Souvenirs d'un médecin d'autrefois

dimanche 30 avril 2017


Une noisette, une interview

 

Jérôme Attal

« J’essaie toujours d’écrire des romans positifs »

 

(Photo © Jérôme Attal)
 

La gentillesse est sa marque de fabrique. Son dernier roman «L'appel de Portobello Road » est sorti de terre le mois dernier et d’autres floraisons enchanteresses sont à retrouver comme « Les jonquilles de Green Park », « Aide-moi su tu peux », « L’histoire de France racontée aux extra-terrestres » : Jérôme Attal
Celui pour qui « si on se débrouille bien, le Paradis est sur terre », celui qui mise tout sur le temps qui passe, celui qui parle de « l’écorce des jours » pour répandre une écume bienfaisante dans l’esprit de chacun de ses lecteurs.
Son talent est un éventail de création, du roman aux nouvelles, des mots aux notes de musique, le tout parfois en chantant. Des phrases douces comme la tendresse et des instants de rêve qui font oublier la réalité du moment.

1 – Ecrivain, parolier, scénariste. Trois plumes différentes pour un seul homme ?
J’ai pourtant toujours la sensation de faire la même chose : écrire. Comme une respiration volontaire. Une maison où l’instinct me porte et me ramène en permanence.

2 – Mais quel que soit l’écrin, l’écriture est une perle pour s’exprimer, une liberté de ton, un moyen de prise de conscience tout en gardant une gamme poétique ?
Oui c’est une question de poésie. Et on trouve davantage de poésie dans l’écriture qui est un territoire plus libre. Il y a aussi de la poésie dans la vie, mais beaucoup d’empêchements. Et souvent, on laisse agir trop de choses sans nous. Dans l’écriture, on se réapproprie une place acceptable. Sans frustrations.

3 – L’enfance semble prendre part beaucoup d’importance dans vos fictions. Etes-vous nostalgique de cette période ? Ou bien est-ce un moyen de continuer la fantaisie dans un monde de grands ?
Comme toutes les personnes qui ont eu une enfance heureuse, j’éprouve un sentiment de réconfort et de tristesse quand j’y pense. Je ne crois pas que ce soit exactement de la nostalgie. Du réconfort à me souvenir d’une infinité d’instants et de moments vécus, et la tristesse qu’il soit techniquement impossible de revivre ces moments. Qu’il n’y ait pas de porte à ouvrir, de numéro de téléphone à composer, de rue à traverser, pour accéder à volonté aux territoires engloutis de l’enfance.

4 – Dessiner ou redessiner le quotidien par l’imaginaire est-ce une force de résistance ?
Oui. Mais c’est aussi une façon de ne pas s’appesantir sur ce qui paraît insupportable. C’est transformer ce qui nous pèse en bouffée d’air. Enfin, en bouffée d’encre, pour le coup.

5 – L’humour également ?
L’humour c’est la moindre des choses. C’est de la politesse. Et c’est aussi une forme de connivence. Un récit où il n’y aurait pas d’humour serait trop péremptoire ou trop égoïste à mon goût. Un roman ce n’est pas un manifeste, ni un monologue les yeux fermés. Il faut toujours chercher la connexion avec le lecteur invisible. Cela se fait par le cœur, tout le temps. Et parfois par l’humour.

6 – Une petite noisette me dit que vous appréciez énormément la culture anglo-saxonne, exact ?
Oui j’ai toujours été très attiré par la culture anglo-saxonne. La musique, la littérature, le way of life. Mon père qui a rejoint les Etats-Unis pendant la guerre en tant que jeune mécanicien dans l’armée de l’air a toujours eu une grande admiration pour tout ce qui venait des USA. La musique, les gadgets. De mon côté je suis très anglais : je bois du thé, j’aime les Beatles et Joy Division, Oscar Wilde et Harry Potter, je me reconnais dans leur élégance et leur humour, j’aime les londoniennes et les sandwichs au concombre, les parcs et les écureuils, et mon rêve est d’être enfermé une nuit entière chez Liberty ou Fortnum & Mason pour y faire du shopping à volonté.

7 – J’ai lu que vous apportez beaucoup d’importance à la peinture, à sa création. L’art, une contemplation mais un refuge également ?
J’ai fait des études d’histoire de l’art. La sensation que procure un tableau est pour moi une émotion très complète. À la fois immédiate et profonde. Comme un coup de foudre amoureux. La fascination, même d’ordre esthétique, ne survient pas par hasard, elle va chercher, solliciter en nous des choses qui nous constituent.
J’aime aussi beaucoup lire les entretiens de peintre. Balthus, Francis Bacon, c’est toujours d’une grande richesse. Ça donne beaucoup d’élan.

8 – Lire est l’un des meilleurs remèdes contre l’anxiété, surtout quand chaque page est un appel (à Portobello Road, entre autres) au rêve, à l’évasion. A quand un remboursement de la Sécurité Sociale sur l’achat de romans positifs ?
J’essaie toujours d’écrire des romans positifs. La vie n’a pas besoin de mon intervention pour être exaspérante, ou créatrice d’anxiétés, alors je n’ai pas envie d’ajouter ma part de ténèbres à une personne qui ouvrirait un de mes romans.

9 – En parlant de financement, vous vous êtes engagé pour sauver la Librairie de Cogolin. Les libraires indépendants sont un peu, beaucoup, passionnément, les passeurs de rêves ?
Oui c’est très important. En tant qu’amoureux des livres, j’ai un tel goût des livres, de flâner parmi les livres, de tomber en ravissement sur une couverture, quelques mots, une tournure de phrase, une page, que ça me fait mal au cœur quand j’entends que des libraires passionnés sont en péril.

10 – Un petit message pour les lecteurs du blog et la famille des écureuils ?
Dans la vie, souvent, on cherche des noisettes et on finit par trouver des noises. Mais si vous êtes aussi agiles et mignons qu’un écureuil, les choses devraient bien se passer.

