Bahari Bora
Steve Aganze
« Ces jeunes filles avaient grandi dans un monde où l’omerta était
plus puissante que les mots, où la honte des violences subies pesait sur leurs
épaules plutôt que sur celles des coupables »
Bahari Bora signifie « Bel Océan tranquille » en swahili. Un
premier roman. Aussi magnifique que déchirant. Magnifique par la beauté de la
langue et la profondeur philosophique. Déchirant par la réalité de la
souffrance, des chocs post-traumatiques, de la violence faisant surgir chez le
lecteur une colère intérieure face au silence assourdissant : car c’est le
sort de milliers de filles et de femmes en République Démocratique du Congo,
spécialement au Sud-Kivu, là où se concentrent pratiquement toutes les richesses
de l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.
Bahari Bora est un cri pour tous ces êtres qui subissent la brutalité
sans nom des hommes (et des femmes complices), un cri pour dénoncer le viol
comme arme de guerre, un cri pour tenter de mettre fin à ces enlèvements, à ces
crimes qui ne cessent d’augmenter.
Bahari Bora est l’histoire d’une jeune fille enlevée par des factions
armées, violée, torturée mais qui parvient miraculeusement à s’enfuir après
cinq années de captivité. Rare rescapée, elle est soignée dans un hôpital conçu
pour accueillir toutes les victimes des guerres fratricides. Enceinte, le Dr
Farid lui conseille d’avorter, sinon ses jours seront en danger. Mais, elle
porte la vie malgré tout et veut retrouver Mawingo, le compagnon de son enfance
et de tous les espoirs. Y parviendra-t-elle ? Qu’est devenu l’orphelinat
de la rwandaise Mama Mathilde ?
Bahari Bora est une opportunité donnée à son auteur, Steve Agaze, pour
saluer le travail, la vaillance, la bonté d’un homme, le docteur Denis Mukwege
qui a sauvé des milliers de femmes et d’enfants de la barbarie en réparant
leurs corps et en les protégeant le mieux possible au sein de son hôpital de
Panzi et de sa Fondation.
La force et la pertinence de Bahari
Bora ont été saluées par le jury du Prix littéraire 2025 de la Fondation de la
Vocation, confirmant l'importance de ce roman pour sensibiliser le public aux
réalités brutales vécues par les femmes en RDC.
« Le pays se dressait
telle une imposante colline en forme de crâne. Au sommet de celle-ci, sa
jeunesse était crucifiée dans son ensemble, sur un poteau orné de diamants, d’argent
et de cuivre, trempé dans de l’or, plaqué de cobalt et de tantalite, et
alimenté par le pétrole, le méthane et l’azote. Ce poteau était enfoncé dans
une terre rouge, enrichie de fer, et saupoudrée d’une poussière jaunâtre d’uranium.
Le Dr Farif et les
organisations non gouvernementales qui l’accompagnaient considéraient ce pays
comme un chantier. Un chantier où les femmes, miroirs de la société et héritage
de la noblesse du monde, avaient besoin d’être réparées, tant sur le plan moral
que physique, pour que cette fragile partie de l’Afrique puisse enfin connaître
son élévation, son ascension manifeste, son émergence subtile. Ces femmes, ces
jeunes filles, ces fillettes qui, sans le savoir, semblaient être des munitions
infinies, des projectiles à fragmentation, des mines artisanales, des boucliers
humains, des armes diverses, aux yeux ce ceux qui, turban noir sur la tête et
kalachnikov ou machette à la main, composaient un sombre refrain sur la
partition de l’histoire congolaise, impunément, depuis des décennies. »
Bahari Bora – Steve
Aganze – Éditions Récamier – Mai 2025