Souvenirs d'un médecin d'autrefois

dimanche 7 février 2016


Une noisette, un livre

 

"Les grands fauves du barreau"

Par Valérie de Senneville et Isabelle Horlans

 
 
 

La vérité. Un film de 1960 d’Henri-Georges Clouzot où l’on découvre le combat que se livrent sans pitié deux avocats. A l’époque le cinéaste fait se dérouler la totalité du procès au sein du Palais de Justice. 30 ans plus tard, il aurait peut-être ajouté quelques scènes supplémentaires, sorte de 3°mi-temps médiatico-judiciaire entre déclarations télévisées et talk-shows cathodiques.

Je communique, tu communiques, nous communiquons... un peu, beaucoup, encore, à l’infini. Les procès ne se déroulent plus seulement dans les prétoires mais au-delà, dans l’arène des médias devenue au fil des ans "le dernier recours de la défense". Pour le meilleur ou pour le pire. A cela, s’ajoute la naissance d’un petit dernier, petit mais énorme pour la répercussion des faits dans l’opinion publique : les réseaux sociaux.

Valérie de Senneville et Isabelle Horlans par un travail d’enquête très scrupuleux, remontent le temps pour déterminer le jour où tout a basculé : le 2 février 1994. Maître Jacques Vergès, avocat d’Omar Raddad qui a été arrêté en juin 1991 pour le meurtre de Ghislaine Marchal, lance une phrase devant les caméras qui fera date : "Il y a 100 ans on condamnait un jeune officier qui avait le tort d’être juif. Aujourd’hui, on condamne un jardinier parce qu’il a le tort d’être maghrébin". Le ton est donné, le tempo va aller crescendo, une nouvelle scène s’offre, les ténors deviennent des fauves.

Jacques Vergès, Henri Leclerc, Eric Dupond-Moretti, Jean Veil, David Koubbi, Georges Kiejman, Olivier Metzner... Des avocats connus de tous qui depuis leur barreau sortent leurs griffes, certains ayant tout de même des pattes de velours...chaque portrait offert après des minutieuses recherches et/ou interviews nous laisse tantôt dubitatif tantôt admiratif.

Ce livre écrit à quatre mains, n’est pas qu’à lire. Mais à relire, à étudier. Car non seulement il narre parfaitement la situation féroce du monde de la justice et des médias du XXI° siècle mais révèle, ce que nous humbles citoyens, pouvons, parfois voire totalement, ignorer. Ouvrage qui devient un formidable outil pédagogique pour les juristes, et aussi pour la vox populi tant affamée d’histoires judiciaires et qui se forge/donne une opinion sans connaître le dossier d’instruction, ni les coulisses d’un procès.

Au fil des pages, on se remémore les affaires qui ont marqué l’actualité depuis 25 ans : Raddad, Colonna, Mittal versus Arcelor, DSK, Bettencourt, Kerviel... le tout relaté avec une plume brillante, incisive, avec quelques pointes de légèreté pour mieux saisir le poids de cette communication carnassière. 

Noisette sur le gâteau, la référence implacable qui prouve l’élégance et la lucidité de l’enquête. Vous la retrouverez page 70. Je vous la laisse découvrir pour que résonne pour longtemps l’une des plus belles phrases du cinéma italien. Mais aussi pour réfléchir sur le rôle que tiennent ces félins en robe noire.


Les grands fauves du barreau – Valérie de Senneville/Isabelle Horlans – Editions Calmann-lévy




jeudi 4 février 2016


Une noisette, un réflexe

 

Réforme, as-tu du cœur ?



Ô rage ! Ô désespoir ! Ô réforme ennemie !

N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers

Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?

Mon accent qu’avec respect toute la France embrase,

Mon accent, qui a tant de fois sauvé de phrases,

Tant de fois affermi le chapeau de son roi,

Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?

Ô cruel souvenir de ma gloire passée !

Oeuvre de tant de jours en un jour effacée !

Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !

Principe élevé d’où tombe mon honneur !

Faut-il de votre éclat voir triompher la paresse

Et mourir sans vengeance, ou mourir dans la faiblesse ?

Paresse, sois à présent gouverneur ;

Ce haut rang n’admet point un autre usurpateur ;

Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne,

Malgré le choix d’en haut, m’en a su rendre indigne.

Et toi, de mes exploits glorieux instrument,

Mais d’un corps tout de glace inutile ornement,

Jadis, tant à craindre de ces précieux sens,

M’as servi de parade et aujourd’hui m’offense,

Je quitte désormais le monde des humains,

Passe et trépasse pour des jours sans lendemain.



Et que Pierre Corneille me pardonne

De plagier son œuvre sans vergogne...




vendredi 22 janvier 2016


Une noisette, un constat (à l’amiable)

 

Régime permanent pour garder la banane

 

 



Du haut de son arbre (un Acer Saccharinum pour faire simple et précis), votre ô combien fidèle serviteur observe, scrute, examine, zieute (merci le dictionnaire des synonymes), heure après heure, la journée (voire la nuit) extraordinaire d’un bipède ordinaire.

Hé bien, croyez moi, ça vaut le détour avec un paquet de noisettes (646 calories pour 100 grammes).