11 – C’est une tradition sciuridérienne, le petit quizz pour mieux vous connaître encore...

-        Un roman : Charlie et la chocolaterie, de Roald Dahl
-        Un personnage : Basil Lee, le jeune héros d’un cycle de nouvelles de Francis Scott Fitzgerald
-        Un écrivain(e) : JD Salinger
-        Une musique : The long and winding road, des Beatles
-        Un film : Baisers volés de François Truffaut
-        Une peinture : Le panneau central de la bataille de San Romano de Paolo Uccello (que l’on peut voir au Louvre)
-        Une photographie : N’importe quelle photographie avec Kate Moss dessus.
-        Un animal : Un écureuil, un renard, ou une coccinelle.

jeudi 27 avril 2017

Une noisette, un livre

 

La nuit – Vivre sans témoin

Michaël Fœssel




Quand vous abordez cet essai de Michaël Fœssel sur « La nuit », au départ vous pensez successivement que ce préparent des nuits blanches, des migraines, des « nervousse brékdones »... mais à la fin vous le refermez avec un apaisement, vos perceptions de la nuit seront peut-être différentes et votre jugement sur les êtres qui recherchent l’obscurité aussi. Une cogitation nocturne qui peut faire veiller des jours et des lunes...

Réflexions philosophiques à la fois ardues et souples, enrobées de questions ténébreuses mais sans porter d’ombre à votre esprit ou alors avec le bénéfice d’un clair obscur. Ce clair obscur qui « arme le regard de patience » l’une des lois de la nuit.

L’obscurité, cet étrange « objet » du désir, sans savoir ce qui vous attend mais l’opportunité d’être un peu moins observé par les autres. Pourtant la nuit est perçue comme négative « ce qui fait obstacle à la nuit, c’est la représentation de la nuit ». La société moderne (capitaliste dirait le philosophe qui transmet en subliminal des messages politiques) fait le maximum pour contrecarrer le noir en créant des lumières artificielles entraînant un impact sur l’écosystème, car pour pouvoir se perpétuer, le besoin d’alterner le jour et la nuit est primordial.

La nuit « lot commun de l’humanité » que l’on peut percevoir comme « négation » plutôt que « privation » pour mieux apprendre d’elle et survoler tel un « Hibou » ses différents aspects maintes fois abordés, notamment par les philosophes du siècle des... Lumières... Beaucoup d’autres références enrichissent la lecture : Restif de la Bretonne et ses « Nuits de Paris », Dostoïevski et ses « Nuits blanches », Rancière et ses « Nuits des prolétaires » sans omettre Alexandre le protagoniste de « La maman et la putain » de Jean Eustache («Comme les gens sont beaux la nuit ») ou encore Alain Bashung.

Parmi les nombreuses visions abordées, celle du romantisme sur les effets de la nuit avec le rejet de la lumière « pas besoin de lumière pour s’illustrer » et « pour qu’une nuit commence vraiment il faut oublier que l’aube reviendra ». Et surtout, ne pas regarder la nuit avec les yeux de jours.

Cette promenade nocturne est également baignée par de riches moments de poésie « les étoiles sont au cœur de la nuit, des lieutenantes du soleil ».

On dit que la nuit porte conseil...le mien serait de profiter d’un crépuscule pour vous immiscer au fil des pages à cet essai consacrée à un « mot clair » un mot reposant « comme si la lueur des étoiles se donnait à entendre dans la douceur du son ». Se souvenir de la nuit, la cultiver pour mettre de la liberté au cœur des jours... « l’homme est un être capable d’éclipse ».

La nuit. Vivre sans témoin – Michaël Fœssel – Editions Autrement – Février 2017

jeudi 20 avril 2017


Une noisette, un livre

 

Les jonquilles de Green Park

Jérôme Attal

 
La jonquille, fleur printanière par excellence qui exprime l’attente mais aussi, et surtout, l’espoir. Exactement comme le héros du roman de l’écrivain et parolier Jérôme Attal, Tommy, un citoyen britannique de 13 ans, qui subit avec ses proches, ses amis, la pluie de bombes qui s’abat sur Londres en ce décembre 1940. Mais il espère la fin de l’hiver, rêve à une future prospérité depuis que Mila, la future plus belle fille de la capitale anglaise lui a dit qu’il fallait aller voir au printemps les parterres de jonquilles de Green Park. Tout un symbole avec en transparence cette déclaration d’amour voilée... qui reçoit une jonquille devra faire son choix de saisir l’amour ou bien de le perdre à jamais...

Tommy, sacré petit bonhomme qui nous fait partager sa vie de famille pendant cette période sombre du XX° siècle. Ses parents, sa sœur, mais aussi ses copains et ceux qui le sont moins, Mila, la sœur jumelle de l’un des garnements, les rencontres éphémères, jalonnent ce récit que l’on voudrait perpétuel, parce qu’il sait tant apporter de lumière dans la noirceur.

Des personnages cocasses, des situations palpitantes, de l'émotion, des rires qui s’entrechoquent dans un massif de poésie, de références musicales et de clins d’œil à l’art du comics.

On pourrait s’attendre à un livre triste qui tire son histoire sur la vie d’un enfant et la 2° guerre mondiale mais c’est tout le contraire qui se produit. Car à travers les pensées du jeune garçon c’est une floraison de vérités, de sentiments et d’humour avec comme tige principale, celle de croire en sa bonne étoile.

Comme l’écureuil, vous terminerez peut-être ce roman avec un sourire dans le panache et en portant, avec vos petites pattes de devant, le livre à votre cœur, en fermant les yeux. En respirant des fragrances de phrases qui vont prendre racines dans votre esprit et qui s’épanouiront à chaque désir de renouveau :

« Tout le monde devrait avoir une mère et un chez-soi. A vie, ouais ! « 
« Si y a un truc qui me rend malade dans la vie, c’est de ne pas pouvoir offrir de la gentillesse en retour »
« L’écriture, c’est un peu le bonbon magique de l’existence »

Merci Jérôme Attal pour ce bouquet de bien-être littéraire !

