vendredi 27 août 2021

 

Une noisette, un livre
 
Mohican
Eric Fottorino

 


Brun Danthôme se meurt. Il sait pourquoi la maladie l’a rejoint mais ne pourra l’avouer ouvertement à son fils Brun qui a toujours été opposé à produire avec les armes massives de la destruction agricole : herbicides, pesticides et divers produits appelés artificieusement « phytosanitaire », la bonne garantie pour un empoisonnement à long terme. Au cours des mois qui lui restent à vivre les relations entre le père et le fils vont s’améliorer car Brun a conscience qu’il doit livrer les racines du passé pour qu’un tronc continue d’épanouir quelques branches sur cette terre jurassienne qu’il a tant labourée et, malgré les apparences, aimée par-dessus tout.  C’est sans compter sur la visite d’un commercial passablement arrogant pour inciter le sieur Danthôme à signer un accord rémunéré pour l’implantation d’éoliennes. A partir de ce jour Brun ne va cesser d’être un Don Quichotte pour la sauvegarde de la nature, peut-être le dernier des Mohicans pour protéger l’âme de la terre et de ses habitants : les humains, les animaux, les végétaux.

Sortir de sa condition de paysan par le progrès. Brun, celui qui y croyait, Mo celui qui n’y croyait pas. Pourtant tous deux aimaient la belle, cette terre semblant éternelle devant les mortels. Prisonniers du dieu de la rentabilité et du mépris des soi-disant savants, Brun montait à l’échelle pendant que Mo surveillait d’en bas. Tous les deux étaient fidèles car sous la grêle, fou est celui qui fait le délicat. Mais du haut de cette chimique citadelle et des vilains bras de l’éolienne, l’un tombera et l’autre combattra. Rebelle en haut du Jura.

Eric Fottorino s’est transformé en un compositeur sur-mesure pour écrire cette histoire, véritable ode à la nature et magnifique hommage à ces paysans qui sont les premières victimes de cette agriculture devenue industrielle au nom du bien pour tous. Un chant de la terre pour redonner sens à la vie et envoyer un salut d’espérance. Exactement comme les propres mots de Gustav Malher « La terre bien-aimée » lorsqu’il vagabonde dans la montagne pour trouver, retrouver la paix.

Mais bien plus que Malher, c’est Virgile qui est à l’honneur dans cette histoire du souci de la terre et de la fragile condition du vivant, des vivants. Tel le poète latin, l’écrivain du XXI° siècle a le souci du détail, du bourdonnement de l’abeille aux sillons des champs, du vol de la cigogne à l’écrasement du gypaète, du regard d’Isidore aux mains de Mo et porte une longue réflexion sur comment habiter la terre, les soins à lui apporter et pourquoi ces dérèglements ; le paysan étant loin d’être responsable de la destruction des sols et des écosystèmes.

Emotion intense et difficile de garder les yeux secs tant l’humanité coule à travers les pages grâce à une plume trempée dans une encre empathique.

« Pas besoin de diplôme. Juste de savoir écouter. Et de se souvenir ».

« Le passé vole au secours du présent »

« C’est une belle expression tenir parole »

« Les Soulaillants portent. Portent les blés, les fruits mûrs. Portent les grappes de la vigne. Portent mémoire d’hommes et de bêtes. Portent bonheur, quelquefois. Le temps œuvre et manœuvre. Les animaux, les terres, les arbres, tous portent la récolte, le lait, le raisin, les pêches, l’espérance, la vie, l’eau de vie ».

Mohican – Eric Fottorino – Editions Gallimard – Août 2021

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