"Il est doux, il est bon, sa parole est sereine" (coucou Salomé & Jean) et son matin est radieux. Comme un gai pinson, notre humanoïde matinal allume sa radio et entend "Selon une étude scientifique, trop manger lors du petit déjeuner serait en réalité nocif pour la santé". Imaginez la tête de notre cher homme (ou femme, respectons la parité) alors qu’il a déjà avalé 2 tranches de jambon, 2 œufs sur le plat, 8 tartines, 1 yaourt et qu’une pomme se prépare à être croquée (aucun sens subliminal, merci) !

Allumons la télé. Parfait, c’est la revue de presse... sur les dangers de la surconsommation de... fromages !! L’équivalent d’une drogue dure, le nouveau narcolactotrafic du 21° siècle ! Un choc, double même, comment va t-il pouvoir continuer à essayer de charmer sa fromagère s’il ne peut plus s’acheter quotidiennement 3 camemberts, 1 roquefort et du gruyère ? C’est râpé !

Surtout pas de baisse de régime au baromètre du moral, allumons l’ordi pour découvrir les nouveau emails :
1er email : "Comment perdre des kilos après des repas trop copieux"
2° email : "Une cure de detox pour retrouver la forme"
3° email : "Surcharge pondérale ? Et si on parlait régime ?"
4° email : "Faut-il boire autant de lait de vache ?"

Plus besoin de chat pour détruire la souris ! La queue a été arrachée avant la lecture du 5° email, et peut-être, sous la pression d’une transpiration excessive malgré les – 3° affichés à la station météo (achetée suivant le conseil d’un spécialiste pour gérer préventivement les écarts de température). 

La situation étant grave mais non désespérée, je vous fais grâce de la journée de travail qui en a suivi, entre dossiers incompréhensibles et les pauses café (devant les machines avec l’inscription que l’abus de sucre est dangereux) où les questions sur la répercussion d’un régime alimentaire permanent sur la perception ressentie de l’harmonie psycho-spirituelle sont largement discutées.

Sans parler du déjeuner à la cantine où, exceptionnellement, le dernier nutritionniste à la mode intervenait pour expliquer le rôle essentiel des enzymes digestives à condition de manger lentement (et ce malgré les 15 minutes octroyées pour la collation). Bref, un repas copieux entre macromolécules, recyclage des biomolécules, peptidases, chymotrypsine, oligosaccharides, lactose...

Avant de rentrer chez lui, notre Homo sapiens fait un détour chez l’épicier, en réalité une GMS (Grandes et Moyennes Surfaces et non Groupement de Missiles Stratégiques) afin de s’approvisionner pour respecter les 5 fruits et légumes par jour : 1 carotte, 1 pomme de terre (cuite selon les ultimes recommandations sanitaires) 1 feuille de salade, 1 grain de raisin et 1 pruneau (sans devenir marron).

Passage à la boîte aux lettres où un prospectus a été glissé pour améliorer ses performances intellectuelles (mais pas seulement...) grâce à une pratique de sport quotidienne (enfin, moyennant un stage facturé) sachant que les 2 heures de transport + l’ascension des marches + la course entre les différents services de l’entreprise, ne sont pas pris en compte. Faudrait pas abuser mon bonhomme ou ma brave dame !

Enfin chez soi ! Tentative de relaxation entre les corvées du ménage et la conversation familiale sur le dernier programme santé détoxiquant qui fait fureur...juste avant de recevoir à 21h35m48s un SMS sur les risques d’apnée du sommeil... 

Si cette lecture vous a épuisé, votre sciuridae préféré (n’ayons pas peur des mots) va vous aider à retrouver sérénité après ces quelques conseils :
  • Après une bonne nuit (rappel : ne jamais se mettre sur le côté droit, ni sur le côté gauche, ni sur le dos, ni sur le ventre), faites attention de ne pas glisser dans la salle de bain. Au besoin, n’utilisez pas d’eau, moins de risque de déraper.
  • Mangez léger au petit dej sinon vous allez grossir.
  • Dans la voiture, prenez soin de bâillonner les passagers et mettez vous à poil afin que les vêtements ne puissent pas gêner votre conduite.
  • Dans la journée, ne respirez pas trop car vos poumons risquent d’avaler des particules (sans noblesse) et économisez l’énergie de vos glandes salivaires en parlant le moins possible.
  • Le soir, couchez vous de bonne heure, ne regardez pas la télé et ne lisez pas non plus, ça abîme la vue.
  • Bien entendu, pas de sport en chambre pour ne pas endommager votre rythme cardiaque.
Voilà, très belle journée à vous tous et surtout gardez le moral pour votre santé.


mardi 12 janvier 2016


Une noisette, une interview

 
 

Graziella Nardini

"J’ai acquis la force de me battre dès mon plus jeune âge"



Myopathie. Diabète. Cancer
Assistance respiratoire. Invalidité à 100%
C’est le chemin de vie d’une femme, celui de Graziella Nardini. Derrière chaque souffrance, elle a un rêve, celui de voyager. Comme aurait dit Antoine de Saint-Exupéry, "le voyage n’est pas parcourir le désert, de grandes distances, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure". Mais pour que cette baignade de l’esprit se réalise, il faut à Graziella, un camping-car aménagé. Et des aides.