Les jonquilles de Green Park – Jérôme Attal – Editions Robert Laffont – Juillet 2016

 

 

mardi 18 avril 2017


Une noisette, un livre, une interview

 

Un Fauve

 

Enguerrand Guépy

 

 


 Une élégance de chat, un mystère félin, un tempérament indomptable, un coup de griffe imprévisible, un lion photogénique... un fauve ! Et pourtant, une fragilité à fleur de peau.

Le romancier Enguerrand Guépy livre un récit scripturaire absolument magistral sur l’acteur, pourtant inénarrable : Patrick Dewaere.
La vie est un roman et par le roman on cerne les contours d’un destin. C’est ce qu’a souhaité l’auteur afin que chacun puisse mieux appréhender la personnalité de cet écorché vif.
Le roman se concentre sur les dernières heures du comédien, à l’aube du nouveau tournage d’ « Edith et Marcel » de Claude Lelouch, et se termine dans une fin crépusculaire où le chemin de vie va s’arrêter pour cause d’un amoncellement de peurs, de regrets, de souvenirs néfastes, d’incompréhensions accumulés sur le bord et même en plein milieu.
Cette narration permet de plonger au cœur des angoisses et des doutes de Patrick Dewaere en se transposant dans la France des années 80. Une approche psychologique qu’aurait certainement apprécié l’acteur tellement c’est un filtre de son esprit. Tant, qu’au fil des pages naît une sensation étrange : on ne lit plus, on entend sa voix égrener chaque vocable...
Plus qu’une biographie, plus qu’un hommage, c’est tout simplement Patrick Dewaere, aussi vivant et bouleversant que ses personnages incarnés à l’écran.    

 1 – Vous avez choisi le roman pour décrire la fin tragique de Patrick Dewaere. Pour quelles raisons ? Parce que sa vie est un scénario, parce que la fiction est un décryptage de la réalité ?
Je crois que Patrick Dewaere réclamait une incarnation et que la forme romanesque me semblait la plus appropriée. J’avais également le sentiment que les biographies existantes si elles donnaient une vision assez juste de ce qu’était Dewaere, m’apparaissaient trop neutres, et que le « cas Dewaere » nécessitait une prise de risque.  Mais c’est surtout que je n’ai pas réussi à faire autrement, aussi bien sur le choix du moment que du traitement.

 2 – Vous n’avez jamais rencontré l’acteur et vous n’aviez que 8 ans lorsqu’il a mis fin à ses jours. Mais pourtant, vous le décrivez comme si c’était un frère. D’où viennent cette puissance et cette faculté de comprendre ce fauve fragile ?
Difficile de répondre à cette question. J’ai l’impression d’avoir toujours connu Dewaere et d’avoir simplement accepté de lui ouvrir la porte. Le fait d’avoir travaillé avec l’un de ses frères m’a indéniablement donné des clés pour mieux le cerner. Après, j’avais la passion de mon personnage et la volonté d’aller au bout de cette aventure avec lui.

 3 – A la fin, il y a cette scène du taxi absolument révélatrice de l’idiosyncrasie en cristal de Patrick Dewaere. Est-ce le témoignage de Charles Gérard, qui l’a vu peu de temps avant le suicide, qui vous a inspiré ou bien ce chauffeur de taxi a vraiment existé ?
Le témoignage de Charles Gérard résume assez bien Dewaere sur cette funeste journée. Au sortir du club 13 où il vient de déjeuner avec Claude Lelouch, Charles Gérard se propose de le conduire  à la salle de Boxe de Marcel cerdan Junior pour son entraînement quotidien. La voiture démarre mais au bout de 500 mètres Dewaere demande à descendre, prétexte qu’il a envie de marcher. Charles Gérard le voit disparaître dans la foule puis réapparaître puis disparaître pour de bon. Il se dit que tout est normal car Dewaere a la réputation d’être fantasque. Il est loin de s’imaginer le tour que va prendre cette fantaisie.  La suite, cette rencontre avec ce chauffeur de taxi zaïrois, je l’ai conçue comme le point de bascule et une ultime confrontation du personnage Dewaere avec ses démons.

 4 – Son père biologique est décédé à 35 ans. Exactement le même âge lorsque Patrick Dewaere a décidé de quitter la terre. Est-ce un hasard ?
C’est troublant tout comme la réplique qu’il entonne sur Mozart dans Préparez vos mouchoirs et qui sonne comme une terrible prémonition « Tu parles! Le pauv' mec, il est mort à 35 ans! 35 ans! Tu te rends compte de la perte? » 
Cependant, le 16 juillet 82, les raisons objectives pour qu’il jette l’éponge sont nombreuses. C’est un homme las - près de trente ans de carrière - cerné par les ennuis ; la drogue, les dettes, son couple avec Elsa qui bat de l’aile, un métier qui ne le comble pas…

 5 – Vous faites souvent allusion au « gros ». Avec Gérard Depardieu, c’était « je t’aime, moi non plus » ?
Pas exactement. Au départ, Dewaere et Depardieu, c’est une formidable collaboration artistique doublée d’une réelle amitié. Au fil des années, Ils sont devenus malgré eux des rivaux. Disons que pour Dewaere, être toujours considéré comme le numéro 2 et recevoir les scénarios que Depardieu ne voulait pas, cela devenait difficile à vivre. A cela s’ajoute Depardieu plébiscité par la profession et Dewaere toujours laissé de côté pour les récompenses. Mais il n’était absolument pas envieux du succès de Depardieu qu’il jugeait parfaitement justifié. Il estimait simplement qu’il le méritait tout autant voire un peu plus parce qu’il était tout de même le meilleur acteur de sa génération.

