, écrivain à succès. Des dents à rayer le parquet mais l’amitié tente de résister. Jusqu’au jour où Olivier est retrouvé mort dans son appartement… officiellement de mort naturelle mais au 36 on sait que c’est un assassinat. Le trio d’amis restant s’étiole, surgissent brutalement les ombres qui vont noircir de plus en plus les relations. En haut du sommet, un chef d’État avec quelques belles casseroles à son pedigree et un divisionnaire prêt à tout pour sauver sa confortable vie.

Un thriller politique écrit par une plume de maître, riche en actions et sans compassion aucun pour ces affamés de pouvoir qui vendent leur âme au premier Méphisto venu. L’intrigue est rondement menée, aucun risque de lassitude au fil des pages. Évidemment, tout ressemblance avec des personnes serait une pure coïncidence mais l’ancien journaliste a suffisamment fréquenté les coulisses du pouvoir pour désormais prendre la liberté de décrire l’univers politico-médiatique avec son lot de secrets, de bassesses et de manipulations en tout genre.

Un roman puissant qui tire sa force sur à la fois l’analyse de la perversité du système et la psychologie des personnages : maintenir la célébrité a un prix. Avec un #MeToo en invité surprise.

Moult références – anciennes ou actuelles – font revivre ou vivre la fameuse Françafrique et autres errements de la politique française auxquelles s’ajoutent de croustillantes descriptions sur l’ambiance judiciaire – je ne sais où Robert Namias a trouvé l’inspiration pour le rôle de Barnier mais le résultat est épatant – et pour adoucir, de délicieux passages sur le macadam parisien, la Provence et la Picardie ; pourquoi pas en écoutant l’une des plus célèbres symphonies de Brahms.

Bluffant !

L’affaire Chanteclerc – Robert Namias – Éditions de l’Observatoire – Avril 2024

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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