1 – Graziella, il est difficile et délicat de résumer votre parcours. Mais vous, pouvez-vous nous dire qu’elle est votre existence à bientôt 57 ans ?
Aujourd'hui mon seul objectif est de profiter de chaque moment que la rémission me permet de déguster. Je savoure les heures, les minutes qui défilent, chaque seconde est précieuse lorsqu'on vit avec une épée de Damoclès au dessus de sa tête en permanence. Le temps passe tellement vite que j'en ai raccourci mes heures de sommeil. Tous les 6 mois je dois subir un scanner de contrôle pour surveiller mon cancer. Dans le mois qui précède cet examen, une terrible angoisse commence à m'envahir d'images des terribles moments vécus lors de la découverte de ce cancer fin 2012. Cette angoisse atteint des sommets lorsque mon cancérologue me fait entrer dans son cabinet pour consulter les clichés du scanner, et là, je guette la moindre expression de son visage en attendant le résultat. Le dernier scanner date de septembre 2015. Je suis en sursis pour le moment, mais pour combien de temps.... Je dois aussi gérer la trachéotomie quotidiennement, car de temps en temps le petit tuyau de 8mm, implanté dans ma trachée, se bouche, ce qui a pour conséquence de m'empêcher de respirer, et si je n'ai pas quelqu'un près de moi qui intervient immédiatement, avec un appareil médical adapté à cette pathologie, je meurs par étouffement.

Une journée type commence à 8h par l'arrivée de l'infirmière qui me fait les soins pour le diabète, la trachéotomie et l'anticoagulant. Puis on enchaîne avec les aides-soignantes qui viennent faire ma toilette et me lever. Arrive ensuite la kiné et enfin, je peux me poser un peu avant le déjeuner. Mes journées sont intenses et souvent on me dit : "mais comment tu fais pour être en forme comme ça !".

2 – Quelles sont les personnes qui vous permettent de continuer votre combat ?
Dans ma vie, j'ai eu l'immense chance de rencontrer deux personnes formidables, sans lesquelles j'aurais été placée dans une structure médicalisée. En effet, mon père est décédé en 1975 d'un infarctus, ma mère étant elle-même myopathe est décédée de cette maladie en 2001 et mon frère lui aussi étant myopathe, le reste de la famille dans ces cas là, abandonne le navire. Que ce soit les oncles, les tantes etc....

J'ai rencontré mon amie Leila, qui était aide-soignante à l'époque, il y a 34 ans. Elle m'a permis de réaliser un de mes rêves : vivre dans le sud près de la mer. Elle a fait construire une maison, dont elle m'a donné,  pour la réalisation du plan, entièrement carte blanche. Leila est tombée gravement malade et en 1992, le hasard m'a permis de rencontrer son amie et compagne Monique, qui à l'époque était chauffeur de bus à Paris. Elle a tout quitté pour s'occuper de moi 24h/24h. Sans ces deux personnes, qui m'offrent une qualité de vie aujourd'hui inégalée, je ne serais sûrement plus de ce monde. 


3 – Comment faites-vous pour ne pas sombrer, quelle est cette force intérieure qui vous parle quotidiennement ? Une volonté plus forte que tout ?
Une de mes nombreuses passions est la musique. Je compose beaucoup sur mon ordinateur avec un logiciel dédié. Je fais aussi des montages vidéos, de la retouche photo, on peut faire tellement de choses avec un ordinateur, Sinon, j'adore sortir, aller au cinéma, me promener au bord de la mer. Bref, j'ai beaucoup de mal à rester en place. Cela m'évite de penser, d'avoir des idées noires et de m'apitoyer sur mon sort. Sinon c'est invivable comme situation, je dois impérativement occulter cette idée, qu'à tout moment je peux disparaître.

Je crois que cette force de me battre, le l'ai acquise dès mon plus jeune âge. Avant d'être en fauteuil roulant, j'ai marché un peu, avec d'énormes difficultés à monter et descendre les marches, me relever, m'asseoir, je tombais souvent, ma démarche était claudicante avec une allure extrêmement cambrée et très tôt, j'ai été confrontée au regard des autres, à la moquerie des enfants à l'école, aux réflexions des parents qui disaient à leurs gamins : "ne t'approche pas d'elle, tu vas attraper sa maladie ». Je n'en parlais à personne. Toutes ces épreuves vous amènent à vous forger une carapace blindée à toutes informations négatives.

4 – Lorsque les sens sont touchés par le handicap, quel est celui qui reste pour donner l’envie de vivre ?
L'amour de mes proches, mes deux petites caniches qui me donnent tant de bonheur, assister à de magnifiques couchers de soleil face à la mer, sentir l'odeur des pins l'été, écouter le chant des cigales, des choses toutes simples que l'on ressent quand la vie vous rappelle sans cesse, que chaque instant de notre existence est si précieux. 