 6 – « Il avait une étiquette dans le dos et l’étiquette, en France, cela avait quelque chose de chamanique. On ne devait pas y toucher sous peine de sacrilège » Cette phrase, à propos de la sortie d’un disque qui n’avait pas fonctionné, relève de l’ineptie de ce que je j’appelle « les rangements de tiroirs ». Pensez-vous, qu’une évolution pointe son museau ou bien, au contraire, le glissement de terrain continue pour ceux qui voudraient déraciner la normalité ?
C’est certain qu’en France, on est rangé dans une case et après il est difficile d’en sortir. J’ai tout de même l’impression que les choses tendent à évoluer et que c’est un peu moins vrai que par le passé. Mais peut-être que je me berce de douces illusions…

 7 – Par votre premier ouvrage « L’effervescence de la pitié » et par votre parcours, étiez-vous plus apte à peindre ce tableau de psychologie dewaerienne ?
C’est possible... Quand on lit L’effervescence de la pitié, on comprend mieux ce qui a pu me plaire chez Dewaere mais je ne suis pas sûr que mes supposés états de service me donnaient une plus grande légitimité. L’enfance chaotique nous rapprochait, certes ; mais en réalité, tout se joue  quand mon oncle allume sa radio et qu’un journaliste annonce son suicide. A cette seconde précise, Dewaere est entré de façon violente dans mon cœur. Je savais que tôt ou tard nous devrions nous en expliquer. Cela a donné Un Fauve.

8 – Le traditionnel questionnaire pour clore cette interview :
-        Un roman : Vie et Destin de Vassili Grossman
-        Un personnage : Raskolnikov
-        Un(e) écrivain(e) : Henry Miller
-        Une musique : Dance me to the End of Love de Léonard Cohen
-        Un film : L’arrangement d’Elia Kazan
-        Une peinture : Les pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt
-        Un photographe (ou une photographie) : William Klein
-        Un animal : Le chat
-        Un dessert : le millefeuille
-        Une devise ou une citation : « Il ne faut pas peindre la vie comme elle est, ni comme elle devrait être, mais telle que nous la voyons dans les rêves » Tchékhov.

 Un fauve – Enguerrand Guépy – Editions du Rocher – Décembre 2016 

(Enguerrand Guépy au Printemps du Livre de Montaigu le 9/04/2017 - Photo © Squirelito)
 

dimanche 16 avril 2017


Une noisette, un livre


Sur les chemins noirs

Sylvain Tesson



24 août – 8 novembre : une épopée de la promesse. Celle de l’esprit pour reconquérir le corps. Une route à parcourir comme un vagabond volontaire, celle des chemins noirs, en référence au roman de René Fregni, celle de la nostalgie d’une autre France, celle des espaces libres, celle où le temps ne compte plus. Cette épopée de la promesse est de Sylvain Tesson, suite à une terrible chute (et disons absurde, lui le voyageur casse-cou), son corps est quasi un puzzle et pour rassembler définitivement les morceaux après des mois d’hospitalisation, il veut retrouver sa force d’avant en puisant de l’énergie par les beautés qui nous entourent, les « trésors de proximité ». Le ton est donné, une leçon d’humilité (de courage aussi car jamais l’auteur ne s’apitoie un instant sur lui-même) pour un voyage initiatique du Mercantour au Cotentin. Une diagonale pour offrir un parallèle entre la redécouverte de soi et la découverte de grandes et petites histoires, une diagonale pour éviter de tourner en rond vers un immobilisme fatal, une diagonale sans ligne droite pour un périmètre de liberté.

Ce récit est une palette de différentes leçons. En géographie, en art en général et en littérature en particulier, en histoire, en humour, mais aussi c’est une leçon sur la lutte contre « le dispositif » c’est à dire sur tout ce qui impose notre conduite à tenir. Car la « Confrérie des chemins noirs » n’est autre qu’une cartographie mentale de l’esquisse et d’un rêve, permettant l’effacement du corps et l’accueil d’une liberté d’action.

Un parcours jubilatoire où la nature reprend ses droits, une ode à la simplicité face au modernisme exubérant, à l’agriculture intensive et à l’élevage industriel, un chant glorieux à la tranquillité et non à la cacophonie urbaine, où le silence « vaut un royaume » alors que la folie de mondialisation est similaire à une « crise de Parkinson de l’histoire ».

La richesse de l’écriture est une des valeurs qui s’ajoute au livre de Sylvain Tesson : plume fluide en contraste avec l’effort de la marche, emploi du subjonctif imparfait, le tout enrobé d’un humour subtil et décapant. Tel ce passage sur la « langue étrangère » utilisée par l’administration qui fait de suite penser aux savoureux dialogues de Marcel Pagnol dans Manon des Sources lors de la réunion avec l’ingénieur du génie rural...

Quant aux références, elles pleuvent au fil de la marche. Je ne vais pas les citer car sinon on pourrait penser que je récite un prototype d’annuaire des pages jaunes sur le monde des arts, plus de 50 personnalités dont une, oui j’avoue, qui m’incite à relire encore une fois ses écrits, Alexandre Vialatte, un auteur à suivre rien que pour « son escargot qui ne recule jamais »... Sylvain Tesson honore la noblesse de l’esprit pour glorifier l’authenticité de la culture du paysage et de la terre.

Parcourir ces chemins noirs pour nous envelopper de lumière, pour s’imprégner de « l’amalgame identitaire » de la France (Fernand Braudel) et aussi pour approfondir nos connaissances sur ces merveilles que nous ne remarquons pas (ou plus) parce que proches...

Et terminer en rêvant aux étoiles avec l’auteur et son hommage touchant , quelques lignes plus haut, à Hervé Gourdel. Alors qu’il va s’endormir près du lit de la Vésubie, il écrit « et ce soir-là, en m’enroulant dans ma toile, je saluai Gourdel, avant que les pensées ne se muassent en rêve ».

Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson – Editions Gallimard – Décembre 2016 // Editions Folio - Mars 2019

mardi 11 avril 2017


Une noisette, un week-end littéraire


 

De Bressuire à Montaigu

Le livre, le livre

 
 
(Photo © Squirelito)
 


Votre serviteur au poil brillant est descendu, à nouveau, de son acer saccharum pour sautiller sur la branche littérature en ce week-end où l’astre jaune avait décidé de faire pâlir les étoiles, comme l’aurait chanté un certain Faust...
Samedi matin, direction la médiathèque de Bressuire pour le traditionnel café (ou thé si plus d’affinités) littéraire, animé par Christophe, notre François Busnel régional !
D’accord, pas d’accord. Peu importe. On argumente,on conteste. On discute, on bavasse. Mais le petit groupe de passionnés se retrouve toujours pour échanger pour le meilleur et jamais pour le pire. 
L’occasion (qui fait souvent le larron) de réaliser (l’écureuil parfois en mode Rantanplan) qu’un auteur local fait partie de cette équipe de livriphores (oui, je sais le dictionnaire étant limité en mots, j’en invente..) Gérard Gasquet (pour ne pas le nommer) qui contrairement à M. Jourdain écrit en vers et pour tous. Surveillez le blog, dans quelques semaines un billet lui sera consacré !
Le seul inconvénient de ces rendez-vous est qu’il est nécessaire de raccourcir les nuits, mais par la lecture elles deviennent aussi belles que le jour, la lumière étant le défilé de mots et d’histoires qui vous font rêver éveillé !


Le lendemain, c’est-à-dire, dimanche (je précise au cas où) direction Montaigu pour des heures de renouveau : le Printemps du Livre.
Entrée gratuite (coucou le Salon du Livre de Paris), un parcours littéraire garanti, une section jeunesse très importante et la présence d’auteurs régionaux à côté de figures nationales, chacun répondant avec bienveillance aux questions et sollicitudes des visiteurs. Je n’ai hélas pu rencontrer Yasmina Khadra, Baptiste Beaulieu, Karin Hann, Bernard Lecomte et Gilles Paris, mais eu la noisette chanceuse de parler et d’échanger avec Jérôme Attal, Enguerrand Guepy et Virginie Tharaud. Des billets (pas de banque) et des entretiens à également découvrir sur le domaine mais soyez patients car la noisette est un peu bousculée en ce moment.
En parlant de noisette, il faut l’avoir bien accrochée pour ne pas céder à la tentation tant elle vous nargue à chaque stand (qui ont pour nom Marcel Proust, George Sand, Romain Gary,Edmond Rostand...) et qu’il est nécessaire de brancher votre panache sur le curseur de vigilance absolue !

Cette bafouille n’a pas été uniquement écrite pour vous narrer mes pérégrinations sciuridériennes (invention de vocables bis) mais pour également souligner le rôle indispensable des institutions, communes, départements, régions, pour faire vivre la culture. A l’heure d’une campagne électorale orientée vers le spectacle (en passant regarder en replay l’excellent reportage du magazine 13h15 sur cette « commedia dell’spettacolo), la place accordée à la culture se réduit comme peau de chagrin. Elle est pourtant l’un des meilleurs remèdes contre la morosité...

mardi 4 avril 2017

Une noisette, un livre

 

De l’âme

François Cheng

(Photo © Squirelito)


Doit-on parler de l’âme ? Comment définir l’âme sans y ajouter l’esprit ? Est-ce un sujet désuet que d’évoquer l’âme ? Quelle est la place de l’âme dans les traditions spirituelles ? L’âme est-elle la vraie vie ? Peut-elle renaître ?

Des questions que l’on se pose, parfois, souvent sans jamais pouvoir y répondre. Une énigmatique amie de François Cheng lui écrit car elle vient « de se découvrir sur le tard une âme » et elle s’interroge. L’auteur académicien, héritier du taoïsme, lui répond par la voie de 7 lettres, dont une entièrement consacrée à la pensée de la philosophe et humaniste Simone Weil, apportant un éclairage somptueux sur la « part la plus cachée et la plus secrète de chaque être ».

Si l’âme a un élan pour s’élever et qu’elle transparaît dans un regard, elle est sans aucun doute dans la plume de François Cheng qui, sans angélisme, délivre un hymne à l’amour de l’humanité et à la beauté de la vie « combien la beauté de la vie est un don précieux qui demande à être chéri, révélé, transfiguré, porté au plus haut degré de sa capacité de communion ». Et ce même même sous un ciel sombre car une lumière veille dans l’espoir « au plus noir de la nuit, la moindre lueur est signe de vie ».

Mais la beauté et la bonté ne se réduisent pas à quelques bons sentiments. La bonté est d’une extrême rigueur car la nature humaine est le lieu de « cohabitation d’un ange et d’un démon en constante interaction ». L’humain peut s’élever mais aussi succomber... Et pourtant à quoi bon chercher à briller, à « scruter les failles de l’autre pour mieux le faire chuter ». Si le désir est de porter la vie, se ressaisir, diriger son regard vers un coucher, un lever de soleil ou le reflet de la lune et ainsi rencontrer l’univers dans sa magnificence. 

L’un des miracles de ce livre est de dépeindre l’âme sans aucune trace de prosélytisme. Le lecteur est laissé libre de ses choix, de sa spiritualité (ou non spiritualité). Une grande tolérance envers celui qui y croit ou qui n’y croit pas comme aurait dit Aragon, un souci d’honnêteté présente à chaque paragraphe, le philosophe laissant souffler ainsi un air pur dans l’harmonie de ses réflexions et désirant « nouer un dialogue positif même avec ceux qui nient l’existence de l’âme ».