L'amitié est quelque chose de très important pour moi. J'aime recevoir des amis et faire en sorte de passer de très bons moments avec eux et qu'ils se sentent bien, partager un bon petit repas, des discussions tardives jusqu'au bout de la nuit, mais ce qui me motive par-dessus tout, c'est cette envie d'accomplir un tour du monde en camping-car. Pendant ces longs mois passés à l'hôpital, je m'évadais en pensant à ces voyages.

5 – Votre cas est exceptionnel en nombre d’entraves. Quel est le message que vous pouvez apporter aux personnes rencontrant des situations de grande détresse ?
Encore une fois, l'entourage est un facteur déterminant lorsque l'on est confronté à une situation extrême qui nous touche dans notre corps, dans notre âme et dans la vie tout simplement.

Je ne vais pas vous mentir en vous disant que je ne suis pas passée par des moments de doutes, de désespoir ou toutes autres pensées sombres. Mais l'envie de vivre, de m'accrocher même à 0 chance de m'en sortir a été plus forte que tout. Sur 7 anesthésistes, les 7 étaient contre l'opération, les médecins me déconseillaient fortement cette intervention car ils n'avaient aucune référence sur mon cas. Et finalement j'ai subi trois chirurgies en six mois et je suis toujours là. Moralité, tant que l'on est en vie, il faut n'écouter que son instinct, se battre, pour soi, pour tous ceux que l'on aime et y croire jusqu'au bout. Je suis un peu comme Saint-Thomas : "je ne crois que ce que je vois" lol ! Et preuve en est, si j'avais écouté ceux qui me préconisaient de ne rien faire et attendre que le cancer me ronge à petit feu, je ne serais plus de ce monde. J'ai joué ma vie à pile ou face !

6 – Et comment réagissez-vous face à celles et ceux qui se lamentent à la moindre petite défaillance ?
Vous savez, dans un premier temps je me dis : "si tu étais passé par où je suis passée....." et puis finalement je pense que les personnes qui ne sont pas confrontées à ces événements ne peuvent pas réagir de la même façon, ni même imaginer le calvaire que l'on vit au quotidien. La souffrance morale est souvent bien plus néfaste que la douleur physique. La douleur, j'ai appris à vivre avec depuis mon plus jeune âge, je la côtoie tous les jours, donc je m'y suis habituée. Si je devais vous énumérer la liste de mes maux ou de mes frayeurs journalières, la vie serait impossible pour moi.

7 – Vous avez un rêve, celui de voyager. Pour découvrir, partager. Mais la seule possibilité que vous ayez est de vous déplacer en camping-car aménagé. Comment peut-il devenir réalité ?
J'ai besoin d'un véhicule sur mesure, qui soit adapté et fonctionnel pour transporter tout mon matériel médical et me déplacer dans tous les pays en parfaite autonomie. Pour cela j'ai créé une cagnotte sur ce lien

Il est bien évident que ce projet à un coût : environ 60.000€ pour ce camping-car. Donc chacun peut verser ne serait-ce qu'un euro ! C'est entièrement anonyme et sécurisé.

8 - Enfin, pour mieux vous connaître, le traditionnel questionnaire...

  • Un roman : Pour l’amour, de Marie Salat
  • Un personnage : Paul Watson
  • Un(e) écrivain(e) : Régine Desforges
  • Une musique : Bagdad Café
  • Un film : Beignets de tomates vertes, de Jon Avnet
  • Une peinture : Le pont d’Argenteuil, de Monet
  • Une photographie : Kim, la jeune vietnamienne fuyant le napalm
  • Un animal : Le dauphin
  • Un dessert : L’île flottante
  • Une devise/une citation : quand on veut, on peut






jeudi 7 janvier 2016


Une noisette, une pensée

 

"Le sourire que tu renvoies revient vers toi"

(Proverbe hindou)

 

Temps qui passe devant soi
Temps qui repasse en soi.

Amertume du moment
Nostalgie d’un instant.

Soudain, dans sa tête, les paroles de Nilakantha, le père de Lakmé, dans l’opéra de Léo Delibes :

 
"Lakmé, ton doux regard se voile
Ton sourire est attristé
Comme on voit pâlir les étoiles"
 
Ces étoiles que l’on aime tant. Pour leur beauté, leur mystère, leur clarté pour une nuit lactée... Lumière qui brille et donne la force de croire en une destinée, passée, présente, future.

Lever les yeux, regarder. Admirer. Parce qu’à l’instar de Lakmé, on veut dans ses yeux revoir le ciel et retrouver le sourire.



Le sourire, interface des émotions, expression positive. Il est inné et universel.

Un remède aussi. Qui n’a pas souri pour contenir ses larmes... Qui n’a pas souri pour apporter du baume à un cœur blessé... Qui n’a pas souri pour rompre un silence assourdissant... Qui n’a pas souri pour apprivoiser l’inconnu... Qui n’a pas souri pour apaiser une tension naissante...

Toujours sourire, le soir, le matin. La nuit aussi, pour faire jaillir les étoiles des rêves.

Narguer le chagrin par un sourire.
Désarmer l’ennemi par un sourire.

Le sourire, c’est son propre arc-en-ciel sous la pluie.
 
 
 
 
 
 
 




jeudi 24 décembre 2015

Une noisette de fin d'année





Noël. Une fête religieuse pour certains, une journée unique pour se rassembler, une journée de joie à partager.