François Cheng nous emmène également faire un tour au sein des traditions spirituelles : pensée chinoise (tradition taoïste), pensée hindoue (avec la sublime métaphore de l’âme comme oiseau migrateur), pensée bouddhiste (la plus radicale dans son agnosticisme face à l’âme), la pensée grecque dont celle d’Aristote et son concept des 3 âmes (âme nutritive pour les animaux et les plantes, âme sensitive pour les animaux et âme pensante pour l’humain) et enfin les pensées monothéistes : judaïque, musulmane et chrétienne. De quoi vous donner envie de plonger de toute votre âme dans cette sagesse de ces philosophies éternelles et une délicieuse surprise que de voir être mis en exemple la référence du soufisme avec le poète persan Farîd-ud-Dîn Attâr et sa « Conférence des oiseaux » qui est devenue le livre de chevet de votre serviteur.

Cet essai renferme tout ce que l’on attend d’un livre : réflexion, évasion, positivisme, curiosité (la lecture entraîne la lecture), beauté, poésie. Une triade entre noblesse du sentiment, élégance de l’écriture, tolérance de l’esprit... où les mots transcrivent la hauteur d’âme de son auteur. Ouvrage que l’on peut qualifier de manuel d’espoir et de consolation, un recueil pour les jours lumineux, un recueil pour les jours obscurs, une compilation pour continuer sa route sur le chemin de la vie malgré les larmes qui arrosent votre parcours « si la mort creuse un immense chant de désolation, elle ouvre en même temps une immense aire de communion aussi réelle que le ciel est étoilé ».

En refermant cet écrin littéraire où les mots sont des pierres précieuses, j’entends les vers de Paul Verlaine mis en musique par Reynaldo Hahn :

« Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise
C’est l’heure exquise »

et pourquoi pas avec la voix de Dietrich Fisher Dieskau, baryton allemand cité à la fin de l’œuvre de François Cheng pour ses interprétations de Beethoven... et pour sa fraîcheur d’âme ».

L’âme est la vie. Ce livre aussi... « Un immense réservoir de gisements inexplorés ».

De l’âme – François Cheng – Editions Albin Michel – Décembre 2016

vendredi 31 mars 2017


Une noisette, un livre, un auteur

 

Lagos Lady

Leye Adenle

 

Premier roman, première aventure. Et une nouvelle noisette à savourer.
Je pose les indices : un journaliste Guy, une avocate Amaka, un inspecteur Ibrahim et une grosse légume Amadi. Les décors sont au Nigeria, à Lagos précisément. Les dialogues et le récit sont de Leye Adenle, l’ambiance générale est sur fond de prostitution, trafic humain, corruption et magie noire... Voilà, vous être prévenus, de battre votre cœur va s’accélérer.
Les quatre protagonistes vont jouer au chat et à la souris mais dans un climat qui n’a rien d’une bande dessinée façon Tom et Jerry mais beaucoup plus proche d’un labyrinthe d’une bande organisée.
Le périple commence par un jeune journaliste britannique un peu inconscient, suivie d’une rencontre avec la superbe Amaka, ou l’ange-gardien des prostituées, engagée contre la corruption des puissants, puis l’introduction d’un policier dont on ne sait de quel côté il balance (et son portefeuille aussi) et enfin un riche homme d’affaires qui s’affaire dans un business lucratif avec la bénédiction de la sorcellerie locale.
 
Meurtres, pratiques perverses, drogue, prostitution, magie noire, tous les ingrédients sont réunis pour un thriller glaçant et glauque mais pimenté de dialogues percutants, de tribulations originales et d’empreintes humoristiques. Un polar que l’on visionne comme un film de Tarantino. Mais derrière cette histoire fictive, se cache un engagement personnel : celui du droit des femmes.
 
Mais au fait, qui êtes vous Leye Adenle ? Un interrogatoire s’impose... La noisette tombe bien, une cellule presse a été organisée par les Editions Métailié lors de la dernière édition du Salon du Livre de Paris.
 
Prénom, nom : Leye Adenle
Date et lieu de naissance : 1975 au Nigeria
Lieu de résidence : Londres
Profession : Auteur, acteur et chef de projet
Ecrits : envahi par l’écriture depuis l’enfance. Plusieurs nouvelles et premier roman en 2016 « Lagos Lady »
Ses sources d’inspiration : des rencontres et deux « mentors » : James Patterson et Morgan Freeman
Le frère de littérature : Alain Mabanckou
Signes particuliers : humour, affabilité
 
La corruption en Afrique et ses répercussions sur tous ses secteurs furent les facteurs d’incitation pour écrire ce polar autour, entre autres, de la magie noire, phénomène auquel « les politiques n’y croient pas mais l’utilisent contre la population ». Le « Juju » n’a rien à voir avec la magie noire qui est simplement un moyen de faire pression sur les filles et faciliter le chantage.
Ce qui révolte également l’écrivain nigérian c’est la totale hypocrisie qui règne dans les plus hautes sphères de l’Etat, notamment sur la prostitution. Leye Adenle milite pour qu’elle devienne légale, la seule solution face au trafic humain. Les femmes pourront ainsi porter plainte et bénéficier d’un recours par voie judiciaire. Le personnage d’Amaka est d’ailleurs issu d’un collectif de femmes que l’auteur connaît et l’une d’elles porte ce nom. Des femmes qui luttent pour améliorer leur condition, pour bénéficier d’une plus grande liberté. Au Nigeria comme dans de très nombreux pays dans le monde...
« Lagos Lady » a reçu un bon accueil au Nigeria mais parfois l’auteur rêve d’être interdit, censuré : « j’aimerais l’être, ça me ferait une belle publicité et un moyen infaillible pour alerter l’opinion publique sur certaines pratiques ».
Que le lecteur se rassure tout de même, la fiction est évidemment un moyen de dénoncer une réalité trop souvent occultée mais voyager en Afrique n’est pas signer son arrêt de mort, tout comme « les histoires sanglantes de James Patterson n’empêchent pas d’aller aux Etats-Unis et d’y passer un excellent séjour ».
 
Parce que votre serviteur aime les bonnes nouvelles, en voici une : « Lagos lady » aura une suite, on retrouvera l’inspecteur Ibrahim mais avec une connotation plus politique. A suivre, à pister... comme toute la littérature africaine qui prouve que ce pays est vraiment le berceau de l’humanité.
 
 
(Leye Adenle au Salon du Livre de Paris 2017 - Photo ©Squirelito)
 

Lagos Lady – Leye Adenle – Editions Métailié – Mars 2016
Prix Marianne Un Aller-Retour dans le Noir 2016


mardi 28 mars 2017


Une noisette, un livre

 

Tuer le cancer

Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot


Oncologue, hématologue, le Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot a fait de la lutte contre le cancer son défi de vie. Même si la médecine et soigner les patients a toujours été son leitmotiv c’est après avoir vu, parlé, souffert avec son « patient zéro » que toutes ses forces et son savoir allaient se concentrer sur ce « tueur en série ».
 
Après des années de recherche et de combat, elle découvre un des moyens qui pourrait désarmer le cancer : un simple test sanguin qui révélerait l’existence de cellules cancéreuses bien avant leur développement dans le corps humain. Si « le cancer tue c’est parce nous lui laissons le temps de le faire ».
Contrairement aux idées reçues, cette maladie remonte à la nuit des temps et a été difficile à cerner au départ à cause des innombrables fausses rumeurs qui ont circulé au cours des siècles passés. Et si nous observons davantage de cas de cancers, c’est, selon Patrizia Paterlini, dû au dépistage précoce qui détermine le mal et le vieillissement de la population. 
On pourrait ajouter que l’utilisation excessive de pesticides et autres produits chimiques doit également jouer un rôle certain. Mais, de toute façon, il est indéniable que le cancer continue sa route et qu’il anéantie des vies. Pour cela, l’éminente cancérologue mise toutes ses recherches sur la détection et la prévention. Après des années d’efforts et grâce au souvenir de son « Maestro », le Professeur Coppo, qui lui a appris rigueur et ténacité, elle découvre avec ses équipes un moyen bien plus sûr et facile pour identifier des cellules cancéreuses circulantes, c’est-à-dire bien avant que le cancer se propage : un test sanguin nommé ISET (Isolation by Size of Epithelial Tumors cells), une dénomination qui renvoie également, comme le souligne l’auteure, à l’épouse de Ramsès III. Une méthode fiable permettant de détecter pas qu’un seul type de cancer, beaucoup moins onéreux pour la communauté, simple à réaliser et donc sans contraintes pour le patient. Seul hic, il n’est pas encore reconnu totalement (malgré ses preuves de crédibilité indéniable) et par conséquent non pris en charge par la Sécurité Sociale.
Aux difficultés de la recherche, s’ajoutent deux fléaux : le marketing biomédical (l’emprise du business sur le cancer) et la concurrence scientifique entre chercheurs, due en partie à la rémunération en fonction des publications dans les revues médicales, le « peer review » et à la « mainmise de l’industrie pharmaceutique et biomédicale sur les publications ».
Même si la prévention n’empêche pas les cas mortels de se multiplier, certains cancers (dont les leucémies) peuvent se développer très rapidement, notamment suite à un accident radioactif et si des personnes sans aucun antécédent et respectant parfaitement une hygiène de vie se font rattraper par cet épouvantail, il faut mettre tous les moyens pour empêcher ce crabe de pincer les cellules saines. Il ne faut rien négliger, en prévention et en médication et cette découverte du Professeur Paterlini-Bréchot est donc un immense pas en avant pour un grand saut vers une victoire totale, pour TOUT le monde et pour TOUJOURS 
Ce qui touche également énormément le lecteur, et ce de la première à la dernière page, c'est le côté extrêmement humain de Patrizia Paterlini-Bréchot, qui me rappelle une personne très proche pensant à l’identique et ayant fait de la médecine un sacerdoce. Petit florilège de quelques phrases qui sont des citations à retenir et à partager...
« Grâce aux mots, les auteurs de l’antiquité sont entrés en contact avec l’humanité dans ce qu’elle a de plus authentique ».
« L’humilité est le bagage nécessaire de tout scientifique ».
« Pourquoi ajouter de la souffrance à la souffrance »
«  Il faut assumer le fait d’être différent et toujours agir selon son cœur »
« Nous n’avons pas eu peur de tout risquer car nous voulons savoir si notre travail est utile aux patients »
«  La nature humaine est heureusement beaucoup plus diverse que les lois générales de la science médicale ».
 
Le 23 mars 2017, le prix de l’Essai France Télévisions est décerné à Patrizia Paterlini-Bréchot afin de récompenser sa ténacité dans ce combat et son humanité face à la souffrance. Et aussi pour alerter l’opinion que des découvertes existent et qu’il faudrait que les pouvoirs publics et autres instances de décision puissent développer la mise en place de ce test sanguin, test capable de sauver de nombreuses vies.
 
Tuer le cancer – Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot – Editions Stock – Janvier 2017
Prix Essai France Télévisions 2017
 
(Pr Patrizia Paterlini-Bréchot lors de la remise du Prix Essai France Télévisions 2017 - Photo © Squirelito)
 

dimanche 26 mars 2017


Une noisette, un prix...

 

...et une journée France Télévisions sur la branche littérature


Jeudi 23 mars 2017. Une aventure que mon nez d’écureuil reniflait comme une date à marquer du panache : participer à la délibération d’un jury pour élire le Prix Essai France Télévisions. Et ce, autour du président, François Busnel (Monsieur Grande Librairie) et d’un quatuor féminin que Charlie (« Drôles de Dames » pour ceux qui n’arrivent pas à suivre) aurait engagé illico presto pour leur dynamisme et compétence : Katia Martin, Yasminah Jullien, Laurence Zaksas et Laurence Houot.
 
Autour d’une bonne table (Ah quel repas je viens de faire et ce vin extraordinaire... là je laisse deviner la référence...) les discussions furent hautes en couleurs grâce à 14 membres, sélectionnés au bon soin des services de sa majesté du service public, qui étaient non seulement passionnés par les lectures effectuées en un mois mais aussi, et c’est primordial, tolérants envers chaque choix et dont les paroles traduisaient une humanité qui remet du baume à la noisette.
 