Noël. Une journée comme d'habitude pour d'autres, une journée de tristesse et de solitude, une journée à oublier.

Mais comme pour "la rose et le réséda, framboise ou mirabelle, flûte ou violoncelle, alouette ou hirondelle" que cette période de Noël apporte un peu de sérénité et d'espoir, une douce brise d'unité au-delà de tous les clivages.

Et surtout n'oublions pas les blessés de la vie pour qui chaque jour est une épreuve, un combat à mener, des fantômes du passé à effacer.

Lumière dans vos cœurs et puissent les ténèbres s'illuminer pour des jours meilleurs.

Je vous embrasse avec toute mon affection,
Squiri


dimanche 20 décembre 2015


Une noisette, une auteure

 

Isabelle Horlans



(Crédit photo : C à vous - France5)



Le génocide rwandais, la chute du Mur de Berlin. Elle y était. Reporter au cœur des événements, Isabelle Horlans est aussi et avant-tout une journaliste judiciaire, les prétoires n’ont plus de secrets pour elle.

Un jour, un soir, Isabelle Horlans, a pris la plume, pour raconter. Raconter ce qu’elle a vu, ce qu’elle a vécu. Sans jamais juger, ce n’est pas son rôle, elle en a parfaitement conscience. Par son écriture, elle nous fait découvrir des faits que l’on ignore, parfois, souvent, et nous amène à diverses réflexions.

Le 12 janvier prochain sortira un livre co-écrit avec sa collègue Valérie de Senneville : "Les grands fauves du barreau" aux éditions Calman-Lévy. L’occasion de revenir sur les trois ouvrages principaux de cette auteure aux multiples talents.


Les diaboliques d’Urcel – Editions J'ai Lu /  Scènes de Crimes – 2007

Le titre rappelle le film de Georges Clouzeau. La teneur est identique, cet ouvrage se lisant comme un roman avec une réalité qui dépasse la fiction.

Le mari de Ginette Daussy a été assassiné. L’épouse, comme la fille Paula qui adorait son père, semblent bouleversées. Rapidement, le procureur classe l’affaire sans suite. Mais, mais, l’un des assureurs de la victime va tout faire pour que l’histoire rebondisse. C’est le début de la course à la vérité sur fond de découvertes machiavéliques.
 

Les Sanguinaires – Editions Denoël – 2014

L’île de Beauté. Dans le Golfe d’Ajaccio, l’archipel des Sanguinaires, un lieu où le passé est chargé de mystère, un lieu baigné par cette lumière pourpre qui semble parfois ensanglanter ce paysage mirifique.

C’est l’un des cadres où se déroule une partie de ce thriller aux rebondissements multiples. L’héroïne s’appelle Jeanne, une journaliste de terrain, solide comme un roc mais qui va se retrouver mêlée à une affaire politico-judiciaire à faire frémir les plus aguerris. Récit tellement haletant qu’on ne peut décrocher même si parfois on est à bout de souffle. Au fil des pages, on ne peut que ressentir une grande compassion pour Jeanne, cette amoureuse, cette battante qui devra lutter en sortant ses griffes tout en surmontant ses peines.

L’amour (fou) pour un criminel – Editions du Cherche-Midi – 2015

L’amour n’est pas qu’enfant de bohème, il peut-être aussi source de folies.

Des femmes, jeunes ou plus âgées. La majorité d’entre elles ont une vie de famille, une situation, de l’argent. Mais il leur manque quelque chose... l’amour. Soudainement ou progressivement, elles vont devenir amoureuses... de criminels. La plupart vont essayer de nouer une relation intense sans jamais les avoir rencontrés, simplement à la lecture des journaux ou via les reportages télévisés.

C’est ce phénomène, qui ne date pas d’aujourd’hui (Landru avait reçu de nombreuses demandes en mariage) mais qui reste peu connu, qu’Isabelle Horlans va narrer, après des mois et des mois d’enquête. Elle restitue, selon les circonstances, les divers cas rencontrés et essaie d’analyser ces parcours atypiques où l’on aime à perdre la raison.

Sur ce dernier opus, retrouvez l’interview d’Isabelle Horlans ici

 


jeudi 17 décembre 2015


Une noisette, un livre

 

Renaud, Paradis perdu

Par Erwan L’Éléouet


 


"Mon paradis perdu c’est mon enfance

A jamais envolé, si loin déjà

La mélancolie s’acharne, quelle souffrance"


En 2006, par cette chanson, Renaud exprime avec réalisme son état d’esprit. Nostalgique à jamais de son enfance, doué d’une faculté d’écriture avant même d’atteindre ses 10 ans, une fragilité qui automatiquement entraîne une sensibilité à fleur de peau.

Très jeune, il est de tous les combats. Il rêve de devenir acteur, il deviendra l’un des chanteurs préférés des Français. Mais le succès a un revers, celui d’être connu et surtout d’être reconnu. Étant d’une grande simplicité, il va le vivre difficilement. Tout comme le fait de gagner beaucoup d’argent. Une sorte de paradoxe ambulant à supporter sur ses épaules et encore plus dans sa tête.