La sélection 2017 portait sur 6 ouvrages :
Patrick Boucheron (collectif) – Histoire mondiale de la France – Seuil
François Cheng – De l’âme – Albin Michel
Michaël Foessel – La nuit. Vivre sans témoin – Autrement
Ruwen Ogien – Mes mille et une nuits. La maladie comme drame et comme comédie – Albin Michel
Patrizia Paterlini-Bréchot – Tuel le cancer – Stock
Sylvain Tesson – Sur les chemins noirs – Gallimard
 
Un choix difficile mais après plusieurs tours de table et discussions, l’ensemble désirait récompenser une femme qui depuis des années lutte pour arriver à éliminer un redoutable meurtrier en série... « Tuer le cancer » du Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot, paru en janvier 2017 aux éditions Stock. 
 
François Busnel (Monsieur qui fait dépenser des noisettes chaque jeudi sur France5) allait l’accueillir avec l’autre lauréate pour le prix Roman, Nathacha Appanah et son « Tropique de la violence », sur le plateau de La Grande Librairie, mais attention, chacun devait rester muet et ne pas dévoiler l’identité des heureuses élues, ce qui était la moindre des choses. Emission où chacun allait pouvoir assister en direct (Que ma joie demeure) avec ensuite un cocktail à déguster autour d’échanges à faire craquer la noisette. 
 
Des heures inoubliables autour de bipèdes qui méritaient d’être connus et avec lequel des liens vont se nouer car nous partageons l’une des plus belles créations de l’humanité : l’écriture. Ecriture amenant à la lecture, à l’évasion, à la curiosité, à la connaissance,au dialogue... et bien plus encore.
 
Afin que vous, fidèles lecteurs du domaine, puissiez rentrer dans cette ambiance au doux parfum de la culture, je laisse les adresses à consulter régulièrement (attention, je note tout) des blogs tenus par certains membres de ce jury 2017 :
 
Cette journée restera ancrée dans la mémoire de votre serviteur sciuridérien et d’autres billets vont suivre prochainement, en attendant de nouvelles aventures sur d’autres branches des choses de la vie en général et de la littérature en particulier.

dimanche 12 mars 2017


Une noisette, un livre


Par amour

Valérie Tong Cuong

 


Deux familles, deux destins. Au milieu, la tragédie d’une guerre, dévastatrice, broyeuse de vies. Seule la puissance d’une force peut aider à lutter contre l’insoutenable, cette force se nomme amour. L’amour sous toutes ses formes et pour lequel on résiste, pour ceux que l’on aime plus que tout.

Valérie Tong Cuong signe un nouveau roman absolument magistral, en portant une fiction au cœur de la réalité tragique de la 2° guerre mondiale et d’une ville anéantie en 1945 : Le Havre.
Emilie et Joffre. Muguette et Louis. Les deux sœurs ont chacune un garçon et une fille. Jean et Lucie. Joseph et Marline. Et un chat, Mouke, qui lui aussi a indirectement sa place dans l’histoire. Ils racontent tour à tour les événements, leurs craintes, leurs espérances, leurs douleurs, leurs secrets... Sauf Louis ne participe pas à la narration. Il est loin, prisonnier des allemands mais peut-être aussi prisonnier de son âme...
Une saga qui ne se lit pas comme une autre. On la vit. A chaque page, à chaque phrase.

Comment ne pas penser à ce conflit de 39-45, à cette guerre idéologique où l’on menait à la mort ceux qui ne croyaient pas, ne pensaient pas, n’obéissaient pas à un dictateur et à ses acolytes. Des années belliqueuses, douloureuses forcément, irréversibles pour certains, récupérables pour d’autres, mais des années qui s’inscrivent dans une mémoire à la fois individuelle et collective. "Par amour" relate cette occupation allemande dans une ville de province avec les bombardements ennemis et alliés, les restrictions, les délations, les maladies, la famine. Mais il fait revivre également la lutte, la résistance, toujours cachée dans l’ombre pour que chaque individu retrouve la lumière de la délivrance et de la liberté. Un portrait de deux familles où les cœurs palpitent les uns pour les autres en surpassant la ruine de l’inhumanité rampante.
Comment ne pas penser aux récits évoqués par ses parents, ses grands-parents, eux qui ont connu l’évacuation, les bombardements avec parfois des blessures visibles jusqu’à la fin de leurs jours. Mais pour eux aussi, l’amour était plus fort que tout.
Comment ne pas penser que depuis 1945 les ravages des guerres iniques continuent à brandir la grande faucheuse pour des idéologies insanes où la compassion s’évapore des âmes plus que sombres.

Poignantes sont les descriptions, bouleversants sont les messages d’amour (amour filial, amour conjugal,...), sublime est la poésie qui ressort au milieu du néant, émouvante est la pudeur des sentiments enveloppée par une plume empathique.
On referme ce livre avec un double coup porté à l’esprit : celui de la consternation, une fois encore, de ce que peut provoquer l’humain mais aussi celui, magnifique, de l’amour et du courage qui peuvent tenir en vie toute personne dont le cœur altruiste bat intensément.

"Après avoir pleuré des mois sur la disparition de son amie, Muguette avait séché ses larmes. Elle répétait que, lorsque l’on a vu la mort vous cueillir dans ses bras, puis renoncer et finalement en cueillir une autre, sa chère Véra, peu importait que le savon soit à la soude caustique et la mayonnaise sans huile et sans œufs, peu importait le froid ou la pluie, il fallait apprendre à aimer, vivre et vivre pour aimer".

Par amour – Valérie Tong Cuong – Editions J.C. Lattès – Janvier 2017

  Le masque Magali Jenny   Un œil violet te regarde ! Prends garde à toi, lectrice, lecteur, ce polar ésotérique va t’emmener loin, bi...