Erwan L’Éléouet (1) qui avait dressé un portrait du chanteur en 2012 dans le cadre de l’émission "Un jour/un destin" diffusé sur France2, signe une biographie de Renaud riche en détails, privilégiant le côté psychologique. Pour s’assurer de peindre un portrait aux couleurs du chanteur, le journaliste a enquêté de longs mois auprès de ses proches. Si bien, qu’au fil des pages, on a l’impression d’entrer dans l’univers intime de Renaud. De revivre son enfance tranquille auprès des siens, d’être sur le bord de la plage lors de sa rencontre avec Patrick Dewaere, de partager un grand moment lors du coup de foudre entre Renaud et Dominique, d’être dans la salle quand il débuta au Café de la Gare. On partage ses joies, ses peines, ses idéaux, ses déceptions.

Qui n’a pas eu ce ressenti à un moment ou à un autre :

"J’ai la vie qui m’pique les yeux

Dans ma tête, j’crois bien qu’il pleut

Dans ma peau y’a qu’du chagrin"

Très peu d’entre-nous... Ce pourquoi le personnage de Renaud est terriblement attachant et ce livre qui lui est consacré a le mérite (et pas le seul) de conforter les sentiments que l’on a envers l’artiste mais aussi envers l’homme.

Chapitre après chapitre, on se plonge dans l’univers de Docteur Renaud et Mister Renard, c’est à dire "un côté blanc, un côté noir", un Balzac des temps modernes, avec les illusions perdues, comme l’a chanté aussi Brassens, le héros de Renaud grâce à son père Olivier Séchan.

Vous l’avez compris, que vous soyez fan ou non de l’interprète de "Morgane de toi", cette biographie d’Erwan L’Éléouet est à ne pas laisser béton. Pourquoi ne pas la réserver vers le soir, quand tout est plus calme. Pour faire un peu de silence entre quelques phrases. Vous entendrez peut-être alors les notes d’un piano et une voix qui finalement vous dit :

"Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie

Et l’aimer même si le temps est assassin"
 
 
 
 
Renaud, Paradis perdu - Erwan L'Éléouet  - Editions Fayard - Novembre 2015
Disponible depuis le 16 février 2017 au format poche aux Editions Points

(1) L'interview d' Erwan L'Éléouet est à retrouver ici
 



lundi 14 décembre 2015


Une noisette, une découverte


 


Café littéraire pour infusion de vocables

 
 
 



Votre fidèle serviteur au pelage doré cuivré a trouvé récemment une noisette positive dans les environs de son arbre : une médiathèque qui propose, tous les deux mois, une rencontre littéraire autour d’un café (ou d’un thé) avec quelques douceurs à grignoter. Samedi matin, je partais d’une branche impatiente à la découverte de ce rendez-vous.

L’accueil était à la hauteur de mes espérances, simple et convivial. Fauteuils confortables et petites tables pour y déposer son café et ses livres préférés. Que demander de plus !

Le maître de cérémonie ouvre la séance, sans tambours ni trompettes (oui, je sais, le contraire eut été étonnant). On ne s’attarde pas (je craignais cette sempiternelle mode de présentation individuelle qui me hérisse les poils), on passe directement au partage de nos noisettes littéraires préférées mais, attention, avec la liberté totale de critiquer.

Même si je m’attendais à des discussion de haut niveau, j’ai été impressionné par la teneur hyper professionnelle de ces admiratrices et admirateurs de la littérature. Le tout enrobé d’un respect total pour les opinions des uns et des autres avec un dénominateur commun : la courtoisie.

Derniers prix, romans, essais, nouvelles ou plus anciennes parutions, excepté la bande-dessinée, tous les genres ont été pratiquement représentés et, par extension, on déborde forcément sur l’actualité. Cette actualité sanglante, en France et de par le monde, qui reste dans nos esprits. A l’unanimité, nous étions d’accord sur un point : ne jamais oublier et essayer de comprendre l’incompréhensible. Car « comprendre ne signifie pas forcément approuver mais mieux anticiper ce qui peut arriver ». Bon, coucou les dirigeants et autres décideurs, si vous pouviez nous entendre...

Afin que vous puissiez faire votre choix, je vous laisse la longue liste (par ordre de présentation) des ouvrages proposés et commentés (pour ma part, j’en avais sélectionné 4 mais je n’en dis pas plus...).

Mathias Enard – Boussole – Actes Sud

Hédi Kaddour - Les Prépondérants – Gallimard

Axel Kahn – Entre 2 mers, voyage au bout de soi – Stock

Sophie Chauveau – Manet le secret – Télémaque

Valérie Clo – La tyrannie des apparences – Buchet/Chastel

Sophie Divry – Quand le diable sortit de la salle de bains – Noir sur Blanc (1)

Héléna Marienské – Les ennemis de la vie ordinaire – Flammarion

Philippe Vilain – Une idée de l’enfer - Grasset

Antoine Choplin – Apnées – La Fosse aux ours

Antoine Choplin – Une forêt d’arbres creux – La fosse aux ours (2)

Jean Echenoz – Un an – Minuit

Philippe Claudel – Le rapport de Brodeck – Stock

Paul Lynch – La neige noire – Albin Michel

Yasmina Khadra : La dernière nuit du Raïs - Julliard

Mohamed Albichari – Le cauchemar lybien - Favre

David Thomson – Les Français djihadistes - Les arènes

Sarah Briand – Simone, éternelle rebelle – Fayard

Erwan L’ Éléouet – Renaud, Paradis perdu – Fayard

Carole Martinez – La terre qui penche – Gallimard

Philippe-Joseph Salazar – Paroles armées – Lemieux

Lionel-Edouard Martin – Mousseline et ses doubles – Le Sonneur

Carole Trébor – U4 – Syros-Nathan

Catherine Howe – Conversion – Albin Michel

Serge Brussolo – Les prisonnières du pharaon – Le Livre de Poche

Marceline Loridan-Ivens – Et tu n’es pas revenu – Grasset

Toni Morrison – Délivrances – Christian Bourgois

Pino Cacucci - Viva la vida - Christian Bourgois

Alice Zeniter – Juste avant l’oubli – Albin Michel (3)

Judith Perrignon – Victor Hugo vient de mourir – L’Iconoclaste

Patrick Roegiers – L’autre Simenon – Grasset

Isabelle Monnin – Les gens dans l’enveloppe – JC Lattés

Grand Corps Malade – Patient – Don Quichotte

  1. Critique unanime : grinçant/émouvant/drôle
  2. Critique unanime bis : à oublier, "la plus grande émotion est le regard du phoque"
  3. Note qui a résonné : "résister avec un crayon ne date pas d’aujourd’hui"


Et maintenant, non pas qu’allez vous faire mais choisissez ce que vous voulez ! Quant à votre serviteur, il attend le prochain rendez-vous fixé le 13 février prochain. En attendant, bonne lecture à toutes et à tous car n’oublions pas cette madeleine "La lecture est une amitié" dixit Marcel Proust.

http://mediatheque.coeurdubocage.fr/coeurdubocage.fr/index/index/id_profil/10











lundi 7 décembre 2015


Une noisette, un coup de griffe

 
 

 

Autant en emporte la politique

 

En cette actualité de COP21, les perturbations politiques risquent d’accélérer fortement le changement climatique de la douce France.
Après de nombreux combats, du sang versé, des vies sacrifiées, la noirceur du brun avait fini par laisser place à un ciel plus clair. Ensoleillé même. 

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes... Mais comme dans la chanson, le vent du nord emporte les souvenirs.

Tout commence par une brise marine, qui un jour, peut se transformer en ouragan et provoquer une tempête aux dégâts peut-être irréversibles.

Aujourd’hui, autre époque, autre contexte. Mais mon ciel est gris cendré. Les flammes d’un possible renouveau se sont éteintes pour ne laisser qu’une odeur de brûlé.

Que les représentants politiques ne crient plus au démon, qu’ils n’essaient plus, par des paroles, de le pourchasser pour en faire une victime. Comprenez enfin les raisons de sa puissance et ensuite combattez le dignement, ensemble, en laissant vos motivations personnelles sur le bord de la route pour éviter que nous plongions tous dans le caniveau. Ecoutez cette France qui souffre. Osez prendre des mesures concrètes que le peuple attend depuis si longtemps. Pendant qu’il en est temps encore...














jeudi 3 décembre 2015

Une noisette, une interview

 

Clarence Rodriguez

 

"La femme saoudienne me donne chaque jour une leçon d'humilité et de persévérance"


Clarence Rodriguez vit depuis 10 ans en Arabie Saoudite. Elle est la seule journaliste à être accréditée comme correspondante permanente pour différents magazines et médias. Elle est l’auteure de "Révolution sous le voile" paru en 2014 aux éditions First et vient de réaliser un documentaire "Arabie Saoudite, paroles de femmes" qui sera diffusé le 8 décembre à 21H45 sur France5 dans l'émission "Le Monde en face".

 
1 – Ce documentaire, co-réalisé avec Bernard Cazedepats, est un peu la retranscription par l’image des situations et des combats évoqués dans votre livre ?
Pas tout à fait ! Vous retrouvez seulement deux personnages du livre Madeha, et Hoda. J'ai voulu présenter une société de femmes actives la plus représentative même si elle n'est pas exhaustive.

 2 – Parmi les nombreux portraits de femmes, il y a celui de Madeha Al Alasjroush, une des premières militantes pour "le droit au volant". Quel est le parcours de cette saoudienne ?
Madeha a étudié aux Etats-Unis où elle a obtenu son diplôme de psychothérapeute. Elle est également passionnée de photographie. Madeha fait partie des 47 militantes saoudiennes a avoir bravé l'interdiction de conduire en novembre 1990 et pour ce fait elle a été arrêtée par la police religieuse. C'est une militante de la première heure.
 
3 - Conduire pour une femme est toujours strictement interdit dans le royaume wahhabite ? Oui, compte tenu de la situation délétère dans le royaume, la conduite des femmes n'est pas une priorité.  Les militantes au droit de conduire ont mis "le pied sur le frein" surtout après les arrestations de Loujain et Maysaa en novembre 2014. Les deux saoudiennes ont en effet  passé deux mois et demi en prison pour avoir osé prendre le volant à la frontière entre les Emirats Arabes  Unis et l'Arabie Saoudite. 

4 – Et puis, il y a la basketteuse Lina Almaneena. Le sport est-il un catalyseur pour unir/réunir la force des femmes ?
Le sport féminin en public est interdit en Arabie Saoudite. Lina a fondé le club "Jeddah United" dans la douleur. Mais grâce à sa pugnacité, sa persévérance et surtout les aides de son père et de son mari, elle est parvenue à faire de ce club, une véritable vitrine, une référence du sport à Jeddah.

5 – Ce documentaire a nécessité 6 années de tournage. Avez-vous eu à vous confronter à la censure ou pas du tout ?  
Entre le moment où j'ai eu l'idée de réaliser ce documentaire et le moment où nous l'avons réalisé avec Bernard, six années se sont écoulées. Sinon, nous avons tourné et suivi nos héroïnes durant un mois de Riyad à Jeddah... Aucune censure. En revanche nous n'avons obtenu l'accréditation deux jours avant la fin du tournage. Nous avons pris des risques, nous les avons assumés. Mais tout s'est bien passé.

6 – Existe-t-il officiellement des associations pour le droit des femmes ? Des hommes aident-ils à lever le voile ?  
Sans les hommes, les femmes que nous avons rencontrées n'auraient pas accepté de témoigner à visage découvert. Il existe des hommes "progressistes" qui souhaiteraient que les femmes occupent une place plus importante dans la société.

7 – En 2011, le roi Abdallah accorde le droit de vote aux femmes. Depuis janvier 2015, c’est le roi Salmane qui est à la tête du royaume. La monarchie est-elle prête à favoriser l’émancipation des femmes ? Doit-elle faire face, encore et toujours, aux autorités religieuses ?
Le roi Salman poursuit la politique menée auparavant par son demi frère feu le roi Abdallah. Mais le contexte géopolitique a évolué, changé. Le royaume traverse des turbulences.  Les autorités saoudiennes doivent affronter Daesh et les jihadistes saoudiens qui reviennent d'Irak ou de Syrie pour semer le chaos dans le royaume.  L'Arabie Saoudite est également engagée dans les coalitions au Yemen et en Syrie. 

8 – Eternelles mineures, 900 candidates vont pourtant entrer en lice le 29 novembre pour les élections municipales du 12 décembre. Un paradoxe ou bien un message du pays pour donner une image plus positive ?
Cela fait partie de la politique des "petits pas"... C'est une avancée pour les femmes qui ont attendu dix ans avant de participer à ces élections. Il est évident qu'il ne faut pas s'attendre à un séisme électoral et pour cause ! La population saoudienne n'a pas la culture des élections. Il faudra encore attendre quelques années pour être éduqués.

9 – Par extension, si Raif Badawi est gracié, ce serait une mesure pour effacer les autres atteintes aux droits de l’homme, ou bien le début d’une ouverture politique ?  
Concernant ce dossier brûlant, les autorités saoudiennes ont déjà fait savoir qu'elles ne souhaitaient pas que l'on s'immisce dans leurs affaires internes. Elles n'agiront jamais sous la pression. 

10 – Par rapport à vous, j’ai choisi cette photo pour illustrer l’interview parce qu’il me semble que le chapeau a une signification particulière ?
Depuis une vingtaine d'années je porte le chapeau. Lorsque je suis arrivée en Arabie,  en août 2005, j'avais décidé de ne jamais porter le voile. Considérant que le chapeau, couvre mes cheveux. En dix ans, je n'ai jamais essuyé la moindre réflexion. Ce chapeau est devenu un signe distinctif. Pour de nombreux saoudiens, il m'appelle "La française au chapeau".

11 – C’est traditionnel, le petit quizz pour en savoir davantage...
  • Un roman : "le voyage dans le passé" de Stefen Zweig   
  • Un personnage : Mandela
  • Un(e) écrivain(e) : Stefen Zweig et Romain Gary
  • Une musique :  La pavane de Gabriel Fauré
  • Un film :  Invictus
  • Une peinture : Guernica
  • Une photographie : Une photo que j'ai prise lors du tournage du documentaire. Une saoudienne au bord de la falaise scrute l'horizon, elle porte son voile au-dessus de sa tête. Impression qu'elle va s'envoler vers la liberté...
  • Un animal : Un cheval
  • Un dessert : Tarte au citron
  • Une devise/une citation : "Je n'ai qu'une seule ambition, ne pas plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde c'est plaire à n'importe qui. "​ Sacha Guitry 

Merci Clarence Rodriguez . Je vous laisse terminer cet entretien pour exprimer votre sentiment après de longs mois de tournage avec vos doutes mais vos espoirs aussi : 

Toutes ces femmes rencontrées à l'occasion de ce documentaire, ou que je côtoie au quotidien forcent le respect. Elles me donnent chaque jour des leçons, d'humilité et de persévérance. En vivant à leur côté, je me dis que je n'ai pas le droit de me plaindre".


"Arabie Saoudite, portraits de femmes"  documentaire co-réalisé par Clarence Rodriguez et  Bernard Casedepats – Mardi 8 décembre 2015 à 21H45 sur France5

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